Tag: droits sociaux

  • À Avignon, les acteurs de la solidarité prêts à attaquer « l’arrêté anti mendicité »

    À Avignon, les acteurs de la solidarité prêts à attaquer « l’arrêté anti mendicité »

    « La ville d’Avignon agit et continuera d’agir avec responsabilité et humanité sans opposer sécurité et solidarité. » Voilà comment, il y a trois ans déjà, la maire d’Avignon d’alors Cécile Helle (PS) répondait au syndicat des restaurateurs et hôteliers qui dénonçait l’inaction de la municipalité face à la présence accrue de sans-abri en centre-ville. Les municipales sont depuis passées par là et, dans la torpeur estivale post Festival, Olivier Galzi (DVD) a pris un arrêté réglementant l’occupation de l’espace public visant à prévenir des troubles à l’ordre public (notre édition du 14 août).

    « Un arrêté anti-mendicité », comme le qualifie Thierry Mila. Le président de la fédération Paca des acteurs de la solidarité, qui fédère un réseau de structures engagées aux côtés des personnes en situation de précarité, n’a pas tardé à envoyer un courrier au maire. La missive lui demande de retirer cette mesure et d’organiser une « rencontre avec les fédérations et les associations du territoire pour trouver une solution digne pour les personnes dans une ville de culture et d’accueil s’il en est. » Ce recours « gracieux et pré-contentieux », reçu ce mardi en mairie, pourrait rapidement être suivi d’un référé suspension directement déposé au tribunal administratif. « Si on n’a pas de retour d’ici à jeudi, tout est prêt pour attaquer », assure Thierry Mila.

    Sollicitée par nos soins, la Ville semble peu encline, dans l’immédiat, à une rencontre. « On va leur répondre en rappelant les grands principes de l’arrêté car ils ont une lecture différente de la nôtre », répond la mairie. Qui réaffirme ne pas vouloir « stigmatiser une certaine population et la mendicité mais concilier tranquillité publique et accompagnement des plus vulnérables en caractérisant les troubles pour mieux cibler les personnes qui n’arrivent pas à être prises en charge ». Le président de la fédération des acteurs de la solidarité y voit plutôt un moyen « de nettoyer Avignon, comme l’ont fait d’autres villes dans une course à l’échalote contre les personnes précaires qui vivent à la rue, déjà stigmatisées par la vie ». De manière plus globale, Thierry Mila déplore aussi la politique de l’État : « On ne peut pas dire d’un côté on ne veut plus de mendiants et, de l’autre, couper les fonds aux associations. »

    De « sérieuses interrogations »

    Le courrier adressé à Olivier Galzi, très circonstancié, soulève de « sérieuses interrogations » quant au respect des libertés publiques, de la notion « d’occupation prolongée » et met aussi en avant la jurisprudence du Conseil d’État, de la Cour européenne des droits de l’homme ou une décision du comité européen des droits sociaux. Au tout début de la campagne des municipales, Olivier Galzi avait défendu la possibilité d’un arrêté anti-mendicité avant de ne plus évoquer, dans ces termes, le sujet. Mi-février, dans nos colonnes, le futur maire insistait sur sa volonté d’aider ceux qui veulent s’en sortir mais, pour les autres, « envoyer le signal qu’Avignon ne sera pas la ville qui les accueillera de manière favorable ». L’arrêté vient traduire cette volonté qui, pour le PCF, « déplace la pauvreté » .

    Pour le PCF, la pauvreté est déplacée

    Parmi les réactions suscitées par l’arrêté, la section PCF d’Avignon-Morières-Le Pontet estime, dans un communiqué, que « faire partir les personnes à la rue ne les fait pas disparaître. Cela les déplace vers d’autres rues, d’autres quartiers, loin des commerces et des espaces fréquentés ». Sans « contester la nécessité de garantir la tranquillité et la libre circulation », les communistes insistent : « Ce dont Avignon a besoin, ce n’est pas de rendre la pauvreté invisible, mais de traiter ses causes. » Et d’appeler à « renforcer l’accompagnement, l’hébergement et l’accès aux soins ».

    F.C.

  • À l’Imperator, la grève qui fait tomber le vernis du luxe nîmois

    À l’Imperator, la grève qui fait tomber le vernis du luxe nîmois

    Dimanche 26 juillet, l’hôtel cinq étoiles Maison Albar L’Imperator, sur les quais de la Fontaine à Nîmes, n’a pas ouvert comme d’habitude, tandis que le luxe laissait voir ses coulisses. Une quinzaine de femmes de chambre, gouvernantes et équipiers ont posé leurs chariots pour rejoindre le trottoir, soutenus par la CGT. Le mouvement tombe en pleine haute saison, alors que l’établissement affiche complet à 98% et héberge le groupe The Cure, venu pour quatre concerts aux arènes dans le cadre du Festival de Nîmes. Pour le délégué syndical David Goslin, ce coup d’éclat n’a rien d’un hasard : « C’est l’un des métiers les plus ingrats de l’hôtellerie. Dans un cinq-étoiles, on voit toujours le côté brillant, mais l’arrière-boutique, c’est la mine », résume-t-il.

    Le prestige sur des corps épuisés

    Derrière la façade cossue, les grévistes décrivent un quotidien épuisant. La direction exigerait qu’une chambre soit nettoyée en trente minutes, quand la tâche en prend réellement entre quarante-cinq et cinquante. Ikram Ouadeh, femme de chambre depuis cinq ans, s’occupe seule d’une douzaine de chambres par jour pour environ 1 400 euros net mensuels, vêtue d’un tee-shirt taché de javel faute de tenue fournie. « C’est une honte, dans un cinq-étoiles », lâche-t-elle. Diplômée infirmière au Maroc, elle dit n’avoir jamais eu de réponse à sa demande de formation en interne. Plusieurs collègues racontent des repas sautés faute de temps, une perte de poids et une fatigue qui déborde sur leur vie de famille.

    Derrière les draps impeccables et les couloirs silencieux, la pénibilité s’accumule. Le syndicat CGT dénonce des semaines allant parfois au-delà des 39 heures des chariots de cent kilos à manier seules dans un escalier en colimaçon, des vestiaires mixtes contraires au Code du travail, et des livraisons de linge interrompues faute de factures réglées par la direction. Plusieurs salariées disent devoir acheter elles-mêmes produits d’entretien et papier toilette pour dépanner les étages. Fait rare, leur propre manager a rejoint le mouvement : Nicolas Viala, gouvernant général, affirme avoir vainement alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises sur le manque de personnel.

    Sur place, la conseillère municipale nîmoise Janie Arnéguy est venue soutenir les grévistes, jugeant leurs conditions de travail scandaleuses. Des clients, eux, se sont montrés attentifs aux revendications affichées sur les tracts distribués devant l’établissement. Contactée à plusieurs reprises, la direction de l’hôtel n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

    Une procédure est engagée auprès de l’Inspection du travail sur les salaires, les heures supplémentaires et la sécurité au travail. Des discussions doivent s’ouvrir dans les prochaines semaines pour tenter de sortir du conflit.

  • Justice sociale à l’agonie

    Justice sociale à l’agonie

    Par Léa Talrich, Avocate au Barreau de Marseille

    Hier, Mme Harcelée a saisi le conseil de prud’hommes de Marseille pour faire cesser le harcèlement qu’elle subit dans son travail, en payant un timbre de 50 euros. L’audience de conciliation, la première d’une série d’au moins trois audiences avant qu’un jugement soit rendu, a été fixée en février 2027. Une décision arrivera au plus tôt en 2028. Et pendant ce temps, sa souffrance s’aggrave. Depuis plusieurs mois, le conseil de prud’hommes attend des greffiers. En sous-effectif, ceux en poste sont épuisés et ne peuvent pas se dédoubler. Sans greffiers, pas d’audience. Sans audience, pas de droits.

    M. Blessé a subi un accident de travail il y a six mois. La Sécurité sociale n’a pas voulu reconnaître le caractère professionnel de l’accident. Il a saisi le Pôle social du tribunal judiciaire hier, en payant un timbre de 50 euros. La justice en a accusé réception. Il recevra l’information d’une date d’audience dans un an et demi. La décision sera peut-être rendue dans deux ans. Espérons qu’il sera guéri d’ici là, bien que cela rende le contentieux inutile.

    Mme Exploitée attend qu’on lui paie ses heures supplémentaires, réalisées par centaines dans son ex-entreprise de l’hôtellerie-restauration. Elle a saisi le conseil de prud’hommes gratuitement en 2020. Elle a eu un jugement en 2022. Son employeur a fait appel. Et elle attend depuis maintenant quatre ans qu’une date d’audience soit fixée. Faute de magistrats, les chambres sociales de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence sont incapables de juger avant 4 ans d’attente.

    La justice des droits sociaux est (mal)traitée à l’image des droits qu’elle est supposée garantir. Alors que le choix du contentieux est souvent le dernier recours des justiciables, ils et elles font face à un mur de silence, de désintérêt et de mépris. Les personnels de justice sont essorés jusqu’à être contraints de se désensibiliser pour survivre à leurs conditions de travail indignes.

    Lorsque ce constat s’aggrave d’année en année, Monsieur Darmanin n’a rien trouvé de mieux pour dissuader les précaires de faire valoir leurs droits que de rendre l’accès au service public de la justice payant. 50 euros, c’est le prix de la honte du système judiciaire français. Si la justice sociale est l’outil de rééquilibre pour celles et ceux qui sont les plus faibles, le gouvernement veut détruire la balance. Lentement, en épuisant par le silence judiciaire.

    Le seul moyen de combattre le silence est le bruit. Intéressons-nous aux contentieux du travail, de la sécurité sociale, du handicap, car il s’agit souvent de récits de toute une vie, qui méritent mieux que d’être ignorés. Le service public de la justice a besoin de finances, de personnels et de délais raisonnables. Exigeons des moyens à la hauteur des besoins, nombreux, de celles et ceux qui subissent la violence du travail.

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  • À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    Voilà 137 ans que la IIe internationale socialiste, réunie à Paris le 20 juillet 1889, a décidé de faire du 1er mai une journée de manifestation dédiée aux droits des travailleurs. Sanctuarisée au fil du temps, elle devint un jour férié et chômé en France en 1946, et est célébrée dans le monde entier en tant que Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs.

    Une loi « au nom du profit »

    Sauf que cet acquis est aujourd’hui remis en cause. Il l’a d’abord été de manière diffuse par François Bayrou, qui, alors Premier ministre, proposait en juillet 2025 de supprimer deux jours fériés, sans les cibler précisément, pour générer des recettes supplémentaires dans le cadre du projet de budget 2026. En avril, son successeur, Sébastien Lecornu, a remis l’idée sur la table en autorisant « les boulangers indépendants artisans, les fleuristes indépendants artisans (à) ouvrir ce 1er-Mai ». De quoi ouvrir une brèche, après avoir repoussé, sous la pression syndicale, un projet de loi. C’est une proposition de loi qui sera examinée par le Sénat ce 16 juin examinera. Si elle se limite aux boulangers et fleuristes, le danger de la généralisation est réel.

    De quoi susciter la colère de l’intersyndicale Unsa-CGT-Solidaires-FSU dans le Var. « Après les retraites, les droits sociaux et les services publics, le gouvernement veut banaliser le travail le 1er-Mai au nom du profit et des lobbies économiques », dénonce-t-elle, appelant à se mobiliser ce même jour, à 12h, devant les locaux de l’Union patronale du Var.

    « Faire travailler davantage celles et ceux qui peinent à boucler les fins de mois ne répond en rien à l’explosion des prix [..], aux salaires qui stagnent et à la précarité qui gagne du terrain », pointent les syndicats, qui dénoncent également les manœuvres de « l’extrême droite, [qui] tente de détourner la colère sociale en désignant des boucs émissaires et en essayant de se mettre dans la poche du patronat. Elle vote contre les intérêts des salariés, les droits syndicaux, les solidarités ». Avant de conclure : « Le progrès social se construit par l’unité des travailleurs, pas par la division ! »

  • La CGT Marins obtient des garanties et suspend la grève

    La CGT Marins obtient des garanties et suspend la grève

    On a voté à l’unanimité la reprise du travail suite aux réponses obtenues », annonce Frédéric Alpozzo, secrétaire général de la CGT Marins de Marseille, ce vendredi soir à la sortie de l’assemblée générale des travailleurs. L’organisation « suspend le mouvement social » entamé lundi 2 février, notamment suite à plusieurs réunions en préfecture et avec les directions des deux compagnies des marins, La Méridionale et Corsica Linea. « On a un calendrier très précis pour un cycle de réunions de travail sur le programme commun des deux compagnies par rapport à la concurrence déloyale », développe Frédéric Alpozzo, évoquant un « document complet ».

    Le tout, en parallèle « d’une médiation », annoncée la veille par le ministère des Transports. « Il y a toutes les parties prenantes dans les différents cycles de réunions, on a des avancées », commente le syndicaliste. Avant de prévenir : « Ce n’est qu’une suspension, si les discussions se passent mal, on retourne au combat ! ». Pour rappel, ils dénoncent un « dumping social » de certaines compagnies maritimes usant de pavillons internationaux « sur les lignes territoriales françaises à passagers ». « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois », rappelait la CGT Marins, qui défend le pavillon français et son socle de droits sociaux.

    Il faut dire que leur mouvement avait provoqué des remous. Ce vendredi, à l’usine d’Airbus Helicopters de Marignane, Philippe Tabarot, le ministre des Transports, jouait la carte du dialogue social. « Je souhaite que l’apaisement revienne. Je comprends l’émoi d’un certain nombre de salariés par rapport à cette concurrence qu’ils jugent déloyale », assure-t-il. Si les marins réclament des garanties pour l’emploi au pavillon français depuis des mois, le ministre semble aller dans leur sens en affirmant qu’il « lutte contre le dumping social » notamment sur les liaisons transmanche.

    Des « conséquences économiques ravageuses »

    « Nous sanctionnerons sévèrement ceux qui ne respectent pas les règles. Mais tout n’est pas entre les mains de l’État », justifie Philippe Tabarot, citant les « difficultés liées au port de Sète, de compétence régionale ». De quoi renvoyer à la fameuse « médiation » lancée par son ministère. Laquelle doit « produire des conclusions rapides, dans un délai de six à huit semaines ». Il faut dire que même la Corsica Linea a dénoncé, dans un communiqué de presse diffusé vendredi matin, « les conséquences économiques ravageuses de l’expansion du dumping social ». Et a pointé directement des « compagnies maritimes opérant sous pavillons internationaux moins-disant, en dehors de tout respect du socle social minimal imposé par la loi française ». Philippe Tabarot s’est félicité de « la levée du mouvement de grève (…) les deux médiateurs désignés sont à l’œuvre pour parvenir à un apaisement durable avec tous les acteurs », précisait-il vendredi soir.

  • Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des portuaires de Marseille mais aussi de Fos-sur-Mer ont assisté nombreux ce jeudi 22 janvier aux vœux de la CGT. L’occasion pour leur secrétaire général, Pascal Galéoté, de contextualiser ce traditionnel exercice. D’abord, la situation internationale qui concerne au premier chef un port ouvert sur le monde.

    Santé, paix, solidarité, « ces mots peuvent paraître simples mais ils prennent aujourd’hui une résonance toute particulière dans un monde traversé par l’instabilité, les conflits et les dérives autoritaires » pose-t-il. Et de revenir sur un « Donald Trump qui se pose en arbitre du monde et en tuteur autoproclamé des nations ». Il rappelle à quel point le « discours politique s’est décomplexé, glissant sans retenue d’une droite conservatrice vers une extrême droite agressive, autoritaire et prédatrice ». Déplorant la multiplication des interventions militaires, en dehors « du droit international, du rôle de l’ONU et de la souveraineté des peuples », le syndicaliste souligne le cas du Venezuela, revient sur les velléités de Trump de capter les ressources fossiles du Groenland.

    La domination par la force. Une logique « que nous retrouvons en France » décline Pascal Galéoté déplorant « la concentration des pouvoirs, l’arrogance et l’autoritarisme » qui entraîne le pays vers « l’impasse démocratique ». Jusqu’à user du 49-3 faute de pouvoir voter un budget, après avoir « refusé de nommer un Premier ministre issu du Nouveau front populaire pourtant arrivé en tête aux dernières législatives ».

    Remise en cause du 1er mai

    Et de dénoncer le creusement des inégalités, les aides aux entreprises qui atteignent des sommets « sans aucune contrepartie sociale, salariale, environnementale ou industrielle ». Il enchaîne sur la remise en cause des « repères sociaux, des droits collectifs et de nos symboles ». Il entend par là le détricotage du 1er mai avec une proposition de loi LR, soutenue par les macronistes et le RN, pour autoriser ce jour-là le travail de certains secteurs, restaurants, fleuristes ou culture, en débat ce jeudi à l’Assemblée nationale. Pas question pour lui de « s’attaquer aux droits sociaux et à l’histoire ouvrière ».

    En matière de dérive, il revient aussi sur cette Une du journal La Provence le 14 janvier, sur les « grands procès de 2026 », le mettant au même niveau notamment que le chef du clan Yoda. Si depuis, le directeur de la rédaction, Olivier Biscaye, s’est fendu d’une adresse aux lecteurs, réfutant « l’idée d’avoir voulu porter atteinte à l’honneur » du responsable CGT, une rencontre a eu lieu ce jeudi matin indique Pascal Galéoté, entre « notre fédération, l’Union départementale » et « la numéro 2 de CMA et le directeur du pôle média ». « Profondément attaché à la liberté de la presse », il estime qu’elle « implique des responsabilités ».

    Fort de 42 500 emplois portuaires pour 54 métiers, soit « des dizaines de milliers de familles », il s’inquiète aussi de l’avenir, alors que la campagne des municipales bat son plein. « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs », assène-t-il. Sans industrie, le port deviendrait « une coquille logistique fragile, soumise à la volatilité des trafics et à une concurrence internationale féroce », prévient-il, « la transition écologique ne peut se résumer à une opposition simpliste entre la fin du monde et la fin du mois ». Malgré un chiffre d’affaires en hausse de 245 millions d’euros, le bilan d’activité reste contrasté analyse-t-il, « le port doit beaucoup à ses activités passagers, à la réparation navale et à la fourniture de ses services essentiels comme l’eau et l’électricité ».

    « Une conjoncture instable », qui ne doit pas faire oublier que ce résultat est celui d’une « capacité collective à produire de la richesse » martèle Pascal Galéoté, fier de revendications qui ont permis la création de 37 emplois supplémentaires en 2025, « dont 4 négociés hier soir pour l’activité voyageurs », de « 87 nouvelles adhésions en 2025 pour atteindre les 867 syndiqués ».

    « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs »

  • La CGT du Var mobilisée pour les travailleurs migrants

    La CGT du Var mobilisée pour les travailleurs migrants

    Le 23 janvier, alors ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau établissait une circulaire sur les orientations générales relatives à l’admission exceptionnelle au séjour prévue par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). Une manœuvre ayant pour but de réduire de 30% (de 30 à 20 000) les titres de séjour accordés, et de « discipliner le corps préfectoral », dénonce la CGT. Cela, en conditionnant drastiquement les conditions d’obtention de titres de séjour (7 ans de présence sur le territoire contre 5 auparavant [hors régularisations par le travail, qui restent à 3 ans], maîtrise de la langue…).

    Une orientation qui ne modifie pas la loi, ni les dispositions prévues par le Ceseda : chacun peut demander une CST (Carte séjour temporaire en salarié, ou travailleur temporaire) ou VPF (Vie privée vie familiale), pour des considérations humanitaires, pour les personnes confiées à l’Aide sociale à l’enfance ou à un tiers de confiance entre 16 et 18 ans suivant depuis six mois une formation professionnelle. L’article L-435 traite quant à lui des métiers en tension. C’est sur celui-ci qu’incite à se baser la circulaire Retailleau, alors que la liste « n’est pas finalisée et ne contiendra que très peu de métiers exercés par les travailleurs migrants car occupés et donc pas en tension », pointe la CGT.

    Les OQTF « assimilés

    à des terroristes »

    Une circulaire que dénonce l’UD CGT 83, mobilisée jeudi devant la préfecture dans le cadre de la Journée internationale sur la protection des droits des migrants. « Ces gens fuient la guerre, travaillent, et sont mis en situation de grande précarité. On veut des titres de séjour pour les travailleurs sans-papiers, un accès rapide pour les renouveler et la continuité des droits sociaux », exige Richard Roméo-Giberti, secrétaire général UD CGT 83.

    « La circulaire ralentissant la délivrance, des travailleurs sont licenciés faute de titres de séjour renouvelés à temps. L’objectif est de faire pression sur la préfecture. Les demandes de renouvellement sont réalisées quatre mois en avance, cela laisse largement le temps de les traiter », soutient Patrice Moulun, secrétaire générale de l’UL CGT Toulon. « Des corps entiers dépendent des travailleurs immigrés, comme la propreté, où 85% des salariés ne sont pas nés en France, la restauration, le bâtiment… C’est hypocrite car on les accepte pour travailler, tout en leur mettant une pression inhumaine. Certains sont même victimes de traite d’êtres humains, sans contrat ni salaire » dénonce Sébastien Bois, secrétaire du syndicat de la propreté du Var.

    Derrière tout cela est pointée la réalité de la majorité des OQTF, « souvent assimilés à des terroristes alors qu’ils ne sont pas des criminels, mais subissent la lenteur administrative. D’où leurs difficultés à aller aux prud’hommes, et les hésitations à faire valoir leurs droits, qui ne disparaissent pourtant pas avec l’OQTF », dénoncent de concert les trois syndicalistes. Ces deniers ont demandé une audience « sur les problèmes concrets, au cas par cas » au préfet, avec qui ils travaillent « depuis quelques semaines pour prendre en compte la réalité locale », et espèrent pouvoir mobiliser, par la grève, « afin de faire bouger les choses, comme ça a été le cas en Île-de-France ».

  • Co-Sens couve les projets d’entreprise jusqu’à maturité

    Co-Sens couve les projets d’entreprise jusqu’à maturité

    C’est un dispositif peu connu du grand public, alors que c’est « un véritable tremplin », assure Jennifer Borges : la couveuse. Cette ancienne responsable caisse chez Carrefour en a entendu parler pour la première fois à la suite d’un burn-out et d’un licenciement pour inaptitude. « J’ai dit à ma conseillère France Travail que j’avais un projet d’autoentreprise, et elle m’a redirigée vers Co-Sens », raconte la jeune femme de 29 ans.

    Financée par des subventions de l’Union européenne et la Région Sud, la structure propose un Contrat d’appui au projet d’entreprise (Cape), conclu pour une période maximale de 36 mois, aux porteurs inexpérimentés. Valérie Moisan, consultante depuis 24 ans, détaille : « Le couvé est hébergé juridiquement, financièrement et fiscalement avec le numéro de Siret, le compte en banque, la comptable et la responsabilité civile professionnelle de Co-Sens. »

    Pendant cette période, les droits sociaux du porteur de projet sont maintenus. « On encaisse le chiffre d’affaires et on leur rend sous forme de remboursement de notes de frais pour les achats effectués dans le cadre de l’activité, précise-t-elle. En cas de dépassement, on leur fait des feuilles de rétribution considérées comme des feuilles de salaire par France Travail, ce qui rallonge leurs droits. »

    Une boîte à outils

    Une sécurité que Valérie Moisan appelle le « double matelas » : le matelas financier et le matelas d’accompagnement, puisqu’en intégrant la couveuse, le ou la porteuse a accès à des formations et à un suivi. Jennifer Borges témoigne : « Ça m’a permis de comprendre les algorithmes des réseaux sociaux, la comptabilité, d’apprendre à choisir mon statut, à organiser un planning, à préparer mon pitch… » Une véritable boîte à outils qui a rassuré la Gignacaise : « Je ne me suis pas lancée dans le vide, je ne suis pas seule pour assimiler ce nouveau métier qu’est l’entrepreneuriat. »

    Après une année passée au sein de la couveuse, elle commence à dégager « un chiffre correct » depuis le mois de juillet. « Ce n’est pas encore un salaire, mais c’est encourageant » pour poursuivre sa marque d’accessoires pour chiens faits main qu’elle a appelée Gennka dog.

    Co-Sens affiche 70% de sorties positives, c’est-à-dire de retour à l’emploi ou de création d’entreprise. Valérie Moisan souligne : « Pour les 30% restants, c’est très bien aussi, parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas faits pour ça ou que leur projet n’est pas bon, et ils ne se lancent pas à corps perdu en mettant en péril leur équilibre financier et familial. » Jennifer Borges résume : « Il n’y a rien à perdre, tout à gagner ! »

  • Jugée, sanctionnée, humiliée, la face cachée de la pauvreté dévoilée

    Jugée, sanctionnée, humiliée, la face cachée de la pauvreté dévoilée

    Témoignages, jeu de sensibilisation, atelier, débat et musique animeront la journée mondiale du refus de la misère. À Marseille, c’est ce vendredi de 11h à 17h, place du Général-de-Gaulle. Dans le Var, ce sera samedi 18 octobre, à l’accueil Domensa à Saint-Jean-du-Var.

    « Méfiance, manque de respect, jugement, humiliation, honte. » Autant d’attitudes qui mettent en marge les plus fragiles et les y ancrent. Si chacun est concerné, quand le rejet émane de certaines institutions, « ses conséquences ont un impact réellement dévastateur sur les personnes en grande pauvreté », considèrent les organisations partenaires de cette journée consacrée au refus de la misère. La maltraitance institutionnelle constitue une des dimensions cachées de la pauvreté, identifiées dans une étude réalisée avec l’université d’Oxford dans six pays différents.

    Un nombre de personnes en situation de pauvreté record et des droits sociaux fragilisés. C’est face à ce constat que le collectif Refuser la misère appelle plus que jamais à se rassembler pour dénoncer les discours stigmatisants et les préjugés, ainsi que des politiques porteuses d’exclusions : accueil déshumanisé, procédures opaques, sanctions injustes.

    11,2 millions de personnes sous le seuil de pauvreté

    Pire, c’est dans un contexte d’urgence sociale aggravée que ces maltraitances sociales et institutionnelles interviennent. « Jamais la pauvreté n’a atteint un tel niveau depuis trente ans : selon l’Insee, 11,2 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté », rappelle ATD. Dans ce contexte, le recul des droits sociaux agit comme un amplificateur. Parmi les mesures récentes, l’association relève : « Le décret instaurant des sanctions automatiques à l’encontre des allocataires du RSA, appliquées de manière arbitraire, la baisse du nombre de logements sociaux construits et les difficultés croissantes d’accès à ceux-ci. »

    Jusque dans les mesures censées améliorer l’accès aux droits, l’administration creuse en réalité les inégalités. « Je voudrais qu’on remette l’humain pour les gens qui ont du mal. Quand on a un problème, il explique et il répond. L’ordinateur, il ne répond pas. Si on se trompe, il n’y a personne pour nous dire que ce n’est pas bon », plaide Joseph, qui témoigne dans un rapport sur la dématérialisation de l’accès aux services publics. Et quand le système déraille, c’est la scolarisation ou le paiement du loyer qui se trouvent mis en péril. De même que la prévalence donnée à l’accès à la propriété condamne la politique du logement très social.

    Dans le Var, le Comité du 17 octobre fait les comptes : « Moins de 7 000 logements sociaux en 2023 dans le département, et 45 000 demandes depuis le début de l’année. » Ainsi, dans diverses villes de France, des personnes ayant l’expérience de la pauvreté, des travailleurs sociaux, des services publics, des magistrats se mobilisent et invitent aujourd’hui au dialogue « pour faire évoluer les pratiques, refuser les humiliations, faire respecter les droits de tous ».

    ET AUSSI

    À Martigues le PCF contre la précarité menstruelle

    La section communiste martégale a réalisé une collecte de protections périodiques en faveur du Sofa de l’hôpital de Martigues, un organisme d’accompagnement des femmes victimes de violences. Près de 4 millions de femmes déclarent limiter leur consommation de protections en raison de leur coût, avoir recours à des stratégies de contournement ou renoncer à d’autres achats essentiels. Les filles et les femmes de moins de 25 ans sont particulièrement touchées. Il s’agit d’organiser la solidarité avec ce dispositif du service public hospitalier, mais aussi et surtout de rappeler que l’achat de ces protections représente un budget de plus en plus conséquent.

  • CMA CGM commande six porte-conteneurs à un chantier naval indien

    CMA CGM commande six porte-conteneurs à un chantier naval indien

    Le groupe CMA CGM s’aligne sur la vision du développement maritime de l’Inde, avec déjà quatre navires immatriculés sous pavillon indien en 2025 et il prévoit le recrutement de 1 000 marins indiens d’ici la fin de l’année, et en embauchera 500 supplémentaires en 2026.

    Le partenariat entre CMA CGM et Cochin Shipyard illustre une volonté commune d’innovation, de durabilité et d’excellence maritime mondiale.

    Les navires seront livrés entre 2029 et 2031, pour le renouvellement de sa flotte conformément aux exigences de transition énergétique.

    Mais cette stratégie n’offre pas de quoi favoriser l’emploi industriel et maritime en France, ni la défense du pavillon français de premier registre qui est le seul à garantir les droits sociaux des travailleurs.