Tag: économie circulaire

  • À Nîmes, le cordonnier qui fait marcher la profession

    À Nîmes, le cordonnier qui fait marcher la profession

    Tablier noué, regard attentif et gestes précis, Olivier Sébastien incarne une certaine idée de l’artisanat. Dans sa boutique L’Émile Pompe, nichée rue Émile-Jamais à Nîmes, le cuir reprend vie sous ses mains. Mais derrière l’établi, le cordonnier est aussi devenu un porte-voix. Celui d’une profession longtemps discrète, aujourd’hui en quête de reconnaissance.

    À 47 ans, l’artisan nîmois ne s’est jamais contenté de réparer des semelles. Depuis plus de quinze ans, il défend un métier qu’il juge « essentiel au quotidien », à la croisée du savoir-faire traditionnel et des enjeux contemporains. « Quand je fais quelque chose, je ne le fais pas pour ma boutique, mais pour le métier », insiste-t-il. Son engagement lui a valu d’être distingué compagnon du mérite fédéral par la Fédération française de la cordonnerie multiservice en 2025. Une reconnaissance qui récompense moins une carrière qu’une énergie constante à fédérer.

    C’est dans cet esprit qu’est né le Printemps de la cordonnerie. Une campagne désormais nationale, organisée du 20 mars au 21 juin, qui invite les Français à « réparer plutôt que jeter ». Une idée simple, mais qui répond à plusieurs urgences : économique, écologique et sociale. Car la réalité du métier est rude : des périodes creuses au printemps, puis des pics intenses à l’automne.

    L’initiative repose donc sur un changement d’habitudes : déposer ses bottes en avril, ses sandales en juillet. Une anticipation bénéfique pour tous. « Plus tu mets la pression à un artisan, plus le travail sera médiocre », tranche-t-il. Derrière cette logique, une volonté : redonner du temps au geste, donc de la qualité au produit.

    Dans le Gard, ils sont plusieurs à suivre le mouvement. Mais il insiste : « Le but, c’est de mettre le métier en avant, pas les individus. » L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais en 2026, le Printemps de la cordonnerie franchit un cap. Grâce à des échanges noués sur les réseaux, l’initiative traverse l’Atlantique. À Montréal, un cordonnier québécois, Patrick Marleau, s’empare du concept. Là-bas aussi, la réparation retrouve du sens, à la fois économique et écologique.

    Réparer, résister

    Au-delà de l’organisation collective, le cordonnier porte un discours plus large sur la consommation. Face à la montée du jetable et à la baisse de qualité des produits, il défend la réparation comme un acte militant. « Aujourd’hui, on fabrique des chaussures qu’on ne peut plus réparer », déplore-t-il. À ses yeux, le cordonnier devient alors un acteur de la transition écologique, mais aussi un rempart contre une économie du gaspillage. Dans son atelier, les objets passent, mais les histoires restent. « Ma plus belle récompense, c’est quand un client m’envoie une photo de ses vacances. Là, je me dis qu’on a gagné », confie-t-il, ému.

    À Nîmes comme ailleurs, la cordonnerie n’est plus seulement un métier d’hier. Elle se réinvente, s’adapte, s’ouvre à la seconde main, au multiservice, à la transmission. Olivier Sébastien en est l’un des visages. « Ce n’est pas un vieux métier. Il repart à la hausse », affirme-t-il. Et si, du Gard au Québec, la campagne continue de s’étendre, c’est peut-être parce qu’elle repose sur une conviction simple : réparer, c’est déjà résister.

  • Ehotil transforme nos urines en or agricole

    Ehotil transforme nos urines en or agricole

    « Une matière première riche et sous-exploitée. En la valorisant, nous pouvons alléger le poids des stations d’épuration, réduire les engrais de synthèse et renforcer les usages pour l’agriculture durable », est convaincu Emmanuel Morin, cofondateur, avec Stéphane de Lacroix de Lavalette, et directeur général d’Ehotil. Pour enrichir les cultures, crottin de cheval, fumier de lapin, purin ou lisier, c’est bien. Mais l’urine humaine, c’est le top, a déjà démontré le programme de recherche Ocapi, lancé en 2014 « et avec qui on travaille », précise Stéphane de Lacroix de Lavalette. L’idée se démultiplie. Toopi organics, start-up girondine, a gagné le respect de l’Adème : depuis 2019, elle installe des urinoirs sans eau dans des lieux publics et a collecté 1,2 million de litres d’urine. Ce volume est utilisé pour produire un biostimulant par fermentation, permettant de fertiliser 45 000 hectares de terres agricoles.

    Des toilettes aux champs

    Dans leur laboratoire du boulevard de Plombières, les Marseillais attaquent la phase de test de leur procédé de production d’engrais liquide par filtrage au charbon, développé en partenariat avec l’AMU. Quelques cuves de mille litres, issus des urinoirs de Marsatac, sont stockées dans l’ancien entrepôt commercial en attendant leur traitement. Déjà à l’origine d’Ecodomeo, qui vend depuis 2009 des toilettes qui séparent urines et matières fécales « jusque dans un temple bouddhiste népalais », par soucis d’économie d’eau potable, Emmanuel Morin pousse la chaîne vertueuse jusqu’aux champs. « En un mois de repos l’urine s’autostérilise, indique Stéphane de Lacroix de Lavalette, puis 3 semaines sont nécessaires à sa purification. »

    Un procédé qui ne demande « quasiment que de l’air », précise le jeune président devant des machines à analyser les teneurs en azote, ammoniac ou nitrate. Prochaine étape : le test sur sols agricoles pour la certification européenne et la commercialisation de l’engrais.

  • Bientôt un nouveau lieu dédié à la seconde main à Aubagne

    Bientôt un nouveau lieu dédié à la seconde main à Aubagne

    « Plus qu’un simple magasin, il s’agit d’un véritable lieu de vie où le réemploi, la seconde main et les ateliers créatifs sont à l’honneur », présente la ressourcerie le Dirigeable.

    Implantée depuis 2016 dans la zone industrielle des Paluds, la ressourcerie dévoilera, le 15 octobre prochain, son nouveau lieu. Situé « entre KFC et l’hypermarché Auchan », au 1100 chemin de l’Avelanède, l’endroit proposera une boutique, pour « acheter autrement ». Les clients y trouveront « une sélection d’objets de seconde main, soigneusement triés et valorisés », détaille l’association Evolio. Au-delà de l’acte d’achat, le public pourra y venir pour participer à des ateliers « bois, couture, vélos, objets électriques pour apprendre à transformer, réparer ou détourner des objets du quotidien ».

    L’objectif de l’endroit, dont la première pierre a été posée il y a près de deux ans, est également de « partager : un lieu convivial pour échanger des idées, des savoir-faire et des bonnes pratiques autour de l’économie circulaire ». L’ambition de l’association Evolio est de « créer un espace convivial et engagé, pensé pour prolonger la vie des objets tout en encourageant la créativité ». La localisation de ce nouveau lieu interroge. Certes, il est tout à fait bien placé pour toucher le maximum de gens, étant donné la fréquentation de l’hypermarché. Mais ceux qui vont faire leurs courses dans cet hypermarché sont-ils sensibles au réemploi, à la réduction des déchets, et à l’économie circulaire ? Ce sera tout l’enjeu, sans doute, de ce nouveau lieu. Amener le plus grand nombre à s’intéresser, voire à adopter, cette démarche écoresponsable et solidaire. Cette activité fait notamment travailler des salariés en insertion.

  • À la Ressourcerie, objets comme humains ont une nouvelle vie

    À la Ressourcerie, objets comme humains ont une nouvelle vie

    Dans des tintements métalliques, des chariots que l’on pousse.

    Dans l’entrepôt de 900 mètres carrés*, ce mercredi matin, les salariés en insertion, reconnaissables à leur t-shirt orange vif, ne cessent de sillonner les allées avec des caddies qui débordent d’objets. Là où, éclaire Elodie Giraud, qui guide la visite, « on fabriquait il y a un siècle des dirigeables », l’association à but non lucratif Evolio a ouvert, en 2016, la Ressourcerie le Dirigeable. À partir de dons de particuliers** ou de professionnels, apportés sur place ou collectés, les hommes et femmes en orange « trient, réparent, transforment et revendent. On fait en sorte de revaloriser un maximum d’objets », souligne Elodie. Et le flux de ce qui est amené est juste colossal. « En moyenne, nous traitons ici 380 tonnes par an, et nous en revendons 92. Le reste est dirigé vers des éco-organismes… », explique Éric Naville, le directeur. « Notre plus gros problème, c’est le textile, notamment issu de la fast fashion. Son réemploi est impossible car la qualité est très mauvaise. Seul le quart du textile qui nous est apporté est vendable. » Sur place, la boutique, ouverte du lundi au vendredi de 9h à 15h30, vend à prix défiant toute concurrence.

    « Être ici m’a sauvé »

    Empaqueté dans de gros sacs de plastique bleu, ce textile forme une petite montagne dans le hangar. Aux abords de l’atelier équipements électriques, électroniques, où l’on trouve du petit électroménager, de l’informatique – « tout est nettoyé, testé et vérifié », insiste Elodie -, la jeune femme insiste sur la discipline du don. « Les gens doivent amener des objets propres, en bon état, ou que l’on puisse réparer, de manière à ce qu’ils soient revalorisés », observe-t-elle. Sinon, ce don se transformera en une charge, puisque la Ressourcerie devra, à ses frais, apporter ces déchets à la déchetterie. Mais lorsqu’aucun grain de sable de cette nature n’enraye l’économie circulaire, c’est une belle idée.

    Croisée mercredi, Clara, 28 ans, qui vit à Marseille, est venue faire quelques emplettes. Elle a acheté, pour 2 euros, une théière vintage. « Notre société surproduit, surconsomme, et plein de choses s’entassent. Je n’accepte pas cette logique. Ce n’est pas bon pour la planète. Ma philosophie de vie, c’est me suffire du nécessaire », dit-elle. Le Dirigeable emploie en ce moment environ 40 personnes en insertion, « sur des contrats de 26 heures sur six mois. On les aide à reprendre pied au niveau social et professionnel », renseigne Elodie. « Être ici m’a sauvé », confie Jonathan, 31 ans, embauché depuis bientôt cinq mois. Auparavant au chômage depuis deux ans, en difficulté car n’ayant pas le permis, « je touchais 600 euros de chômage, et mon loyer était de 600 euros… », relate-t-il. Même chose pour Mehrab, 41 ans. Menuisier de formation, cet Afghan est là depuis seize mois. Il a fui son pays « où les filles ne peuvent pas aller à l’école, et les femmes travailler ».

    * Au 80, avenue de la Fleuride.

    ** Dépôt sur place ouvert du lundi au vendredi, de 7h30 à 15h30.