Tag: drogues

  • Les dossiers de rentrée sur le bureau du préfet des Bouches-du-Rhône

    Les dossiers de rentrée sur le bureau du préfet des Bouches-du-Rhône

    Une saison des incendies pour le moment maîtrisée

    La saison n’est pas terminée, le front des incendies est resté stable dans le département, note Jacques Witkowski avec 512 feux recensés depuis le 1er juin, soit 67 de plus qu’en 2025, une augmentation de 15%. S’il y a eu « beaucoup de départs de feux », ils ont été « éteints très vite », mis à part celui de Rognac et de Lançon-de-Provence. Outre la prévention, la préfecture mise aussi sur le répressif avec le respect des obligations légales de débroussaillement. Des communes ont été mises en
    demeure, un camping à Beaurecueil fermé le temps d’agir. Les gendarmes missionnés dans les massifs ont interpellé 350 personnes pour comportements dangereux. Le représentant de l’État se prépare désormais aux épisodes cévenols qu’il appréhende.

    Accompagner les consommateurs de crack

    Face à l’augmentation de la consommation de crack dans le centre-ville qu’il juge « préoccupante », le préfet a mis en place des actions. D’abord répressives pour éviter « les enkystements » mais il mise aussi sur la prise en charge médicale des consommateurs. « Co-porté » avec la Ville, un site d’accueil de 17 places a ouvert mi-août, un autre de 10 places va suivre. Soit 500 000 euros investis par l’État pour leur fonctionnement. Un coordinateur médical a été mis en place. Le développement des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues, deux seulement à Marseille, est souhaité, et à long terme, l’installation d’une halte soins addictions plus que soutenue. Reste à trouver le site…

    Métropole : la balle renvoyée aux politiques

    Prévu le 10 septembre, le vote de la décision modificative du budget métropolitain marque une nouvelle étape. Pour le préfet, « budgétairement, l’affaire est réglée ». Et de réaffirmer le strict rôle de conseil et de contrôle de la légalité de l’État. « Je souhaite que la Métropole sorte de cette ornière », assure-t-il. La mission Bussereau-Debat devant permettre d’entamer des « discussions politiques » sur ses compétences ou limites géographiques.

    Vigilance sur Fibre excellence

    Alors qu’à Tarascon les salariés de l’usine de pâte à papier restent mobilisés après la fermeture du site ce vendredi 28 août (lire aussi page 5), le préfet indique avoir saisi le liquidateur pour s’assurer de sa mise en sécurité. Et si les lieux doivent être dépollués, ils le seront par le repreneur, ou, à défaut, par le propriétaire actuel, assure-t-il. Mais pas question pour autant de laisser la CGT le bloquer, s’il le faut, « on interviendra par contrainte », promet-il.

    Des économies sur l’hébergement d’urgence

    Une « dépense de 117 millions d’euros dans le département », permet de financer 6 000 places dans deux types d’hébergement d’urgence, l’un dans le diffus, l’autre provisoire à l’hôtel rappelle le préfet. Sur ce dernier, 1 562 places, « on a décidé de reprendre en main budgétairement les choses », indique-t-il, avec un nouveau contrat au 1er octobre avec des hôteliers. Et la réalisation d’un « état zéro », le préfet dénonçant « des situations irrégulières », avec « des gens à l’hôtel depuis 6 ans » Et de marteler : « Je suis comptable des deniers publics, je ne peux pas engager ce que le Parlement n’a pas voté. » Or au 1er janvier, le dépassement « était de 8 millions, là encore à 3 millions », déplore-t-il.

    Parallèlement en 2025, 1 400 logements ont été récupérés auprès des bailleurs, 991 cette année. « Presque 2 500 places, un effort notable », estime-t-il.

  • Une opération contre la drogue sur les rails de la Côte Bleue

    Une opération contre la drogue sur les rails de la Côte Bleue

    L’opération débute en gare de Carry-le-Rouet, à une heure de forte fréquentation, 19h, ce mercredi, en fin de journée. « La mission est triple, d’une part, on montre la présence des forces de l’ordre dans les gares, ça permet de rassurer, ça permet de ramener de la tranquillité », explique Corinne Simon, préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, « la deuxième, cela permet de faire des contrôles d’identité, de pouvoir regarder si on a des personnes recherchées. Et troisième chose, ça permet aussi de lutter contre l’usage des stupéfiants », détaille-t-elle.

    Sur le quai, le commandant Jean Yves Curci briefe les hommes qui sont aujourd’hui sous son commandement. Le déroulé est le suivant : Départ de la gare de Carry-le-Rouet direction Niolon en train à 18h35. Durant le voyage, les gendarmes en profitent pour sillonner les wagons avec Scooby, le chien renifleur, en quête de stupéfiants. Une fois à Niolon, « on fera le contrôle uniquement sur les trains à quai, ça va nécessiter une organisation assez particulière, avec des rôles bien définis, et une ambiance “vitesse” sur la recherche de stupéfiants à l’intérieur du train », poursuit le commandant. Action.

    Une dizaine d’hommes et femmes de la gendarmerie embarquent à bord du train, avant de l’arpenter jusqu’à l’autre extrémité. Le reste attend que les premiers suspects leur soient amenés pour les fouiller, et dresser, s’il le faut, les premières amendes. Déjà dans le premier wagon, le chien marque, il a senti quelque chose… « Bonjour Monsieur, c’est à vous ce sac à dos ? » demande un gendarme. L’homme d’une quarantaine d’années dans le couloir acquiesce. « Je vais vous demander de venir avec nous on va le fouiller pour voir si vous ne transportez rien d’illégal ou de dangereux » poursuit le gendarme. S’ensuit le contrôle, le suspect sera finalement relâché, faute d’avoir trouvé du produit sur lui.

    Dans le train suivant, un jeune homme qui revenait de la plage avec ses amis est arrêté : Il a en sa possession quelques grammes de résine, ce qui lui vaudra d’écoper d’une amende de 200 euros. Il pourra tout de même repartir à l’issue du contrôle. Les passagers regardent l’opération se dérouler, et Scooby travailler : « il ne fait que passer, on s’est surtout demandé si il y avait quelqu’un de dangereux ou recherché à bord du train », racontent Marc et Severine, de retour de la plage avec leur bébé.

    « Une personne sur 11

    en possession de stups »

    La volonté de la préfecture de police est d’accentuer la répression sur les consommateurs, sur la base d’un raisonnement simple, comme l’explique la préfète : « S’il n’y a plus de consommateurs il n’y a plus de trafic. C’est pour ça que nous renforçons les contrôles toute l’année mais surtout au cours de la période estivale pendant laquelle la région est davantage peuplée ».

    Afin de mieux comprendre l’ampleur que prend la consommation de stupéfiants, la préfète donne un chiffre : « Une personne sur 11 est en possession de stupéfiants ». Et de poursuivre : « on s’aperçoit que les personnes qui portent sur elles des produits stupéfiants, sont de toutes les classes d’âge et de toutes les classes sociales aussi », observe-t-elle. Au bilan de la soirée : quatre trains ont été contrôlés et neuf amendes forfaitaires délictuelles pour détention de stupéfiants ont été délivrées.

  • La consommation de crack et de kétamine augmente en Paca

    La consommation de crack et de kétamine augmente en Paca

    Réalisé par l’Agence régionale de santé (ARS), Addiction Méditerranée et l’observatoire français des drogues et des tendances addictives, le rapport basé sur le travail d’un réseau Sintes (Système d’identification national des toxiques et des substances) composé de 67 organismes collecteurs fin 2025, trace les tendances de consommation de drogue pour la région et Marseille.

    Les auteurs pointent notamment une « extension des usages de cocaïne sous forme basée (crack), principalement par des personnes en situation de pauvreté mais aussi par des personnes insérées. » Ils notent « une présence désormais très fréquente de la kétamine dans des contextes festifs divers, consommée par davantage de personnes, notamment de très jeunes gens (18-25 ans). » Une consommation aussi « au quotidien » par des 20-40 ans, dont de nombreuses femmes, « parfois en usage auto-thérapeutique. » Auparavant utilisé par les consommateurs en chemsex, l’usage des « cathinones » s’est développé également en « contextes festifs divers. »

    Dans la région, la résine de cannabis reste « le produit illicite le plus couramment consommé et vendu » acheminé depuis le Maroc, principal pays fournisseur. C’est de là aussi que provient « la majeure partie de l’herbe de cannabis consommée en Paca. » La cocaïne en poudre, la MDMA/ecstasy sont « très disponibles » dans la région « en zone urbaine comme rurale. » Côté protoxyde d’azote, « la mode de l’expérimentation semble passée (…) mais pour un petit nombre de personnes, des consommations se sont installées : régulières, importantes (plusieurs dizaines de ballons par jour), voire massives (une bonbonne – qui représente jusqu’à 70 ballons – ou plus à chaque session). »

  • Pour un autre regard sur les consommateurs de drogue

    Pour un autre regard sur les consommateurs de drogue

    Dans les locaux du Bus 31/32, quelques flyers sont posés sur les tables autour desquelles s’assoient les habitués du lieu. Dessus, les informations relatives à la marche qui aura lieu ce vendredi au départ de la gare Saint-Charles figurent aux côtés de la phrase « Soutenez. Ne punissez pas ».

    Au programme : des prises de parole d’associations, un « hommage aux victimes de la politique répressive », et des concerts. Mais surtout, la présence de consommateurs dans la foule. « Il y a Radio Galère qui nous accompagne et qui va faire un micro-trottoir, avec les usagers, pendant la marche », détaille Amandine Alix, directrice de l’association Autosupport des usagers de drogues (ASUD).

    « L’idée pour les consommateurs, c’est de pouvoir se montrer et de montrer qu’ils ont des avis militants, politiques, qu’ils veulent défendre leurs droits », ajoute Max De Laverny, chef de service d’ASUD.

    Réduire les risques

    La structure, qui est un Centre d’accueil et d’accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) a été fondée par et pour les usagers. Elle défend l’idée d’une politique axée sur le soin plutôt que la répression, et d’une législation plus souple. « Les salles de soin sont indispensables, mais derrière, on défend aussi une politique de réduction des risques », insiste-t-il. Et cela passe par la distribution de matériel, un accompagnement et des maraudes pour sensibiliser. « On n’est pas dans une idée de les faire arrêter, mais de dire “D’accord, tu consommes, et on va t’accompagner pour le faire bien” », vulgarise Amandine Alix.

    À Marseille, les associations constatent une hausse du nombre de consommateurs. « L’année dernière, ASUD était à 600 personnes, là on en a plus de 1000 », affirme Amandine Alix. Dans le même temps, les dispositifs de répression du trafic se renforcent, sans résultats visibles. « Après les opérations Place Nette, les points de deal se sont déplacés, ce qui a dispersé aussi les usagers, qu’on pouvait moins accompagner », constate-t-elle. Les associations tentent de convaincre les différentes institutions de l’importance de la réduction des risques. « Ces personnes trouveront dans tous les cas un moyen de consommer », martèle Max De Laverny, « La réduction des risques, ce n’est pas du militantisme, c’est de la science. » Pour l’heure, l’État n’a expérimenté que deux salles de consommation en France, à Paris et à Strasbourg. Marseille attend…

  • Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Le 13 juin 2025, une nouvelle loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » était promulguée, visant à élargir l’arsenal juridique et les moyens d’action des services de police et de gendarmerie. Parmi ces mesures figurent la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), le renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent et des moyens d’action administratifs locaux, ainsi que de nouvelles mesures judiciaires et techniques d’enquête, avec une protection accrue des agents et des témoins.

    Un an après son application, les services de l’État dans le Var, réunis autour du préfet mardi, dressent un constat mitigé : loin d’avoir reculé, le narcotrafic a muté, et « les trafiquants se sont adaptés aux nouvelles modalités d’enquête », résume le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland. En conséquence, c’est « l’action de l’État qui a dû s’adapter » quand « le trafic se poursuit sous d’autres formes », reconnaît le préfet du Var, Simon Babre, qui observe ainsi « une uberisation du trafic et une forte régression des points de deal ». Sur les 35 sites considérés comme « historiques » par l’Office antistupéfiants (Ofast), seuls 13 sont encore actifs.

    Des saisies qui explosent

    Cette évolution s’appuie notamment sur les réseaux sociaux. Pour lutter contre ce phénomène, 28 enquêteurs ont été formés afin de démanteler les trafics en ligne, en recourant à des pseudonymes, comme le permet la loi « Narcotrafic ». Au total, depuis le début de l’année 2026, 37 enquêtes ont été menées, aboutissant à 43 interpellations, et contribuant à une évolution marquée des saisies : -6,75% de saisies par rapport aux cinq premiers mois de 2025 pour la cocaïne (77,3 kg saisis) et -89% pour les plants de cannabis (61 plants), mais +85% pour le cannabis lui-même (440 kg), +264% pour l’ecstasy (1 658 cachets) et, plus inquiétant encore, +355% pour l’héroïne (641 g). Ces chiffres peuvent toutefois être interprétés de différentes manières, illustrant à la fois la progression de la consommation et du trafic d’une part, et celle de la lutte d’autre part.

    La numérisation des pratiques a une autre conséquence. « Les usagers deviennent revendeurs car il est rentable d’acheter du produit et de le rapporter dans l’arrière-pays varois », analyse le commandant du groupement de gendarmerie du Var, Grégory Goumain, qui recense, sur sa zone, « 95 trafics démantelés dans 39 communes en 2025, 28 dans 20 communes en 2026 ». Les quantités transportées sont généralement plus faibles, une adaptation observée de manière assez générale, « car si on se fait attraper, le risque encouru est moins important », complète le procureur de la République de Toulon. Les services des douanes font le même constat, observant une « multiplication des petites saisies et une hausse significative des amendes », selon Myriam Soula, directrice interrégionale des Douanes. Est aussi observée une « fragmentation supposée de la livraison avec des envois postaux par exemple, ce qui est nouveau pour nous ».

    Logement et prestations sociales en ligne de mire

    Une des clés du trafic demeure le logement, avec l’utilisation d’appartements « nourrices », dont certains sont loués via Airbnb. La loi contre le narcotrafic a ainsi conduit à 24 demandes d’expulsion, dont deux ont été effectives. Par ailleurs, cinq fermetures de commerces et 124 interdictions de paraître ont été prononcées. Toujours dans le cadre de cette loi, et au titre de l’extension des prérogatives administratives locales, une convention nouée fin 2025 entre la CAF du Var et les services de l’État permet désormais de sanctionner les trafiquants bénéficiaires d’aides sociales. Plus de 50 signalements ont été réalisés, pour cinq mesures coercitives, tandis qu’une vingtaine de dossiers sont encore à l’étude.

    Sur la route, où 15% des accidents mortels (cinq décès depuis janvier, contre neuf sur les cinq premiers mois de 2025) sont liés aux stupéfiants en 2026, la multiplication des contrôles a permis de détecter davantage de conduites sous emprise (837 cas pour 7 727 contrôles au premier trimestre, contre 738 pour 8 312 sur la même période en 2025). Le taux de tests positifs reste similaire (12%), mais le nombre de suspensions de permis a augmenté de 42%, les stupéfiants en étant désormais la principale cause.

    Si, pour le procureur Raphaël Balland, « l’absence d’usagers assèche le trafic », la question de l’addiction n’a été que survolée par le préfet : « Il y a des mesures de prévention pour en sortir et montrer que la spirale du trafic expose à des représailles, des dettes. Nous appelons à la responsabilité collective. » Une responsabilité qui incombe aussi – et surtout – aux pouvoirs publics, les faits montrant que l’addiction se traite rarement par le seul levier coercitif, notamment lorsqu’elle est liée à des problématiques socio-économiques.

    DES PROCÈS MARQUANTS DANS LA RÉGION

    17 octobre 2025

    À Avignon, deux boss du Ponzo tombent

    Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné un des grands patrons du réseau du Ponzo au sud d’Avignon, Badr J., à dix ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants. Qualifiée de « directrice territoriale » du point de deal, Anaïs E. écope de 7 ans ferme. Ce point de deal, dans le quartier Monclar, rayonnait sur tout le département du Vaucluse, générant violences et règlements de comptes.

    14 avril 2026

    DZ Mafia : 25 ans contre Gabriel Ory

    La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône jugeait six accusés, dont deux narcotrafiquants du haut du spectre présumés diriger la DZ Mafia. Elle a condamné Gabriel Ory à 25 ans de réclusion pour un double meurtre, en 2019, dans une chambre d’hôtel de Plan de Campagne. Elle a acquitté Amine Oualane, qui reste écroué dans le cadre d’autres dossiers. Gabriel Ory vient d’être mis en examen pour un projet d’évasion de la prison de Vendin-le-Vieil. D.C.

    14 mai 2026

    12 ans ferme contre le recruteur d’un ado tueur

    Hacène Larbi, alias « le H », 24 ans, est condamné à 12 ans de prison, à Paris, pour avoir recruté, depuis sa prison, un adolescent de 17 ans chargé de tuer une cible à Marseille. Lola D., 23 ans, qui avait acheminé une kalachnikov à l’adolescent tueur, est condamnée à cinq ans de prison. Surpris dans une impasse des quartiers nord par un passant qu’il a blessé à l’arme blanche, l’adolescent avait fui. Il doit être jugé, en juin, par le tribunal pour enfants.

    5 juin 2026

    Le clan Yoda condamné

    Félix Bingui, 35 ans, dit le chat, « chef incontestable » du clan Yoda, est condamné à 12 ans d’emprisonnement et 200 000 euros d’amende au terme de trois semaines de procès, à Marseille, aux côtés de 19 comparses, dont 4 ont été relaxés. Son bras droit, Mohamed Hussein Saleh, a écopé de 9 ans de prison. Toujours en fuite, Zine Eddine Belkaid, considéré comme le grand gérant des points de vente, a été condamné à 8 ans de prison. Dans la sanglante guerre territoriale, ce gang s’est effondré sous les assauts de la DZ Mafia.

    D.C.

  • Free party, ces jeunes qui défient le gouvernement

    Free party, ces jeunes qui défient le gouvernement

    Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Pour le premier week-end de mai, entre 20 000 et 30 000 personnes se sont rassemblées illégalement sur un ancien terrain militaire de Cornusse, près de Bourges, ville qui a vu naître Laurent Nunez. Car depuis sa prise de fonction, le ministre de l’Intérieur a dans le viseur ces rassemblements. Si début avril, une loi a été votée par l’Assemblée nationale qui durcit déjà la législation en la matière, Laurent Nunez veut faire passer un nouveau texte (s’attaquant aussi aux rodéos urbains et au protoxyde d’azote) qui va encore plus loin pour punir les organisateurs et les participants aux free party.

    Contre-culture

    Pour justifier ce nouvel arsenal juridique, le gouvernement avance toujours les mêmes arguments : impact environnemental, nuisances sonores, consommation de drogues, etc. Mais la gauche, qui a voté contre à l’Assemblée, y voit surtout la volonté de museler la jeunesse. Car pour les participants, ces free party dépassent le simple cadre de la fête. Dans le terme free, ce n’est pas seulement la gratuité qui est désignée mais aussi la liberté. À Cornusse, le rassemblement était appelé « Teknival de l’Indépendance » et beaucoup de participants y revendiquaient l’affirmation d’une contre-culture qui revêt un sens politique comme l’anticapitalisme, le rejet des boîtes de nuit payantes, des normes vestimentaires et de la marchandisation de la musique. Historiquement, ces free party sont d’ailleurs nées en Angleterre après les lois restrictives sur la vie nocturne de Margaret Thatcher et ont parfois eu lieu dans les entrepôts d’usines touchées par la désindustrialisation.

  • Contre le crime organisé, plus de collaboration entre polices

    Contre le crime organisé, plus de collaboration entre polices

    « Cela ne change rien. » Mais Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, a tenu tout de même à communiquer en grand ce jeudi 9 avril à Marseille sur sa circulaire faite à l’ensemble des services du ministère de l’Intérieur sur « l’organisation des services placés en matière de lutte contre la criminalité organisée ».

    Concrètement dans la suite de la loi « narcotrafic » et d’un décret publié dans la foulée en septembre 2025 qui « confiait à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) le chef de file » en la matière le ministre entend formaliser une « action de coordination, d’impulsion ». L’idée : « Mieux articuler les différents services entre eux, mieux se projeter sur des analyses criminelles » avec une « DNPJ qui impulse, qui coordonne, on va continuer à échanger des informations sur des réseaux, des filières, des modes d’action, pour être aussi dans l’anticipation ». Une décision qui s’inscrit dans la continuité. « Cela fait 15 ans qu’on décloisonne, c’est l’objet de la création de l’Ofast en 2020, la création des cellules de renseignement opérationnel dans chaque département, la loi Narcotrafic… On continue d’améliorer nos dispositifs », précise Laurent Nunez.

    Pas question donc que la PJ « préempte ou capte les affaires », martèle Christian Sainte, directeur de la DNPJ quand des tensions entre police et gendarmerie ont été évoquées lors d’un vaste coup de filet le 9 mars dernier contre la DZ mafia selon nos confrères du Monde et du Canard Enchaîné. Et de détailler une nouvelle méthodologie « de coordination opérationnelle et stratégique ». L’Unalco (unité de lutte contre la criminalité organisée) sera l’interface, des comités sont déclinés depuis le niveau interministériel, sous la houlette du Premier ministre, jusqu’au départemental, en passant par le national sous autorité du ministre de l’Intérieur et le zonal. Des « outils numériques de partage de la connaissance » seront aussi utilisés.

    Une menace croissante

    Car si des résultats ont été obtenus récemment avec +14% en 2025 de mises en cause, et depuis le début de l’année, +23%, indique Laurent Nunez, avec un progrès significatif « sur la connaissance des mafias », la menace est de taille. Expansion des marchés criminels, capacité d’adaptation et utilisation massive des nouvelles technologies, niveau de violence sans précédent « avec un recours croissant à la sous-traitance entre organisations et un rajeunissement des auteurs », pression sur les institutions… Le tableau dressé par Annabelle Vandendriessche, cheffe du Sirasco (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée) fait froid dans le dos. Les « profits criminels s’accroissent » avec une « hausse de la consommation de stupéfiants en particulier la cocaïne et des drogues de synthèse », précise-t-elle. L’or valeur refuge, la cryptomonnaie ou les données personnelles sont autant de sources de trafic et de blanchiment quand « l’unité de compte est le milliard ». Pas moins de 7 pour le narcotrafic selon une étude de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) cite-t-elle, la commission d’enquête du Sénat sur la lutte contre la délinquance financière « élargissant le spectre » avec 2 milliards d’euros pour la contrebande de tabac, l’exploitation sexuelle « entre 1 et 3 milliards », les atteintes à l’environnement 1,5 milliard, la contrefaçon 5 à 6 milliards.

    Au niveau local, « on recense aujourd’hui 113 points de deal sur l’ensemble du territoire des Bouches-du-Rhône, essentiellement à Marseille, mais également autour de l’Étang de Berre, sur Aix-en-Provence, Miramas et d’autres villes de l’est du département », indique Pascal Bonnet, chef de la DCOS (direction de la lutte contre la criminalité organisée). Pour lui, « cela traduit une réalité importante : le phénomène ne se limite plus à certains quartiers, il irrigue l’ensemble du département ». Résultat : des « territoires sous tension permanente », en particulier « le 3e arrondissement de Marseille, des cités comme la cité de Félix Pyat, mais également dans le sud comme La Cayolle ou La Sauvagère ». Avec une « pression sur la population locale », sur « la société et les institutions », ajoute-t-il. Et la violence pourrait ressurgir à court terme sous l’effet des recompositions entre groupes mafieux prévient-il.

    Et quand on demande au ministre de l’Intérieur si au-delà de la méthode il ne faudrait pas des moyens, il estime que « ce n’est pas toujours forcément le volume d’effectifs » qui compte mais « comment on travaille », rappelant que « depuis 2021, on est toujours, à un petit peu moins de 400 effectifs supplémentaires affectés sur Marseille ».

  • [Entretien] Hélène Donnadieu : Face à la cocaïne, développer « une démarche innovante »

    [Entretien] Hélène Donnadieu : Face à la cocaïne, développer « une démarche innovante »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous rappeler dans quel cadre s’inscrit cette expertise ?

    Hélène Donnadieu : Il s’agissait d’une commande de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) et du ministère de la Santé, face à un constat global de signaux évoquant une évolution de la consommation de cocaïne et des dommages liés. Le système de santé étant confronté à une augmentation, il y avait un contexte d’urgence. Donc nous nous sommes réunis à Paris une fois par mois pendant 18 mois, pour auditionner différents acteurs.

    Vos conclusions semblent alarmantes. La consommation est passée de 1,8% à 9,4% en 23 ans. Comment l’expliquez-vous ?

    H. D. : Sur le plan sociologique, ce phénomène est lié à une société de plus en plus addictogène. Mais il est aussi lié à une augmentation de l’offre. Via internet, par livraison pour les populations cachées, en petites quantités, par tranches de 10 ou 20 euros plutôt qu’au gramme… Les mécanismes de distribution se sont multipliés, ce qui a permis une plus large diffusion.

    La littérature montre aussi que ce phénomène est étroitement lié aux problématiques de santé mentale…

    H. D. : Avoir une problématique en santé mentale augmente le risque de consommation de substances psychoactives en général. On estime que 30 à 40% des gens qui ont une addiction ont aussi un problème de santé mentale : c’est ce qu’on appelle une pathologie duelle. Et puis en parallèle, nous constatons aussi que la cocaïne est pourvoyeuse d’aggravation de trouble, ou de création de trouble induit. Il peut s’agir d’un trouble dépressif, d’idéation suicidaire, de symptôme psychotique ou de trouble du comportement.

    Il y a aussi une augmentation du nombre de consommateurs de cocaïne basée (aussi nommée crack). Quel est l’impact de cette substance ?

    H. D. : Le pouvoir d’accroche de la cocaïne basée est beaucoup plus fort. Le risque de développer un trouble de l’usage, c’est-à-dire une addiction, est beaucoup plus important. Tout comme l’ensemble des complications associées, en terme de santé mentale, cardiovasculaire, neurologique, pulmonaire ou rénale… On s’en est aperçu dans les demandes de soin…

    Les études montrent que le crack n’est plus réservé aux plus précaires. Quel est le profil des consommateurs de cocaïne en général ?

    H. D. : Actuellement, dans les consultations des personnes concernées par un usage de cocaïne, il y a une diversité majeure. Il y a des personnes socialement insérées, qui travaillent, qui peuvent avoir une utilisation à visée de dopage ou récréative. Certains évoquent aussi le poids du stress… Mais nous avons également des personnes dans une situation de grande précarité, et ça vient soulager quelque chose. Tout le monde a une bonne raison de consommer.

    Mais en parcourant toute la littérature, nous avons aussi fait le constat du manque de données robustes en terme de typologie. Il faudrait se pencher sur la façon dont les jeunes sont amenés à cette consommation excessive, et travailler sur la notion de genre… Il faudrait des données épidémiologiques plus précises pour apporter une réponse sanitaire et médico-sociale appropriée.

    Pour conclure, quelles sont vos recommandations principales ?

    H. D. : Nous estimons qu’il faut favoriser la prévention, l’acquisition des compétences psychosociales, et aussi l’accès aux soins dans une démarche globale et coordonnée, à la fois médicale, psychologique et sociale. Nous avançons aussi l’idée d’accompagnements innovants, comme avec les travailleurs pairs, ou le « housing first  » pour favoriser une situation un peu plus digne aux sans-abri et leur permettre d’accéder aux soins.

    Toutes ces pistes d’amélioration pourraient permettre de prendre un individu dans sa globalité et de l’accompagner à son rythme.

  • La préfète de police lance des assises de la prévention

    La préfète de police lance des assises de la prévention

    « La lutte contre les stupéfiants ne fonctionne que si on a deux jambes, le répressif et la prévention » pose la préfète de police déléguée, Corinne Simon, à la veille du lancement d’assises sur le sujet. « Il se passe plein de choses mais chacun fait ça dans son silo », poursuit-elle. L’idée : « mettre en place un plan départemental de lutte contre l’entrée des jeunes dans la délinquance et le trafic de stupéfiants » en favorisant « l’échange d’informations avec les acteurs qui se trouvent autour de l’enfant, pour anticiper et agir ».

    « On a besoin d’avoir des signaux faibles » détaille la préfète, « un jeune qui a un taux d’absentéisme à l’école, ne va plus à son club de sport, change de copains, en rupture avec ses parents… Tout ça mis bout à bout, ce sont des alertes ». Pas de « grand raout » mais du « pratico-pratique », promet-elle avec une première réunion pour faire « un état des lieux ». Les objectifs seront définis « ensemble ».

    Autour de la table ce vendredi 6 février, 25 coordinateurs des CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance), obligatoire pour toutes les villes de plus de 5 000 habitants, soit 51 dans le département, des représentants de l’Éducation nationale, de la PJJ, de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), les trois procureurs de la zone, le responsable du centre loisirs jeunes de la police nationale 13 (CLJ), des délégués du préfet pour la politique de la Ville. Dans le cadre d’un appel à projets de la Mildeca, « Limits », deux communes des Bouches-du-Rhône sur les 30 retenues en France, viendront aussi partager leur expérience. Pas d’élus pour cause de municipales, ni d’associations, en période de subventions.

    Une cellule d’appui

    Quand on objecte que ces assises arrivent bien tard, au regard des appels à l’aide des acteurs de terrain, la réponse tombe. « On n’a pas attendu pour faire des actions » balance Jean-Christophe Roux, chef du bureau de la prévention de la délinquance, à la manœuvre avec Pierre Gilardeau, directeur de cabinet adjoint de la préfète. « Chaque année, au Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, je présente ce que l’on fait avec le CLJ. On est passé de modules de lutte contre l’addiction à un module basé sur la notion de dette [qui fait que] le jeune ne peut plus sortir du réseau, basé aussi sur l’expérience des jeunes ciblés sur des collèges », précise-t-il.

    En « lien avec la Mildeca », précise Pierre Gilardeau, la préfète et son équipe réfléchissent aussi à la création d’une cellule administrative départementale « qui pourrait apporter un appui au travail fait par les communes qui a peut-être ses limites » explique Jean-Christophe Roux, à l’image de la Cepraf, cellule de prévention de la radicalisation et d’accompagnement des familles. Prochaine étape avec une seconde réunion à l’été.

  • L’avenir du centre-ville agite la dernière séance du mandat

    L’avenir du centre-ville agite la dernière séance du mandat

    Pour le dernier conseil municipal du mandat ce jeudi, à l’heure des bilans, c’est l’avenir du centre-ville de Marseille qui a occupé l’essentiel des débats. C’est que la transformation du Centre Bourse, après le départ des Galeries Lafayette, avait déjà agité le début de campagne des municipales, et la municipalité n’a pas manqué d’inscrire une délibération de principe pour promettre de racheter le foncier, afin d’accueillir une philharmonie des enfants et une cité de la mer et des sciences.

    « Aujourd’hui, vous sortez 50 millions d’euros dans la précipitation pour racheter un bâtiment comme si cela allait racheter l’insécurité et le chaos dans l’espace public », proteste à droite l’ex-maire (LR) du secteur, Sabine Bernasconi, quand le RN pointait la paupérisation du centre-ville. Le maire (DVG) Benoît Payan la reprend à la volée. « D’où sortez-vous des chiffres aussi farfelus ? » L’estimation des domaines, en effet, n’est pas encore réalisée. Ce qui ne l’empêche pas de promettre que « ce sera bien moins que 50 millions d’euros ». Mais beaucoup plus, assurément, que les 3,2 millions d’euros pour lesquels la municipalité avait vendu le foncier sous Jean-Claude Gaudin.

    L’ex-maire (Ren.) des 9-10 Lionel Royer-Perreaut de son côté plaide pour que le lieu ne profite pas qu’aux Marseillais. Et pose son propre diagnostic sur le centre-ville : « Il faut maîtriser la politique de peuplement. Aujourd’hui, on réhabilite le centre ancien en reproduisant quasi exclusivement du logement social ! » En face, la maire (GRS) des 1-7 Sophie Camard réplique : « Le logement social, c’est le logement de tout le monde. » Et quand l’adjoint (PS) Jean-Pierre Cochet à l’économie indique que depuis 2021 la fréquentation du Vieux-Port a doublé et que la vacance commerciale a diminué, l’adjointe (DVG) au commerce, Rebecca Bernardi, énumère les préemptions qui ont fait revivre des enseignes sur la Canebière. En rappelant qu’il s’agit avant tout d’une compétence régionale et métropolitaine : « Ces gens-là font de la politique sur le dos des commerçants : ce sont eux qui ont les manettes et ils n’ont rien fait. »

    Les expulsés de l’État

    Au fil des rapports, le débat remonte de quelques rues pour s’arrêter porte d’Aix (2e), où un local doit être confié à une association œuvrant pour la biodiversité. « De quelle biodiversité parlons-nous ? La réalité, porte d’Aix, ce ne sont pas les espèces végétales ou animales, ce sont les trafics », ose à droite le général David Galtier, parlant de « colline du crack ». À l’extrême droite, Jean-Baptiste Rivoallan (UDR) proteste : « Il parle d’un sujet sur lequel je revendique la paternité ! » « La biodiversité ? » moque Ahmed Heddadi (DVG). « Il y en a qui vous courent derrière, renchérit Benoît Payan. Mais vous savez quoi, vous courez plus vite qu’eux. » Surtout, il explique que ces personnes en errance ont été envoyées par l’État par bus entier, sans le prévenir, pour vider Paris au moment des Jeux olympiques, renvoyées vers un dispositif de « SAS » à la Capelette (10e). « Il est très bien géré par Adoma, sans aucune plainte enregistrée », proteste à l’issue du conseil la préfecture, promettant qu’aucune sortie du dispositif ne relève de l’hébergement d’urgence.

    « Ce fameux “SAS” existe toujours, et gère toujours des expulsions de Paris vers la province », dénonce quant à elle l’adjointe (PCF) aux solidarités Audrey Garino. Et d’interpeller les bancs de l’extrême droite : « Les opérations de police, le maire en a expliqué les limites, les opérations sociales vous n’en voulez pas, les opérations sanitaires vous n’en voulez pas non plus. Vous voulez quoi ? Éradiquer les gens ? Il n’y a rien dans vos propos à part propager la haine. »

    De quoi donner le ton, avant l’examen des 160 rapports restant à l’ordre du jour, avec cette fois l’opposition de droite qui monte seule au créneau, régulièrement, jusqu’au bout. Comme un air de revue générale de tous les reproches égrenés sur les 5 000 délibérations votées sous le mandat. Et le maire de conclure en remerciant les élus, les agents de la Ville, avant de souhaiter de bonnes fêtes. « Nous distribuerons les chocolats de Pâques en conseil municipal, je vous le promets », lance-t-il.