Tag: éclairage public

  • Le Devoluy éteint ses lumières pour mieux voir le ciel

    Le Devoluy éteint ses lumières pour mieux voir le ciel

    « C’était l’action la plus rapide à mettre en place pour diminuer la facture d’énergie. » Depuis son arrivée à la mairie du Dévoluy en 2022, Alexandra Butel, a fait de la réduction de la consommation électrique de l’éclairage public un chantier majeur. Avec la hausse des prix de l’énergie, c’était « indispensable », selon elle.

    Pour cela, la commune a entrepris, depuis 2024, de passer à un éclairage LED pour ses plus de 800 lampadaires, dont 78% fonctionnent encore avec des lampes à sodium haute pression. La première phase de rénovation, actuellement en cours, concerne les 40 hameaux du Dévoluy. En 2027, ce sera au tour des stations, avec pour objectif de réduire de 67% la consommation électrique liée à l’éclairage.

    En parallèle, la mairie a mis en place l’extinction de l’éclairage public de minuit à 5h du matin. Une initiative de plus en plus adoptée par les municipalités, afin de réduire la consommation d’énergie tout en redonnant aux habitants l’accès à un ciel étoilé. « Depuis Le Dévoluy, la première agglomération voisine c’est Gap, qui émet une petite auréole orange, mais là-bas aussi l’éclairage a diminué », commente Alexandra Butel. La municipalité de Gap a en effet mis en place une extinction partielle de son éclairage public pendant la nuit, depuis 2022. Une initiative adoptée également depuis quelques années par Veynes ou Embrun, entre autres.

    Réduire l’éclairage nocturne présente des bénéfices en matière de santé publique, selon les scientifiques, et diminue aussi les perturbations causées par la lumière artificielle à la biodiversité. L’extinction nocturne fait donc d’une pierre deux coups : la commune réduit sa facture énergétique, atténue l’impact négatif sur les espèces locales et valorise son ciel étoilé, déjà reconnu et prisé. Le Dévoluy abrite en effet, sur le plateau de Bure, les douze antennes de radioastronomie de l’observatoire NOEMA, parmi les plus puissantes au monde.

    Devenir un village étoilé

    « Le Dévoluy se prête bien à ce qu’on conserve sa richesse naturelle. Pour nous, cette philosophie était un peu logique à adopter, explique Alexandra Butel. La transition s’est faite simplement, sans levée de boucliers, je crois même que les habitants étaient en attente de passer à l’extinction. On a eu aussi des retours positifs de visiteurs qui viennent pour observer le ciel la nuit. à peine on monte un petit peu, on a vite un point de vue à 360 degrés. » Une fois le programme achevé, courant 2027, la municipalité souhaite candidater à l’obtention du label « Village Etoilé », décerné par l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN).

  • Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    L’allumeur de réverbères de Saint-Exupéry, aujourd’hui, aurait peut-être du mal à trouver de l’emploi. En six mois, à partir de l’automne 2022, près de 30% des communes des Bouches-du-Rhône, et 20% dans le Var comme en Vaucluse, ont éteint leur éclairage public. Désormais, quatre communes sur dix, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, n’allument plus leurs lampadaires au cœur de la nuit, révèle une étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) réalisée à partir d’observations satellites et publiée le 30 juillet.

    « Le sud de la région n’était pas un territoire qui éteignait beaucoup la nuit, pour des questions de ressenti sur l’insécurité notamment, explique Paul Verny, responsable de la mission éclairage du Cerema Méditerranée. La crise de l’énergie de 2022 a levé le verrou. Beaucoup de communes y sont arrivées, forcées par les difficultés financières. » C’est que l’éclairage public représente, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), 30% de la consommation d’électricité des collectivités, jusqu’à 18% de leur facture d’énergie.

    Pièges à biodiversité

    Les comptes sont rapides pour des municipalités frappées par les restrictions budgétaires. Dans le même temps, la rénovation des lampadaires s’est aussi accélérée : près de la moitié des communes des Bouches-du-Rhône ont réalisé de tels travaux lors de la dernière décennie, plus d’un tiers dans le Var et en Vaucluse. Saint-Paul-lez-Durance faisant figure de pionnière en France. Gérant l’éclairage de 23 communes, dont Marseille, la Métropole Aix-Marseille a ainsi déjà équipé 49% de ses 121 067 points lumineux de LEDs (contre 40% au niveau national). En plus du chantier lancé pour des « trames noires », elle a voté, en décembre dernier, un programme de près de 50 millions d’euros d’investissements pour rénover 20% de son parc.

    Au-delà des enjeux budgétaires et de la sobriété énergétique, ces décisions apportent une nouvelle respiration à la biodiversité sur le territoire. « L’éclairage peut avoir des impacts forts sur les espèces la nuit, rappelle Paul Verny. Vous créez des pièges lumineux pour tout un tas d’insectes, qui deviennent des garde-mangers avec une surprédation, et vous créez des barrières lumineuses pour d’autres espèces obligées de les contourner. »

    Lumières lucratives

    Cela d’autant plus que les abus ont été nombreux par le passé. « La compétence a disparu dans les collectivités, explique le responsable du Cerema. Alors les études sont faites gratuitement par les fabricants d’éclairages. » Dès lors, pourquoi se priveraient-ils d’ajouter quelques lampadaires de plus sur les chantiers qui leur sont confiés ? « Cela a généré des dérives, nous sommes parfois sidérés des niveaux lumineux que l’on mesure », souffle Paul Verny. S’ajoutent les demandes des habitants, y compris pour des hameaux en pleine campagne, mais aussi la multiplication des maîtres d’ouvrage. À Saint-Estève-Janson, si la municipalité travaille à la réduction de l’éclairage, c’est la Métropole qui a aménagé l’entrée de ville… avec force réverbères.

    Mais les collectivités ne sont pas seules à illuminer la nuit. À Gignac-la-Nerthe, le dépôt logistique de Decathlon apparaît ainsi nettement sur les images satellites, fonctionnant 24 heures sur 24. « C’est plus compliqué de travailler avec ces acteurs parce qu’il faut aller voir chaque industriel et le coût est minime pour eux par rapport au reste », raconte le responsable du Cerema. Le parking de la gare TGV d’Aix-en-Provence en est un exemple. « Il est éclairé de façon catastrophique avec des projecteurs visibles de très loin, alors que c’est reconnu comme un secteur à enjeu environnemental », s’agace Paul Verny.

    S’ajoute, enfin, l’échéance des élections municipales. « Cela fait plaisir aux habitants quand on rallume », reconnaît le responsable. Sur les 23 communes où la Métropole est compétente en la matière, quatre ont d’ores déjà réclamé le retour de la lumière. Les allumeurs de réverbères, finalement, trouveront encore du travail.