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  • Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    L’Église a mis en place les structures qui ont permis d’agresser, et il en reste des réminiscences » : l’évêque de Digne, Riez et Sisteron, Mgr Emmanuel Gobilliard, a appelé vendredi à cesser de protéger l’Église coûte que coûte face aux témoignages de victimes de violences sexuelles. Il prenait la parole devant les 150 membres du personnel de l’enseignement catholique des Alpes-de-Haute-Provence, réunis pour une formation obligatoire à la prévention des violences sexuelles, une « première en France » selon l’évêque.

    Mgr Emmanuel Gobilliard a regretté le fait que le premier réflexe de beaucoup de religieux soit de défendre l’institution, plutôt que d’écouter la parole des victimes. « La personne victime doit passer avant tout, avant la réputation d’une institution », a-t-il lancé au micro à l’ouverture de la journée de formation, pendant laquelle le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, intervenait notamment. Le prélat a comparé ce « réflexe de protection » à celui « d’un animal qui se sent oppressé et qui attaque les autres ». « Lorsqu’une institution est attaquée, elle attaque la presse, les victimes et l’institution judiciaire, alors que c’est justement les trois qui nous sauvent », a-t-il argumenté, malgré le fait que « cette défense de l’institution est destructrice de l’institution elle-même ».

    « Je suis chrétienne, et, quand je dénonçais les choses, on me disait que je voulais démolir l’Église », a abondé Isabelle Chartier Siben, médecin psychothérapeute, victimologue et cofondatrice d’une association d’aide aux victimes, qui intervenait également pour former le personnel de l’enseignement catholique.

    Face à ce silence destructeur, Mgr Emmanuel Gobilliard a appelé à développer une « culture du signalement, dès qu’on a un doute » puisque « les abus prospèrent dans le secret, l’isolement et les relations d’emprise ».

    « Sans la presse, les choses ne bougent pas »

    « Sans médiatisation, on se protège entre nous », a regretté l’évêque. « Sans la presse, les choses ne bougent pas », a abondé Isabelle Chartier Siben, qui affirme faire partie des « lanceurs d’alerte » sur le sujet des violences sexuelles dans l’Église. Les religieux ont appelé à faire cesser le « terreau mortifère » qui permet aux auteurs de commettre des violences sur des enfants.

    « Les faits prescrits, c’est un drame. Je suis à 1 000% pour l’imprescriptibilité. Je crois qu’on va bientôt l’avoir grâce à la loi intégrale », a par ailleurs avancé Isabelle Chartier Siben. L’Église reconnaît les faits de violences sexuelles « même si l’auteur est décédé », a affirmé Pascale Poch, médecin et responsable pour le diocèse des cellules d’écoute et de veille. Cette dernière « a fait partie de la première cellule d’écoute » et a « vu les ravages dans la vie des personnes victimes d’abus ».

    Emmanuel Gobilliard a créé avec le diocèse de Paris le premier protocole d’accord avec le parquet de Lyon, parce qu’il a vu « à quel point on partait de très loin ». Il a alors demandé « à ce que des formations soient entreprises, et on a mis en place une plateforme de sensibilisation à la prévention des abus. On a entrepris de former les personnels de l’enseignement catholique, avec quelques récalcitrants ».

    Ce dispositif de formation existe depuis 2020 et le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).

    Dès qu’une personne est mise en examen, elle a « interdiction d’exercer » dans l’Église, a affirmé Mgr Emmanuel Gobilliard, ce qui permet le bon déroulement de l’enquête. « Toute une partie du Code pénal de l’Église concernant les peines a été réécrite à la suite de l’émergence des affaires de pédocriminalité. Il a été complètement refait », a expliqué Pascale Poch. « 100% » des signalements reçus font l’objet d’un signalement à la justice, selon Mgr Emmanuel Gobilliard.

  • [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    L’affaire Lyhanna

    Didier Gesualdi : Suite à l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée et assassinée par un suspect faisant déjà l’objet d’une plainte, qui a suscité une émotion immense, quelles mesures avez-vous proposé ?

    C’est un drame. Ces drames me font toujours réagir : aujourd’hui dans notre pays, toutes les 3 minutes un enfant subi des violences sexuelles et tous les cinq jours un enfant meurt sous les coups de sa propre famille dans son propre foyer. Au drame de Lyhanna qui a perdu la vie, s’ajoute le fait qu’il y avait des signalements. Là, tu te dis combien de fois nous n’avons pas pu protéger, nous n’avons pas cru ? Tu te bouscules… C’est là que ce drame a saisi le pays, c’est parce qu’il appelait à changer profondément de regard et de doctrine. Qu’est-ce que ça veut dire changer de doctrine ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, m’a demandé quelque chose d’efficace, des mesures apportant des solutions immédiates. On a l’habitude d’entendre « tout le monde est responsable, il faut protéger collectivement ». Moi je crois qu’il y a des responsabilités individuelles, dans toute la chaîne judiciaire, dans la police, dans la gendarmerie, dans les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Unaped) qui vont écrire les dossiers pour dire ce que la jeune fille ou le jeune garçon a comme traces pour que la justice aille au bout. Ça, c’est pour traiter les drames mais comment on les évite ? En contrôlant les antécédents judiciaires des hommes et des femmes qui travaillent auprès des enfants. Je pense qu’il y a un changement sincère et profond parce que le drame Lyhanna a obligé tout le monde, toutes les institutions, à ouvrir ses placards et à s’interroger sur ses responsabilités.

    Léo Purguette : Il faut quand même regarder l’état de la justice. Est-ce que tous ces mots ne sont pas vains s’il n’y a pas plus de moyens pour traiter les signalements et les plaintes ?

    Bien sûr qu’il faut des moyens, le Premier ministre s’y est engagé. Plus de 300 nouveaux magistrats, plus de 300 enquêteurs supplémentaires mais également des infirmières scolaires supplémentaires. Mais j’ai toujours peur que pendant qu’on dit « il faut des moyens », on ne se saisit pas des problèmes aujourd’hui. Quand on parle de rechercher les antécédents judiciaires, ce ne sont pas des moyens nouveaux, c’est une nouvelle méthode qui autorise des personnes qui ne l’étaient pas auparavant à regarder des fichiers ou le certificat d’honorabilité que j’ai développé. Ce n’est pas une histoire d’argent de donner la capacité à tous les employeurs publics de ne pas laisser des prédateurs dans leurs institutions.

    LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

    Didier Gesualdi : Les premières révélations sur la pédocriminalité ne datent pas d’hier. On est en 2026, c’est encore tabou ?

    Quand un enfant parle on le croit. Et on ne lui demande pas de parler sans qu’il y ait des suites et des conséquences. Combien il y a de secret de famille ? Combien il y a encore de choses qu’on considère comme honteuses. Pourquoi les silences sont aussi longs ? Parce que c’est vrai, aujourd’hui la justice condamne peu. Mais il se passe quelque chose dans notre pays. D’abord, il y a eu #MeToo, ça a libéré la parole des femmes. Cela fait mouvement. Grâce à cela, on a commencé à entendre différemment la parole des enfants. Qu’est-ce qu’il y a de plus abject, de plus ignoble que d’agresser sexuellement un enfant ? Que de le violer ? À des âges… L’année dernière, c’est plus de 600 nourrissons de 0 à 2 ans qui ont été victimes de violences sexuelles !

    Léo Purguette : C’est effroyable, comment le détecter quand ces pauvres enfants ne peuvent pas encore parler ?

    C’est là où les médecins, le monde de la petite enfance, les crèches, les assistantes maternelles, l’ensemble des adultes autour des enfants doivent être formés à repérer. Il faut une confiance dans toute la chaîne, que la justice traite et condamne. J’ai la conviction qu’être aujourd’hui autant exposé à de la pornographie sur Internet, il y a plus de 700 000 images pédocriminelles par jour en ligne, facilite malheureusement les passages à l’acte.

    LES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

    Léo Purguette : Des affaires d’agressions sexuelles ont éclaté à Paris mais aussi à Marseille, comment les prévenir ?

    Malheureusement, il y en a eu partout. Chez moi à Nantes, à Lyon, ici… Il n’y a pas un territoire qu’il soit petit ou grand qui n’ait pas été touché. Pour une raison toute simple : les prédateurs vous pensez qu’ils font quoi ? Quand ils sentent qu’il y a un espace où c’est un peu moins contrôlé, ils vont là où il y a des enfants. Quand c’est le cas dans le périscolaire, ils y vont, dans le sport, ils y vont, dans la culture…

    Léo Purguette : Vos mesures ont-elles donné des résultats ? Avez-vous des éléments chiffrés dans les Bouches-du-Rhône ?

    Oui. Sur les antécédents, j’ai rendu obligatoire de contrôler les condamnations définitives mais aussi d’aller voir le Fijais, c’est le fichier des infractions sexuelles pas définitivement condamnées parce que la justice peut prendre 6 ou 7 ans. Je considère que le principe de précaution, on l’applique pour les questions environnementales, il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas pour les enfants. Donc on sort ces personnes-là de la proximité des enfants. Juste sur ce contrôle, on a, ici, dans les Bouches-du-Rhône, interdit à plus de 360 personnes d’être au contact des enfants. Au total 46 000 personnes ont été contrôlées. On avance.

    L’AIDE SOCIALE À L’ENFANCE

    Léo Purguette : Il y a eu des scandales d’exploitation sexuelle dans l’aide sociale à l’enfance partout en France, c’est vrai notamment dans les Bouches-du-Rhône. C’est une compétence départementale, pour autant l’État peut-il s’en désintéresser ?

    Jamais de la vie. Nous avons une devise où figure l’égalité sur tous les frontons des mairies. La protection n’a pas à dépendre de ton code postal. Et pour autant, je ne suis pas naïve, il y a des différences en fonction des territoires. Elles ne sont pas acceptables. L’État doit y prendre toute sa part. C’est ce que le fait avec la refondation de la protection de l’enfance. Vous savez dans le cas de ces jeunes filles qui se retrouvent dans les réseaux des proxénètes, certains éducateurs s’interposent, ils finissent avec quatre doigts coupés. C’est d’une violence monstre. Il faut condamner les proxénètes mais aussi ceux qui vont chercher ces jeunes filles. On a réussi à le faire avec les poupées pédocriminelles de chez Shein. Il faut aller chercher toute la chaîne.

    LA LOI INTÉGRALE

    Léo Purguette : Une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est réclamée. Les associations féministes citent l’exemple de l’Espagne qui a obtenu des résultats en mobilisant plusieurs milliards d’euros, serons-nous dans cet étiage ? Ou cette loi sera-t-elle une loi de plus ?

    Il y a deux choses en même temps en ce moment à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une loi sur la protection des enfants avec la question de l’aide sociale à l’enfance parce que plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de victimes. Mais il y a aussi 70% des violences sexuelles qui se font à la maison. Pour briser cela, il faut une approche globale et des moyens financiers. Le Premier ministre s’y est engagé : 2,6 milliards pour les enfants, 1,4 milliard supplémentaire pour les violences faites aux femmes. Mais attention ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Quand on voit qu’un petit garçon peut être enfermé dans une camionnette dans l’Est de notre pays pendant 16 mois avant que quelqu’un se dise « il faut appeler, il faut prévenir, il se passe quelque chose de bizarre ». C’est chaque adulte qui doit prendre sa place dans la protection de l’enfance. Il faut prévenir, appeler, ce n’est pas de la délation. Le 119 est un point d’entrée.

    Léo Purguette : Quel budget nouveau pour financer cette loi intégrale ?

    Je le redis : 1,4 milliard contre les violences faites aux femmes, 2,6 milliards pour les enfants. Ce que je souhaite, c’est une mobilisation aussi des collectivités, de toutes les institutions. Que chacun se dise « qu’est-ce que je fais pour les enfants » et qu’on n’aille pas seulement sur la question de l’argent qui d’un seul coup résoudrait tout. Oui, il faut des magistrats, des soignants, des éducateurs, ils seront recrutés mais il ne faut pas que cela. Il faut que la place des enfants devienne une priorité, ce n’est pas encore le cas partout. Il est aussi nécessaire d’accompagner les parents au niveau de l’école en disant qu’il n’y a plus de devoirs après 20h sur Pronote, qu’il n’y a plus de groupe WhatsApp de classe. Vous vous rendez compte : 46% des enfants cyberharcelés l’ont été sur un groupe WhatsApp de classe ! Comment voulez-vous que les parents imposent tout seuls à leur enfant de ne pas y être quand tout le reste de la classe y est ?

    L’IA ET LE PAPE

    Didier Gesualdi : Vous publiez « Changez d’ère » un manifeste pour remettre l’humain au centre dans l’ère de l’intelligence artificielle. Comment ?

    Je viens du mouvement centriste, influencé par la doctrine sociale de l’Église. Entre moi et la social-démocratie, le personnalisme ou le gaullisme social, il n’y a pas grand-chose de différent. Nous avons des héritages différents mais dans un moment où l’IA peut être une chance dans la santé, l’innovation, l’apprentissage… elle peut aussi être un tsunami de dangers sur la liberté de conscience, la démocratie, l’environnement… Ne refaisons pas l’erreur de prendre du retard avec l’IA comme on en a pris avec les réseaux sociaux. Utilisons nos héritages pour porter un autre regard sur les enjeux de notre époque.

    Léo Purguette : Le Pape, actuellement présent en France, a publié une encyclique « Magnifica humanitas » sur l’IA. Que vous inspire-t-elle ?

    J’ai eu la chance d’aller à Rome travailler sur cette encyclique puisque le Vatican avait identifié nos travaux et j’ai rencontré le Pape. Cette encyclique est très universelle, que l’on soit croyant ou non. Elle pose la question de la dignité.

    Léo Purguette : À l’occasion de cette rencontre avez-vous évoqué les abus sexuels dans l’Église ?

    Oui. J’ai eu aussi l’occasion d’en parler avec le nonce apostolique puisque je suis aussi les travaux de la Civiise et de la Ciase, deux commissions qui traitent des violences sexuelles. Ce n’est pas parce qu’on a un peu ouvert les yeux que les réponses sont abouties. Il y a encore des prédateurs et des enfants qui ont besoin d’être protégés.

    LES ÉCRANS

    Didier Gesualdi : Qu’avez-vous à dire aux familles qui ont bien du mal à limiter l’accès aux écrans ?

    Je ne veux pas charger les épaules des parents, on essaye tous de tenir c’est compliqué. Mais quand son enfant n’est pas rentré, qu’on ne sait pas où il est, on s’inquiète. Sauf que dans sa chambre avec son téléphone, il a plus de risques de rencontrer des prédateurs que dehors. 90% des recrutements dans les réseaux d’exploitation sexuelle dans notre pays sont faits sur Internet, sur les réseaux sociaux avec des techniques de manipulation absolument abjecte. Vos enfants peuvent se retrouver dans une situation de « grooming ». Ça veut dire quoi ce nouveau mot ? Ils vont rencontrer quelqu’un qui va prétendre avoir leur âge et va devenir un peu leur ami. Il va demander une photo, elle va être transformée avec de l’IA pour peut-être la dénuder. Elle va être utilisée pour leur faire du chantage. Ils ont tellement honte, tellement peur de se faire gronder qu’ils finissent par se retrouver dans des guets-apens, parfois dans des violences sexuelles qui vont être filmées.

    Léo Purguette : Que peut la puissance publique ?

    Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Non pas pour les punir mais pour les protéger. Il faut aller au bout.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Geneviève :

    Bonjour. Je suis grand-mère et avec tout ce qu’on entend sur les agressions de jeunes enfants, j’ai peur des colonies de vacances etc. Comment garantir la sécurité des enfants sans les garder enfermés à la maison ?

    Je crois que les enfants n’ont pas vocation à rester enfermés à la maison. Ils ont besoin qu’on garantisse les espaces dans lesquels ils vont. Pour cela, il y a plusieurs moyens. D’abord la vérification des antécédents judiciaires pour qu’un prédateur ne se retrouve pas à nouveau à proximité des enfants. Ensuite, c’est l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Je sais bien qu’à chaque fois cela fait polémique. Mais la vérité c’est que nos enfants doivent connaître leurs droits, leur corps parce que, malheureusement, la majorité des violences sont faites par quelqu’un qu’on connaît. 80% des violences sont le fait d’un papa, d’un grand oncle, d’un grand-père, d’un beau-père… Ensuite, il y a des institutions, chez les scouts, dans les colonies de vacances, dans le milieu du sport… S’ils ont été confrontés à quelque chose, il faut dire aux enfants qu’on les croira et que ce n’est pas de leur faute. Dans beaucoup de familles, quand on commence à parler de ça, on se souvient qu’un jour, quelqu’un a dit quelque chose. C’était tellement douloureux qu’on n’en a jamais reparlé. Il faut briser ce silence, c’est comme ça qu’on pourra durablement protéger les enfants sans les priver de la chance de grandir, de vivre des expériences collectives. Je crois à l’éducation populaire, il faut garantir aux enfants qu’on sera toujours à leurs côtés.

  • [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    Rémy Cougnenc : Le festival les Fourmilières contre les idées l’extrême droite est une première. Qu’est-ce que cela révèle du climat actuel ?

    Emmanuel Négrier : L’importance de l’enjeu et la très grande difficulté dans laquelle se trouvent les grands mouvements ciblés par l’extrême droite aujourd’hui. À savoir : trouver les armes pour lutter contre cette ascension. On voit dans le spectre électoral, les dynamiques de partis, les prises de position, une droitisation généralisée du discours et donc la fragilisation de personnes, groupes sociaux ou culturels ciblés par le RN. On le constate dans les premières expériences des villes conquises par le RN. L’urgence que manifestent ces mouvements, c’est de reprendre un peu la main pour faire le travail des partis politiques [de gauche, ndlr]. Il est essentiel de revenir sur l’Histoire pour ne pas se laisser berner par des discours populistes.

    Rémy Cougnenc : Philippe Secondy, c’est une plus-
    value historique que vous avez amenée au débat
    à la Carmagnole du 15
     septembre ?

    Philippe Secondy : Tout à fait. Je donne un éclairage sur l’esprit des lieux. Chaque territoire a des singularités politiques. Il est nécessaire de faire un long détour dans les archives pour montrer comment ces territoires ont été imprégnés sur le plan politique par des conflits parfois ancestraux avec des dimensions sociales, religieuses, économiques… qui ont pu peser.

    Rémy Cougnenc : Dans votre ouvrage, « La persistance du Midi Blanc » (catholicisme traditionnel, royauté, antirépublicains), vous expliquez que la crise viticole de 1907 a bouleversé les rapports de force avec le « Midi Rouge »…

    Philippe Secondy : Pour comprendre 1907, il faut comprendre ce qui s’est passé depuis la fin du XVIIIe siècle. En Languedoc et dans le sous-secteur rhodanien, on a un affrontement net entre les « rouges » et les « blancs ». Les « bleus » – les Orléanistes et Bonapartistes – étaient quelque peu marginaux. L’extrême droite a des racines dans ce Midi royaliste, dans lequel la religion va jouer un rôle de ciment fédérateur. Au XIXe, il y aura plusieurs dimensions. Dès 1819 avec la Restauration, durant Louis XVIII, Montpellier est la première ville de France à ériger un monument en l’honneur du « roi martyr », Louis XVI. La pose de la première pierre a donné lieu à un grand rassemblement populaire en 1819. La statue a été érigée place des Capucins aujourd’hui place du marché aux fleurs (à côté de la préfecture). On a des grands propriétaires terriens nobles alliés à la haute bourgeoisie mais aussi un enracinement de cette culture politique au sein des couches populaires. Tout cela sera confirmé lors des élections de 1849 après l’instauration du suffrage universel direct masculin. On va voir surgir des bastions « blancs » notamment dans l’est de l’Hérault. Au fil du siècle, ce Midi blanc va se consolider avec le journal L’Éclair qui naît en 1881 et qui existera avec un impact important jusqu’en 1944, dirigé par des membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie. Ils seront rejoints par l’évêque Monseigneur de Cabrières qui jouera un rôle central durant un demi-siècle. En 1907, il va tendre la main aux révoltés de la viticulture et des perches à certains membres du « Midi rouge » qui est assez éclaté avec des radicaux-socialistes vus comme des radis : rouges de l’extérieur mais blancs de l’intérieur. Il va profiter de ce moment d’union nationale pour essayer de récupérer sur le plan politique ces viticulteurs massivement mobilisés contre l’État central [face à la surproduction de vin].

    Olivier Nottale : C’est vrai que les jeunes de 2026 n’ont pas forcément connaissance qu’il a pu exister ce « Midi blanc » à Montpellier…

    Philippe Secondy : En fait, il y a longtemps eu une focalisation sur le « Midi rouge » avec des travaux importants de l’historien Jean Sagnes ou Paul Alliès en science politique. Il y a un angle mort de ce Midi conservateur structuré par les royalistes. Chez eux, il y aura des entrepreneurs politiques qui ont accepté les règles de la modernité électorale avec le suffrage universel. Je pense notamment à l’avocat André Vincent qui à la fin du XIXe siècle va développer la jeunesse royaliste, laquelle va entamer un bras de fer avec les notables « blancs », favorables à une sorte d’honorable modération, ne souhaitant pas participer au jeu politique. Or, André Vincent et ses émules comprennent que pour agir concrètement, il faut adopter les nouvelles règles. Grâce au concours de l’Église, ils vont créer des structures de type associatif, vecteurs essentiels pour ancrer ce « Midi blanc ». On met aussi en avant ce qu’il se passe dans les monarchies européennes voisines. Une sorte de programme politique assez moderniste sur certains points se met en place.

    Rémy Cougnenc : Comment le « Midi blanc » a-t-il encaissé la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?

    Philippe Secondy : Cela a été un coup derrière la tête mais aussi un moment important de mobilisation politique. Mgr de Cabrières qui sera aussi cardinal va défier le Pape Léon XIII qui prônait le ralliement à la République. Il va écrire le manifeste d’Avignon.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [C’est l’été] Du classique accessible à tous à l’église Sainte-Anne

    [C’est l’été] Du classique accessible à tous à l’église Sainte-Anne

    Et si la musique classique sortait des sentiers battus ? C’est toute l’ambition des Concerts de Sainte-Anne qui s’ouvrent ce mardi pour une deuxième édition, avec trois rendez-vous jusqu’au 1er septembre. À 19h, l’église Sainte-Anne, place Baverel, dans le 8e arrondissement de Marseille, accueille une programmation accessible à tous, avec une entrée à prix libre.

    « L’an dernier, on a constaté que, l’été, il n’y a quasiment rien à Marseille en matière de musique classique. Tout le monde n’a pas la chance d’aller en festival donc on s’est dit qu’il fallait prolonger les concerts », explique Philippe Gueit, directeur artistique des concerts, qui sera également au piano.

    Pour cette première soirée, le programme sera éclectique. Avec Fabrice Ropolo à la flûte, Philippe Gueit proposera une heure musicale allant de Bach à Morricone, en passant par Ibert, Saint-Saëns, Mozart et Donizetti.

    Le mardi 25 août, le pianiste sera en duo avec le trompettiste Thierry Amiot, pour présenter leur CD Grandes Mélodies, enregistré dans cette même église. « L’originalité, c’est qu’on a choisi un duo pour trompette et piano, bien moins connu que la trompette et l’orgue », précise Philippe Gueit. Enfin, le 1er septembre, le pianiste donnera un récital consacré à Albeniz, Liszt, Schubert et Chopin, entre grandes pages du répertoire et découvertes.

    Séduire les néophytes

    Ici, pas question de réserver le classique aux seuls initiés. « On tient à l’accessibilité du classique pour tous, d’où l’entrée à prix libre, souligne Philippe Gueit. On associe encore trop souvent le classique à un répertoire réservé. » Avec 200 places, sans réservation, chacun peut pousser la porte de l’église et se laisser surprendre. « C’est important de proposer aux gens des choses qu’ils n’aiment pas forcément pour susciter la découverte », poursuit-il.

    À Sainte-Anne, le cadre participe pleinement à cette invitation. « Souvent, les églises résonnent trop. Là, l’acoustique est excellente », assure le directeur artistique, qui apprécie aussi « la grande proximité offerte par le lieu avec le public ».

  • Lauréate d’un concours, une relique du XVIe va être restaurée

    Lauréate d’un concours, une relique du XVIe va être restaurée

    L’objet de toutes les attentions est à peine visible, ce mardi dans une salle de l’archevêché d’Avignon. « Il est fragile, on ne peut pas le relever et le mettre debout », expose François Fonlupt l’archevêque. Tout le monde est pourtant là pour voir le coffret reliquaire de Melchior Fallot. Un saint vestige de 1597, habituellement conservé à l’abri des regards dans la cathédrale Notre-Dame des Doms, et qui devrait prochainement retrouver de sa splendeur afin d’être rendu visible.

    Car ce coffret, inscrit aux Monuments historiques il y a un an et demi, a été lauréat du concours « Le plus grand musée de France ». Une initiative, portée par la fondation de La sauvegarde l’art français, qui a permis de décrocher une dotation de 8 000 euros, financée par l’assureur Allianz. « Accompagner, protéger, transmettre : c’est notre raison d’être d’assureur, qui s’applique ici au patrimoine culturel », fait valoir, Astrid de Latour, responsable du pôle projets 360 chez Allianz. Même le préfet est de la partie. Thierry Suquet confie avoir participé au vote, aiguillé par le service départemental qui traite des Monuments historiques.

    Financer un protocole

    de restauration

    Cette somme de 8 000 euros « va permettre d’entamer des études pour un protocole de restauration qui doit ensuite être validé par les Monuments historiques », détaille Blandine Silvestre, déléguée épiscopale à la conservation des trésors du diocèse d’Avignon. Le coffret est d’ailleurs actuellement entre les mains d’un artisan d’art spécialisé, Philippe Hazaël-Massieux. « Il a reçu un traitement préventif car il était infesté d’insectes xylophages », précise Blandine Silvestre qui s’est engagée « dans un marathon » sur cette restauration dont elle ne se hasarde pas à fixer un calendrier final.

    « On ne peut pas dire que ce coffret soit un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, mais c’est un rare témoignage d’un pèlerinage en terre sainte d’un apothicaire avignonnais au XVIe siècle, une richesse patrimoniale religieuse qu’il est de notre responsabilité de restaurer et présenter », développe François Fonlupt. Le coffret est, semble-t-il, toujours resté à Avignon, conservé pendant plusieurs siècles au Carmel jusqu’à sa fermeture en 2023, avant que l’archevêché ne le récupère. Le coffret contient des pierres disposées dans un coffret en noyer compartimenté. Le reliquaire s’ouvre en deux volets décorés d’estampes religieuses, tandis que le centre abrite une croix en bois d’olivier posée sur une cupule d’albâtre et protégée par une vitre teintée.

  • L’ode au silence de Jaume Plensa au Carré Sainte-Anne

    L’ode au silence de Jaume Plensa au Carré Sainte-Anne

    Un an après sa réouverture avec une exposition de l’artiste JR, qui a attiré plus de 300 000 visiteurs, le Carré Sainte-Anne, à Montpellier, accueille tout l’été, jusqu’au 1er novembre, l’exposition « Mirage », de l’artiste catalan Jaume Plensa.

    Figure incontournable de la sculpture monumentale contemporaine dont les œuvres sont présentes dans l’espace public à travers le monde, Jaume Plensa a eu un véritable coup de cœur pour l’écrin de pierre qui l’accueille à Montpellier, ancienne église reconvertie en espace d’art contemporain. « J’y ai perçu un sentiment de spiritualité énorme », confie-t-il dans un entretien avec le commissaire d’exposition Numa Hambursin. « En entrant dans Sainte-Anne, j’ai eu la sensation immédiate que ces œuvres étaient faites pour ce lieu. »

    Baptisée « Les invisibles », l’œuvre principale et monumentale de l’exposition représente deux visages suspendus sculptés dans une maille de fils d’acier. Le doigt sur les lèvres, ils se font face dans un geste universel pour demander le silence. « Ils sont comme des présences fantasmagoriques dans l’espace ouvert, en position de conversation silencieuse », décrit l’artiste. « Ce n’est pas un silence imposé, insiste Jaume Plensa. Mais l’idée qu’il faut retrouver son calme et baisser la voix. C’est un silence qui permet de créer un état d’âme qui nous rend capables d’écouter. (…) Nous sommes dans un moment très particulier pour le monde, la politique et la société. Tout est extrême et violent. Je crois au contraire qu’il faut parler plus profondément au lieu de parler plus fort. J’ai toujours défendu le silence comme une façon de ressentir et de s’exprimer. »

    Poétique, éthérée, offerte aux jeux de lumière des vitraux, qui dessinent les ombres portées de la maille sur le sol,
    « l’installation ne vient pas s’imposer à l’édifice, mais s’y inscrire avec retenue », souligne Numa Hambursin.

    Outre ces « Invisibles » en tête à tête, trois sculptures de bois représentant des visages de femmes travaillés dans d’anciennes poutres d’un bâtiment démoli ainsi que deux gisants d’albâtre, qui évoquent l’histoire de l’architecture religieuse, complètent cette exposition, qui célèbre le silence et la beauté.

    * Entrée libre

  • À Villes-sur-Auzon, un concert de Jean-Louis Aubert pour la restauration du toit de l’église Saint-André

    À Villes-sur-Auzon, un concert de Jean-Louis Aubert pour la restauration du toit de l’église Saint-André

    Ce lundi 25 mai fera date à Villes-sur-Auzon avec le concert donné par Jean-Louis Aubert au bénéfice de la restauration du toit de l’église du village.

    Juste avant le spectacle Jean-Louis Aubert a reçu la presse dans un contact simple. Il a raconté son enfance passée dans ce village où sa famille (parents, grands-parents et arrières-grands-parents) ont vécu. Son père était sous-préfet, son grand-père était communiste et instituteur. Un membre de sa famille a même été moine. C’est dire la diversité, et « le vécu » au sein du village. Il a évoqué son enfance, les chansons dans les champs avec ses collègues, et les bêtises faîtes. Sa mère a été a dernière personne passée à l’église pour la messe de funérailles. Quinze jours après le maire fermait l’église.

    À l’occasion de la conférence de presse, notre journal lui a remis l’article rédigé il y a quelques années à l’occasion de son concert aux carrières du Bruoux à Gargas (près d’Apt) pour l’enregistrement de l’émission de France 2 Le concert unique. Quand Jean-Louis Aubert donne un spectacle, il « va vers les gens », ce qui explique la relation privilégiée qu’il a avec le public. Il a aussi dit avoir été ami avec Patrick Vian (le fils de Boris Vian) qui résidait à Saignon. Il a également précisé que son album RockEclerc avait été enregistré à La Fabrique, studio d’enregistrement à Saint-Rémy-de-Provence.

    Il a évoqué ses parents et notamment son père qui avant de mourir lui a confié : « Merci pour tout ce que tu as fait, je crois que j’aurais voulu faire tout ce que tu as fait ! » (un bel hommage). Il a aussi salué sa sœur disparue il y a peu et qui, lors de le visite de Jean-Louis à l’hôpital, lui a dit : « Je suis désolée d’être malade et de te déranger » . Il a salué son autre sœur présente dans le public.

    Il a interprété : « La Bombe humaine », « Alter ego » , une chanson en hommage à Barbara, et un de ses titres , et aussi « Temps à nouveau » , « Juste une illusion » et bien d’autres titres. Rappelons que Jean-Louis Aubert était le 23 Mai au grand concert du Vélodrome à Marseille : « Corsu Mezu, Mezu » . Il a terminé le concert avec « Voilà c’est fini ». Et il s’est écrié : « C’est un bonheur d’être avec vous ! ».

    Les bénéfices du concert seront reversés pour la rénovation de l’église. Un chantier que le maire, Frédéric Rouet, chiffre à 1,5 million d’euros et pour lequel des financements de l’État et de la Région Sud ont été actés. L’édile mise aussi sur le loto du patrimoine et sur les dons de particuliers.

    José VINCENTELLI

    Pour envoyer des dons pour la restauration : site fondation du patrimoine https://www.fondation-patrimoine.org ou association pour la sauvegarde de l’église de ville-sur-Auzon 4, place de la mairie, 8457O Villes-sur-Auzon.

  • L’orgue de la Madeleine à son tour en voie de restauration

    L’orgue de la Madeleine à son tour en voie de restauration

    Sur la place des Prêcheurs, les portes imposantes de l’église de la Madeleine sont toujours fermées. Depuis 2006 « suite à de graves désordres structurels portant atteinte à la stabilité du bâtiment », puis la livraison d’un arrêté de péril, le monument n’ouvre qu’occasionnellement, pour une messe ou un événement culturel. Depuis 2025, une nouvelle cure de jouvence est lancée pour l’église dominicaine. Plusieurs phases de travaux se sont succédées depuis sa fermeture, la dernière ayant eu lieu entre 2019 et 2020. Dans cette nouvelle phase de travaux, concentrée sur la restauration des intérieurs de l’église, le grand orgue de tribune Isnard Moitessier fera lui aussi l’objet d’une longue restauration, minutieuse, et sur plusieurs années. La dernière tranche des travaux devrait prendre fin d’ici mai 2029, selon le marché de travaux public dédié. Pour la petite histoire, l’instrument, classé au titre des monuments historiques pour sa partie buffet (arrêté du 20 septembre 1910) et pour sa partie instrumentale (arrêté du 16 février 1984), avait été a « été livré en 1743 par Jean -Esprit Isnard », facteur d’orgues français.

    Quatre phases de travaux

    « Il s’agit d’une œuvre monumentale, orné de sculptures en bois, qui a conservé une partie de ses jeux d’origine », est-il indiqué dans le document officiel. Niché en fond de l’Église, il mesure plus de neuf mètres de haut, est composé de 249 tuyaux postés, de 14 pièces gravées.

    Cette restauration, d’ampleur, est divisée en diverses phases. En raison des travaux de restauration intérieure, la première étape consistera, toujours selon les termes du marché, de démonter la partie instrumentale de l’orgue d’ici le mois d’octobre 2026. Les buffets eux, resteront sur site. Leur « protection » au vu des poussières causées par les travaux de restauration devra être bouclée d’ici mars 2027. Est ensuite prévue une phase de restauration de ces éléments en atelier. « Cette phase est menée parallèlement avec les travaux intérieurs à l’édifice au cours desquels il ne sera pas possible de réaliser quoique ce soit sur le buffet d’orgue pendant cette période », est-il stipulé. Ce travail sera ensuite suivi du démontage des protections installées sur le buffet, une fois l’église accessible de nouveau, et la « restauration complète du buffet d’orgue ». La quatrième et dernière phase consistera à réassembler l’orgue, puis sa mise en service. Une phase qui s’achèvera d’ici mai 2029.

  • Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le communiqué de Monseigneur Touvet, évêque du Diocèse de Toulon-Fréjus, publié le 17 avril, a de nouveau troublé la tranquillité du village de Besse-sur-Issole, 3 200 habitants. Il y est affirmé que sœur Mathilde des Cœurs Unis (Mathilde Rocoffort de Vinnière de son nom civil) « n’est pas une “religieuse” ».

    Arrivée à Besse-sur-Issole en 2020, elle prononce des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, le 2 février de cette année, en présence de l’évêque de l’époque, Mgr Rey. Des vœux privés, qui, selon Mgr Touvet « ne donnent droit ni au titre de religieuse, ni au port d’un habit religieux ».

    Gonfaron,

    point de discorde ?

    Pourtant, l’actuel évêque envisageait de lui confier une mission à Gonfaron, en 2025, mission qu’elle aurait refusée. L’évêque aurait alors estimé qu’elle ne pouvait être considérée comme religieuse et ne pouvait donc pas assurer de fonction religieuse. « C’est faux, elle avait accepté, mais ne pouvant payer trois mois de loyer d’avance pour son logement, elle a dû se raviser », rétorque François Paz, président d’un Comité d’intérêt local (CIL) laïc créé la même année, pour soutenir sœur Mathilde, « une personne qui mène une vie de religieuse tout en étant très utile et aimée ». Fort de 600 adhérents, le CIL l’a d’ailleurs missionnée pour s’occuper d’enfants, « sans dispenser de formation religieuse », précise-t-il.

    Après cet épisode, en octobre, le curé de la paroisse, l’abbé Bonfils, refuse de célébrer une messe en l’honneur de l’anniversaire de ses vœux. Conséquence du différend de Gonfaron ? « Je pense que cette situation a commencé avant, on voulait se débarrasser d’elle pour une raison que j’ignore », estime François Paz. Après les élections municipales, un nouvel épisode survient. Selon le président du CIL, sœur Mathilde est accusée « d’avoir fait perdre le maire sortant » et serait devenue la cible d’insultes, ce qui la pousse à déposer plainte. Dans le cadre de l’enquête, l’abbé Bonfils ainsi qu’un prêtre d’un village voisin sont convoqués par la gendarmerie, « sous prétexte qu’ils refuseraient de la considérer comme une religieuse », écrit Mgr Touvet. « Il ne prend pas en compte les mesquineries qu’elle a subies », juge le président du CIL. Tous deux disent vouloir le « retour du calme » au sein du village. « C’est notre ligne directrice et pour cela, il faut du dialogue », conclut François Paz.

  • En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    Le gouvernement de Pedro Sanchez traverse de nouvelles turbulences qui secouent la vie politique, avec les derniers actes de corruption, de harcèlement et d’abus sexuels présumés commis par des responsables du PSOE. El Pais titrait dimanche à la Une : « Le gouvernement vit ses heures les plus critiques. » Les révélations sur la corruption de certains cadres du Parti socialiste, les cas de harcèlement sexuel dans les sphères dirigeantes de ce parti mis au grand jour par le journal en ligne Eldiario, et des détentions provisoires, fragilisent encore davantage le gouvernement de gauche. Un « tsunami politique » comme le disent des commentateurs, dont la droite et l’extrême droite espèrent tirer profit.

    Le Parti populaire (PP) attend avec impatience les résultats des élections régionales anticipées qui vont se dérouler en Extrémadure le 21 décembre. La droite et l’extrême droite (Vox) gouvernaient cette région ensemble jusqu’à la mise en retrait de Vox qui a eu pour conséquence la convocation de nouvelles élections. Le PP espère une réélection et une forte progression qui le conforterait dans sa volonté de faire chuter le gouvernement. Souvent en alliance avec Vox, il détient déjà la majorité des régions en Espagne. Le leader du PP, Alberto Nuñez Feijoo, en campagne électorale, samedi, n’a pas manqué de cibler Pedro Sanchez, qu’il accuse de donner des « leçons sur le féminisme alors qu’il cache un troupeau de machistes et de corrompus ».

    Du côté des partenaires au gouvernement, Yolanda Diaz, 2e vice-présidente, communiste et membre de la coalition Sumar a estimé, samedi, qu’il devient nécessaire de remanier en profondeur l’équipe gouvernementale.

    « Changement profond »

    « À Sumar, nous sommes clairs : le gouvernement a besoin d’un changement profond et courageux. Il ne suffit pas de retouches cosmétiques ni de gestes symboliques » a-t-elle déclaré lors d’un entretien sur la Sexta. Yolanda Diaz demande au président du gouvernement, Pedro Sánchez, « de prendre des mesures et au PSOE de faire face à sa responsabilité et d’agir (…) je veux envoyer toute mon amitié et solidarité aux femmes socialistes et féministes (…) la seule façon est d’agir sans ambiguïté et de remanier le gouvernement, pour continuer des politiques sociales et faire progresser le droit… »

    Les autres partenaires demandent aussi au président Pedro Sanchez qu’il comparaisse devant les députés comme le Parti National Basque (PNV) ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC) afin d’apporter des explications. Pedro Sanchez, qui semblait rester droit dans ses bottes « un capitaine ne quitte pas le navire en pleine tempête » avait-il déclaré lors de précédentes affaires de corruption, vient de trouver l’occasion de reprendre la main. L’interview ce dimanche dans le journal La Vanguardia du président de la conférence épiscopale espagnole ouvre un autre front, Luis Argüello connu pour sa proximité avec l’extrême droite profite de cette crise politique pour réclamer soit une motion de censure, soit des élections anticipées.

    « Il y a une autre option, celle de respecter le résultat électoral, même si vous êtes nostalgique de l’époque où les évêques interféraient dans la politique. Celle-ci est terminée depuis que la démocratie a été instaurée dans ce pays » a rétorqué Pedro Sanchez ce dimanche en meeting électoral à Caceres. À suivre donc, mais les joutes verbales ne suffiront pas à apaiser la colère et l’inquiétude dans l’électorat de gauche, tant que des actes concrets ne viendront pas clore cet épisode qui met à mal les progrès sociaux déjà accomplis par le gouvernement et ceux à venir.