Un « lanceur d’alerte » engagé depuis 30 ans sur les questions d’environnement avec notamment son réseau associatif Ecoforum. Ses priorités :la santé publique, la mobilité,le traitement des déchets… Avec une ligne rouge pour l’émigré chilien qui a connu la dictature : un refus de l’extrême droite. Pour le reste, « pas d’états d’âme » assume Jean-Marc Governatori, estimant avoir contribué à l’élection de Renaud Muselier en 2021 en lui apportant son soutien face au RN aux régionales. M.R. Photo M.R.
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![[Entretien] Matthieu Rey : « La Syrie est un laboratoire inédit pour la région »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2025/12/9f3f59df5ab6b25076ea80e2892b7e51.jpg)
[Entretien] Matthieu Rey : « La Syrie est un laboratoire inédit pour la région »
Les Syriens célèbrent ce lundi le premier anniversaire du soulèvement qui a mis fin à la dictature. Il y a un an, en quelques jours seulement, une coalition rebelle dirigée par le mouvement islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) renverse la dynastie Assad et son régime sanguinaire qui dirige le pays depuis plus d’un demi-siècle.
Un an plus tard, le chef de HTS et ancien djihadiste Ahmed al-Charaa est nommé présidentde la transition en cours. Le nouveau pouvoir doit faire face à de nombreux défis, le premier étant de réconcilier une nation brisée par quatorze années de guerre civile, hantée par ses milliers de morts et de disparus.
La Marseillaise : Le régime syrien a été renversé il y a un an. Quel bilan pouvez-vous tirer de cette première année de transition ?
Matthieu Rey : Les premiers mois sont portés par un optimisme général, un certain élan en se disant qu’un nouveau monde est en train d’émerger, que tout redevient possible, qu’un tas de questions mises en suspens, telles que la dégradation du pays, les libertés, le retour des déplacés, pourront être résolues. Puis, il y a l’éclatement de ces espoirs liés au fait que la chute d’une personne ou son départ, en l’occurrence, ne règle pas tout du jour au lendemain. Le legs de l’ancien régime et de ses sbires n’est pas réglé. Ces derniers côtoient des populations qui elles-mêmes ont des particularités confessionnelles et des rapports aux nouvelles autorités loin d’être faciles, aisées ou établies. La superposition de tout ça a conduit au massacre de mars. Enfin, il y a eu une désillusion face à un certain nombre de questions non traitées dont les politiques économiques et le processus de justice transitionnelle qui n’est pas du tout lancé. On voit des arrestations, mais il n’y a pas de procès, il n’y a pas de codification de ce qui doit être fait, une commission des disparus se met en place mais encore une fois sans véritable prérogative. Le début d’institutionnalisation du nouveau régime procède largement sous la forme d’un conseil de personnalités désignées qui se réunit à Damas, entérine la transition en faisant d’Ahmed al-Charaa le nouveau président temporaire.
Comment les nouvelles autorités organisent la reconstruction ?
M.R. : Les autorités se sont principalement concentrées sur la diplomatie, en se disant qu’une fois que les sanctions levées, la reconnaissance de l’État adviendra et tout s’améliorera. En interne on a une fragmentation très forte en localité ou en province, ce qui est une réalité historique pour la Syrie mais qui surgit d’autant plus à ce moment-là. On le voit particulièrement dans toutes les forums régionaux de reconstruction, on organise des levées de fonds par ville ou par province mais aucun effort national de reconstruction n’est mis en œuvre. Enfin, on a une montée en puissance surtout pendant l’été des sentiments confessionnels, ce qui complexifie le débat. Tout ceci souligne à la fois le caractère morcelé et la difficulté à avancer un projet politique. Localement, le pays demeure extrêmement fatigué avec des préoccupations très terre à terre pour la plupart, c’est-à-dire à combien d’heures d’électricité ou d’eau, allons nous pouvoir bénéficier par jour.
Ahmed al-Charaa est-il reconnu président par toute la population syrienne ?
M.R. : La question qui se pose c’est : est-ce qu’ils ont la capacité de dire que ce n’est pas leur président ? C’est ça la principale innovation dans le monde syrien. Aujourd’hui, on peut avoir des gens qui disent ce n’est pas mon représentant voire même c’est un tyran et je veux le chasser. Le président refuse toute représentation personnelle. Ce président a par ailleurs entériné le fait qu’il n’y aura pas d’élection tout de suite, le temps que l’espace public se reconstruise, elles ne peuvent pas se tenir dans un pays de déplacés. L’exemple égyptien l’a très bien montré, organiser des élections directement c’est prendre une photo des forces en présence sur le moment, telles qu’elles sont structurées et non pas ce que veulent les populations. On voit que les réseaux sociaux sont viscéralement polarisés en ce moment avec des niveaux de violence qu’on n’avait pas connus même à l’époque d’Assad, avec des niveaux de désinformation similaires de toutes les parties et donc une difficulté à organiser une discussion collective.
D’autant que le pays est actuellement attaqué par Israël…
M.R. : On a une année particulièrement troublée avec trois questions lancinantes. La première est celle de l’occupation israélienne massive du territoire telle que ne l’a jamais connue la Syrie depuis sa fondation qui commence par la destruction systématique de tout son appareil militaire dans le week-end suivant la chute du régime. Ce qui signifie que le nouveau régime n’a plus les moyens techniques de conduire un certain nombre d’opérations militaires et de maintien de l’ordre. Le deuxième facteur de déstabilisation c’est le legs de l’année 2014, avec ces deux pendants, qu’est-ce qu’on fait de l’État islamique et comment le nouveau pouvoir s’arrime à sa lutte parce qu’il est lui-même menacé ? La problématique autour de Daesh soulève une autre question, à savoir : qu’est-ce qu’on fait avec les forces kurdes qui se sont retrouvées au lendemain de la chute de Bachar al-Assad comme des forces militaires constituées aussi par leurs alliances occidentales ? Cette question est aussi celle de l’identité politique de la future Syrie parce que les Kurdes réclament une kurdicité que le nouveau pouvoir est prêt à leur accorder.
Qui sont les soutiens d’Assad dont vous dîtes qu’ils tentent de créer des zones d’instabilité ?
M.R. : Les grands du régime ont disparu, il n’y en a plus en Syrie. La plupart sont partis en exil et quelques-uns se sont fait arrêter, comme l’ancien gouverneur de Deraa, qui était l’auteur et le responsable des premiers événements qui ont abouti au déclenchement de la Révolution. Il est en prison. Les Iraniens ont plié bagage parce qu’ils ont bien compris qu’ils ne sont pas les bienvenus. Les Russes ne se sont pas interposés dans la lancée des troupes, n’ont pas nui à la transition. De toute façon, ils ont quand même une grosse préoccupation autre qui est l’Ukraine. Mais ils ont quelques armes de négociation à travers la production de la monnaie syrienne et la présence de Bachar el-Assad sur leur territoire. Ce qui est plus problématique et constitue aujourd’hui la zone de désordre, c’est toutes les têtes de milices. Parce que le régime Assad, à l’arrivée, n’en est plus un régime mais un écho de milices plus ou moins autonomes les unes des autres, dirigées par des chefs de guerre.
Êtes-vous optimiste pour la suite ?
M.R. : La Syrie est un énorme laboratoire totalement inédit pour la région, duquel peut se dessiner un avenir vraiment différent de ce qu’on a connu ces 30 ou 40 dernières années. Je reste optimiste parce que ce renversement, c’est le fruit d’une population qui a résisté face à l’une des pires dictatures au monde. Cela me donne un espoir assez fort, à condition que deux choses restent en place : un espace public qui n’est pas verrouillé et que le travail de la société sur elle-même continue.
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![[Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2025/11/af773b9635385fb8a6f9102ae983ffce.jpg)
[Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »
La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence FM 93.9, participe à l’émission politique « Quoi de neuf ? » .
Cette semaine,
notre invité est Manuela Parra, présidente de l’association Voix de l’extrême.Du 19 au 25 novembre, se déroule à Montpellier la 6e édition des Rencontres franco-espagnoles, portée par l’association Voix de l’extrême. Conférences, films, lectures, pléthore d’événements culturels sont programmés pour ne pas oublier ignominie de la dictature franquiste. Sa présidente, Manuela Parra, revient sur cette édition particulière, cinquante après la mort de Franco.
Louis Dupin : Ces rencontres sont un événement culturel mais également mémoriel puisque vous revenez sur la période sombre de la dictature franquiste. Aujourd’hui, ce devoir de mémoire est-il d’autant plus important à l’heure où on voit le retour de l’autoritarisme de l’extrême droite un peu partout dans le monde ?
Manuela Parra : Bien sûr qu’il est important. Il est nécessaire de réveiller ou de réactiver les consciences et de transmettre ces valeurs républicaines aux jeunes qui, contrairement à ce que l’on peut penser, comprennent rapidement et s’impliquent. Dans les rencontres franco-espagnoles, on s’adresse à tout public, mais une large partie est basée sur la transmission à la jeunesse. L’année dernière, nous avons eu, durant les rencontres, 480 lycéens qui ont participé. Cette année, je pense qu’on va doubler. Mais si les lycéens s’impliquent, c’est parce qu’il y a des professeurs qui s’impliquent avec eux, pour eux. Et c’est extraordinaire, c’est une belle récompense.
Olivier Nottale : Et puis cette jeunesse va peut-être être aussi touchée parce que vous racontez des histoires de très jeunes gens qui ont été victimes du franquisme…
Manuela Parra : Certains ont été notamment fusillés parce qu’ils militaient en distribuant des tracts pour la République espagnole. C’est vrai que c’était des jeunes qui croyaient en l’avenir de liberté, comme des jeunes peuvent le faire aujourd’hui. C’est comme les 13 Roses, des jeunes femmes qui ont été d’abord jugées par un tribunal militaire parce qu’elles étaient mineures, donc elles ne pouvaient pas être jugées par un tribunal civil. Elles ont été fusillées, il y en avait même qui avaient 16-17 ans. On ne se rend pas compte de la répression qu’il y a eu en Espagne, c’est quelque chose d’effarant, certaines statistiques montrent que pour les crimes hors conflit armé, l’Espagne arrive en deuxième position après le Cambodge.
Louis Dupin : Pour illustrer cette répression, vous mettez à l’honneur plusieurs militants notamment Pablo Casals, un violoncelliste humaniste qui fera l’objet d’une conférence animée par Jean-Jacques Bedu…
Manuela Parra : Jean-Jacques Bedu a écrit une biographie sur Pablo Casals. Sa mère était de Prades et donc elle a bien connu Pablo Casals quand il vivait à la Villa Colette avec Joan Alavedra. C’est un homme qui a refusé de jouer dans des pays qui n’ont pas soutenu la République espagnole et il a fallu vraiment qu’il y ait beaucoup de diplomatie pour qu’il crée en France le festival Pablo Casals. C’est pour ce festival que Jean-Jacques Bedu a écrit ce livre qui nous sera présenté à la maison des relations internationales, le 19 novembre.
Louis Dupin : La période qui a suivi la mort de Franco s’est caractérisée par une faible présence de l’extrême droite en Espagne. C’est ce devoir de mémoire réalisé après la mort du dictateur qui a permis de l’endiguer ?
Manuela Parra : Elle s’est peut-être mise en retrait, s’est fait oublier. Dans les gouvernements démocratiques de gauche espagnols, il y a eu des efforts énormes pour reléguer le patrimoine laissé par les fascistes et les franquistes en Espagne. Pour mémoire, la première loi sur la mémoire et a été promulguée en 2007. À ce moment-là, ils ont commencé à vouloir déboulonner les statues, gommer les plaques, essayer de remettre en scène la démocratie. Je pense que le fascisme n’a pas de frontières, comme la liberté et on voit aujourd’hui en Espagne le retour de l’extrême droite avec le parti Vox. Sauf que le gouvernement espagnol actuel de Pedro Sanchez ne se laisse pas intimider. Si on regarde les récentes initiatives qu’il a prises avec la loi de mémoire démocratique et les réouvertures de fosses communes pour identifier, le fait de sortir Franco du Valle de los Caídos. C’est très symbolique pour continuer le nettoyage de cette période horrible.
Louis Dupin : La jeunesse est également au centre de ces rencontres puisque plusieurs actions dans des établissements scolaires ont été réalisées pour inculquer cette histoire, ce devoir de mémoire ?
Manuela Parra : Ce sont des petits groupes de professeurs qui travaillent collectivement au sein de leur établissement et ensuite font appel à nous. Par exemple, le lycée Jean-Mermoz à Montpellier, où les élèves – en partenariat avec un lycée madrilène – ont réalisé un projet autour de la mémoire historique de la guerre au chemin de l’exil. Ils partiront prochainement en Espagne pour travailler sur les fosses communes d’Alcalá-de-Henares. Il y a aussi la soirée « Graines de résistance », le 24 novembre, où le grand public pourra observer ce travail extraordinaire des professeurs et des élèves sur des faits de résistance passés à Montpellier.
