Tag: Edwy Plenel

  • [Entretien] Edwy Plenel : « Nous jouons notre avenir à la roulette russe présidentielle »

    [Entretien] Edwy Plenel : « Nous jouons notre avenir à la roulette russe présidentielle »

    La Marseillaise : Quel est le sens de votre venue en Vaucluse, territoire où l’extrême droite est ancrée depuis longtemps ?

    Edwy Plenel : Le thème, c’est la question démocratique face à la montée non seulement en France, mais aujourd’hui à l’échelle du monde entier, de l’extrême droite. Mon premier livre, j’avais 32 ans, c’était en 1984, ça s’appelait L’effet Le Pen. J’ai une constance dans la prise de conscience du fait qu’il y avait un retour en force, progressif, d’abord à l’échelle de la France et avant même l’ébranlement du paysage mondial qui fait qu’aujourd’hui, l’extrême droite a aussi le visage de Donald Trump, de Vladimir Poutine, de Benyamin Netanyahou et de beaucoup d’autres. Je pense qu’il faut dans ce contexte-là comprendre ce qui nous arrive, mettre cela en perspective et surtout se retrouver autour de cette question : « qu’est-ce que c’est qu’un idéal démocratique ? » Je pense qu’on ne peut répondre à la montée de l’extrême droite qu’en ayant un imaginaire alternatif qui donne une force à notre riposte. Toutes les extrêmes droites, où qu’elles soient, veulent rétablir la hiérarchie des origines, en clair, l’inégalité naturelle, qu’il y ait des civilisations supérieures à d’autres, des origines, des couleurs de peau, des religions, des sexes supérieurs à d’autres. Dans un moment comme celui-là, il faut bien prendre conscience que l’essentiel est en jeu.

    Vous estimez que l’élection n’est pas le seul levier démocratique. Qu’entendez-vous par là ?

    E.P. : La démocratie, ce n’est pas simplement voter, c’est des contre-pouvoirs, une justice indépendante, une presse libre, c’est le droit de manifester, le droit de protester, le droit de se syndiquer, le droit de s’organiser, le droit de ne pas penser pareil, de contester, c’est le droit des minorités et pas seulement le droit de la majorité. Tout cela, il faut le défendre et ça dépend de nous toutes et nous tous, et pas seulement d’un bulletin de vote.

    Vous plaidez pour un changement de système ?

    E.P. : La France est un pays très fragile, car nous sommes une démocratie de basse intensité depuis très longtemps, à cause du présidentialisme. Nous n’avons pas le bouclier d’une culture parlementaire, d’une culture décentralisée. Nous voyons bien que nous jouons notre avenir à chaque fois à la roulette russe présidentielle, où la volonté d’un seul confisque le pouvoir de tous. Donc, c’est le défi que nous avons à nouveau dans six mois, avec une élection présidentielle où, encore plus que jamais, l’extrême droite peut rafler tous les leviers du pouvoir, simplement en gagnant l’Élysée et en obtenant l’élection de sa candidate à la présidence de la République.

    Suite aux révélations sur Jordan Bardella, Marine Le Pen a parlé de « costard en Kevlar » pour les journalistes. Qu’en pensez-vous ?

    E.P. : Ces déclarations montrent une culture non démocratique, de non-respect de la presse et une culture de violence, puisque ce sont presque des menaces physiques à l’égard de Mediapart et ses journalistes. Nous faisons notre travail en publiant des informations vérifiées, recoupées, d’intérêts publics, en l’occurrence nos révélations. Tout l’embarras du RN montre que la dédiabolisation est une légende et qu’en fait, c’était de la dissimulation. Qu’au cœur de ce mouvement, il y a son ADN historique au cœur de la culture de l’extrême droite française. Derrière la xénophobie, le racisme, il y a cette longue durée de l’antisémitisme français.

  • [Divergence] « Le grand Costa-Gavras a accepté de venir à Pézenas »

    [Divergence] « Le grand Costa-Gavras a accepté de venir à Pézenas »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence (DAB+ et divergence-fm.org) participe à l’émission politico-sociétale « Quoi de neuf ? » . Cette semaine,
    notre invité est Paul Worms. Il représente l’équipe du festival Rencontre Cinéma de Pézenas.

    C’est un des rendez-vous majeur du 7e art dans l’Hérault, avec Cinemed : la 63e édition du festival Rencontre Cinéma de Pézenas*, organisée par la Fédération des Ciné-Clubs de la Méditerranée (FCCM), se déroule du 20 au 26 février. Un événement. Cette année, le pays mis au premier plan est la Grèce, au cinéma aussi riche que hélas trop méconnu. L’invité d’honneur est le grand réalisateur franco-grec, Costa-Gavras. Paul Worms, une des chevilles ouvrières de ce festival nous en dévoile les temps forts et le sens.

    Françoise Verna : Vous avez choisi de mettre en lumière, je cite, « la diversité et la vitalité du cinéma grec ». Pourquoi ce choix ?

    Paul Worms : Depuis presque 30 ans, on a un fil rouge pour chaque rencontre qui est un pays et le cinéma de ce pays. On a couvert presque tous les pays importants du cinéma dans le monde. Comme l’an dernier, nous étions en Asie avec la Corée, nous avons décidé de revenir en Europe cette année. Après débat, on a décidé que finalement le cinéma grec était très riche mais aussi très peu connu. On a quelques têtes de gondoles connues en France, quelques rares films quelques rares réalisateurs. Je ne vous cache pas qu’on a eu quelques soucis pour récupérer certains films. Pour programmer 26 films, il a fallu que l’on en visionne le double !

    Françoise Verna : Parlez-nous des lieux où se déroulent projections et débats à Pézenas ?

    Paul Worms :Les deux lieux sont le cinéma Le Molière et puis, à 100 mètres, il y a le Théâtre de Pézenas, une petite merveille de théâtre à l’italienne dans lequel on installe écran et projecteur. Cela permet aussi d’avoir des débats. Les spectateurs peuvent aller d’une salle à l’autre très facilement.

    Olivier Nottale :Il y a cette notion d’échanges et de débat, de rencontres. C’est important pour vous ?

    Paul Worms : Dans notre ADN il y a deux choses auxquelles nous tenons beaucoup. Il y a cette notion de rencontre avec un cinéma, avec des professionnels du cinéma, entre les spectateurs. La deuxième chose c’est la notion de découverte. On veut vraiment que nos spectateurs viennent pour découvrir des films nouveaux. La majorité des films sont peu connus et nous voulons que les gens sortent de cette Rencontre Cinéma de Pézenas en ayant découvert plein de choses. Chaque film est présenté par au moins une personne de notre équipe mais en général par une ou un invité.e qui est spécialisé dans le cinéma ou le film en question. L’idéal, c’est d’avoir des cinéastes Cette année on estime faire un grand coup avec la venue du grand Costa-Gavras !

    Olivier Nottale :
    Oui Costa-Gavras est l’invité d’honneur de cette 63e édition. C’est une volonté de faire connaître son œuvre aux nouvelles générations ?

    Paul Worms : Il a accepté de venir, il a 93 ans. C’est un monument du cinéma. Son film Z parle de la dictature des colonels en Grèce dans les années 60-70 et c’est l’histoire de l’assassinat d’un opposant. C’est une fiction mais aujourd’hui on appellerait cela un « docu fiction ». C’est le cas de beaucoup de ses films. Nous allons passer Missing qui se déroule en Amérique du Sud et là c’est malheureusement d’actualité. On ne le diffuse pas mais il a réalisé et il a été célèbre aussi pour L’aveu sur les dérives du système soviétique. On va proposer aussi un de ses derniers films, Adults in the room qui parle de la fameuse crise économique de 2005 où la Grèce a été mise sous tutelle du Fonds monétaire international.

    Françoise Verna : Costa-Gavras sera accompagné par le journaliste Edwy Plenel…

    Paul Worms : Nous sommes très heureux de sa présence. Nous ne pouvons diffuser l’ensemble de la série documentaire qu’il a consacrée à Costa Gavras mais nous projetterons les deux premières parties. La première étant consacrée au film Z. Edwy Plenel va nous apporter beaucoup pour comprendre Costa-Gavras.

    Olivier Nottale : Parlez-nous des autres sections du festival, notamment, une nouvelle intitulée « Regard féminin ». Pourquoi cette nouveauté ?

    Paul Worms : C’est une section qui va être pérennisée non seulement parce que nous avons beaucoup de femmes dans notre équipe mais aussi parce que depuis quelques années des spectatrices nous disaient « c’est bien votre programmation mais il n’y a pas beaucoup de réalisatrices. vous n’invitez pas beaucoup de femmes… » Nous avions fait des efforts mais sans vraiment le matérialiser et nous avons donc décidé de créer, cette année, cette section avec trois invitées, six ou sept films.

    Nous avons aussi la venue de Véronique Le Bris, écrivaine, journaliste et qui a souhaité aussi programmer des films. Elle a une carte blanche avec notamment la programmation d’un film d’une cinéaste, Ida Lupino, une des pionnières du cinéma américain dans les années 1950. Elle est dans la lignée des femmes qui ont fait le cinéma féminin. Nous aurons aussi la venue d’Hélène Merlin qui vient nous présenter son dernier film Cassandre. Et la merveilleuse Marielle Issartel qui a co-réalisé avec son compagnon, Charles Belmont, Histoires d’A, en 1973, sur l’avortement. Film censuré mais qui a eu un grand succès grâce au bouche-à-oreille.

    Recueilli par F.V.

    *Programme sur le site RencontreCinemaPezenas.com