Tag: droit des femmes

  • Ils restent mobilisés pour la loi contre violences sexuelles

    Ils restent mobilisés pour la loi contre violences sexuelles

    « Nous sommes des millions. Montrons-leur. » La Coalition pour une loi intégrale contre les violences sexuelles, collectif d’organisations féministes et de défense des enfants, appelle depuis cet été à une mobilisation nationale par le nombre. À Marseille, un rassemblement s’est tenu sous l’ombrière du Vieux port, lundi. « Il y a des lignes rouges qu’on surveille », prévient Annick Karsenty, présidente de l’association Femmes Solidaires. Elle s’inquiète notamment de la « sécurité des victimes étrangères » face à la montée « de la droite et de l’extrême droite », desquels elle redoute qu’ils « détricotent certaines mesures ».

    Plus de moyens

    Le mouvement réclame un budget pluriannuel de 3 milliards d’euros jusqu’en 2032. « La loi peut être reprise dans son intégralité, sans les moyens, elle ne sera pas appliquée », craint Alexandra Brochus, présidente de Collectif 13 Droits de Femmes. Elle assure qu’il s’agit du « montant minimal pour permettre la formation de magistrats et d’agents de police spécialisés pour prévenir les violences et protéger les victimes ».

    Les mobilisations se tiennent chaque lundi depuis l’assassinat de la jeune Lyhanna, mais les militantes et militants disent regretter l’essoufflement des rassemblements à Marseille. Des manifestations sont organisées partout en France, comme c’était le cas à Arles ce lundi, et ce jusqu’au vote du texte par l’Assemblée nationale, le 13 octobre.

  • La Maison des femmes ouvre ses portes à Nîmes

    La Maison des femmes ouvre ses portes à Nîmes

    Pousser cette porte n’a rien d’anodin. « Cela peut être une étape très difficile », rappelle Alexandra Lamy. Vendredi 25 septembre, la comédienne gardoise, marraine de la Maison des femmes du Gard, était à Carémeau pour l’inauguration officielle d’un lieu qui fonctionne déjà depuis janvier 2025. Son message tient en quelques mots : les femmes qui viennent ici doivent savoir « qu’elles seront écoutées, crues et accompagnées, et qu’elles ne sont pas seules ».

    Derrière les discours et le ruban coupé, c’est surtout là que se trouve l’intérêt de la structure : éviter aux victimes de devoir frapper à cinq portes différentes pour obtenir de l’aide. Médecin, sage-femme, psychologue, assistante sociale ou conseiller juridique peuvent intervenir dans un même lieu, avec un parcours adapté au rythme de chacune. « Notre rôle est de permettre aux femmes de trouver au même endroit une écoute, des soins et un accompagnement adapté à leur situation  », résume la docteure Sylvie Ripart, médecin coordinatrice. La porte est ouverte sans condition aux femmes victimes de violences intrafamiliales ou sexuelles, mais aussi à celles confrontées à la précarité, l’isolement, une détresse psychique, un handicap, un parcours migratoire ou la prostitution. Elles peuvent être orientées par un professionnel ou une association, mais aussi venir spontanément. Un interprétariat téléphonique est prévu pour celles qui ne maîtrisent pas le français.

    Tout au même endroit

    Soigner, donc, mais aussi protéger. La Maison peut assurer des consultations gynécologiques, des dépistages, l’accès à la contraception ou accompagner les victimes de mutilations sexuelles. Lorsqu’une femme souhaite porter plainte, l’assistante sociale peut solliciter police, gendarmerie ou justice : le dépôt peut même être réalisé directement au CHU. Des certificats médicaux peuvent également y être établis.

    Une prise en charge pensée comme un tout. « Les violences ont des conséquences multiples sur la santé et sur la vie quotidienne. La prise en charge doit donc être globale et coordonnée », insiste Sylvie Ripart. Autour du CHU gravitent ainsi le parquet, les forces de l’ordre, le CIDFF, le CCAS de Nîmes, Via Femina Fama, La Clède ou encore la Croix-Rouge. Une organisation qui répond à une réalité lourde : 1 740 femmes ont été victimes de violences au sein de leur foyer dans le Gard en 2024, selon les services de l’État. En 2025, 284 femmes ont été accompagnées par la Maison, alors ouverte du lundi au jeudi, de 9 heures à 17 heures.

    Et la reconstruction ne s’arrête pas à la consultation. Karaté, yoga, écriture, groupes de parole : près de 200 séances collectives doivent être proposées en 2026 pour rompre l’isolement et reprendre confiance. « Ces espaces sont aussi importants que le soin », défend S. Ripart. Car une fois écoutée ou soignée, reste une autre bataille : se réapproprier son corps, recréer du lien et retrouver une place dans la vie sociale.

    * Adresse : CHU de Nîmes, pavillon 3, du lundi au jeudi, de 9h à 7h. Contact : 04.66.68.32.18. ou maisondesfemmes@chu-nimes.fr

  • [Entretien] Mia Ferret : « L’extrême droite constitue une menace pour les droits des femmes »

    [Entretien] Mia Ferret : « L’extrême droite constitue une menace pour les droits des femmes »

    La Marseillaise : Cette année, la montée de l’extrême droite sera au cœur de la mobilisation ?

    Mia Ferret : Oui, cette marche de défense du droit à l’IVG et à disposer de son corps sera, cette année, un peu plus spécifiquement centrée sur la montée de l’extrême droite, sujet de préoccupation en vue des prochaines élections présidentielles, et sur la montée du masculinisme, notamment sur les réseaux sociaux.

    D’apparence, le RN est plus mesuré que par le passé, c’est toute sa stratégie de dédiabolisation. Mais c’est un parti qui reste structurellement extrêmement conservateur et constitue une menace pour les droits des femmes. Il vote contre toutes les avancées. À l’Assemblée nationale, le RN est le seul groupe où plus de quinze députés se sont abstenus ou ont voté contre la constitutionnalisation de l’IVG. Au Parlement européen, ses élus ont aussi voté contre plusieurs avancées concernant l’égalité salariale ou les violences de genre.

    Autre exemple : un député RN, Hervé de Lépinau, maire de Carpentras depuis le mois de mars, a supprimé toutes les subventions au Planning familial. Et c’est quelqu’un qui parle de l’IVG comme d’un génocide…

    Cette poussée de l’extrême droite, c’est aussi, très concrètement, le risque d’installation de ce qu’on appelle des centres Familya, portés et financés par le milliardaire ultra-conservateur, catholique intégriste et anti-choix Pierre-Édouard Stérin. Il souhaite installer dans les grandes villes des centres de santé sexuelle qui ressemblent aux centres du Planning familial, avec une volonté délibérée de confusion. En apparence, ce sont des lieux très neutres, mais ils portent en réalité une vision très normative de la famille et désincitent les femmes à avoir recours à l’IVG. Il y en a déjà cinq ou six en France. Pour l’instant, il n’y en a pas à Montpellier, mais il existe une volonté de s’y implanter. C’est une logique qui avance masquée.

    L’IVG est pourtant désormais inscrite dans la Constitution.
    Est-ce un filet de sécurité
     ?

    M.F. : Si un gouvernement voulait supprimer le droit à l’IVG en France, ce serait beaucoup plus compliqué, car il faudrait changer la Constitution. Mais il y a la question des moyens : si on ne donne pas assez de moyens aux hôpitaux publics – ce sont eux qui réalisent le plus d’avortements en France – et aux associations qui font du plaidoyer pour le droit à l’IVG, voire qui en réalisent comme le Planning familial, l’accès à l’IVG n’est pas garanti dans les faits.

    L’accès à l’IVG est donc fragilisé par le manque de moyens aujourd’hui en France ?

    M.F. : Totalement. On est dans une défense abstraite d’un droit concret. Au centre d’orthogénie de Montpellier, le mercredi matin, le téléphone sonne dans le vide tellement il y a de demandes et plus de places, car on manque de personnel. Et encore, on est en ville. Dans les zones rurales, avec la désertification médicale, certaines femmes n’ont même pas le choix de la méthode : chirurgicale (par aspiration) ou médicamenteuse. Or c’est important qu’elles aient ce choix, d’autant que la méthode médicamenteuse n’est pas toujours possible. Il faut aussi savoir qu’à certains endroits, il peut y avoir plus de trois semaines de délai pour décrocher un rendez-vous à l’hôpital. Ce qui est énorme compte tenu du délai légal maximal pour avorter (14 semaines).

    Quelles sont vos principales revendications ?

    M.F. : L’idée principale est une sanctuarisation du droit à l’IVG concret : que toutes les femmes puissent y avoir accès librement et gratuitement, comme le prévoit la loi, avec le choix de la méthode et un accès facile à un centre médical ou de santé. Cela passe par des moyens pour l’hôpital public et les associations. Il faut aussi une véritable politique d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle à l’école. Certaines femmes n’ont jamais bénéficié de ces cours et ne savent pas ce qu’est une IVG ou qu’elles peuvent choisir de ne pas poursuivre une grossesse. Il faut une politique publique globale autour du droit à l’IVG, qui aille au-delà du symbole de la Constitution. Nous demandons également la suppression des jours de carence lorsqu’une femme est arrêtée pour une IVG.

    La lutte contre la désinformation devrait également être une priorité ?

    M.F. : Oui. Il existe une importante désinformation portée par les réseaux conservateurs et d’extrême droite. Une association qui désinforme sur l’IVG peut être poursuivie pour délit d’entrave. Au Planning familial, on le fait très régulièrement. Mais avec la baisse des moyens de la justice, ces dossiers ne sont souvent jamais instruits. Nous nous retrouvons démunis face à des personnes qui disposent, elles, de moyens importants. Pierre-Édouard Stérin par exemple, qui a une batterie d’avocats, est complètement protégé de ces questions juridiques. Or l’État devrait être en première ligne sur ces questions. De façon générale, il y a une marginalisation des questions féministes dans les politiques publiques qui date de nombreuses années.

    Entretien réalisé par Amélie Goursaud

  • [Violences sexuelles] À Marseille, la rue exige des moyens

    [Violences sexuelles] À Marseille, la rue exige des moyens

    « Nous voulons ces trois milliards. » Devant les deux cents personnes qui se sont rassemblées devant le palais de justice à Marseille, Alexandra Brochus du collectif 13 droit des femmes, rappelle la nécessité d’avoir des moyens pour lutter réellement contre les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales. À l’appel de la coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale, les Marseillais sont venus ce lundi, « mettre la pression pour que la loi intégrale (lire l’article ci-dessus) passe », rappelle la féministe.

    Dans une période où le gouvernement prône un budget d’austérité, les partisans de la loi ne craignent que l’article 68 soit amendé. Le paragraphe impose un budget pluriannuel de 3 milliards d’euros jusqu’en 2032, dédié à la lutte contre ce fléau. « Parce que c’est beau d’avoir une loi, mais si on a pas les moyens, ça ne sert à rien », souffle Florence, qui travaille dans l’administration d’un collège. Le manque de moyens financiers et humains, elle en fait les frais au quotidien : « Il y a trop d’élèves pour les enseignants, donc ils ne peuvent pas déceler les signaux faibles chez des enfants victimes, explique la syndicaliste à la FSU. Et on manque d’infirmières et d’assistantes sociales. Des postes sont fermés tous les ans », s’attriste-t-elle.

    Un manque d’argent plus global que Léonor, venue participer à la manifestation déplore. « En termes de financement, il y a une marge de progression énorme, insiste-t-elle. Il en faudrait plus pour la justice, les services sociaux ou les associations. »

    Pour cette mère de famille, qui est venue avec sa fille, ce manque de soutien financier marque les incohérences dans le discours du président de la République, qui affirmait vouloir faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause du quinquennat. « On voit bien que les plannings familiaux ou les associations sont de moins en moins financés. Tout cela est menacé par la politique d’aujourd’hui, et peut être celle de demain. C’est pour cela qu’il faut rester mobilisés. »

    « Rendez- vous lundi, prochain devant le tribunal à 19h mais plus nombreuses et nombreux », insiste Annick Karsenty membre de l’association féministe Femmes solidaires. Car tant que le texte n’est pas inscrit au journal officiel, le combat doit continuer pour ces militantes et militants. Car si la loi a été écrite par la société civile, la rue espère la faire voter.

  • Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    DES MANIFESTANTES SOUTIENNENT LAËTITIA

    Carmen Buelga, membre du CIDFF

    Les violences faites aux femmes et aux enfants sont l’objet même du CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles). C’est une réalité très malheureuse qui occupe nos pensées, c’est une réalité dans notre pays et dans le monde entier. C’est important de soutenir cette femme qui a subi pendant des années. Ce procès va être compliqué, il faut qu’elle sache qu’on est derrière elles. Il y a une double peine pour les victimes à qui on reproche souvent plein de choses. On est solidaires. »

    Léa, membre du collectif féministe départemental

    « C’est important d’être là parce qu’on salue la démarche de Laëtitia qui a demandé la levée du huis clos. C’est aussi important dans nos territoires ruraux : les statistiques montrent qu’il y a plus de féminicides en ruralité, les mouvements féministes sont plus présents en ville. Les femmes ont plus de mal à se faire entendre en ruralité. Les structures qui prennent en charge les femmes victimes de violences sont beaucoup plus rares en ruralité. »

    Marie-Claire Bataille, membre du collectif « 8 mars toute l’année »

    « Il nous a semblé totalement normal et plus que légitime d’être là pour Laëtitia, d’être présentes pour la soutenir.

    On est sur de la barbarie, au-delà du patriarcat et de la puissance masculine. On est essentiellement là pour la soutenir. On la croit, on reconnaît ce qui lui est arrivé et on la soutient. »

  • [Infographie] Une majorité confortable pour Benoît Payan

    [Infographie] Une majorité confortable pour Benoît Payan

    Forte de 54,34% des suffrages, la nouvelle majorité du Printemps marseillais s’assure une avance confortable avec 73 élus sur les désormais 111 sièges du conseil municipal, version réforme de la loi PLM, soit 10 de plus qu’en 2020. Pour mémoire il y a 6 ans, en pleine crise sanitaire, il avait fallu ferrailler dur pour que l’écologiste Michèle Rubirola prenne la tête de la Ville, avec le soutien de Samia Ghali (DVG) qui briguait elle aussi le poste dans un premier temps.

    Devenue finalement maire adjointe, cette dernière a désormais intégré le Printemps marseillais et fait partie des piliers sur lesquels s’appuie le Printemps nouvelle mouture. Tout comme Pierre Huguet (G.s), ex-adjoint à l’Éducation, Éric Méry, ex-adjoint à l’Urbanisme, le député PS Laurent Lhardit, les socialistes Joël Canicave, ex-adjoint aux Finances, Anthony Krehmeier, maire des 2-3 réélu, ou encore Yannick Ohanessian ex-adjoint en charge de la Tranquillité publique. Jusqu’alors en charge du Logement, Patrick Amico (GRS), bien que 71e sur la liste, est aussi de retour.

    On retrouve également les communistes, Audrey Garino, Jean-Marc Coppola, Nathalie Tessier, respectivement en charge de la Solidarité, la Culture et le Droit des femmes dans la mandature écoulée. Rangs du PCF qui se trouvent renforcés avec Anthony Gonçalves, oncologue et chef de file du parti pour ces municipales, Mohamed Itrisso, militant des quartiers nord et cofondateur du collectif SOS Comores et Ibrahim Mze, responsable du collectif fédéral du logement du PCF 13.

    Troisième de la liste, le militant écologiste, Amine Kessaci, devenu symbole national de la lutte contre le narcotrafic après l’assassinat de deux de ses frères, va également peser dans l’hémicycle.

    Une opposition RN

    Il y a aussi les petits « nouveaux » qui ne le sont pas vraiment, ayant déjà fait leurs preuves dans les secteurs ou à la métropole, comme Emilia Sinsoilliez, ex-première adjointe au maire des 2-3, Enda Amraoui, présidente du collectif pour une société plus inclusive, « Plus jamais sans nous » et ex-adjointe à la mairie des 4-5, Juliette Masson, ex-déléguée aux Écoles dans les 6-8 ou Jean-Marc Signes, ex-conseiller métropolitain écologiste, élu dans les 11-12. Côté société civile, Karim Touche, directeur général de la Ligue de l’enseignement 13 ou Yahya Güngörmez, représentant du Conseil démocratique kurde à Marseille font leur entrée.

    En face l’extrême droite. Franck Allisio, ayant totalisé 40,29% des voix, se pose en leader d’une opposition passée de 9 à 34 élus. Cumul des mandats oblige, il devra sans nul doute démissionner de la Région. Il s’appuiera sur des historiques comme Jean-Marc Graffeo, responsable départemental de Reconquête !, la députée RN Gisèle Lelouis ou Eléonore Bez, conseillère régionale. Il pourra compter sur une ribambelle d’ex-élus de secteur, Sophie Arrighi, Thibaut Charpentier, Jessy Nakache, ou Gérard Audibert. Figure aussi Jean-Baptiste Rivoallan, ancien président du groupe de la droite marseillaise à la métropole.

    Droite marseillaise atomisée avec 4 élus seulement dont Martine Vassal (DVD), présidente du Département, son bras droit Romain Simmarano (Ren.), Fabienne Bendayan, ex-présidente du Crif Marseille et Stéphane Pichon, président du Conseil régional de l’ordre des pharmaciens.

  • À Avignon, des associations toujours inquiètes

    À Avignon, des associations toujours inquiètes

    Avignon, ville où s’est tenu le procès des « viols de Mazan », est-elle irréprochable en matière de droits des femmes ? Des projets, il y en a eu. Comme l’annonce qui avait fait grand bruit fin 2022 de la création de cinq logements pour les femmes victimes de violence. Mais celui-ci est tombé à l’eau par la suite. L’association Rhéso, qui devait gérer le projet, avait été placée en redressement judiciaire et les logements ont finalement servi à une autre structure. En dehors de ça, les projets n’ont pas réellement fleuri, tout en sachant que le tissu associatif est bien fourni localement en la matière. Tissu dont on peut imaginer qu’il s’est étoffé suite au procès ultra médiatisé où Gisèle Pelicot est devenue une figure de la libération de la parole. Mais ce n’est pas vraiment le cas d’après les associations qui constituent le collectif Droit des femmes 84. « On n’a pas vu de gros changements. Cela fait même plusieurs mois que l’on entend que le maintien des subventions va être difficile », glisse Karine Malaval, militante du mouvement Le Nid.

    Bouton d’alerte et lutte contre

    les discriminations

    « Depuis 2014, la cause des femmes est une priorité pour la majorité municipale : la toute première mesure prise par Cécile Helle a été, dès son arrivée, de nommer une conseillère municipale, déléguée aux droits des femmes et à la lutte contre les discriminations » pose la municipalité en place, une nomination « qui permet une action continue en direction du public féminin. »

    Dans les programmes des candidats à la mairie, le sujet est abordé à différents degrés. L’insoumise Mathilde Louvain dédie tout un pan à « combattre le patriarcat sous toutes ses formes ». Du côté de David Fournier (PS), on évoque le renforcement de structures d’aide et une lutte « contre toutes les formes de discrimination », sans réellement évoquer la question des femmes en tant que telle. Olivier Galzi (DVD) soumet l’idée d’une application avec un « bouton d’alerte » pour les personnes âgées et les femmes, sans plus. Pas de mention particulière dans celui de Stephan Fiori (DVD). Toutefois, l’association les Resi-liantes, membre du collectif Droit des femmes 84, assure que le dernier nommé s’est rapproché d’elle pour s’informer sur la question. Tout comme Mathilde Louvain. Cette même association a d’ailleurs fait circuler un questionnaire sur la question, auquel ont répondu Stephan Fiori, Mathilde Louvain et David Fournier. « Et les réponses nous conviennent. Mais on verra si ce sera le cas après les élections », glisse Sabah Boutahar, membre de l’association.

  • Toulon, mauvaise élève où la gauche veut faire mieux

    Toulon, mauvaise élève où la gauche veut faire mieux

    Épinglé mauvaise élève en matière de droits des femmes par le rapport d’Oxfam, la municipalité toulonnaise ne dispose d’aucun adjoint chargé de l’égalité pas plus que de délégation. Or, dans le cadre de la campagne, la présence des femmes en tête de liste atteint des sommets avec 4 sur les 6 principales emmenées par des candidates.

    En lice, Magali Brunel (PS) pour une liste d’union à gauche, Josée Massi (DVD), maire sortante, Isaline Cornil (LFI) et Laure Lavalette pour l’extrême droite, avec des programmes diamétralement opposés en matière de droits des femmes et d’égalité. La première souhaitant justement mettre en place une délégation, augmenter le budget alloué à un planning familial en grande difficulté car confronté à une baisse de subvention qui met en péril 40% de ses lieux d’accueil (notamment dans la Provence verte). Magali Brunel promet aussi un soutien financier au CIDDF (Centres d’information sur les droits des femmes et des familles).

    L’insoumise Isaline Cornil dénonce elle aussi les coupes budgétaires, estimant que les droits des femmes passe par le maintien des services publics de santé de proximité. Elle propose un accompagnement social renforcé et un soutien aux associations locales qui œuvrent en la matière.

    À droite, Josée Massi résume elle la question à la petite enfance, l’aide aux familles et à l’accompagnement social. Elle entend également mettre le paquet sur la « tranquillité publique » pour permettre aux femmes d’occuper l’espace public.

    Engagée dans les mouvements pro-vie, la députée RN Laure Lavalette a elle voté contre l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution en 2022 et prévoit de confier en cas de victoire à Mélanie Auzoux, Miss Var 2025, la vie étudiante, de la jeunesse et des droits des femmes.

    Plus de féminicides

    dans le Var qu’ailleurs

    Plus largement, dans un département particulièrement touché par les féminicides, avec des chiffres 7 fois et demie plus importants que dans le reste de la France en 2024 s’inquiétait dans nos colonnes la directrice générale de l’association AFL-Transition et 5 070 victimes de violences intrafamiliales dont 75 % des femmes en 2025, la question reste cruciale.

    Des maisons des femmes santé ont vu le jour, dont une à Toulon en janvier 2024 après celle de la Seyne en 2021. Plus d’une centaine de femmes ayant été accueillies sur les sites de Sainte-Musse et de l’hôpital George Sand. Deux maisons de protection des familles (MPF) ont également été créées à La Valette et à Draguignan, plus de 1 700 policiers et gendarmes ont été formés à l’accueil des victimes de violences intrafamiliales dans le Var.

  • Hautes-Alpes : la CGT lance de faux billets pour un vrai combat

    Hautes-Alpes : la CGT lance de faux billets pour un vrai combat

    Si vous trouvez un billet de 20 euros par terre dans un couloir de votre entreprise, n’allez pas le dépenser trop vite, retournez-le d’abord. Il y a fort à parier qu’il s’agisse en réalité d’un tract de la CGT. « On les froisse, on les passe à la machine, on les abîme pour qu’ils soient le plus réaliste possible, explique Alexandra Pourroy, cosecrétaire de la CGT 05, à l’origine de cette campagne. Le but, c’est de rappeler que cette somme, c’est ce que gagne en moins chaque jour, en moyenne, les femmes par rapport aux hommes, à poste équivalent. »

    Plus de « 50% de la population discriminée »

    Le but de la campagne est donc d’alerter, de façon ludique sur ces inégalités pourtant interdites par la loi. « La plupart des entreprises jugent peu important que 50% de la population soit discriminée. Au rythme actuel où elles résorbent l’écart, on estime qu’on sera à l’égalité dans 160 ans, dénonce Alexandra Pourroy. Quant à l’État, il ne se donne pas les moyens de faire appliquer la loi, très peu d’entreprises sont sanctionnées. » La différence de salaire à poste et durée de travail identiques, est d’environ 15% selon l’Insee. Cette différence correspond à environ 20 euros par jour que les hommes gagnent en plus pour le même travail. Pire, la réduction de ces inégalités ralentit : l’écart de salaire n’a diminué que de 0,4 point en 2024, contre 0,9 point par an en moyenne entre 2019 et 2023, toujours selon l’Insee.

    Ce tract rend donc palpable cette inégalité, quitte à créer un (léger) faux espoir. « Quand on tombe dessus, on se dit “Super j’ai gagné 20 euros !” Et on réalise que c’est ce que gagnent en moins chaque jour les femmes en le retournant. Au final, c’est assez ludique et les gens se prennent au jeu, on en retrouve un peu partout dans les entreprises. » Pour participer à son échelle à cette campagne, il est d’ailleurs possible de contacter la CGT Fapt 05 pour se procurer les tracts… et les laisser traîner à son tour sur son lieu de travail.

    Contactez la CGT FAPT pour vous procurer les tracts : cgt.ptt.05@wanadoo.fr

  • [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    « Plus qu’un spectacle féministe, nous avons voulu faire un spectacle humaniste », assure Lydie Belmonte.

    Née à Marseille, dans une famille d’origine arménienne – ses grands-parents ont survécu au génocide –, Lydie Belmonte, en plus d’être historienne, est autrice, interprète de jazz, actrice, danseuse. Sacrées F’Ames* est un spectacle qu’elle a écrit, mis en scène et qu’elle interprète avec Alina Jamgotchian, Nicole Moreno et Lady Lou, danseuses et chorégraphes, accompagnée par trois musiciens, José Assa (piano), Rémy Chaillan (batterie), Franck Blanchard (contrebasse). Le spectacle est composé de douze tableaux qui campent douze archétypes féminins. Créé en 2021 à Marseille, Sacrées’F’Ames a été joué au festival Off d’Avignon, l’été dernier.

    « J’évoque la déesse, la mère, la femme et le cycle de la lune, la jeune fille, la femme amoureuse, la femme de pouvoir, la sorcière, la sainte, la femme de lettres, la femme mariée, la séductrice, la fille de joie, la femme emprisonnée, la femme libre, la guerrière », retrace Lydie Belmonte. Le spectacle aborde la transmission des droits des femmes et la lutte contre les violences qui leur sont faites, tout en conservant une dimension sensible, poétique et parfois pédagogique.

    Hommage à Joséphine Baker

    L’autrice s’appuie sur l’histoire de femmes qui ont marqué leur époque. Par exemple Hildegarde de Bingen (XIIe siècle), thérapeute, médecin, poétesse, compositrice. Ou Suzanne Valadon, d’abord modèle pour des peintres comme Renoir, Puvis de Chavanne, et qui deviendra peintre. Mais aussi Joséphine Baker, Mélinée Manouchian… Dans Sacrées F’Ames, Lydie Belmonte incarne ces différents « visages » de la femme, par le jeu, le chant et la danse, entourée de danseuses.

    Elle-même marquée par une histoire douloureuse, Lydie Belmonte confie : « à travers ce spectacle, je voulais honorer le combat au quotidien de toutes ces courageuses et leur donner peut-être un peu d’espoir. Malgré le temps et l’espace, il existe une sororité. J’aime bien ce terme. Ce spectacle rend hommage aux porteuses de l’humanité, à toutes les guerrières d’hier et d’aujourd’hui, connues ou inconnues, ici et ailleurs, qui se sont battues, et se battent toujours, pour leur liberté, leur indépendance, leurs droits civiques, économiques et leur droit d’exister. » Elle continue : « “Sacrées F’Ames” vise aussi à dénoncer cette violence physique et psychologique des hommes à l’encontre des femmes. »

    Lydie Belmonte a dédié Sacrées F’Ames à la soldate Anush Apétyan. Cette mère de trois enfants, militaire dans l’armée arménienne, a été capturée en 2022 près de Djermuk par les Azéris, et torturée à mort. Les tortionnaires ont diffusé les images de leurs actes barbares sur les réseaux sociaux…

    * À 20h30, 200 rue Jean-Ferrat. Tarif : 15 euros. Détails au 04.84.83.07.43.