Tag: éducation prioritaire

  • Vincent Bouget s’oppose aux 18 fermetures de classes à Nîmes

    Vincent Bouget s’oppose aux 18 fermetures de classes à Nîmes

    Mardi 14 avril, ils étaient encore nombreux, parents, enfants, enseignants, à se mobiliser devant l’école Prosper-Mérimée à Nîmes pour s’opposer à la nouvelle carte scolaire qui prévoit une fermeture de classe dans cette école du quartier de la Croix de Fer. Un cortège s’est ensuite rendu devant les locaux de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (Dsden) pour faire entendre le mécontentement.

    Comme partout dans le département ces dernières semaines, de nombreuses mobilisations se sont déroulées à Nîmes pour s’opposer aux 18 fermetures de classe prévues pour la rentrée 2026. S’il a déjà fait part de son opposition à ces fermetures lors d’une réunion le 2 avril avec Christophe Mauny, le directeur académique, Vincent Bouget a cette fois pris la plume pour réaffirmer son « désaccord profond » dans une lettre envoyée au Dasen. Pour le maire communiste, professeur d’histoire-géographie de formation, la baisse des effectifs doit permettre au contraire de baisser le nombre d’élèves par classe plutôt que de faire des économies.

    Lutter contre les inégalités

    « L’éducation, par l’apprentissage des savoirs, est le levier majeur de l’émancipation de notre jeunesse. L’école est également l’écrin d’une sociabilisation apaisée, de l’ouverture à l’autre, et de la confiance en soi. Or, les études, y compris celles de la Chambre régionale des Comptes dont l’objectif principal est la rationalisation des coûts et dépenses au regard des politiques publiques, démontrent que le nombre réduit d’élèves par classe amoindrit considérablement les inégalités et favorise la réussite scolaire de tous les enfants. », écrit-il.

    Une autre mobilisation a été particulièrement suivie à Nîmes : celle de l’école Georges-Bruguier, dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon où une classe de CP sur les cinq que compte l’établissement doit fermer en septembre. Jeudi 9 avril, 100% des enseignants étaient en grève. Avec cette fermeture, les effectifs par classe pourraient passer de 12 aujourd’hui à 15 en septembre. Or cette école possède l’indice de position sociale (IPS) le plus bas de l’académie et a donc des besoins spécifiques.

    C’est d’ailleurs sur ce point qu’insiste aussi Vincent Bouget dans son courrier soulignant que « le département du Gard est l’un des plus pauvres de France, et la ville de Nîmes compte plus de 40 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté ce qui représente près de la moitié des enfants scolarisés ». « L’ambition que nous portons à l’enfance et aux questions d’éducation implique de considérer la réussite comme un projet d’avenir. Et nous ne pouvons imaginer l’appréhender par le seul biais d’une gestion comptable qui s’appuie sur des ratios. Le dédoublement des classes étendu à l’ensemble des niveaux dans l’élémentaire est une des solutions qui répond à cette ambition », conclut le maire de Nîmes qui demande « le maintien de l’ensemble des classes existantes ».

  • À Montpellier, le collège Gérard-Philipe se bat pour arracher des moyens

    À Montpellier, le collège Gérard-Philipe se bat pour arracher des moyens

    Il ne manquait plus que ça : l’ouverture à la rentrée prochaine, sur décision du rectorat, d’une nouvelle classe de 3e« sans les moyens horaires réglementaires. On nous allouait 21 heures alors que la loi prévoit un horaire plancher à 29 heures. Cela nous obligeait donc à aller chercher des heures sur notre marge, en réduisant par exemple les heures d’accompagnement en demi-groupe », explique Guillaume Delteil, professeur d’histoire-géographie et élu du personnel Sud Éducation.

    Classé en éducation prioritaire (REP), le collège Gérard- Philipe, à Montpellier, fait pourtant partie des 800 collèges listés par le gouvernement comme concentrant les situations de plus grande difficulté scolaire : au moins 4 élèves sur 10 y obtiennent moins de 8/20 en français et en mathématiques au brevet. « On est déjà confrontés à un manque de moyens globaux pour notre établissement, qui recrute une grande majorité d’élèves dans trois quartiers prioritaires de la ville (Saint-Martin, Tournezy et Lemasson). On n’avait vraiment pas besoin de ça. »

    Aussi, le 12 février, enseignants, personnels administratifs et parents d’élèves se sont rassemblés devant l’établissement autour d’un piquet de grève, avant de se rendre au rectorat, où une délégation a été reçue. Une rencontre qui s’est avérée fructueuse, le rectorat ayant pris, selon le représentant de Sud éducation, l’engagement oral de renoncer à l’ouverture de cette classe de 3e supplémentaire. Un soulagement, certes, mais la situation globale de l’établissement reste inquiétante : « Le contexte économique, social et sécuritaire se dégrade fortement dans ces quartiers. Nous constatons toutes et tous une dégradation de la santé sociale et mentale de nos élèves et de leurs familles », déplore dans un communiqué une intersyndicale Sud Éducation, Snes-FSU, Snalc, FO et Sgen-CFDT.

    L’établissement se bat donc pour obtenir son classement en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+), et les moyens qui vont avec. La dernière fois que la carte d’éducation prioritaire a été redessinée, c’était en 2014… « Elle est complètement dépassée. Aujourd’hui, si on prend nos taux de boursiers échelon 3, notre pourcentage de redoublement, d’élèves vivant en quartiers prioritaires de la ville et notre pourcentage de catégories socio professionnelles défavorisées, on est en plein dans les indicateurs REP+ », assure Guillaume Delteil.

    Conséquence de ce manque de moyens, « le climat s’est nettement dégradé depuis 3-4 ans. On a de plus en plus de violences. On est le collège qui a le plus fait remonter de faits d’établissement graves au ministère », relate Guillaume Delteil. « On n’a quasiment plus de mixité sociale, il est là le problème aussi. Toutes les classes moyennes qui vivent sur le bassin choisissent le privé. » La communauté éducative réclame donc également des postes de surveillants (AED) supplémentaires. Ainsi que des postes d’AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), « car nous avons de plus en plus d’élèves avec des besoins particuliers. »

  • L’enfance, levier d’égalité pour Nîmes

    L’enfance, levier d’égalité pour Nîmes

    Elle n’a pas « choisi » l’enfance comme un thème de campagne : c’est l’enfance qui l’a rattrapée, chaque matin, à hauteur de CP. Géographe-urbaniste de formation, passée par la réhabilitation de quartiers d’habitat social, Agnès Charaix-Py s’est reconvertie dans l’enseignement. Aujourd’hui colistière de Nîmes en commun, elle porte deux dossiers qui se répondent : renaturaliser la ville, « y compris les cours d’école des 83 écoles de Nîmes », et redonner aux enfants une place de citoyens à part entière.

    Dans sa classe, elle dit avoir vu « une paupérisation certaine » en 17 ans : pauvreté matérielle, familles récemment arrivées, barrière de la langue. À cela s’ajoutent, selon elle, « les non-problèmes » devenus massifs : l’emprise des écrans, la concentration en chute, et des signaux sanitaires plus lourds dans les quartiers populaires (caries, obésité, alimentation déséquilibrée). « On est sur une santé défavorable », résume-t-elle, sans fatalisme. Car l’autre visage, elle le décrit avec une énergie contagieuse : des enfants « affamés de culture et d’apprentissage », un enthousiasme brut, une soif de découverte. « Ce sont des gamins pas blasés », dit-elle, évoquant une sortie aux Arènes, « magique », parce que beaucoup n’y avaient « jamais mis les pieds ».

    Ce contraste nourrit sa colère politique : « Il y a des pépites. Je les vois, ils ont six ans. » Et pourtant, faute d’accompagnement, beaucoup glissent, du primaire au collège puis au lycée, jusqu’à l’orientation subie. « Ça me met la rage », insiste-t-elle : « on sacrifie leur avenir ». Pour Agnès Charaix-Py, la mairie a des leviers concrets et immédiats : périscolaire, loisirs, accès à la culture, à la mobilité, à une alimentation saine. Des actions qui, mises bout à bout, « ouvrent des horizons » et desserrent l’étau du déterminisme social.

    « Vous êtes Nîmois »

    L’épisode de juin 2025 a marqué durablement la communauté éducative : « 81 écoles sur 83 ont été fermées pendant la canicule », rappelle-t-elle, décrivant des classes à 30-31°C, des journées perdues où l’on n’enseigne plus vraiment. Pour elle, le sujet n’est pas anecdotique : il dit une politique d’investissement, des priorités assumées. « Le musée de la Romanité ou le Palais des Congrès, c’est bien, mais ça nous a fait perdre du temps », lâche-t-elle, plaidant pour un plan pluriannuel transparent : diagnostic école par école, catégories d’urgence, calendrier lisible pour parents et équipes, travaux d’isolation, protections solaires, solutions de rafraîchissement sobres, et renaturation réelle des cours.

    Car « la ville à hauteur d’enfant » commence derrière le portail : moins de goudron, plus de pleine terre, des arbres, des potagers qui fonctionnent, des composteurs suivis, du vivant. Pas pour faire joli, mais pour transformer l’expérience quotidienne et l’adaptation climatique. Et au-delà de l’école, elle déroule une vision urbaine très concrète : abords d’écoles apaisés, rues temporairement libérées des voitures, cheminements piétons sûrs, pistes cyclables praticables par des enfants, quartiers ralentis. Autrement dit : l’enfance comme test de vérité des politiques publiques.

    Mais l’ambition, insiste-t-elle, est aussi démocratique. Elle regrette l’absence d’un conseil municipal des enfants et veut éviter le gadget : sujets travaillés en amont dans les écoles, élus référents, engagement public de réponses, et retour devant les enfants « dans six ou douze mois » sur ce qui a été fait. « Ce ne sont pas seulement les citoyennes de demain, ce sont les citoyennes d’aujourd’hui », martèle-t-elle.

    Dans sa classe, une phrase revient : « Moi je voudrais qu’ils se sentent Nîmois. » Parce que l’appartenance, dit-elle, peut être un point d’appui, plus accessible que l’identité nationale pour des enfants de familles diverses. « Vous êtes Nîmois », répète-t-elle à des élèves pourtant nés ici. Derrière, une idée simple : faire de la ville un bien commun, et de l’enfance un point de départ. « Un enfant égal un enfant », conclut-elle, « des beaux quartiers comme des classes populaires ». À ses yeux, la justice sociale commence là : dans une cour d’école, un trajet du matin, un repas de cantine, une bibliothèque gratuite, un droit réel à la parole.

  • [Rétro 2025] Le long combat de La Dullague pour être classé REP +

    [Rétro 2025] Le long combat de La Dullague pour être classé REP +

    C’est un dialogue de sourds. Tout au long de l’année, les enseignants et les parents d’élèves du collège La Dullague, à Béziers, se sont mobilisés, interpellant tour à tour le rectorat et le ministère de l’Éducation nationale pour obtenir, enfin, leur classement en REP+ et les moyens qui vont avec, alors que les indicateurs de l’établissement (taux de pauvreté, d’élèves boursiers, de réussite au brevet) sont de plus en plus alarmants. « La carte de l’éducation prioritaire, établie en 2014, devait être revue tous les quatre ans afin de tenir compte des évolutions des contextes sociaux. Or il ne s’est toujours rien passé… », déplore une enseignante. « Chaque année, depuis 2018, on nous explique que ce sera pour la rentrée prochaine, si bien qu’on a déjà deux générations de collégiens, soit plus de 1 000 élèves, qui n’ont pas eu droit à l’égalité des chances. Ce n’est plus possible », s’indigne-t-elle. « La souffrance des élèves est là, l’échec scolaire est une réalité quotidienne. Que vous faut-il de plus pour réagir ? », a lancé Karen Anicet, représentante des parents d’élèves Apeco à l’adresse du ministre Édouard Geffray lors du dernier rassemblement en date, le 26 novembre. Une mobilisation d’ampleur à laquelle se sont jointes 9 écoles primaires du secteur.

  • De Béziers à Paris pour arracher leur classement en REP +

    De Béziers à Paris pour arracher leur classement en REP +

    Le rectorat se dit impuissant ? Le ministère fait la sourde oreille ? Qu’à cela ne tienne ! Les enseignants de La Dullague et Lucie-Aubrac iront directement frapper, le 5 novembre, à la porte du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Aux côtés de représentants de deux autres établissements dans la même situation (Montesquieu à Evry-Courcouronnes et Julia Nicolas, à Fort-de-France), avec lesquels ils ont formé un collectif, quatre enseignants de ces deux collèges biterrois porteront en haut lieu, chiffres à l’appui, leur demande d’un classement urgent en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+).

    « Ce collectif correspond aux établissements qui ont un IPS (indice de position sociale) extrêmement bas. La moyenne nationale des IPS est de 106 et nos établissements, eux, sont à moins de 76, chiffre qui correspond à la moyenne des REP + », explique une enseignante biterroise qui a souhaité rester anonyme. « Plus de la moitié des élèves de La Dullague sont issus du quartier prioritaire de la ville Iranget/Granget, qui est le 5e le plus pauvre de France, avec un taux de pauvreté de 71% », poursuit-elle. « Quant aux boursiers, ils étaient 71,5% en 2024-2025. Et on m’a dit que c’était encore pire cette année… »

    La situation est telle que malgré l’engagement constant des équipes pédagogiques, « c’est l’effondrement ». « Quand on est confronté à une population scolaire aussi marquée par la précarité, ça se traduit par de gros problèmes au niveau des résultats – moins de 60% de réussite au brevet, ce qui est catastrophique – mais aussi des problématiques sociales, avec des choses très lourdes et beaucoup de violence. La corrélation est très nette », assure l’enseignante biterroise.

    « Seul le classement en REP+ permettrait de garantir une réponse structurelle efficace, en cohérence avec les principes de justice sociale et d’égalité des chances portés par l’École de la République », estiment les établissements mobilisés dans un courrier en date du 7 octobre adressé, à l’époque, à l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne.

    « Tous les ans on nous dit : ce sera pour l’an prochain »

    Cela permettrait notamment « de pérenniser des moyens, alors qu’aujourd’hui à chaque année, il faut se battre. Je pense notamment à des effectifs réduits, qui font toute la différence. Ça créerait aussi une stabilisation des équipes dont on aurait bien besoin », détaille l’enseignante biterroise.

    « La carte de l’éducation prioritaire, établie en 2014, devait être revue tous les quatre ans à compter de cette date afin de tenir compte des évolutions des contextes sociaux. Or nous voilà en 2025 et il ne s’est toujours rien passé… Depuis 2018, on nous explique que ce sera pour la rentrée prochaine, si bien qu’on a déjà deux générations de collégiens qui sont passées entre nos murs, soit plus de 1 000 élèves qui n’ont pas eu droit à l’égalité des chances. Ce n’est plus possible, on parle de l’avenir des enfants ! », s’indigne-t-elle.

    L’enseignante souligne toutefois la bonne volonté du rectorat. « Depuis trois ans que nous nous mobilisons activement, il porte un regard bienveillant sur nos établissements. On est suivi, des moyens ont été octroyés. Ils font le maximum dans leur domaine de compétence. Mais la révision de la carte de l’éducation prioritaire, donc notre classement en REP+, n’est pas de leur ressort  ». Aussi, les représentants des établissements du collectif ont-ils décidé d’aller directement interpeller le ministre de l’Éducation, pour lui faire part de l’urgence de leurs situations respectives et l’enjoindre de prendre un arrêté pour modifier la carte de l’éducation prioritaire. Le 5 novembre, une délégation se présentera donc au ministère, dans l’espoir d’être reçue. De leur côté, pour « soutenir les professeurs qui vont à Paris défendre notre collège », les parents d’élèves de La Dullague organisent un rassemblement devant l’établissement le même jour à 9h30.