Tag: économie de guerre

  • Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ils refusent d’être « un maillon dans la chaîne de leurs guerres ». Les représentants des syndicats de dockers de 35 ports européens avaient signé, le 19 mai, une déclaration commune à Istanbul. Après une première journée d’action le 6 février, qui avait touché une vingtaine de ports dans sept pays, selon les organisateurs, ce sont aujourd’hui plus de 120 syndicats dans 113 ports de 23 pays, sur les cinq continents, qui ont répondu à l’appel, annonce la Fédération syndicale mondiale (FSM) sous le mot d’ordre : « Ports pour la paix, emplois dignes ».

    Les syndicats réclament la fin des conflits au Moyen-Orient, l’ouverture de corridors humanitaires vers Gaza et l’interdiction d’utiliser les ports pour acheminer du matériel militaire. Ils expriment aussi leur solidarité avec les peuples de Cuba, du Venezuela et du Soudan.

    En France, la CGT prévoit 24 heures d’arrêt dans tous les ports avec 14 000 travailleurs portuaires, dont quelque 7 500 dockers concernés. En Italie, le syndicat USB appelle à une grève générale. En Grèce, le syndicat Enedep et le Pame annoncent une grève dans le port du Pirée, le plus grand du pays.

    Des ports à « 95% à l’arrêt »

    Espagne, Grèce, Slovénie, Chypre, Suède, Danemark, Portugal, Irlande et Allemagne ont été rejoints par d’autres fédérations de dockers, notamment en Turquie et en Inde, puis par des ports d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Australie pour dire « non à la guerre et à la militarisation des ports en cours ».

    Les signataires de l’appel affirment que « les ports appartiennent aux peuples et aux travailleurs et ne sont pas des bases appartenant à l’Otan, ni aux États-Unis, ni à l’Union européenne ». Le 4 juin, les dockers de Fos-sur-Mer avaient déjà refusé de charger un cargo acheminant des pièces de fusils-mitrailleurs à destination de Haïfa. Le syndicat général CGT des ouvriers dockers et des personnels portuaires du golfe de Fos avait précisé que « les dockers et portuaires du golfe de Fos ne participeront pas au génocide en cours orchestré par le gouvernement israélien ».

    Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), environ 80% du volume du commerce mondial transite par voie maritime. Or, sur les quais, lorsque les dockers cessent le travail, c’est toute la chaîne qui casse. En France, Tony Hautbois, le secrétaire général de la Fédération nationale des ports et docks CGT, qui représente 90% des salariés du secteur, annonce que les ports français seront « à l’arrêt à 95% », ce vendredi.

    De quoi perturber les flux de marchandises et les chaînes d’approvisionnement nationales. Cette journée morte entraînera mécaniquement des retards importants dans le traitement des conteneurs avec des navires bloqués au large, faute de déchargement. Les armateurs et les transitaires estiment qu’un jour d’arrêt portuaire nécessite en moyenne trois à quatre jours pour résorber l’accumulation de marchandises.

    Ni guerre, ni austérité

    Dans son communiqué, la Fédération des ports et docks CGT dénonce ces « économies de guerre qui se mettent en place au détriment des politiques de santé, des services publics, de l’éducation » dans le deuxième pays producteur et exportateur d’armes. La mobilisation de ce 30 octobre est également présentée comme un combat pour la défense des conquis sociaux remis en cause par le nouveau budget « d’euro-austérité » porté par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. La CGT s’oppose à ses orientations, jugées « destructrices pour les systèmes de solidarité ». Les syndicats redoutent des coupes dans les protections sociales et s’élèvent contre la déréglementation des emplois par l’automatisation des opérations de manutention.

    Le syndicat fustige « les attaques contre les emplois, les métiers, les droits et les libertés des travailleurs et les citoyens qui se multiplient ». Il condamne également « la répression par la force et la violence contre la jeunesse qui exprime à juste cause son besoin d’un avenir meilleur ». L’appel à la grève interprofessionnelle du 5 novembre, qui inclut le privé, prolongera de ce mouvement de contestation budgétaire et sociale. « La force de notre syndicalisme nous permet de faire la démonstration de notre capacité de mobilisation pour des journées internationales comme celle du 30 octobre. Il y a aussi, au national, l’appel pour le 5 novembre. On y mettra un haut niveau de mobilisation », annonce Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération.

    REPÈRES

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    infrastructures majeures françaises seront paralysées pendant 24 heures : Boulogne, Brest, Dunkerque, Calais, La Rochelle, Le Havre, Rouen, Paris, Lorient, Marseille, Roscoff, Bayonne, Bastia, Bordeaux, La Réunion, Nice, Ajaccio, Saint-Nazaire, Port-Vendres, Saint-Malo, Cherbourg, Sète, Toulon et Fos-sur-Mer.

    Économie de guerre

    « Les ports, les routes maritimes, les voies ferrées, les entrepôts, la logistique et l’ensemble de la chaîne des transports sont en train d’être transformés de plus en plus ouvertement en infrastructures de guerre », affirme la déclaration d’Istanbul.

  • L’État passe au rabot ses chercheurs et ingénieurs

    L’État passe au rabot ses chercheurs et ingénieurs

    Un pillage en règle des fonds de la recherche publique. Comme à Paris, Toulouse ou Grenoble, ingénieurs, chercheurs, directeurs de recherche se sont retrouvés ce jeudi 11 juin sur la place Charles-de-Gaulle pour dénoncer les baisses de subventions successives opérées par l’État envers les établissements publics de recherches. CNRS, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria)… Tout le monde est concerné.

    « Ils sont allés taper dans les fonds de roulement, les ressources propres fléchées et non fléchées. On est à l’os », résume Didier Gori, secrétaire régional du SNTRS (Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique)-CGT Provence Corse, ingénieur chimiste de l’environnement.

    Concrètement, toutes les strates du budget des laboratoires sont touchées. D’abord l’argent que ces derniers réussissent à décrocher dans le cadre de partenariat avec les entreprises, « qui améliore l’ordinaire et permet notamment d’acquérir du matériel ou de l’entretenir », commente le syndicaliste. C’est sur cet apport aussi que « nous réalisons les travaux préliminaires de nos recherches qui vont nous servir à décrocher des projets, car nous devons tout justifier », ajoute Véronique Alphand, du Syndicat national de la recherche scientifique (SNCS)-FSU, chercheure en chimie « en interface avec la biologie ».

    Les financements obtenus auprès de l’Agence nationale de recherche (ANR), de l’Europe sont aussi concernés assurent les syndicats. L’Agence voyant ses possibilités revues à la baisse de 9% s’indigne Didier Gori. « France 2030 sera impactée de 100 millions, la Mission interministérielle Recherche et Enseignement supérieur (Mires) de 139 millions d’euros », liste-t-il. Des coupes qui s’ajoutent au milliard d’euros d’économie annoncé par le gouvernement sur les services publics, avec 62,2 millions en moins pour les établissements de recherche publique.

    Les CDD gelés au CNRS

    Les conséquences se font sentir. Dans une lettre adressée ce vendredi 8 juin aux directeurs d’instituts, délégués régionaux et directeurs d’unités, le patron du CNRS détaille des mesures conservatoires pour coller au budget « rectificatif » où Bercy réclame l’annulation de 20 millions d’euros supplémentaires. Sur la « masse salariale limitative », 70% des recrutements ou renouvellement d’agents en CDD sont gelés jusqu’au 30 septembre. Sur les fameuses « ressources propres », 100% des recrutements d’agents en CDD sont gelés. À noter que le CNRS Paca Corse, avec ses 82 structures de recherche, 1 008 chercheurs, 1 238 ingénieurs, techniciens et administratifs dont 727 contractuels, 222 doctorants, et 277 millions d’euros de budget annuel est parmi « les investissements les plus conséquents du CNRS en région », indique son site Internet.

    Conditions de travail dégradées, turn-over important dans l’administratif, manque d’attractivité, s’ajoutent à la mise en péril des projets témoignent les manifestants. Nathan qui travaille au laboratoire d’astrophysique de Marseille, déplore la mise en concurrence à l’intérieur même de l’unité. « On met à mal la recherche fondamentale », se désole un autre collègue. Tout ça au profit d’une « économie de guerre », s’agace Didier Gori, alors que face « aux défis environnementaux, climatiques, sociétaux », la recherche a toute sa place, estime-t-il, lui qui travaille justement au quotidien sur la pollution.

    « Un pays qui n’investit plus dans sa recherche, c’est un pays qui perd sa souveraineté », pose le syndicaliste. Et un « déni démocratique », embraye Véronique Alphand. « Lutter contre le complotisme ambiant, montrer que la science ça sert c’est aussi ça l’intérêt de la recherche », assène-t-elle.

  • [Sondage] 79% de crainte d’un usage de l’arme atomique

    [Sondage] 79% de crainte d’un usage de l’arme atomique

    Les résultats de notre enquête d’opinion Ifop/ Mouvement de la paix/ La Marseillaise/ l’Humanité sont sans appel : les Français sont frappés de plein fouet par le climat mondial anxiogène. À la question posée à l’occasion des 80 ans des bombardements atomiques sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki, « dans le contexte international actuel, diriez-vous que l’utilisation accidentelle ou volontaire d’une arme nucléaire vous inquiète », ils sont 79% à répondre « oui » et même 64% à juger ce cas de figure « probable ».

    Une profonde inquiétude qui s’accompagne néanmoins d’un souhait de voir la France s’engager dans « un processus d’élimination contrôlé des armes atomiques tel que prévu par les Nations Unies » puisque 64% des personnes interrogées y adhèrent. Une opinion nettement majoritaire même si elle est en recul par rapport à la même enquête menée en 2012 et 2018. C’est vrai pour les sympathisants de gauche (68%) comme ceux du camp présidentiel (68%) et même pour les sondés d’extrême droite (54%). Les ouvriers sont la catégorie sociale qui y est la plus favorable (66%).

    De façon contradictoire mais compréhensible au regard de l’instabilité mondiale, 69% des Français souhaitent que la France renouvelle et modernise ses armes atomiques. Un chiffre en forte augmentation en comparaison des années précédentes. Sur cette question un vrai écart hommes (78%)-femmes (60%) apparaît.

    Le regard favorable porté sur les exportations d’armes reste minoritaire mais progresse à 47%. Les habitants des banlieues populaires y sont les plus défavorables (69%).

    Faut-il réduire les dépenses militaires ? L’opinion est minoritaire à 43% comme lors de la dernière enquête réalisée en 2018. Seuls les 18-24 ans y sont majoritairement favorables (52%).

    La volonté de voir la France s’inscrire dans le cadre multilatéral offert par les Nations unies est très marquée. 71% des personnes interrogées souhaitent une participation avec les Nations unies à des opérations de maintien de la paix.

    Fiche technique

    Institut

    Ifop pour le Mouvement de la paix, La Marseillaise et l’Humanité.

    Échantillon

    L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

    Date de l’enquête

    Du 6 au 7 janvier 2026.

    Méthodologie

    La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

    La notice de cette enquête est consultable sur le site de la Commission des sondages.