Tag: eau potable

  • Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Sur les chantiers ferroviaires aussi, l’eau devient une question politique. À Nîmes, SNCF Réseau teste une solution encore rare dans le monde industriel : utiliser des eaux usées traitées pour ses travaux. Non pas pour faire boire les machines, mais pour rabattre les poussières, asperger les voies, limiter l’exposition des agents aux particules et maintenir la visibilité quand les engins brassent le ballast. L’idée, résume Marc-Axel Burette, responsable du groupe génie civil au sein du pôle d’ingénierie de SNCF Réseau à Montpellier, est de « faire le lien entre les stations d’épuration qui produisent une eau non potable mais de bonne qualité, et les chantiers ».

    Plutôt que de puiser dans le réseau d’eau potable ou dans les forages, l’expérimentation capte donc une ressource déjà disponible à la sortie des stations d’épuration. À l’été 2025, pendant six semaines, près de 500 m³ d’eau ont été acheminés depuis la station d’épuration de Nîmes jusqu’à la base travaux de SNCF Réseau. Une fois sur place, l’eau passe par un conteneur de traitement conçu par InovaYa, avec filtration et désinfection, avant d’être stockée dans des citernes violettes, couleur conventionnelle de la Reut.

    Une réserve contre la sécheresse

    Pour SNCF Réseau, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est aussi très concret. En période de sécheresse, les restrictions d’usage de l’eau peuvent mettre un chantier à l’arrêt. Or, sur une opération ferroviaire lourde, une séance perdue peut coûter jusqu’à 1 million d’euros en immobilisation. Même plus chère que l’eau du robinet, l’eau réutilisée devient alors une assurance contre la panne sèche. « Si nous arrivons à sauver ne serait-ce qu’une semaine de travaux, le système peut être rentabilisé pendant des années », estime Marc-Axel Burette.

    L’étape décisive est prévue pour l’été 2026, toujours à Nîmes, avec un chantier de remplacement de voies par suite rapide. L’opération doit se poursuivre en 2027, avant une descente du train-usine vers les Pyrénées-Orientales en 2028.

    Reste un frein de taille : la réglementation. Pour l’heure, chaque usage nécessite des autorisations longues et coûteuses. Car derrière les rails nîmois se dessine un immense gisement : celui des milliards de mètres cubes rejetés chaque année par les stations d’épuration, encore trop peu réutilisés.

  • [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    La Marseillaise : Quand on parle
    de réutilisation des eaux usées,
    de quoi parle-t-on exactement ?

    Nassim Ait Mouheb : Généralement, on entend par réutilisation des eaux usées traitées, ou Reut, le fait de récupérer une eau à la sortie d’une station de traitement. Ce sont des eaux urbaines que l’on traite déjà pour améliorer leur qualité avant rejet dans le milieu, que ce soit dans un cours d’eau ou dans la mer. L’objectif, c’est d’en récupérer une partie, selon la réglementation, et d’améliorer sa qualité, notamment d’un point de vue pathogène, pour maîtriser les risques sanitaires avant un réusage. Initialement, cela a surtout été fait pour l’irrigation agricole, mais les usages commencent à se diversifier : nettoyage de voiries, parcs et jardins, golfs. Dans certains pays, on peut même aller jusqu’à une réutilisation indirecte pour l’eau potable.

    Pourquoi cette question revient-elle avec autant de force aujourd’hui ?

    N.A.M. : La pratique existe depuis longtemps, mais les dernières années de sécheresse ont changé le regard. Avec le Plan eau, l’État encourage cette ressource complémentaire aux eaux conventionnelles, qu’elles viennent des nappes ou des cours d’eau. Avant, on y réfléchissait moins parce qu’en France, on était assez gâtés en ressources en eau. Il y avait surtout des cas insulaires, comme Porquerolles ou Noirmoutier, où l’accès à l’eau conventionnelle n’était pas disponible. Là, avec les dernières années, on commence à réfléchir à des solutions pour rendre l’agriculture et les territoires plus résilients.

    La France a-t-elle pris du retard
    sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie
     ?

    N.A.M : Oui, ces pays réutilisent davantage d’eau traitée, autour de 10 à 14%. En Espagne, cela tient à la gouvernance de l’eau et à un secteur agricole très fort, avec des besoins importants, notamment dans des régions comme Murcie. Ils ont aussi été confrontés plus tôt que nous à des sécheresses sévères. En France, la réutilisation existait surtout lorsqu’un facteur local rendait l’investissement nécessaire : l’irrigation de golfs, des situations insulaires, ou le maintien d’un secteur agricole sans accès à une autre ressource.

    Y a-t-il des usages plus pertinents que d’autres ?

    N.A.M : Il faut être vigilant, parce que l’eau, en soi, ne se perd jamais. Une eau qui sort d’une station est rejetée dans un milieu. En Occitanie, on le voit bien, ce rejet peut aussi contribuer à maintenir les cours d’eau. Donc il faut réfléchir à l’échelle du territoire : est-ce qu’on peut réutiliser cette eau ? Est-ce qu’il n’y aura pas un impact environnemental ? Ensuite, la question est de savoir si l’on réduit vraiment la consommation d’eau potable. Il faut que ce soit une substitution. Il ne faut pas que ce soit une manière d’avoir une nouvelle ressource et donc d’utiliser encore plus d’eau. Que ce soit pour l’agriculture ou pour les usages urbains, il faut garder cette réflexion de sobriété.

    Y a-t-il des usages de l’eau potable qui deviennent aberrants ?

    N.A.M. : Oui, il y a des usages comme le nettoyage des voiries ou le curage des conduites où l’eau potable peut être substituée. Bien sûr, il faut être vigilant sur la qualité de l’eau, sur les aérosols, sur les risques sanitaires. Mais techniquement, c’est tout à fait possible d’atteindre des qualités permettant d’éviter ces risques.

    L’agriculture est-elle le principal débouché ?

    N.A.M. : Dans le sud de la France, l’été, l’agriculture reste le secteur où les besoins en eau sont les plus importants. Avec le changement climatique et les restrictions, c’est aussi un secteur très exposé. Mais il ne faut pas présenter la réutilisation comme une solution unique. Pour la vigne, par exemple, il faut aussi réfléchir aux choix de cépages, aux pratiques agricoles, aux besoins réels au moment de la plantation. La réutilisation peut faire partie de l’adaptation, mais elle ne remplace pas une réflexion globale.

    Y a-t-il des risques sanitaires
    ou techniques ?

    N.A.M. : Le premier sujet, c’est de s’assurer que la qualité de l’eau correspond aux normes réglementaires, pour ne pas contaminer les cultures. Ensuite, il y a la question de la durabilité du projet. Les systèmes d’irrigation préconisés sont souvent le goutte-à-goutte, parce qu’ils évitent le contact direct de l’eau avec les cultures. L’inconvénient, c’est que ces eaux peuvent être plus chargées et donc boucher ou obstruer les systèmes. Nous, on réfléchit à des solutions, des capteurs, des goutteurs, des préconisations pour les agriculteurs, pour que l’efficience de l’irrigation reste continue. Sur la partie sanitaire, il y a une réglementation, des contrôles et des suivis réguliers. Sur des cultures comme la vigne, du moment qu’on respecte la réglementation, avec des barrières comme le sol, le goutte-à-goutte, les traitements et les suivis, les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de transfert de pathogènes dans la partie consommable. Sur les polluants émergents, il y a encore des travaux pour évaluer les risques. De notre côté, pour rendre cette pratique acceptable pour le public, il faut continuer à travailler sur ces questions pour y répondre clairement, avoir des données fiables et communiquer autour.

    Qu’est-ce qui coûte cher dans ces projets ?

    N.A.M. : Comme dans tout projet de transfert d’eau agricole, le transport, le pompage et les réseaux pèsent beaucoup. À cela s’ajoutent les traitements complémentaires, la désinfection, les contrôles et le suivi sanitaire. Le coût dépend aussi de l’adéquation entre la ressource disponible et les besoins. C’est pourquoi certaines études de faisabilité n’aboutissent pas.

    Quelle idée reçue faudrait-il corriger ?

    N.A.M. : Il faut sortir de l’idée que la réutilisation des eaux usées serait une solution simple. C’est une solution intéressante, mais elle doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire. Ce n’est pas la panacée. L’essentiel est de vérifier qu’elle remplace réellement de l’eau potable ou conventionnelle, et qu’elle ne pousse pas à consommer davantage.

  • De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    En 2021, la Catalogne est frappée par un épisode de sécheresse intense. Elle durera quatre ans et marqua profondément la région espagnole. « Au pic de la sécheresse, les réserves des cinq barrages étaient de 14%. C’était un moment délicat », raconte Josep Lluis Armentier-Ferrand, directeur de l’agence catalane de l’eau. En effet, alors que sur une période dite « normale » de 56 mois, 3 000 hm3 sont contenus dans les barrages, sur la même période concernant la sécheresse 2021-2025, le volume est passé à 1 500 hm3, soit une baisse de 51%. « L’aquifère alimentant Barcelone est même descendu jusqu’à neuf mètres en dessous du niveau de la mer », poursuit le directeur. Aujourd’hui, le niveau est à peine remonté à zéro mètre.

    Un coup de stress pour les 5,5 millions d’habitants de la métropole de Barcelone. Dès lors, il a fallu innover et mettre les bouchées doubles pour faire face à ce déficit hydrique, amené à se reproduire plus fréquemment sous l’effet du dérèglement climatique. C’est ainsi que les pouvoirs publics ont décidé de miser sur des usines de dessalement (lire ci-dessous) mais également sur la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) via les stations d’épuration. Notamment celle de Baix Llobregat -construite au pied du fleuve Llobregat- gérée par Aigües de Barcelona, filiale de Veolia.

    Injection dans l’aquifère

    Capable de traiter 375 000 m3 d’eau par jour, elle est l’une des plus grande d’Europe. « Ici, nous produisons deux qualités d’eau. La première concerne l’usage “pré-potable”, notamment pour l’agriculture, l’augmentation des débits du fleuve ou encore le nettoyage des rues. Le traitement se fait par microfiltration, l’eau passe dans des membranes de 10 micromètres avant d’être désinfectée par rayonnement ultraviolet », détaille Claudia Carbonell, directrice de la station de Baix Llobregat.

    Et c’est là que l’innovation opère. « L’eau traitée va être rejetée 16 km en amont du fleuve Llobregat pour y être mélangée. L’eau sera ensuite acheminée et récupérée par la station de potabilisation de Sant Joan Despi. C’est ce qu’on appelle la potabilisation indirecte », souligne Miquel Peraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Ainsi, au plus fort de la crise, pas moins de 1 500 litres ont été injectés dans le fleuve par seconde, représentant jusqu’à 25% de la consommation d’eau de la métropole de Barcelone. Préalablement à cet usage intensif, des tests avaient été effectués en 2019 : sur 376 composés analysés, un seul dépassait la valeur guide, le 1,4 dioxane. « Mais nous avons repéré les deux industries qui déversaient ce polluant et elles ont arrêté », fait valoir Miquel Peraira.

    La station de Baix Llobregat lutte également contre l’intrusion saline. En plus du traitement UV, une partie suivra une filtration par osmose inverse. « Cela permet d’avoir une meilleure qualité de l’eau, qui sera injectée directement dans l’aquifère à 70m de profondeur », reprend Claudia Carbonell. Des procédés novateurs qui ont permis aux Barcelonais de passer la période de sécheresse sans avoir à couper le robinet. « Durant la sécheresse 2021-2025, 70% de l’eau était d’origine naturelle. L’objectif en 2030 est d’inverser ce rapport : 30% d’eau naturelle et 70% d’eau nouvelle, donc il faut augmenter les capacités de production de la région », fait valoir Josep Lluis Armentier-Ferrand.

    Il estime le coût -avec les usines de dessalement- à 2,5 milliards d’euros. De nouveaux projets sont d’ores et déjà sur les rails.

  • Eaux usées, l’eldorado pour sauver l’or bleu ?

    Eaux usées, l’eldorado pour sauver l’or bleu ?

    Ls joueurs de golf qui évoluent sur le green de La Grande-Motte, dans l’Hérault, savent-ils que leur chère pelouse est arrosée par des eaux usées traitées ? C’est l’une des premières mise en œuvre, en France, d’une technique : la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). Et pour cause : alors que la crise de la ressource en eau s’aggrave, gaspiller de l’eau potable sur les parcours du Golf international de la Grande Motte devenait insoutenable. Pour autant, cette réutilisation ne va pas de soi et la France est à la traîne.

    L’Observatoire national des services d’eau et assainissement explique que dans notre pays « la réutilisation des eaux usées traitées demeure très marginale, représentant moins de 1% du volume total des eaux traitées, selon une estimation du Cerema [organisme qui accompagne l’État et les collectivités en matière de défi climatique] dans son document “Réutilisation des Eaux Usées Traitées – Le panorama français” publié en 2020 ». À titre de comparaison, souligne l’observatoire, « certains pays ont développé cette pratique de manière bien plus significative : Israël atteint un taux de réutilisation de 86%, l’Espagne 14% et l’Italie environ 8%. » L’Espagne justement et la Catalogne en particulier ont investi face à une sécheresse endémique (lire notre reportage page 6) grâce au savoir-faire du numéro un mondial de la gestion de l’eau, le groupe privé Veolia.

    Pour revenir sur le green du golf de La Grande-Motte, l’observatoire national des services de l’eau et assainissement juge que « cet exemple illustre bien les défis que soulève la réutilisation des eaux usées, tant sur le plan technique qu’économique ». En effet, la mise en place de la réutilisation des eaux usées traitées doit « garantir une qualité d’eau conforme aux usages publics » et nécessite souvent « des traitements complémentaires, afin d’atteindre des concentrations très faibles en bactéries et en polluants ». Cela peut impliquer « l’installation d’unités de désinfection supplémentaires et exige un suivi sanitaire permanent ». De gros investissements sont donc nécessaires. À Montpellier, la régie publique de la Métropole expérimente un camion itinérant dans cinq communes, équipé d’un système de traitement des eaux usées. Un projet financé par des fonds européens (lire page 7).

    Dépasser le facteur « beurk »

    Pour l’observatoire, « les contraintes, à la fois techniques et économiques, expliquent en partie pourquoi la réutilisation des eaux usées traitées reste encore peu développée en France ».

    Le CNRS planche sur le sujet pour sauter ces obstacles : « Plusieurs équipes de scientifiques du CNRS travaillent sur des technologies innovantes pour s’assurer que cette eau soit propre et sans danger. En Vendée, un projet teste la réutilisation des eaux usées pour produire de l’eau potable. Dans le Gard, un autre programme explore la recharge des nappes phréatiques », précise le centre de recherche. Et de rappeler que d’« ici à 2030, l’ambition du gouvernement est d’atteindre 10% de réutilisation ». Mais prévient le CNRS, « il reste un gros défi : dépasser le “facteur beurk”, une réaction de dégoût à l’idée de réutiliser une eau considérée comme insalubre. L’acceptabilité sociétale de la réutilisation des eaux usées est en effet cruciale pour son succès. »

    Il y a aussi la réglementation. Selon Veolia, « la Commission européenne estime que l’eau traitée pourrait être réutilisée 6 fois plus qu’elle ne l’est actuellement. Le premier règlement a été publié en 2020, et les spécifications techniques en 2024, pour harmoniser les règles et encourager la Reut en Europe. » En attendant, des essais sont mis en œuvre : À Toulouse, le projet Val REU a été lancé en 2023 avec pour ambition de retraiter des eaux usées pour les recycler vers de nouvelles utilisations, comme le nettoyage des voiries, l’alimentation de sanitaires ou l’arrosage des terrains de sports. Un nouveau type de membrane filtrante et durable, Neophil, est mis en service lors de cette opération. Une expérience est également menée avec le Stade Toulousain, pour l’arrosage de ses terrains de rugby.

    De son côté, la commune d’Argelès-sur-Mer, utilise le procédé Reut pour l’agriculture de cette commune située dans les Pyrénées-Orientales, un département frappé par une sécheresse depuis plusieurs années.

    Coût élevé, acceptation sociale, entretien, contrôles sanitaires accrus. La réutilisation des eaux usées traitées rencontre des freins objectifs. Cette technique doit faire partie du panel de solutions pour protéger la ressource en eau mais sans accroître sa consommation. C’est l’alerte de Nassim Ait Mouheb, directeur de recherche à l’Inrae, au sein du laboratoire G-Eau à Montpellier (lire ci-contre son entretien). Pour lui « cette solution doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire ».

  • Onze millions de dividendes pour les Eaux de Marseille

    Onze millions de dividendes pour les Eaux de Marseille

    L’argent ruisselle vers le haut, à la Société des eaux de Marseille (SEM). Assurant l’approvisionnement en eau potable de plus d’un million d’habitants dans le périmètre de l’ancien conseil de territoire Marseille-Provence, soit la majorité de la population de la Métropole, la filiale de Veolia doit présenter ses résultats annuels lors d’une assemblée générale prévue le 19 juin. Au total, celle-ci a réalisé quelque 10,99 millions d’euros de bénéfices sur l’exercice 2025. Qui remonteront presque intégralement à la société mère. Selon nos informations, la résolution présentée au conseil d’administration propose de fixer le dividende unitaire à 24,65 euros, avec un paiement prévu à compter du 26 juin. Soit au total 10,98 millions d’euros de dividendes, qui remonteront logiquement à la multinationale du CAC 40.

    Cette affectation des bénéfices reste dans le droit fil des années précédentes. Selon les comptes déposés par la SEM consultés par La Marseillaise, 66,7 millions d’euros ont été distribués ces cinq dernières années. Soit plus de la moitié du déficit que la Métropole, compétente pour la gestion de l’eau, cherche à combler. Au total, Veolia a ainsi reçu 93,8 millions de dividendes depuis 2014, date d’entrée en vigueur de l’actuel contrat de délégation de service public de la distribution de l’eau à Marseille et dans les quinze communes environnantes, qui court jusqu’au 30 juin 2029. La « durée excessive » de ce giga-contrat à 2,8 milliards d’euros avait fait tiquer les magistrats de la chambre régionale des comptes en février 2014 qui dénonçait déjà « l’absence d’une clause destinée à maintenir le bénéfice du délégataire dans les limites du raisonnable ». Une enquête du parquet national financier avait finalement été déclarée sans suite.

    D’autant plus que se pose déjà l’avenir de cette délégation. En juin 2025, le conseil métropolitain avait approuvé le principe d’un regroupement des périmètres de gestion de l’eau en deux blocs métropolitains, sans préciser leur mode de gouvernance. De quoi alerter les élus de gauche qui y voyaient une façon d’imposer des délégations de service public taille XXL (notre édition du 02/09/2025). Lors des dernières municipales, le Printemps marseillais réclamait le retour en régie des activités déléguées à Veolia depuis les années 1960. Reste à savoir si l’entente avec le président (LR) de la Métropole, Nicolas Isnard, suffira à concrétiser la promesse.

    Sollicitée, la SEM n’a pas donné suite.

  • [EQDD] En Pays de Fayence, l’urbanisme sur pause pour préserver l’eau

    [EQDD] En Pays de Fayence, l’urbanisme sur pause pour préserver l’eau

    L’eau de Siagnole coule à flots. L’hiver pluvieux augure d’un été sans restriction. Rien à voir avec ce que les neuf villages du Pays de Fayence ont connu en 2022 et 2023. Depuis, la communauté de communes a pris une série de mesures inédites. En tête, le gel des permis de construire. Car dans ce territoire particulièrement attractif à la lisière du Var et des Alpes-Maritimes, la population ne fait que grandir et, avec elle, les besoins en eau.

    « Pendant longtemps, on a cru qu’il y aurait toujours de l’eau », reconnaît Jean Florimond, le président de l’association des usagers de l’eau du Pays de Fayence. Il y a quatre ans pourtant, les habitants réapprenaient brutalement l’évidence : l’eau est une ressource finie. Ils en font l’expérience dès février 2022 lorsque tombent les premières alertes « sécheresse ». Puis, en mai, la première limitation de l’usage de l’eau : 200 litres par jour et par personne. À l’été, le quota baisse encore à 150 litres. À 100 litres mi-octobre. L’approvisionnement est au bord de la rupture.

    Un saut dans le vide validé par la justice

    « Ce qu’on considérait comme une anomalie a pris le tour d’une crise sans précédent », résume François Cavallier, maire de Callian et nouveau président de l’intercommunalité. Un coup de semonce pour les édiles, comme pour les résidents. Tous le savent bien désormais : « La normalité apparente de ce printemps cache une fragilité structurelle ».

    C’est pour agir sur ce point que, début 2023, les neuf maires prennent une décision unanime : un moratoire sur les permis de construire, gelés pour cinq ans, afin de contenir les besoins en eau. « Nous sommes contents d’être attractifs, reprend le maire de Callian, mais il faut que nous puissions accueillir les gens. La stabilisation de l’urbanisme, c’est une pause pour mettre à niveau nos services ». D’ici à fin 2027, une conduite depuis le lac de Saint-Cassien doit ainsi venir soutenir l’alimentation en eau.

    « C’était un saut dans le vide, revendique François Cavallier, car nous n’avions pas qualité pour prendre cette décision ». Mais l’État suit. Et lorsque certains portent le refus de permis de construire qui leur est opposé devant la justice, le tribunal administratif, puis le Conseil d’État, donnent raison aux élus. « Une véritable satisfaction », se félicite le président du Pays de Fayence. Qui se réjouit aussi que, depuis, la mesure ait fait des émules : le Vaucluse, les Pyrénées orientales et l’Ain, des départements connaissant de fortes tensions sur l’approvisionnement en eau, ont pris des décisions similaires.

    Les limites du technosolutionnisme

    Le moratoire est bien accepté par la population, qui « a compris qu’il n’y avait pas d’autres choix », souligne encore l’élu. « On est rassuré par le sérieux avec lequel le problème est géré », confirme Jean Florimond. Pour autant, le dispositif n’est pas sans conséquence. « On observe clairement une hausse des prix de l’immobilier et une raréfaction des biens », admet François Cavallier.

    Ainsi, la question de l’accès au logement se pose-t-elle. Tout comme celle des carnets de commandes des professionnels du bâtiment, « mis en difficulté », regrette le maire de Callian. « La sobriété foncière a des avantages, mais on ne pourra pas la tenir indéfiniment ». Reste donc à savoir « ce que nous ferons en 2028 », une fois le moratoire arrivé à échéance.

    Parce que « même avec l’eau du lac, il faut changer de paradigme », prévient François Cavallier, avant d’asséner : « Le technosolutionnisme, tout comme la ressource, a des limites ». Jean Florimond ne dit pas le contraire. Au-delà des infrastructures, l’association des usagers de l’eau du Pays de Fayence prône une gestion plus sobre. Par l’amélioration des réseaux et de leurs rendements, mais aussi une tarification incitative, en cours d’élaboration, récompensant les foyers les plus économes.

    « On l’a vu entre l’été 2022 et l’été 2023 : lorsque les tarifs augmentent avec la consommation, celle-ci baisse de 30% », remarque François Cavallier. Sans ça, renchérit le président des usagers, « les gens se désintéressent de la problématique ». Le risque de pénurie, lui, demeure.

    Par Virginie Rabisse Var Matin

  • L’Occitanie surprise par les premières chaleurs

    L’Occitanie surprise par les premières chaleurs

    Coincé sur l’Hexagone depuis le week-end de Pentecôte, le « dôme de chaleur », qui agit comme un couvercle en piégeant l’air chaud venant du Maroc, n’épargne pas l’Occitanie. Jeudi 28 mai, dix départements de la région étaient en vigilance jaune canicule. Avec des pics à 37 ou 38 degrés attendus dans les prochains jours, certains pourraient basculer en vigilance orange. Des chaleurs précoces qui surprennent d’autant plus que les températures étaient en dessous des normales saisonnières jusqu’à la mi-mai. Pour l’ingénieur agronome expert en climatologie, Serge Zaka, il s’agit d’une « anomalie statistique qu’on redoutait ».

    La vague de chaleur particulièrement forte à l’ouest du pays a entraîné la vigilance canicule la plus précoce depuis la création du dispositif en 2004, suite à la canicule d’août 2003 qui avait provoqué de nombreux décès chez les personnes vulnérables et éveillé les consciences aux dangers du réchauffement climatique. Tandis que l’été 2026 n’a pas officiellement débuté en France, au moins sept personnes sont décédées de ce premier pic de chaleur. Si bien qu’une réunion de crise se tenait jeudi 28 mai à l’Élysée. Objectif : élaborer un « plan d’endurance dans la durée jusqu’en septembre ».

    Dans le Gard et l’Hérault, les autorités et collectivités (la Ville de Nîmes notamment) ont pris les devants ces derniers jours, multipliant les conseils de prévention. C’est notamment le cas dans l’éducation. Il faut dire qu’on se souvient que certaines écoles (à Nîmes, Sète, Montpellier…) avaient particulièrement souffert de la canicule en juin 2025. Sans aller jusqu’à reporter certaines épreuves du Bac pro prévues ce vendredi 29 mai*, le ministère de l’Éducation nationale s’est fendu d’un courriel. À tous les chefs d’établissement, il est conseillé de « privilégier les salles à l’ombre pour la tenue des épreuves », de « fermer les stores et rideaux des façades exposées au soleil la journée », de « s’assurer que les élèves disposent d’eau potable » et d’apporter une « vigilance particulière aux candidats présentant des pathologies ou en situation de handicap ». Aux enseignants, il est rappelé que « les activités physiques et les sorties doivent être réduites ou supprimées aux heures les plus chaudes ». Enfin, les parents sont invités à « adapter l’habillement des plus jeunes élèves, de prévoir casquettes et lunettes de soleil, et, si nécessaire, d’appliquer de la crème solaire avant l’école ».

    Les droits des salariés

    Pour les travailleurs, la canicule est aussi synonyme de difficultés voire de dangers pour la santé. Rappelons que le Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé et la sécurité de ses salariés. S’il n’y a pas de température maximale tolérée, l’employeur a l’obligation de fournir de l’eau potable fraîche, d’assurer une ventilation/aération correcte ou salle climatisée, limiter l’exposition à la chaleur, prévoir des pauses ou espaces de repos. De son côté, le salarié peut faire des propositions (au cas par cas) : aménager les horaires pour finir plus tôt, réorganiser la charge de travail, réduire des tâches physiques, rallonger les pauses, demander du télétravail exceptionnel… En cas de « danger grave et imminent », il est même possible d’exercer son droit de retrait en ayant d’abord prévenu son employeur, le CSE ou la médecine du travail.

    De son côté, l’association Peta vient de rappeler quelques consignes qui concernent les animaux. Ne jamais les laisser enfermés dans une voiture, même quelques minutes. En extérieur, leur « laisser de l’eau et des zones ombragées ». Prendre garde aux sols brûlants, le bitume pouvant provoquer des « brûlures sur les coussinets des chiens » par exemple avec lesquels il est « déconseillé d’aller faire son jogging ».

    Enfin qui dit canicule dit risque incendie. Si aucun départ de feu n’est encore à déplorer, le patron des pompiers de l’Hérault se tient à l’affût. « La stratégie qui fonctionne c’est d’attaquer massivement tous les départs de feux pour éviter qu’ils deviennent incontrôlables », insiste Eric Florès en référence au méga feu de l’Aude en 2025. Il en profite pour rappeler que « tout apport du feu en forêt méditerranéenne est proscrit depuis le 15 mai ». Les travaux agricoles en plein soleil sont déconseillés et le jet de mégots est passible de sanctions pénales.

    * Celles du CAP auront lieu les 8-9 juin, du 11 au 18 juin pour le Bac général et technologique et enfin les 26, 29 et 30 juin pour le brevet des collèges.

  • La nappe de La Crau « dans une période charnière »

    La nappe de La Crau « dans une période charnière »

    Philippe Léandri entame son mandat de président du Symcrau « dans une période charnière » pour la nappe phréatique. Le maire de Grans (DVD), qui succède à Céline Tramontin, affirme : « On est face à des défis contemporains. »

    Il en distingue trois. Le changement climatique, d’abord.
    « Un certain nombre d’études nous laissent envisager qu’en 2050, il va nous manquer 90 millions de m3 d’eau, avec des répercussions sur nos forages. » Les premiers concernés seraient de Port-Saint-Louis-du-Rhône, de Mas Thibert et de Saint-Hippolyte, qui alimente l’agglomération arlésienne.

    Actuellement, 75 millions de m3 sont prélevés chaque année dans la nappe pour alimenter 300 000 foyers en eau potable (39% de son usage), mais aussi les activités industrielles et militaires (24%) et l’agriculture (36%). Une quantité supérieure à « ce que la pluie va amener naturellement », détaille la directrice du Symcrau Charlotte Alcazar. Si la nappe réussit cet exploit, c’est qu’elle est approvisionnée par un transfert d’eau de la Durance – qui alimente par ailleurs l’ensemble des usagers de trois départements et les centrales hydroélectriques d’EDF –, elle-même affectée par le changement climatique. « Si on n’avait pas le transfert d’eau, la nappe figurerait parmi les plus surexploitées d’Europe, poursuit Charlotte Alcazar. (…) Économiser l’eau, c’est aussi garantir une certaine souveraineté de La Crau. »

    Le deuxième défi concerne la fragilité du modèle, qui repose sur des canaux qui « commencent à être dans un état insuffisant », développe Philippe Léandri. Leur entretien, au coût élevé repose « sur 325 exploitations agricoles » qui produisent du foin de Crau, précise la directrice du Symcrau. « Aujourd’hui, ce secteur est en crise », reprend le président.

    La pression de l’aménagement, enfin, constitue le troisième défi. « Entre la décarbonation de notre industrie, l’implantation d’un certain nombre d’entreprises et l’arrivée de nouveaux particuliers, on doit sécuriser, moderniser nos réseaux en restant avec un coût de l’eau abordable pour tous. » Mis en place l’an dernier, un Schéma d’aménagement et de gestion des eaux écrit par la Commission locale de l’eau a pour objectif d’innover pour avoir une charge financière supportable et répartie et de « faire mieux avec moins d’eau ».

  • Eau contaminée à Rousset : l’enquête confirme l’origine hydrique de l’épidémie

    Eau contaminée à Rousset : l’enquête confirme l’origine hydrique de l’épidémie

    L’épisode de gastro-entérites survenu à Rousset, le 16 avril dernier, a trouvé son explication. Cet événement avait entraîné des restrictions de consommation de l’eau du robinet pour l’ensemble des habitants de la commune jusqu’au 24 avril. Une enquête épidémiologique avec un questionnaire, lancée le 17 avril, avait recueilli 1 182 réponses et a permis d’identifier 895 personnes ayant déclaré des symptômes entre le 2 et le 22 avril. Parmi elles, 86% avaient un lien avec la commune de Rousset (lire notre édition du 23/04).

    Les conclusions de Santé publique France viennent d’être rendues publiques Selon ce rapport, l’épidémie est désormais clairement attribuée à une « origine hydrique ». Elle est liée à une « contamination du réseau d’eau potable », exploité par la Société des Eaux de Marseille (SEM), ainsi qu’à un « un dysfonctionnement du système de chloration ». Les analyses microbiologiques ont révélé la présence de plusieurs agents « pathogènes ». Parmi eux, des virus de type norovirus et rotavirus, mais également des bactéries telles qu’Escherichia coli.

    Santé publique France évoque également une hypothèse pour expliquer cet épisode : un phénomène de « retour d’eau » qui aurait pu entraîner une intrusion d’eaux usées dans le réseau d’eau potable. Cette piste est avancée « au regard des éléments microbiologiques observés », sans être présentée, à ce stade, comme une certitude définitive.

    « échanges constants »

    La municipalité de Rousset, dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, rappelle s’être « mobilisée dès les premiers signalements ». Elle souligne avoir maintenu « des échanges constants » avec l’Agence régionale de santé, les autorités sanitaires et la SEM, tout en « assurant l’information de la population et le suivi quotidien de la situation ». Des mesures de précaution ont été mises en place « rapidement », notamment la distribution de dizaines de milliers de bouteilles d’eau, rendue possible grâce à « l’engagement de nombreux bénévoles ».

  • LGV : des forages autorisés, la source d’Issanka en danger ?

    LGV : des forages autorisés, la source d’Issanka en danger ?

    Le projet est toujours dans les cartons mais a déjà son lot de détracteurs. Le chantier de la future ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), dont la phase 1 doit débuter en 2029, est sous le feu des critiques depuis qu’un arrêté préfectoral de déclaration d’utilité publique autorise des forages et sondages pour recueillir des données destinées à étudier la faisabilité du projet.

    Concrètement, le texte autorise « la réalisation de trois sondages de reconnaissance destructifs avec tubage à l’avancement d’une profondeur maximale de 80 mètres à proximité du profil géophysique ; la réalisation de deux forages carottés de 20 mètres de profondeur ; la réalisation d’une quinzaine de sondages destructifs de 1 à 1,5 m de profondeur répartis sur la zone d’affleurement ou à défaut, des fosses d’infiltration ». Sauf que cette autorisation empiète sur le périmètre de protection de la source d’Issanka, seule ressource d’eau potable de Sète, elle-même protégée par un arrêté de déclaration d’utilité publique (DUP) de 1988. « Or dans ce périmètre de protection, des règles s’appliquent. Il y a une liste d’activités interdites avec les forages. Les mêmes que l’arrêté entend autoriser pour
    le chantier
     », observe Laura Seguin, conseillère d’opposition à Sète et à l’Agglo. Dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau, l’arrêté a de quoi poser question. « Il est important avant tout de préserver notre ressource en eau. Selon l’arrêté, il s’agirait de bien connaître, comprendre, etc. Mais on sait bien qu’il y a des risques. Ce n’est pas pour rien que ces règles existent, il y a des risques de pollution », insiste Laura Seguin. Pour preuve, l’élue met en avant un rapport d’octobre 2025 de la Commission locale de l’eau (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) des bassins-versants de la lagune de Thau et de l’étang d’Ingril. Dans ce dernier, « la CLE identifie que les travaux inscrits dans le dossier sont incompatibles avec [la préservation des ressources locales en eau douce et la sécurisation de l’alimentation en eau du territoire, Ndlr]. La CLE du Sage Thau-Ingril émet donc un avis défavorable sur le dossier d’enquête préalable à l’autorisation environnementale des interventions préparatoires de la phase 1 de la LNMP », précisait à l’époque le président du CLE, Michel Garcia.

    Les élus sétois opposés

    Mais force est de constater que la préfecture ne l’entend pas de cette oreille. « L’économie générale du projet initial de la DUP du champ captant d’Issanka de 1988 n’est pas bouleversée par la réalisation des investigations à cette étape du projet. Celles-ci permettront d’améliorer la connaissance de la ressource en eau et d’assurer la préservation du captage […] Il n’y a pas lieu de modifier la délimitation du périmètre de protection rapprochée », fait valoir le service de l’État.

    Bien que la CLE n’ait qu’un avis consultatif, ce dernier est issu d’un compromis entre toutes les parties. « La CLE est chargée d’élaborer le Sage avec des orientations de gestion, notamment la protection de la ressource. Le schéma est élaboré par un parlement local de l’eau réunissant des élus, l’État, des représentants d’usagers. On voit que l’État choisit de passer outre cette orientation issue d’une démocratie locale, on le déplore », soupire Laura Seguin, qui milite pour un tracé alternatif de la LNMP.

    L’élue de Nouvelle page n’entend pas baisser les bras. Le 20 avril, en conseil municipal de Sète, elle a déposé une motion afin d’exiger le « strict respect de la déclaration d’utilité publique de 1988. » « L’enjeu de la protection de la ressource dépasse les sensibilités politiques. On peut tous s’accorder pour dire d’une seule et même voix qu’on veut préserver notre ressource », soutient-elle. Et de fait : le maire LR Hervé Marquès avait lui même formulé une motion similaire. D’un commun accord, les deux parties se sont donc entendues pour déposer une motion commune lors du conseil d’Agglo du 23 avril afin de constituer un groupe de travail sur les conséquences de la LNMP sur le périmètre de protection d’Issanka.