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  • [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    À Villeneuve-lez-Avignon, les crimes auront bientôt l’accent de Hambourg, de Varsovie ou des Balkans. Du 4 au 8 novembre, le Festival du Polar investit pour sa 22e édition les salles et les cloîtres de la Chartreuse, mais aussi les rues de la cité gardoise. Cette année, l’invitation au voyage prend la direction de l’Europe de l’Est, terre d’espions, de frontières mouvantes et de secrets enfouis.

    Pour guider les lecteurs dans ces « Mystères de l’Est », deux écrivains sont associés : l’Allemande Simone Buchholz, qui fait arpenter les bas-fonds de Hambourg à son enquêtrice Chastity Riley, et le Polonais Zygmunt Miloszewski, dont les intrigues sondent les blessures de l’Histoire. Le roman noir devient alors une manière d’explorer les sociétés, leurs fractures et leurs mémoires. Vendredi, Miloszewski embarquera sur le bateau Le Mireio avec son traducteur Kamil Barbarski pour une rencontre consacrée à la littérature polonaise. La rencontre « Nouvelles frontières, vieux crimes », dimanche 8 novembre, suivra notamment cette piste avec le Croate Jurica Pavičić et le Serbe Oto Oltvanji.

    Près de trente auteurs viendront à la rencontre du public, parmi lesquels Bernard Minier et Pierre Lemaitre, qui vient de publier Les Belles promesses. Le prix Goncourt 2013 échangera samedi 7 novembre à 14h avec Miloszewski sur la place du passé dans leurs fictions, avant une rencontre qui lui sera consacrée le dimanche à 10h. Les éditions indépendantes Agullo, qui célèbrent leurs dix ans, seront également à l’honneur avec plusieurs auteurs européens de leur catalogue. Tables rondes, discussions et dédicaces feront battre le cœur du festival tout le week-end. Le Prix des lecteurs sera remis samedi à 10h, parmi sept romans en lice.

    Quand le lecteur devient enquêteur

    Mais il serait dommage de garder le nez dans les livres : à Villeneuve, le polar se vit aussi grandeur nature. Dès mercredi 4 novembre, une « reading party » invitera les participants à partager un moment de lecture silencieuse à la Maison Bronzini. Vendredi, direction le planétarium du Parc du Cosmos, aux Angles, pour une lecture immersive de La Station, thriller spatial du Polonais Jakub Szamałek. Et sur le bateau Le Mireio, un bal littéraire mêlera récit noir écrit en vingt-quatre heures, musique live et danse.

    Samedi, les visiteurs pourront jouer les détectives : une « murder party » transformera l’hôtel de la Magnaneraie en scène de crime, tandis que les enquêtes familiales entraîneront petits et grands dans les rues de la ville. Les cinéphiles découvriront le vendredi Un grain de vérité, adapté d’un roman de Miloszewski, puis le samedi Head On de Fatih Akin et La Vie des autres, plongée dans la surveillance en Allemagne de l’Est.

    Le festival expose enfin les photographies du Polonais Hubert Humka sur le devenir des corps après la mort, à la tour Philippe-le-Bel, et retrace à la Chartreuse les débuts de la police scientifique. De quoi rappeler que derrière les énigmes et les frissons, le polar sait aussi raconter le monde. Et parfois mieux que de longs discours.

    Rencontres et dédicaces en accès libre. Certaines animations sont payantes ou sur réservation. Programme sur polar-villeneuvelezavignon.fr.

  • Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Le rectorat prépare la restructuration du 31, boulevard d’Athènes, siège du centre régional de documentation pédagogique et son réseau Canopée. L’objectif est de transformer cet ancien hôtel de luxe de la fin du XIXe siècle en un espace tertiaire moderne pour des entités du rectorat. Il s’agit d’optimiser une superstructure de 150 pièces sur sept niveaux et 4 200 m² de surfaces habitables, d’améliorer les performances énergétiques et de le mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité. Un chantier à 7 millions d’euros étalé sur 2027-2029.

    Pour cette lourde opération pilotée par l’agence d’architecture Poissonnier Ferran et afin de « favoriser une approche avisée du site dans ses aspects patrimoniaux », le rectorat, son propriétaire depuis juin 1979, a commandé une étude historique de l’immeuble qui fut d’abord le Grand Hôtel de Russie et d’Angleterre, ouvert en 1893 au pied de la nouvelle gare Saint-Charles et à côté duquel s’installera en 1912-1914 l’Hôtel Splendide qui l’a ensuite absorbé.

    L’étude réalisée par Nathalie Banel, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, est passionnante. Ses recherches qui relèvent de l’archéologie du bâti à l’échelle d’un îlot, révèlent la densité historique de ce foncier depuis la confiscation sous la Révolution du domaine religieux des Petites Maries et son démembrement qu’elle documente. Sur la longue façade actuelle, on lit encore les vestiges d’un immeuble à trois fenêtres de 1832.

    « Sa place dans l’histoire autant que son ampleur architecturale en font un lieu d’intérêt nécessitant de porter une attention particulière à son évolution », montre la chercheuse, qui réserve de longs développements sur « cet ancien hôtel de luxe principalement connu pour avoir été le lieu de séjour et de travail de Varian Fry, journaliste américain ayant contribué à sauver plusieurs milliers de réfugiés juifs ou antinazis entre 1940 et 1941 ». « Les réfugiés commencent à défiler dans ma chambre. Je leur donne de l’argent et des conseils, et j’essaie de leur soutenir le moral jusqu’à minuit ou une heure du matin », écrit Varian Fry, qui reçoit dans sa chambre n°324 au second étage, puis dans la 307. Tournée en partie sur place, la série Transatlantique de Netflix, rend hommage à son rôle éminent et à celui de Mary Jayne Gold, pour aider plus de 2 000 réfugiés à fuir le régime nazi.

    D’autres hôtes célèbres sont évoqués comme le cinéaste Abel Gance, les écrivains Paul Valéry et André Gide. Au début de la Seconde Guerre mondiale, des spectacles y sont donnés, permettant à de nombreux musiciens repliés à Marseille dans la débâcle de survivre. Les salons du Splendide ont reçu des chanteurs d’opéra, la cantatrice Madeleine Grey et le violoniste polonais Stanislas Dymek ou encore le pianiste Eugène Reuchsel. La comédienne Eve Francis y récita son Ode à la France meurtrie, avant que les bottes nazies ne claquent en novembre 1942 dans le vestibule. L’avocat et homme politique Vincent de Moro-Giafferri s’y était réfugié, craignant la vindicte des nazis pour avoir défendu Herschel Grynszpan, ce juif allemand réfugié en France qui, en novembre 1938, avait abattu un diplomate allemand à Paris, un assassinat qui déclencha la « Nuit de Cristal » et le pogrom contre les juifs d’Allemagne.

    Dans son roman Transit paru en 1944, Anna Seghers décrit l’Hôtel Splendide, nid d’espions et de mouchards, où logent tout à la fois ceux qui volent au secours des réfugiés traqués par les nazis et des membres de la commission chargée de l’application de la convention d’armistice de juin 1940. Le 3 janvier 1943, Hélène Taich, résistante FTP-MOI y jette une bombe sur les autorités allemandes qui y logent. L’attentat sera le prétexte aux rafles et à la destruction du quartier Saint-Jean.

  • Le roman noir prend le parti d’en rire

    Le roman noir prend le parti d’en rire

    « Rira bien qui rira le dernier ! », avertit l’affiche. En ces temps de désordre mondial, le Festival international du roman noir (Firn), porté par la Ville de Frontignan, a décidé de miser sur l’humour. Vache, sarcastique, désopilant, noir, pince-sans-rire… « L’humour sous toutes ses formes est un outil de critique formidable très usité dans le roman noir, qui se caractérise par un regard porté sur la société et une critique sociale », explique Camilla Bailbe, directrice de la culture et du patrimoine de Frontignan la Peyrade.

    C’est donc l’humour qui fera le lien entre les 15 auteurs (8 femmes, 7 hommes) de 6 nationalités différentes (Italie, Maroc, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, France) invités les 29 et 30 mai pour cette 29e édition. Un plateau international, donc, composé de Gianni Biondillo, Manu Causse, Zainab Fasiki, Pascale Ferroul, Koé, Anouk Langaney, Hicham Lasri, Iain Levison, Melvina Mestre, Nadine Monfils, Michèle Pedinielli, Mabrouck Rachedi, Christophe Siebert et David Torres.

    Comme l’an dernier, la manifestation se déroulera à la médiathèque Montaigne et sur la place du Contr’un, juste en face. Les auteurs et autrices, mêlant littérature jeunesse, bande dessinée, science fiction, roman noir, proposeront des séances de dédicace vendredi (9h-19h) et samedi (9h-19h) sur le stand des librairies partenaires.

    Nouveauté cette année, le festival propose, le vendredi matin (9h-12h), une journée professionnelle (mais ouverte également au grand public) dédiée au polar arabe autour de deux figures tutélaires : Driss Chraïbi, créateur de la série de l’inspecteur Ali, dont on commémore en 2026 le centenaire de la naissance et Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature et auteur du premier roman noir moderne en arabe (Le voleur et les chiens), mort il y aura 20 ans. L’occasion d’échanger avec des universitaires et des auteurs de la nouvelle scène marocaine.

    Comme chaque année, des rencontres thématiques seront proposées avec les auteurs, toute la journée du vendredi et du samedi. Par exemple : « Rire de tout, c’est sérieux », avec Manu Causse, « Mourir(e) dans la ville sourde », avec Gianni Biondillo et Michèle Pedinielli, « Le rire du désespoir » avec Iain Levison, « Guignol’s Band » avec Nadine Monfils et Mabrouck Rachedi ou encore « À chacun(e) ses armes », avec Melvina Mestre et David Torres. Des formats de rencontre plus courts et plus conviviaux appelés « apérobook », seront également au rendez-vous : « On se retrouve autour d’un verre pour un échange un peu plus rapide entre un éditeur et un auteur, suivi d’un temps de questions avec le public. »

    Le festival fera aussi la part belle à la lecture à voix haute, avec des performances offertes par les membres de la Brigade d’action livre et lecture engagée (Balle), qui liront des extraits de romans. « On a aussi des auteurs qui se prêtent au jeu, avec par exemple une lecture dessinée [ le retour de l’Inspecteur Ali, par Hicham Lasri et Zainab Fasiki, Ndlr] et une lecture musicale [Karnaval par Christophe Siébert, Ndlr] prévues pendant le festival », précise Camilla Bailbe.

    Deux remises de prix, une brasucade inaugurale, une exposition et un escape game dans les années 50 sont également au programme, sans oublier, le samedi, la traditionnelle « dictée noire » durant laquelle 200 enfants, adolescents, adultes tenteront de déjouer les subtilités orthographiques concoctées par l’autrice Anouk Langaney.

    * Tout le programme sur : www.frontignan.fr/firn-2026

  • À Marseille, 130 écrivains s’effeuillent avec les beaux jours

    À Marseille, 130 écrivains s’effeuillent avec les beaux jours

    « Dans le fracas du monde, le tumulte éditorial que nous connaissons en France et les atteintes à la liberté d’expression et de création, d’autres voix s’élèvent, celles de mots, ici à Marseille », amorce Vincent Schneegans, président de l’association Des livres comme des idées, productrice d’Oh les beaux jours ! qui effeuille sa 10e édition dans certains lieux culturels de la ville du 26 au 31 mai.

    à l’heure de la main de fer du milliardaire d’extrême droite Bolloré sur le monde de l’édition, et du récent licenciement d’Olivier Nora de Grasset, ce festival continue d’établir des ponts entre le monde des lettres et les différentes formes d’arts. « Depuis 10 ans, on essaye de montrer comment la littérature est une manière d’habiter autrement ce monde qui tangue. Une manière de faire entendre des voix multiples dans une époque où tout pousse à simplifier, accélérer et opposer », estime Nadia Champesme, co-directrice d’Oh les beaux jours, aux côtés de son alter ego Fabienne Pavia, qui s’alarme des résultats de « la dernière étude du Centre national du livre qui dit que les Français lisent de moins en moins. La lecture quotidienne n’a jamais été aussi basse depuis qu’on la mesure ». Des signaux d’alerte accentués par « la loi de finance 2026 qui acte une baisse historique des moyens consacrés aux librairies et à la création », précise-t-elle.

    Guiraudie, de Luca, Sfar…

    Illustrant que « la littérature n’est pas un refuge à l’état du monde », mais plutôt une prise à la société qui ouvre le champ des possibles, la 10e édition du festival proposera ses traditionnels grands entretiens avec des plumes renommées. La Criée accueillera ainsi des conversations avec le cinéaste et écrivain qui « explore les troubles du désir » Alain Guiraudie, l’immense auteur napolitain Erri de Luca et Delphine de Vigan. Le Mucem abritera pour sa part une rencontre littéraire avec le Cubain Leonardo Padura. Six jours durant, 130 auteurs sont invités au cours de 80 rencontres de « frictions littéraires ».

    Parmi ce flot de propositions, Joann Sfar donnera un concert dessiné autour de son ouvrage Terre de sang, restitution d’un voyage en Cisjordanie, « après le 7 octobre et la guerre à Gaza », où il a recueilli des paroles « de Palestiniens, Israéliens, Bédouins, journalistes, étudiants et artistes ; des voix palestiniennes surtout, traversées par la peur, la colère, l’injustice, l’épuisement et le sentiment d’un avenir confisqué ». Séquencé en plusieurs thématiques, des « corps » aux « contes (et légendes) », en passant par la « désintégration des systèmes sociaux, politiques et intimes », le programme ausculte les secousses du monde dans les yeux d’écrivains qui se livrent aussi bien par les mots et les dessins que le cinéma et la musique. Une édition qui marque les 10 ans d’Oh les beaux jours !, entre autres fêtée dignement le 30 mai au Conservatoire par une soirée lors de laquelle de nombreux auteurs de faire part de leurs « péchés mignons » culturels, avant un temps fort musical.

  • Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    En quittant la direction de Grasset après vingt-six années passées à sa tête, Olivier Nora n’a pas laissé vacant qu’un poste stratégique : il a ouvert une fracture béante dans l’un des bastions historiques de l’édition française. Et cette crise qui secoue la maison d’édition n’est pas un simple conflit de gouvernance. Elle révèle des tensions profondes entre concentration industrielle, orientation idéologique et indépendance éditoriale.

    Le départ du PDG, officialisé le 14 avril sans explication par Hachette, maison mère contrôlée depuis 2023 par le milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré, a été perçu par une large partie des auteurs comme un « licenciement politique ». Une interprétation que celui-ci a balayée dans une rare prise de parole au Journal du dimanche, autre titre de son empire médiatique. À ses yeux, la fronde de plus de 170 écrivains relève d’un « vacarme » orchestré par « une petite caste » persuadée d’être « au-dessus de tout et de tous ».

    Grand remplacement

    Ce mépris est déjà symptomatique de l’écart abyssal entre une logique capitaliste -rentabilité, contrôle, alignement stratégique- et la réalité d’un secteur fondé sur des équilibres symboliques fragiles : la confiance, la liberté intellectuelle, la continuité d’une ligne éditoriale. Car si Vincent Bolloré invoque les « performances économiques très décevantes » de Grasset et la hausse de la rémunération d’Olivier Nora pour justifier son éviction, c’est un différend éditorial qui cristallise la rupture autour de la date de publication du livre de Boualem Sansal, que la direction de Hachette voulait avancer contre l’avis du dirigeant de Grasset.

    L’épisode est lourd de sens. Qu’un actionnaire, même sans « fonction officielle » dans le groupe, tranche unilatéralement un choix éditorial revient à nier l’autonomie même de la maison. Car les auteurs ne dénoncent pas la publication de Boualem Sansal, mais la méthode : une décision imposée verticalement au mépris de l’histoire et des usages de Grasset, dont le catalogue incarne plus d’un siècle de littérature française.

    Face à la contestation, Vincent Bolloré assume la rupture : « Grasset continuera », assure-t-il, ajoutant que les départs permettront l’émergence de « nouveaux auteurs ». Le vocabulaire est révélateur. Les écrivains ne sont plus considérés comme des partenaires créatifs, mais comme une variable d’ajustement, interchangeable, remplaçable. Un grand remplacement déjà opéré avec les journalistes à la prise de contrôle d’I-Télé devenue CNews, puis du JDD.

    Cette vision industrielle de la création alimente aussi la crainte d’une normalisation idéologique progressive, déjà reprochée aux autres médias du groupe Bolloré : Fayard, Grasset, Hachette, mais aussi CNews, Europe 1 ou Le JDD. Autant de piliers du débat public désormais liés à un même centre de gravité idéologique ultra-conservateur, malgré les démentis répétés du groupe.

    Enjeu démocratique

    Et la colère dépasse largement Grasset. Plus de 300 auteurs, éditeurs, libraires et salariés du livre appellent à l’instauration d’une « clause de conscience » dans l’édition, sur le modèle de celle des journalistes. Tous décrivent le même dilemme : partir au prix d’années d’ancienneté et de stabilité, ou rester et accepter une « dissonance morale ». Cette inquiétude collective touche au cœur d’un enjeu démocratique.

    Dans une tribune anonyme publiée par Le Monde, des salariés de plusieurs maisons Hachette alertent sur le danger de la concentration croissante de l’édition et des médias entre les mains d’un même groupe. Avec une question centrale : quel avenir pour la liberté éditoriale ? Le président de la République s’est dit préoccupé, rappelant l’importance du « pluralisme éditorial » et le rôle patrimonial des grandes maisons. Sans condamner ouvertement Vincent Bolloré, Emmanuel Macron souligne qu’un éditeur n’est pas « simplement celui qui imprime des livres », mais le gardien d’une histoire et d’un esprit.

    Des paroles qui attendent surtout des actes. Or les états généraux de l’information initiés en 2023 sont restés sans suite. Début mars, Reporters sans frontières et plusieurs syndicats de journalistes (SNJ et le SNJ-CGT) ont saisi le Conseil d’État pour dénoncer l’inaction de l’État face à la concentration des médias. Ils reprochent à la France de ne pas appliquer le règlement européen sur la liberté des médias, en vigueur depuis août 2025, qui impose un contrôle indépendant des rachats.

  • Amine Kessaci : « Élus, citoyens, associatifs, levez-vous ! »

    Amine Kessaci : « Élus, citoyens, associatifs, levez-vous ! »

    La voix blanche, il ravale ses sanglots quand il évoque Mehdi mais appelle à un véritable sursaut populaire.

    La Marseillaise : Comment trouvez-vous aujourd’hui la force de continuer ?

    Amine Kessaci : Je la trouve en deux choses. Premièrement ma maman, c’est elle qui m’a demandé de me lever, me secouer et je lui dois bien ça. Elle qui a déjà enterré deux enfants, qui a déjà tant souffert, tant fait de sacrifices. Et puis surtout si je veux garantir ma sécurité, celle de mes proches, de celles et ceux qui ont parlé, on est obligés de se lever, d’être des milliers de personnes.

    Quel est le message que vous souhaitez faire passer samedi lors du rassemblement ?

    A.K. : C’est justement de dire aux élus, associatifs, citoyens, levez-vous, saisissez-vous de ce sujet. Plus on sera nombreux, plus on sera différentes personnes à être identifiées sur ces sujets et moins nos vies seront menacées. Aujourd’hui si je me lève c’est pour rendre un dernier hommage à mon petit frère.

    Que pensez-vous des réactions politiques que ce drame a suscité ? De la venue des ministres
    de l’Intérieur et de la Justice
    à Marseille jeudi
     ?

    A.K. : Je ne commenterai pas les réactions politiques, je ne suis plus dans cet élan. Cela fait des années que j’alerte. Vous m’avez interviewé plusieurs fois à La Marseillaise, vous m’avez donné la parole à de nombreuses reprises, j’ai fait des tribunes, des manifestations, on a fait plein de choses. Moi je suis aujourd’hui épuisé, [il répète] épuisé. Si la mobilisation citoyenne porte, j’en suis ravi, j’espère que des gens vont porter le flambeau. Les politiques savent ce qu’il y a à faire. Depuis le drame de mon petit frère, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas l’ampleur du narcotrafic. Moi je l’ai payé, avec le sang de mon frère. Maintenant c’est à eux de voir ce qu’ils vont faire.

    Vous avez pu rencontrer mercredi Roberto Saviano venu recevoir à Paris le prix Constantinople qui récompense les écrivains œuvrant pour la paix. Que pensez-vous de son analyse sur le narcotrafic ?

    A.K. : Ce qu’il dit, ça fait peur. Mais c’est quelqu’un qui connaît le sujet, lui qui vit sous protection policière depuis 2006 [condamné à mort par la Camorra, Ndlr.]. Il a étudié la question mais il ne faut pas tomber dans le piège tendu par la sphère médiatique qui est d’aller comparer la France avec l’Italie ou le Mexique. Pas besoin de regarder ailleurs, cela se passe chez nous, à Marseille, à Rennes dans d’autres villes de France, on a notre propre mafia. La DZ a déjà fait des communiqués de presse, ça y est. Par contre on peut s’inspirer de ce que font ces pays, certainement. Il faut légiférer.

    « Cela fait des années que j’alerte, aux politiques de voir ce qu’ils veulent faire »