Tag: Dominique Bucchini

  • [Méditerranée] Kallisté : omagiu à Dominique Bucchini

    [Méditerranée] Kallisté : omagiu à Dominique Bucchini

    Tous les hommages rendus après ton départ l’ont dit, chacun avec ses mots : tu étais un homme de parole, de celles qu’on tient. Ferme sans être dur, convaincu sans jamais écraser. Une présence calme, solide, respectée bien au-delà des clivages.

    Tu aimais la Corse d’un amour exigeant. Tu savais que le littoral n’était pas un décor, mais un bien commun, fragile et convoité. Tu l’as défendu bien avant que cela devienne un sujet à la mode, avec constance et sans jamais céder aux intérêts privés. Tu n’as jamais fermé les yeux sur la violence ni transigé avec les dérives mafieuses, les intimidations ou les silences complices. Tu savais que le silence protège toujours les mauvais combats. Tu as payé ta droiture cher, mais tu n’as jamais cédé.

    Tu aimais la Corse, profondément, et tu aimais aussi la France, comme une promesse d’égalité, de justice sociale et de bien commun. Pour toi, ces fidélités se complétaient. Tu savais aussi que la langue corse fait partie de ce patrimoine vivant à protéger, transmettre et faire vivre, sans l’opposer, mais en la partageant. Tu prenais le temps d’écouter, d’expliquer, de transmettre. C’est pour cela que tu étais venu à plusieurs reprises participer aux débats de l’association Kallisté, pour échanger, confronter les idées, faire vivre le débat et le respect.

    Aujourd’hui, Dominique, ton absence se fait sentir. Mais les hommages unanimes disent aussi autre chose : tu laisses une trace durable, celle d’un homme droit, d’un repère, d’une exigence morale qui continue de nous guider. À Kallisté, nous continuerons à faire vivre les débats, à croiser les regards, à transmettre l’histoire, la culture et la langue, à défendre une Corse ouverte, juste et fidèle à elle-même. Nous le ferons avec cette exigence que tu incarnas : ne jamais céder à la facilité, ni au silence, ni à la résignation.

    Car ton engagement nous oblige. Il nous rappelle que faire association, c’est faire société. Que protéger une terre, c’est aussi protéger ce qui la rend vivante. Et que l’on peut aimer profondément sans jamais renoncer à la dignité.

    Per tè, Dominique.

    È per a corsica di dumane. Audrey Cermolacce

  • Dominique Bucchini, figure majeure de la vie politique corse, s’est éteint

    Dominique Bucchini, figure majeure de la vie politique corse, s’est éteint

    L’émotion est vive. Dominique Bucchini est décédé ce vendredi 2 janvier. Cette figure du PCF local a notamment été président de l’Assemblée de Corse de 2010 à 2015 et maire de Sartène pendant 23 ans.

    Né le 23 janvier 1943 à Sartène, en Corse-du-Sud, Dominique Antoine Bucchini grandit dans le quartier populaire de Borgo, marqué par une culture politique où le souvenir de la Résistance est encore très vif. Fils de Jean‑Simon Bucchini, convoyeur devenu cafetier, et de Catherine Andréani, tous deux sympathisants communistes — sa mère en particulier — il forge dès l’enfance une conscience sociale nourrie par la parole des anciens.

    Son voisin, l’ancien maire résistant Joseph‑Pascal Tramoni, lui transmet une injonction fondatrice : « N’oublie jamais qui nous sommes et d’où nous venons ». Très tôt engagé, Dominique Bucchini adhère aux Jeunesses communistes en 1959 et diffuse le quotidien La Marseillaise dans sa ville. Après un baccalauréat philosophie en 1961, il entame des études à Aix‑en‑Provence avant de s’orienter vers l’École normale d’instituteurs. Les places en Corse étant réservées en priorité aux rapatriés d’Algérie, il est affecté en Vendée, où il devient instituteur en 1964. Il y enseigne trois ans, s’investit dans la défense de l’école laïque, organise des actions sociales et se distingue comme footballeur dans plusieurs clubs locaux.

    Engagement et fidélité aux valeurs communistes

    En 1967, il part effectuer son service militaire sous la forme d’une coopération au Sénégal, à Thiès, où il enseigne l’histoire‑géographie et le français. Il y entraîne également une équipe de football composée d’élèves, engagée en deuxième division sénégalaise. Une inspection favorable lui ouvre la perspective d’une promotion au grade de PEGC. Rentré en France, il reprend l’enseignement à Montreuil puis au lycée agricole de Sartène.

    Son engagement politique s’intensifie : il adhère au Parti communiste en 1972, et débute une carrière élective marquante. Bucchini devient maire de Sartène en 1977, charge qu’il occupera jusqu’en 2001. Il est également député européen de 1981 à 1984, conseiller général de 1988 à 2001, puis conseiller territorial de 1982 à 2017. Son influence culmine lorsqu’il préside l’Assemblée de Corse entre 2010 et 2015, consolidant son rôle central dans la vie politique insulaire.

    Militant opiniâtre, profondément attaché à la justice sociale et à la mémoire résistante, Dominique Bucchini demeure une figure emblématique du communisme corse, marqué par une fidélité constante à ses origines populaires et à l’idéal collectif transmis dès son enfance.

    Des hommages appuyés

    Les hommages se multiplient depuis l’annonce de sa disparition. Le porte-parole du Parti communiste français, Ian Brossat, déclare sur ses réseaux sociaux : « L’amour de la Corse, la révolte contre les injustices : deux fils rouges que Dominique Bucchini aura tissés tout au long de sa vie. Hommage à l’ancien maire et président de l’Assemblée de Corse, au grand communiste, à l’homme remarquable qu’il fut jusqu’au dernier souffle. »

    Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, confie : « Président de l’Assemblée de Corse, maire de Sartène, sa ville qu’il aimait tant, militant infatigable au service de ses convictions communistes, homme de dialogue et de paix imprégné de culture corse et universelle, Dominique Bucchini est, et restera une figure majeure de l’histoire contemporaine de l’île. Il est parti mais nous conservons de lui son sourire, son regard empreint de détermination et de bonté, et les conseils en forme de proverbe dont il savait illustrer ses discours et ses propos : “À chì pesa a petra, à chì trova l’anguilla…” ».

    Marie Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, déclare : « Bienveillant à mon égard depuis mon élection, je retiens son engagement pionnier en matière de lutte contre la violence et sa prise de position en faveur de la co-officialité de la langue corse. Je salue avec respect l’homme au franc parler, l’inlassable militant, l’élu devenu une des figures politiques emblématiques de notre île. »

    L’association Kallisté salue la mémoire de Dominique Bucchini, « grande figure de la vie politique et démocratique corse, qui vient de nous quitter. »