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  • [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    La Marseillaise : Quelles sont les raisons de ce mouvement de grève ?

    Serge Coutouris : Les travailleurs portuaires et dockers ont toujours refusé de participer aux guerres, car nous sommes fidèles à nos valeurs de paix, d’internationalisme et d’unité des travailleurs. Que ce soit pendant la guerre d’Indochine, du Vietnam, d’Algérie, d’Irak ou récemment d’Ukraine, notamment en refusant de charger ou décharger le matériel militaire, armes et munitions. Aujourd’hui, il y a un contexte où les conflits se multiplient et s’enlisent. Le capital tente, par tous les moyens, de s’approprier et de piller les richesses de certains pays. Et le génocide du peuple palestinien se poursuit dans le silence et la complaisance, non seulement des médias, mais aussi des instances internationales et des pouvoirs politiques. Notre fédération, depuis des années, a participé à de multiples rencontres avec des représentants de dockers d’autres pays. C’est le cas au sein d’EDC [European Dockworkers Council, instance européenne qui réunit des syndicats de dockers de plusieurs pays Ndlr], dont nous sommes adhérents et qui regroupe dix pays en Europe. Mais aussi en échangeant avec d’autres syndicats via des organisations internationales, comme la FSM [Fédération syndicale mondiale Ndlr] ou l’IDC [Conseil international des dockers Ndlr]. Tout cela a abouti à des rencontres à Athènes, Gênes et une majeure à Istanbul, le 8 mai dernier. De cette rencontre est sortie la Déclaration d’Istanbul, signée par des syndicats grecs, italiens, turcs, basques, marocains et chypriotes…

    La Marseillaise : Sur quoi porte cette déclaration ?

    S.C. : Cette déclaration porte sur quatre thèmes principaux : elle appelle à l’action contre les guerres et la militarisation, avec l’arrêt immédiat du génocide à Gaza, mais aussi à l’arrêt de la déréglementation et des attaques sur nos droits sociaux dans les ports et enfin, contre l’automatisation de nos métiers. Cette déclaration a permis au mouvement de grandir et de dépasser le cadre européen, elle a été signée par d’autres syndicats avec le temps. Enfin, EDC appelle aussi à la mobilisation ce 30 octobre, avec sa propre déclaration, mais qui fait écho à celle d’Istanbul et dont nous sommes également signataires. On est donc sur une coordination de lutte internationale historique. Ce qu’il se passe ce 30 octobre, c’est inédit. On a déjà eu des luttes communes avec des syndicats homologues européens, mais je n’ai pas souvenir d’une action de cette ampleur. Notre démarche concerne plus de 120 syndicats sur cinq continents qui se mobilisent, avec des formes diverses et variées. Dernièrement, des dockers irlandais, indiens, australiens, brésiliens et même états-uniens, se sont joints à l’appel.

    Qu’est-ce qui unit des dockers aussi éloignés géographiquement ?

    S.C. : On fait tous face à un ultralibéralisme sans foi ni loi. On voit bien que les attaques sont similaires d’un pays à un autre. Et les quatre thèmes de la Déclaration d’Istanbul ont des échos partout. Il y a une offensive réactionnaire et une montée du fascisme qui prône la guerre et gangrène la démocratie. Notre mouvement est motivé car dans beaucoup de pays, les travailleurs portuaires et dockers, tout comme les autres travailleurs, sont attaqués dans leurs droits et leurs libertés. L’actualité en France nous rappelle d’ailleurs nos heures les plus sombres : avec une répression policière contre les jeunes qui se soulèvent et des atteintes aux libertés. En parallèle, il y a une volonté du pouvoir à cibler certains ports, les militariser et les utiliser dans ce cadre. Ce qui est hors de question. Notre mouvement sert aussi à dire aux pouvoirs politiques français et européens : ne touchez pas à nos ports, ni à notre modèle social. Cela va d’ailleurs faire très mal au capital puisqu’on va perturber ou immobiliser les transports maritimes sur cinq continents.

    La CGT est plus que forte dans votre profession. Est-il nécessaire de disposer d’une telle organisation pour porter ce type de mouvement ? Et quel message adressez-vous au mouvement lycéen au regard du syndicalisme que vous pratiquez ?

    S.C. : Notre fédération représente 90% des travailleurs portuaires et dockers en France. Notre syndicalisme est fort et il s’est d’ailleurs renforcé puisqu’on a 87% de représentativité au niveau national. Grâce à cette représentativité, c’est la CGT qui pèse dans les négociations et l’on ne connaît pas la problématique d’organisations réformistes qui trahissent. Aujourd’hui, la jeunesse entre en action en réaction à un ultralibéralisme qui leur promet un avenir bien sombre : des salaires très bas, des libertés qui se restreignent de jour en jour, des inégalités sociales se creusent de plus en plus. Il est clair que les travailleurs doivent être aux côtés de cette jeunesse qui demande un monde meilleur. Notre mouvement du 30 octobre porte aussi sur ces sujets-là. Au-delà de la situation des ports, c’est aussi l’arrêt des politiques militaristes, agir pour l’arrêt du génocide… Notre organisation syndicale est de classe et de masse. Et ce qui est important ici, c’est le mot organisation. Si l’on veut obtenir satisfaction pour nos revendications, nous sommes convaincus qu’il faut s’organiser. Sans organisation, les mouvements populaires n’aboutissent pas, ils s’enlisent et ne permettent pas de trouver des réponses aux revendications. D’ailleurs, pour notre mouvement du 30, ce sont des organisations syndicales de multiples pays qui se sont parlé malgré nos différences, nos histoires et cultures de lutte différentes. Nous avons dépassé nos appartenances à nos organisations internationales et les divergences qu’il peut y avoir entre elles, pour que ça soit les syndicats qui soient à l’initiative de ce 30 octobre. Et cela permet à chacun de s’y inscrire.

  • Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ils refusent d’être « un maillon dans la chaîne de leurs guerres ». Les représentants des syndicats de dockers de 35 ports européens avaient signé, le 19 mai, une déclaration commune à Istanbul. Après une première journée d’action le 6 février, qui avait touché une vingtaine de ports dans sept pays, selon les organisateurs, ce sont aujourd’hui plus de 120 syndicats dans 113 ports de 23 pays, sur les cinq continents, qui ont répondu à l’appel, annonce la Fédération syndicale mondiale (FSM) sous le mot d’ordre : « Ports pour la paix, emplois dignes ».

    Les syndicats réclament la fin des conflits au Moyen-Orient, l’ouverture de corridors humanitaires vers Gaza et l’interdiction d’utiliser les ports pour acheminer du matériel militaire. Ils expriment aussi leur solidarité avec les peuples de Cuba, du Venezuela et du Soudan.

    En France, la CGT prévoit 24 heures d’arrêt dans tous les ports avec 14 000 travailleurs portuaires, dont quelque 7 500 dockers concernés. En Italie, le syndicat USB appelle à une grève générale. En Grèce, le syndicat Enedep et le Pame annoncent une grève dans le port du Pirée, le plus grand du pays.

    Des ports à « 95% à l’arrêt »

    Espagne, Grèce, Slovénie, Chypre, Suède, Danemark, Portugal, Irlande et Allemagne ont été rejoints par d’autres fédérations de dockers, notamment en Turquie et en Inde, puis par des ports d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Australie pour dire « non à la guerre et à la militarisation des ports en cours ».

    Les signataires de l’appel affirment que « les ports appartiennent aux peuples et aux travailleurs et ne sont pas des bases appartenant à l’Otan, ni aux États-Unis, ni à l’Union européenne ». Le 4 juin, les dockers de Fos-sur-Mer avaient déjà refusé de charger un cargo acheminant des pièces de fusils-mitrailleurs à destination de Haïfa. Le syndicat général CGT des ouvriers dockers et des personnels portuaires du golfe de Fos avait précisé que « les dockers et portuaires du golfe de Fos ne participeront pas au génocide en cours orchestré par le gouvernement israélien ».

    Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), environ 80% du volume du commerce mondial transite par voie maritime. Or, sur les quais, lorsque les dockers cessent le travail, c’est toute la chaîne qui casse. En France, Tony Hautbois, le secrétaire général de la Fédération nationale des ports et docks CGT, qui représente 90% des salariés du secteur, annonce que les ports français seront « à l’arrêt à 95% », ce vendredi.

    De quoi perturber les flux de marchandises et les chaînes d’approvisionnement nationales. Cette journée morte entraînera mécaniquement des retards importants dans le traitement des conteneurs avec des navires bloqués au large, faute de déchargement. Les armateurs et les transitaires estiment qu’un jour d’arrêt portuaire nécessite en moyenne trois à quatre jours pour résorber l’accumulation de marchandises.

    Ni guerre, ni austérité

    Dans son communiqué, la Fédération des ports et docks CGT dénonce ces « économies de guerre qui se mettent en place au détriment des politiques de santé, des services publics, de l’éducation » dans le deuxième pays producteur et exportateur d’armes. La mobilisation de ce 30 octobre est également présentée comme un combat pour la défense des conquis sociaux remis en cause par le nouveau budget « d’euro-austérité » porté par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. La CGT s’oppose à ses orientations, jugées « destructrices pour les systèmes de solidarité ». Les syndicats redoutent des coupes dans les protections sociales et s’élèvent contre la déréglementation des emplois par l’automatisation des opérations de manutention.

    Le syndicat fustige « les attaques contre les emplois, les métiers, les droits et les libertés des travailleurs et les citoyens qui se multiplient ». Il condamne également « la répression par la force et la violence contre la jeunesse qui exprime à juste cause son besoin d’un avenir meilleur ». L’appel à la grève interprofessionnelle du 5 novembre, qui inclut le privé, prolongera de ce mouvement de contestation budgétaire et sociale. « La force de notre syndicalisme nous permet de faire la démonstration de notre capacité de mobilisation pour des journées internationales comme celle du 30 octobre. Il y a aussi, au national, l’appel pour le 5 novembre. On y mettra un haut niveau de mobilisation », annonce Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération.

    REPÈRES

    24

    infrastructures majeures françaises seront paralysées pendant 24 heures : Boulogne, Brest, Dunkerque, Calais, La Rochelle, Le Havre, Rouen, Paris, Lorient, Marseille, Roscoff, Bayonne, Bastia, Bordeaux, La Réunion, Nice, Ajaccio, Saint-Nazaire, Port-Vendres, Saint-Malo, Cherbourg, Sète, Toulon et Fos-sur-Mer.

    Économie de guerre

    « Les ports, les routes maritimes, les voies ferrées, les entrepôts, la logistique et l’ensemble de la chaîne des transports sont en train d’être transformés de plus en plus ouvertement en infrastructures de guerre », affirme la déclaration d’Istanbul.

  • Message aux profiteurs de guerre

    Message aux profiteurs de guerre

    Alors que notre monde est déchiré par les guerres et que l’élévation des tensions internationales fait craindre une généralisation des conflits, l’initiative mondiale pour la paix à laquelle participent les travailleurs des Ports et docks, à l’appel de la Fédération syndicale mondiale, est particulièrement remarquable.

    Elle affirme la solidarité entre des salariés des cinq continents et le caractère de classe du combat pour la paix : les guerres bénéficient aux puissants et jettent les travailleurs les uns contre les autres.

    Dans notre région, l’engagement des portuaires et des dockers pour la paix est le fruit d’une longue tradition internationaliste. Après un engagement sans faille contre les guerres coloniales, le refus récent de charger des armes destinées à nourrir la guerre au Proche-Orient a envoyé un signal très clair à nos gouvernants.

    Un élan mondial salvateur

    Il est facile de se déchirer, de se haïr, de se regarder en chiens de faïence. Les portuaires et les dockers de 23 pays à travers le monde font un choix bien différent : celui de l’action collective, du rapport de force avec les puissants et du rejet des logiques bellicistes.

    Cet élan mondial est salvateur dans une période où le retour des impérialismes, des nationalismes et des extrémismes menace notre avenir commun.

    Il intervient en France dans un moment particulier, marqué par un puissant mouvement social, mais aussi un attentat raciste.

    Dans ce contexte, le message de la grève des ports et docks pour la paix revêt une dimension supplémentaire : l’affirmation de la force des travailleurs quand ils agissent ensemble et de la solidarité qui les unit quelle que soit leur origine, leur couleur de peau ou leur foi.

  • Un colloque dédié à la santé mentale des aînés à Marseille

    Un colloque dédié à la santé mentale des aînés à Marseille

    Les dockers et travailleurs portuaires se penchent sur la santé mentale avec une initiative maison qui se tiendra lundi prochain pour tout un après-midi. « On veut travailler sur la santé mentale et tout ce qu’il y a autour. On va aussi un peu mettre le doigt sur l’abandon des gouvernements de ce secteur », explique Gilbert Natali, responsable de la communication de la section des retraités dockers du port de Marseille et de Fos. Dans le détail, cette initiative se fait « via notre association Ardafi et dans le cadre des discussions que nous avons avec notre caisse de retraite, AG2R ».

    Avec l’objectif d’aborder cette problématique sous l’angle de « l’âge et le grand âge ». « Il y aura des intervenants spécialisés sur la question, l’idée est aussi de donner la parole aux familles et retraités qui parleront de leurs problèmes et difficultés », développe Gilbert Natali. Les anciens dockers pourront aussi compter sur la présence d’assistantes sociales du port pour éclairer leurs lanternes. De quoi évoquer « l’absence d’actions du gouvernement » sur la question mais aussi « faire écho à la santé mentale des jeunes ». Notons aussi qu’il y aura aussi un spectacle de l’humoriste Yohan Desvaux, auteur d’un one man show « T.S » écrit après une tentative de suicide. Lequel sera suivie d’une table ronde puis d’un apéritif dînatoire « comme les dockers savent faire ». Le rendez-vous est fixé au cinéma L’Alhambra 2 rue du Cinéma, dans le 16e arrondissement de Marseille.

    *Inscription obligatoire au : 04.95.05.47.18

  • Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Venant de toutes artères de Marseille mais aussi des communes voisines où les regroupements étaient interdits, des dizaines de milliers d’étudiants, de militants, de retraités, de chômeurs, ont convergé samedi à Marseille dans une ambiance enjouée et déterminée pour la seule manifestation autorisée par la Préfecture, un acte II d’une grande puissance protestataire.

    « C’est une grande satisfaction, un ouf de soulagement pour nous la CGT et les autres syndicats d’avoir emmené cette manifestation pour la liberté d’expression de nos revendications » s’est félicité en fin de parcours Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13. Il revendiquait 100 000 manifestants contre 17 000 selon la Préfecture dans ce cortège intersyndical CGT, FSU et Solidaires colossal.

    Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) a salué le « calme » de la manifestation et un dispositif policier qu’il a estimé cette fois « à la hauteur de l’enjeu » après les folles exactions du 17 octobre. Plus tard, il rejoignait le poste de supervision urbain, des débordements sporadiques ayant lieu avec des dégradations et des pillages dans une ambiance de lacrymogènes et de feux de poubelles. Dimanche matin, la Préfecture comptait pour tout le département 7 commerces pillés ou dégradés, 71 interpellations dont 40 majeurs et 61 gardes à vue.

    Pour le préfet, cette manifestation dérogatoire s’est déroulée « dans de bonnes conditions ». Lancé à 14h15, après une minute de silence aux Réformés en hommage aux victimes de l’attentat criminel raciste de Trappes, l’immense cortège emmené par la CGT et de nombreux militants et élus communistes prenait la direction de la gare Saint-Charles, sécurisé par les dockers CGT. Postés sur la Canebière près d’un canon à eau, des CRS continuaient de barrer l’accès de l’hypercentre à de potentiels fauteurs de trouble pour ne pas répéter le sac du 17 octobre.

    « On vient de Carpentras, on tenait à manifester dans une ville où ça a de l’ampleur » expliquent Alia et Ludivine, motivées comme jamais. « Nous sommes en guerre contre ce gouvernement corrompu » proclame la pancarte de la mère. « Tout ce que j’ai retenu de la Marseillaise, c’est aux armes citoyens ! » dit celle de sa fille. Les pancartes en disent long et gros sur la colère sociale concentrée sur Emmanuel Macron, figure d’un pouvoir honni. « La voilà ta République en marche, connard ! » conspue celle d’Émilie venue avec Pierre son papa. « La répression policière fait peur, mais ça fait longtemps qu’on n’a pas ressenti des émotions aussi fortes en manif. Ça redonne de l’espoir d’être tous ensemble » assure ce dernier.

    « Ils fabriquent la misère puis nous facturent la survie » a écrit Céline, éducatrice spécialisée qui n’a pas eu peur de venir « pour défendre les lycéens et les travailleurs sociaux » et qui est comblée de voir « tout ce monde de tous âges ». « M-A-C-R-O-N, Menteur, Arrogant, Corrompu, Répressif, Odieux, Narcissique » a écrit en grosses lettres Oscar, jeune chômeur pour qui « c’est un ras le bol accumulé de ces dix dernières années, le gouvernement Macron, la gestion de la crise Covid et des gilets jaunes, l’ignorance des cahiers de doléances, même l’affaire Epstein, tout !!! » Des Scop-Ti (ex-Fralib) sont là. Des parents d’élèves aussi. « On est un collectif de 360 parents « vaillants et révolutionnaires » des lycées de Marseille.

    Eva et son ami sont descendus d’Aix pour dénoncer les conditions d’enseignement à la faculté de droit Robert Schumann, mais pas que : « On n’arrive pas à joindre les deux bouts, on a peur de l’avenir. » Eugène, 19 ans, en BTS de cybersécurité, s’est déguisé en banane et en tutu rose pour demander lui aussi de « meilleures conditions matérielles d’études. »

    « Manu, Manu, jusqu’à la victoire ! » « Tout le monde emmerde le Rassemblement national ! » « Siamo tutti antifascisti ! » claquent dans les mains la foule hétérogène de ce très long cortège sécurisé par les dockers de la CGT qui a emprunté les allées Léon Gambetta, le boulevard d’Athènes, la gare Saint-Charles, la Place Marceau pour ensuite se disperser à la Porte d’Aix où des CRS finissent par gazer des manifestants boulevard des Dames. « La liberté est un droit fondamental. Sans elle, il n’y pas de véritable justice, pas d’égalité et pas d’avenir ! » venait de conclure au mégaphone une militante CGT. « Nous voulons la paix, la liberté pour construire un monde plus juste. Ne restons pas silencieux, continuons à défendre nos droits. La liberté a besoin d’hommes et de femmes prêts à la défendre ! Ensemble faisons vivre la liberté et rendez vous au 5 novembre ! » « Je suis là en solidarité avec la jeunesse quand je vois tous les coups qu’ils se sont pris pour exprimer leurs revendications » dit Jessie, mère de quatre enfants venue de Vitrolles pour affirmer son « droit à manifester ».

  • Les dockers CGT en grève donnent un sens à la lutte

    Les dockers CGT en grève donnent un sens à la lutte

    Seuls les dockers et portuaires bloquent leur outil de travail ». C’est ce qu’on fait les syndicalistes CGT des bassins ouest du Grand port maritime de Marseille, vendredi matin, de 6h à 13h. De Port-Saint-Louis-du-Rhône à Port-de-Bouc, les dockers CGT du golfe de Fos ont acté la grève, la veille, après avoir « appris avec stupéfaction » l’action de tractage la CFDT Transports des Bouches-du-Rhône, « autorisée par la préfecture » d’après le syndicat des Dockers. Une cinquantaine de militants de la CFDT se sont déplacés à ce titre sur la D268, bloquant la circulation jusqu’au relais TotalEnergies de Fos.

    Le sens de la lutte

    Une autorisation qui ne manque pas de faire réagir les dockers : « Lutter, c’est d’abord se mettre en grève dans son entreprise. Lutter contre la hausse des prix de l’essence, c’est lutter contre les guerres en Ukraine, contre le génocide perpétré par le gouvernement israélien à Gaza ». « C’est lutter contre la guerre en Iran, contre le gouvernement français complice du système capitaliste qui augmente le budget de l’armée, prépare la militarisation des ports en nous faisant rentrer en économie de guerre relayé par les politiques de droite et d’extrême droite en expliquant qu’il n’y aurait pas d’autres choix », développe le syndicat CGT, rappelant les raisons de son appel à la grève du 30 octobre et de vendredi.

    Du côté de la CFDT routiers, l’appel à la grève dénonce « la stagnation des salaires, l’intensification des rythmes de travail, pénibilité accrue, difficultés de recrutement, manque de reconnaissance et pression grandissante sur les personnels ». L’organisation appelait de ses vœux une « mobilisation unitaire et massive sur tout le territoire national ». Vendredi soir, elle revendique 2 000 mobilisés en France. Sans préciser la quantité de litres d’essence brûlés à l’arrêt, dans ce cadre.

  • Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    « On a exactement les mêmes revendications qu’eux ». C’est donc tout naturellement que Lucile Venet, professeure de biologie au lycée Pasquet et syndicaliste FSU, est venue soutenir la mobilisation lycéenne arlésienne, ce mardi. Il y avait déjà du monde au départ, à 10h, devant la Bourse du travail d’Arles. Le cortège a rejoint la sous-préfecture, où une délégation de lycéens et de syndicalistes enseignants a été reçue. Au plus fort de la mobilisation, les organisateurs ont compté 1 100 participants, contre 530 selon la police.

    Le cortège mêlant lycéens, professeurs, syndicalistes et parents était accompagné par un fort dispositif de service d’ordre de la CGT, les chasubles rouges de l’hôpital d’Arles et des dockers ouvrant et fermant la marche. « Notre présence dans leur manif, c’est pour que tout se passe bien, ces jeunes veulent être écoutés et la violence est tout ce qu’ils trouvent à la fin », explique Magali Raffin, professeure en lycée pro et militante de la CGT Éduc’action.

    Tout part de la Bourse du travail

    Tout est parti d’une rencontre. « Des élèves du lycée Pasquet sont venus nous rencontrer à la Bourse du travail pour nous demander de l’aide et du soutien. On leur a proposé d’organiser une AG et cette manif », détaille Magali Raffin. « C’est un symbole énorme » pour cette dirigeante de l’Union locale CGT en lutte pour garder son local à la Bourse du travail.

    Ce soutien est bienvenu pour les lycéens. Amaury Stantina rappelle que la semaine dernière, lors du blocage du lycée Pasquet, « la police était des deux côtés de la rue, ne laissant aucune fuite possible, et gazait sans sommations ». Il estime qu’« il est nécessaire que les syndicats de travailleurs et de lycéens se retrouvent pour demander un changement de politique » face à « la violence systémique et le manque d’argent partout ». Et illustre : « Ça fait une semaine qu’on est dans la rue et là, on voit 500 millions d’euros en moins pour l’éducation nationale » dans le projet de budget du gouvernement. « Un foutage de gueule » assène-t-il.

    Pour la Bourse du travail, comme pour les profs et les élèves, il s’agit d’un « rendez-vous de convergence des luttes ». Une convergence dont Lucile Venet et Amaury Stantina espèrent qu’elle sera victorieuse.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    La situation économique et sociale commande la réplique ouvrière. Les prix montaient en dépit des promesses de baisse du gouvernement. L’indice des prix de détail fut multiplié par trois en 1948. Le « cartel » de la baisse des prix animé par FO et la CFTC était impuissant à enrayer la hausse des prix qui affectait le pouvoir d’achat des salaires. Dès février 1948, la CGT demanda l’augmentation de 20% des salaires, l’alignement automatique des salaires sur les prix et la révision des zones de salaire subie par la province. Nous soutenions aussi les multiples revendications des travailleurs agricoles. À ces appels, les luttes se développèrent, parfois partielles, à partir de juillet. Les actions prirent une plus grande envergure, en particulier les grèves des dockers, des inscrits maritimes, des douaniers, y compris des fonctionnaires. Octobre et novembre marquèrent le point culminant des grandes luttes, surtout pour les mineurs. Cette grève dura huit semaines au cours desquelles, avec courage, ils ont résisté à la répression, aux CRS et aux arrestations, en occupant les mines. Le bureau syndical, avec Giribone et moi-même, avons passé des nuits avec les mineurs qui nous faisaient confiance. Cette confiance fut confirmée par les élections aux délégués du personnel où la CGT obtint 75% des sièges. Le gouvernement dut faire des concessions dans de nombreux secteurs, augmenter les salaires et les retraites.

    « Cette guerre qui nous ruine »

    Au cours de cette année de lutte, la CGT apparut à nouveau comme la force syndicale première et décisive. Les statistiques officielles, bien qu’incomplètes, reconnaissaient pour l’année 6 561 176 grévistes et 13 133 313 jours de grève menée par les syndicalistes CGT.

    J’assistai aux travaux du 27e congrès confédéral, en octobre 1948, qui étaient consacrés pour une grande part aux menaces contre la paix et à la guerre du Vietnam. Alain Le Leap, secrétaire général de la CGT, souligna dans son rapport : « Le Vietnam résiste farouchement malgré la supériorité numérique et technique des troupes françaises et malgré les manœuvres de division du gouvernement français. » Il ajouta : « Les Américains regardent vers ces régions et procèdent à un véritable inventaire des richesses de ce pays. Le peuple français veut que se termine cette guerre qui nous ruine et fait couler le sang des soldats français comme celui des Vietnamiens. » Il félicita les dockers qui donnaient l’exemple et présenta un manifeste qui recueillit l’unanimité, invitant les travailleurs « à l’action contre les fauteurs de guerre et pour une paix solide et durable ». « Sous la direction des expansionnistes américains, dit-il, les forces réactionnaires mènent une politique de provocation à la guerre comme avant la 2de Guerre mondiale, elles préparent cette guerre par une campagne anticommuniste, antisoviétique et contre les démocraties populaires. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    La Marseillaise : Quelle est la genèse

    de votre nouvel ouvrage ? Pourquoi l’envie d’écrire sur le monde des dockers ?

    Jean-Paul Ceccaldi : Ce qui m’a donné l’envie, ce sont des documentaires qui ont été faits sur d’autres ports comme au Havre et en Belgique : des problèmes rencontrés par des dockers qui ont été agressés, menacés et même assassinés. Je me suis dit que, peut-être sur le port de Marseille, que je connais bien, on a le même genre de problèmes. Ceci dit, moi je travaillais à la Police judiciaire, à l’évêché, pas loin du port. Quand j’étais jeune, j’allais plonger à la Jetée, dans le port autonome. C’est un lieu qui m’est cher. En plus, je suis Corse, et le monde des dockers en compte quelques-uns. Au début du livre, qui se passe dans un bar de la caserne, vous avez un docker qui aime parler et qui raconte son histoire. C’est du vécu.

    Dans « La mafia des docks », pourquoi avez-vous tenu à adresser quelques clins d’œil au poète marseillais Louis Brauquier (1900-1976) ?

    J.-P.C. : C’est ma lecture de Jean-Claude Izzo qui m’a fait découvrir Louis Brauquier. J’ai notamment adoré son recueil Je connais des îles lointaines. Et il a même fait un poème qui s’intitule La mort du docker. L’œuvre de Brauquier, notamment celle qui concerne le port, m’a habité pendant l’écriture de mon polar. Je m’en suis imprégné. Quand vous lisez certains passages de Brauquier, c’est du polar mis en vers et en rimes. C’est pas courant.

    Votre polar illustre aussi une certaine sympathie que vous avez pour les dockers…

    J.-P.C. : Je suis très attaché à Marseille et au port autonome. J’ai aussi voulu montrer son côté cosmopolite avec des personnages arméniens, corses, maghrébins. Je parle aussi des jeux clandestins qui sont joués sur les docks. À une époque, ils jouaient carrément dans l’enceinte du port. Je dis la mafia des dockers, mais à mes yeux, ils sont plus victimes que mafieux. La mafia, elle est installée autour et profite du port en usant de la corruption. Il ne faut pas oublier que les dockers sont avant tout des travailleurs, qui ont pris des positions à travers l’histoire dans des conflits internationaux, par exemple en refusant de charger des armes. Tout cela, ça attire ma sympathie.

    Film réalisé dans les années 1950
    par Paul Carpita, «
     Le rendez-vous
    des quais
     » a-t-il aussi imprégné
    votre imaginaire
     ?

    J.-P.C. : Bien sûr. Il y a aussi un artiste qui a peint les dockers, Antoine Serra, pour en faire des tableaux magnifiques. À l’époque, écrivains, cinéastes, peintres ont beaucoup été inspirés par les docks.

    Si votre récit se déroule en 2023, il est quand même nourri de beaucoup de références historiques…

    J.-P.C. : Oui car un polar, qu’est-ce que c’est ? Et bien c’est un roman. Et un roman, vous avez une intrigue, des anecdotes et des thèmes.

    Jusqu’à quel point le flic du roman
    est inspiré par votre propre vie
     ?

    J.-P.C. : Moi, j’ai été flic. Même si je fais de la fiction, j’essaie de la rendre la plus réaliste possible.

    L’auteur de polar Maurice Gouiran déclarait il y a deux mois dans ces colonnes : « sous prétexte qu’ils connaissent le métier, des flics écrivent des romans. Mais ce sont des romans policiers et pas des polars car ils n’abordent pas la réalité sociale »…

    J.-P.C. : Pour moi, le polar c’est une espèce de rubrique qui couvre plusieurs genres : le roman policier, le roman social, le roman historique… Mais certains, à qui cela n’a pas plu, ont préféré parler de néo-polar. Le premier d’entre eux était un Marseillais, Jean-Patrick Manchette. Dans le roman noir, le roman social, il n’y a pas forcément une enquête ni de policiers, mais où on trouve du social. Parfois, on me demande s’il faut avoir été policier pour écrire un polar, je réponds : non. Quand je lis un polar, même si l’auteur se trompe sur des points de procédure, ça ne me dérange pas s’il est bon. Moi, j’ai essayé justement de me détacher de la procédure. Je fais du policier mais avec des thèmes qui sont à caractère social. Je m’inspire aussi de l’affaire d’un journaliste hollandais qui s’est trop mêlé des affaires du port et qui a été assassiné. [Peter R. de Vries, en 2021]. Et à Marseille, on a quand même un juge qui a été assassiné [le juge Pierre Michel, tué en 1981] Une demi-heure avant qu’il se fasse tuer, j’étais dans son bureau pour une commission rogatoire pour une affaire d’escroquerie qui n’avait rien à voir avec le grand banditisme.

    Quels souvenirs gardez-vous du juge Michel ?

    J.-P.C. : En ce qui me concerne, il avait donné du temps et de sa présence pour une petite affaire. Il ne plaisait pas aux voyous. Après son assassinat, le milieu a fait courir tout un tas de fausses pistes pour noyer le poisson. Après, on a fait une espèce d’opération pour donner un coup de pied dans la fourmilière, on est allés perquisitionner dans tous les bistrots. À mon avis, le juge Michel était quelqu’un de bien. Magistrat, c’est un métier dangereux, surtout quand on fait trop bien son travail.

    « La police est comme le pendant d’un crime organisé, où des parrains établissent la règle du plus fort pour asseoir leur pouvoir dans une société ultralibérale qui laisse, malgré les prohibitions, libre cours à leurs trafics et à leurs fantasmes d’empereurs », écrivez-vous.
    Deux faces d’une même pièce
     ?

    J.-P.C. : Avec cette phrase, vous devez comprendre quelles sont mes idées politiques. Après, je n’aime pas trop commenter ce que j’écris. Mais je peux vous dire que je suis contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…