Tag: écriture

  • Quand l’écriture rapproche les mondes au cœur d’un festival à Marseille

    Quand l’écriture rapproche les mondes au cœur d’un festival à Marseille

    Une douce musique de flûte accompagne la lecture d’un livre pour enfants. L’atelier intitulé « Des livres et des bébés », organisé à la médiathèque Salim-Hatubou (15e), ce mardi, a lancé l’inauguration de la 4e édition du festival « Mots d’ici, mots d’ailleurs ». Des ateliers gratuits d’écriture et de création manuelle sont également proposés, durant les dix jours du festival, aux habitants des 15-16.

    Jennyfer, maman d’une petite fille de 10 mois, assiste à la séance de lecture. « La directrice de la crèche du Plan d’Aou est très investie et nous a encouragés à participer aux activités. L’initiation aux mots dès le plus jeune âge est primordiale », partage-t-elle. Elle ajoute : « Comme d’autres structures, la médiathèque est très dynamique, les jeunes du quartier viennent souvent. »

    Une dynamique

    collective locale

    Un cadre structurant également salué par Lola Burette, référente lecture et coorganisatrice du festival au sein de la Ligue 13 : « Sur les 15-16, il y a deux bibliothèques très structurantes et des centaines d’associations, des centres sociaux et des habitants très actifs. »

    Le projet est né d’une organisation conjointe menée par les Cités éducatives et la Ligue de l’enseignement, un « temps fort pour relier les écoles, les bibliothèques, les collèges, les centres sociaux et tous les acteurs éducatifs territoriaux ».

    Le festival répond à l’un des axes de travail principaux de la Cité éducative des quartiers Nord : « Favoriser la lecture et l’écriture », en réponse à « un besoin territorial lié aux lacunes en écriture et en lecture », explique Daniel Duthoit, animateur territorial des Cités éducatives.

    Dans le hall de la médiathèque, les travaux des enfants sont exposés, autour du thème « Croisons nos mondes », écho aux parcours multiculturels et multilinguistiques des familles du quartier. On peut notamment y lire le récit intime d’Eleyjah, 14 ans : « Je ne suis presque jamais sorti de mon quartier. Pour moi, Marseille… c’est juste un nom qu’on entend partout. »

  • [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    Ses passions, ses rejets et sa ligne de conduite étaient évidents : Jean-Marie Gleize écartait le manque d’élégance et les niaiseries. Il aimait l’exactitude et le dépouillement, « les bruits neufs » de Rimbaud, « les toits pointus de tuiles rouges » de Stendhal, « les découpures du vert sombre » du crapaud de Corbière. Francis Ponge pour lequel il dirigea des colloques ainsi qu’un Cahier de l’Herne était à ses yeux la meilleure leçon pour se délivrer du lyrisme et du « magma analogique brut ». Sa plus vive préférence parmi ses contemporains, c’était le calme ou bien le très véhément Denis Roche qui pour sa part détestait « les trompettes de la solennité ».

    Né à Paris en 1946, élève de l’École normale supérieure, il avait assez vite rencontré Ponge. Mai et juin 1968, la mort du militant Gilles Tautin étaient pour lui des dates cruciales. Raymond Jean avait voulu qu’il obtienne un poste à la Faculté des Lettres d’Aix. En 1990, il publie au Seuil un premier livre Léman, entame la création et le maintien de la revue Nioques, le numéro 34 qui réunira six russophones paraîtra en mai.

    Il rêvait que ses livres soient « une poignée d’œillets jetés dans un trou » : une video du site du CIPM décrit le processus de ses ouvrages. Mixtes de phrases tendues et de documents, ses textes les plus commentés sont Chien noir des proses et Tarnac. Hasard objectif intriguant, Tarnac est un hameau du plateau de Millevaches où Gleize a passé les étés de son enfance et conserve une maison : ce fut le lieu de repli d’une communauté de jeunes anarchistes dont l’un des membres, Julien Coupat, auteur chez Hazan de L’Insurrection qui vient fut suspecté par la police d’attentats terroristes.

    Une connaissance acérée de la modernité, des amitiés scellées avec Lucot, Tarting, Albiach et Royet-Journoud, ses recherches coordonnées de 1999 à 2009 au Centre d’études poétiques de Lyon ont fait de lui l’un des meilleurs interprètes de la poésie contemporaine. En font foi deux essais Poésie et Littéralité (Seuil) et Sorties (Questions théoriques).

    Un grand critique

    Ses cours et séminaires d’Aix suscitèrent d’intenses curiosités, déclenchèrent des changements de paradigmes. En témoignent des gens du Sud, l’écrivain Olivier Domerg, le typographe Eric Pesty, le coresponsable d’Opera Mundi, Eric Giraud. Un moment éditée par Laurent Cauwet/ Al Dante longtemps basé en bordure de La Plaine, la revue Nioques accueillit des personnes de Marseille et Digne, Florence Pazzotu, Nathalie Quintane, Sarah Kéryna, Guillaume Fayard et Michaël Battala. Des numéros présentent les travaux du peintre Patrick Sainton : sa prochaine exposition, Galerie Territoires partagés, 14 stations d’un chemin de croix seront accompagnées par des phrases de Gleize.

    Depuis le milieu des années 1990 Jean-Marie Gleize vivait à Volx près de Manosque. Il est décédé jeudi 12 mars, le journal adresse ses condoléances à son épouse Joëlle et à son fils Aurélien.