Tag: détention

  • Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Deux manifestants interpellés, samedi vers 18h avenue du général Leclerc et rue Antoine-Zattara, près de la gare Saint-Charles, après la dispersion de la grande manifestation sociale, ont été déférés lundi après-midi, en comparution immédiate pour des jets de projectiles en direction des policiers et participation à un attroupement en dissimulant leur visage (un masque de plongée pour l’un d’eux), faisant craindre un risque d’atteinte à l’ordre public. Ils ont demandé le renvoi du procès, le temps de préparer leur défense. Le tribunal n’a donc pas abordé les faits. Les débats n’ont porté que sur le maintien en détention ou pas.

    Diplômée en relations publiques culturelles, la jeune femme de 29 ans, qui n’a pas d’emploi stable ni de revenus réguliers, n’a jamais été condamnée. Le parquet a requis un simple contrôle judiciaire avec interdiction de paraître à Marseille. Le tribunal l’a remise en liberté sans contrôle judiciaire. Elle se présentera libre à l’audience du 2 février 2027.

    Le second prévenu, un homme de 33 ans qui vit depuis un an à Marseille, est poursuivi pour les mêmes faits auxquels s’ajoute l’usage illicite de cannabis. Diplômé en journalisme et communication, il travaillait dans la restauration mais n’a plus de revenus depuis la fin de son CDD fin septembre. Le tribunal l’a également remis en liberté, sous contrôle judiciaire avec interdiction de port d’arme et obligation de pointer au commissariat.

    En défense, Me Clémence Lachkar s’est fortement opposée à l’interdiction de paraître à Marseille, requise par le parquet. « Marseille, c’est leur lieu de vie. Quand bien même ils iraient vivre à Paris, des manifestations, il y en a dans tout le pays, c’est un mouvement d’ampleur nationale. »

    Dans une autre chambre correctionnelle, deux prévenus détenus âgés de 25 et 29 ans ont comparu pour vol par ruse commis au préjudice de la boutique Lacoste lors du pillage collectif du samedi 17 octobre. Un troisième âgé de 18 ans, également sous mandat de dépôt, répondait du recel de ces vols. Un dernier prévenu de 30 ans répondait lui du recel d’articles pillés dans la boutique Armand-Thierry, rue Saint-Ferréol.

    La semaine dernière, 37 personnes ont défilé en audiences de comparution immédiate à l’issue desquelles 22 personnes ont été incarcérées. Plusieurs audiences sont programmées ce mercredi.

  • [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    Quinze prévenus doivent défiler devant la 12e chambre A, dont huit sous mandat de dépôt. Le premier est un Algérien de 20 ans sous OQTF arrivé en train des Hauts-de-Seine. Le grand nigaud porteur d’une grosse valise a intrigué les policiers à qui il demandait son chemin. À l’intérieur, 38 articles du Monoprix pillé sur le cours Saint-Louis. « Il y avait beaucoup d’affaires éparpillées au sol, des vêtements pour enfants, des Mon Chéri, des Ferrero Rocher, j’en ai pris pour ma petite sœur. Je ne pensais pas que c’était répréhensible », dit le gars, candidat à la Légion étrangère, « prêt à mourir pour la France que j’ai dans mon cœur ».

    « Ce jour où la République a vacillé »

    « Il vient faire ses emplettes sur Marseille », cingle Nicolas Bessone, procureur de la République, qui requiert un an ferme avec mandat de dépôt et une interdiction définitive du territoire. Le haut représentant du ministère public décrit « une action concertée entre deux catégories de population différentes pour semer le chaos et le désordre en ce jour où la République a vacillé. D’abord, les black blocs dès 7h du matin pour fatiguer les forces mobiles puis vers midi qui s’attaquent à des institutions dans l’objectif de fixer les CRS. Puis concomitamment arrivent des délinquants issus des quartiers difficiles et des sans papiers qui vont se livrer à du pillage le plus bestial ». À peine 107 interpellations pour 3 000 pillards et 10 000 émeutiers. « La police en sous-effectif n’était pas en mesure de faire des interpellations massives », dit le procureur, pour qui « chacun des prévenus a apporté sa pierre à cet épisode apocalyptique ». Le tribunal le douche en condamnant le bougre à seulement six mois de prison avec sursis et confiscation de la valise.

    « Je savais pas que c’était un vol »

    Vient le tour de trois gars qui ne se connaissent pas, chopés à 14h30 par la Bac Centre, rue de la République, devant la boutique de sport I-Run dévastée. Mohamed, 26 ans, sans papier expulsé en 2023, dit être descendu en train de Villefranche-sur-Saône pour renouveler sa carte d’aide médicale d’État. « J’ai rien fait, rien volé, j’étais seul. Il y a confusion, les policiers interpellaient tous azimuts. Mais si j’avais voulu voler, je serais allé à Lyon. » D’ailleurs, les policiers n’ont rien trouvé sur lui. Le second, Boumedine, 35 ans, se présente comme « influenceur sur Tiktok ». « J’ai rien volé, je suis rentré pour filmer en live le chaos. » Rien sur lui non plus. Le dernier, Oussama, 37 ans, trois enfants, chauffeur livreur, est vu avec une boîte à chaussures. « J’ai ramassé un truc sans voir ce que c’était. J’ai couru, on m’a interpellé. Je savais pas que c’était un vol. Aujourd’hui, je le comprends. » La Métropole s’est constituée partie civile dans huit dossiers, justifiant de 12,49 millions d’euros de préjudice matériel suite au saccage urbain dont 350 000 euros en déblayage des rues. « Il y en a pour des millions d’euros à refaire toute la chaussée de la rue de la République ! », tonne Me Pierre Bruno, qui demande 2 000 euros solidairement au trio. « Tout Marseille savait que ça allait exploser et qu’il y allait avoir le chaos et eux y vont par opportunisme, par idéologie ou avec la volonté de semer le désordre », lance le procureur, qui réclame de trois mois à un an ferme, exhortant le tribunal « à des décisions fermes pour resolidifier le pacte social ». Le tribunal le glace d’une relaxe générale !

    « Ils ont tout dévalisé,

    c’est top »

    Trois jeunes gens répondent du recel de cinq caisses de maquillage, de parfums et d’une télé volés chez Sephora. « En détention, c’est la misère », hoquette la petite caissière de 21 ans qui prépare « le concours de policière adjointe ». Elle aurait appelé son frère et un pote pour récupérer le butin en voiture. « C’est impossible que ce soit moi, regardez, j’étais en pyjama ! » montre le frère dans le box. « Je me suis retrouvé au mauvais endroit au moment », annonce le pote à qui le procureur rappelle le SMS sur son portable : « J’attends mon collègue, il est chargé en affaires, ils ont tout dévalisé, c’est top. » Un renvoi est demandé. Le procureur veut leur maintien en détention. Le tribunal les remet en liberté. Ils seront jugés le 15 décembre.

  • À Marseille, le centre éducatif fermé les Cèdres se transforme

    À Marseille, le centre éducatif fermé les Cèdres se transforme

    Un lit, une douche, quelques affiches ou photos pour habiller les murs, un petit ventilateur et des autocollants néons sur le plafond. C’est ce qu’on trouve dans la chambre d’un jeune placé à l’Unité judiciaire à priorité éducative (UJPE) les Cèdres (9e), qui a été, mercredi, la dernière des 85 nouvelles unités mises en place au 1er septembre à être inaugurée. Anciennement Centre éducatif fermé (CEF), elle est devenue une UJPE dans le cadre de la réforme de la prise en charge des mineurs délinquants, annoncée en novembre 2025 par Gérald Darmanin, ministre de la Justice. Cette réforme a acté, au 1er septembre 2026, la transformation des CEF, lieu privatif de liberté pour mineurs alternatif à la détention, et des Unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC), qui fonctionnaient comme un foyer éducatif classique, avec un régime de vie plus ouvert, en une seule et même structure : celle d’une Unité judiciaire à priorité éducative.

    « Le ministre [de la Justice] a constaté que les jeunes dans ces différentes structures avaient les mêmes profils et que la différenciation que projetaient et que supposaient ces modèles ne se trouvait pas dans la réalité, a justifié Thomas Lesueur, directeur de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Par conséquent, le choix a été fait de fusionner les deux, pour rétablir l’équilibre des moyens entre ces deux unités. Il y avait une véritable rupture d’égalité devant le service public, puisque à peu près les mêmes profils de jeunes, avec les mêmes parcours, se retrouvaient soit pris en charge dans des structures [les CEF] où il y avait plus de moyens, d’encadrement et d’accompagnement soit dans une autre où il y en avait moins. » Parmi les grandes évolutions en termes de moyens : la présence, désormais obligatoire, dans chaque UJPE, d’un infirmier et d’un professeur technique à temps plein. Une règle déjà appliquée dans les anciens CEF mais pas dans les UEHC. « Il s’agit d’accompagner les jeunes de la façon la plus individualisée possible, car chaque cas est unique, dans son parcours scolaire comme dans son parcours d’insertion », souligne Thomas Lesueur.

    Parcours personnalisé

    Dans les couloirs de l’établissement des Cèdres, qui accueillent au maximum 12 personnes, capacité minimale des UJPE, les emplois du temps des jeunes placés témoignent de l’individualisation des parcours proposés dans la structure. Certains se rendent quotidiennement au lycée, d’autres suivent des ateliers en salle de classe sur place, avant d’enchaîner, l’après-midi, sur des activités censées favoriser l’insertion.« Notre priorité est de tendre la main aux jeunes pour leur apporter de l’aide, leur créer des repères pour qu’ils ne récidivent pas, estime Zoé Tiberghen, directrice de l’UJPE. On essaie de remettre les jeunes en lien avec leurs ressources à eux, d’amener l’insertion de manière différente ».

    Ryan*, mineur placé il y a un peu plus d’un mois, voit dans son passage par l’établissement « une chance, comparé à la prison ». « C’est toujours mieux d’être chez soi, mais je me dis que c’est un mal pour un bien. J’apprends à respecter tout le monde, à vivre en collectivité, note-t-il. Et on travaille l’insertion. Dehors, on fait des bêtises, donc on y travaille pas trop ». « Stressé » au moment de l’annonce de son placement, il dit s’être relativement vite adapté aux contraintes. « T’es pas libre comme chez toi, tu vis avec des gens que tu connais pas, mais tu apprends vite », glisse-t-il. Dans sa chambre, individuelle comme toutes celles de l’UJPE, il a collé quelques photos de lui, de ses frères, de sa copine, car « forcément, quand il n’y a rien, on ne sent pas chez soi ».

    * Le prénom a été modifié

  • Tout juste livrée, la prison d’Entraigues-sur-la-Sorgue sera opérationnelle en mars

    Tout juste livrée, la prison d’Entraigues-sur-la-Sorgue sera opérationnelle en mars

    Le timing de la publication avait de quoi surprendre. « Excellente nouvelle, le centre de détention de Comtat Venaissin a été inauguré, ce matin. Cet établissement accueillera ses premiers détenus à partir du 1er décembre et permettra de lutter contre la surpopulation carcérale, particulièrement importante dans la région », se félicitait, jeudi, Gérald Darmanin sur ses réseaux sociaux. Le tout en postant une photo de l’extérieur de la prison, située dans la zone du Plan à Entraigues-sur-la-Sorgue.

    Si l’on savait les travaux en voie d’achèvement, aucune information liée à une inauguration n’était parvenue. Un moment solennel, souvent même organisé une fois la prison en service. Le garde des Sceaux aurait-il donc communiqué trop hâtivement ? Contacté, le ministère de la Justice le confirme implicitement : « La remise des clés a été officialisée ce jeudi 10 septembre par Gérald Darmanin. La mise en service de l’établissement est prévue en mars 2027. » En d’autres termes, le ministre a salué la fin des travaux, quant à la date du 1er décembre, là aussi, elle faisait écho à des prévisions initiales désormais caduques.

    Sollicité, William Bouquet, maire (DVG) d’Entraigues, penchait aussi pour « l’erreur de communication », n’ayant pas été avisé d’une inauguration. Idem de source syndicale, où aucun carton d’invitation n’avait circulé. Et, surtout, « la majorité des agents pénitentiaires doivent prendre leur poste en janvier, c’est impossible que les premiers détenus arrivent en décembre ». L’administration pénitentiaire a donc rectifié le tir auprès de La Marseillaise, mais la publication du ministre était toujours en ligne lundi, sans correctif.

    Désengorger la prison surchargée du Pontet

    Au-delà de l’erreur de timing, le centre de détention est donc presque opérationnel. Une fois livré, il y a donc plusieurs semaines indispensables pour tourner à vide, vérifier qu’aucun dysfonctionnement ne survienne, avant que le personnel – 250 agents au total – ne prenne ses marques et que les premiers détenus (re)passent sous les verrous. Car contrairement à sa voisine surchargée du Pontet (plus de 175% de taux de suroccupation contre 141% en moyenne nationale), la prison d’Entraigues « accueillera des personnes condamnées définitivement et actuellement en attente de transfert vers un établissement pour peine », précise le ministère de la Justice. 399 places ont été créées, qui pourront aussi être attribuées à des détenus relevant de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille. D’un coût de 133 millions d’euros, le projet comporte 17 bâtiments répartis sur 15 hectares.

  • La justice saisie pour des conditions de détention dignes

    La justice saisie pour des conditions de détention dignes

    Matelas au sol, surpopulation carcérale, infestation de cafards et de rats, absence d’intimité dans les sanitaires… Ces conditions sont celles des détenus de la maison d’arrêt d’Aix-Luynes relevées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en juin 2024 et la bâtonnière d’Aix-en-Provence Monika Mahy-Ma-Somga en février 2025. Une situation qui a poussé l’Observatoire international des prisons, le Syndicat des avocats de France et l’un des détenus à saisir le tribunal administratif contre le garde des Sceaux et la ministre de la Santé.

    « On se trouve face à une situation avec un été caniculaire abominable, et une suroccupation carcérale qui bat des records tous les jours. Donc, l’urgence, c’est maintenant », insiste Me Nicolas Chambardon, représentant les demandeurs, lors d’un référé-liberté étudié en audience ce mardi. Cette procédure permet au juge de prendre en urgence des mesures pour préserver l’exercice d’une liberté fondamentale en cas d’atteinte grave et manifestement illégale à celle-ci par l’administration.

    Les requérants exigent ainsi des mesures précises et exécutables dans de brefs délais. Ils demandent : la réparation des interphones dans les cellules pour permettre aux détenus d’appeler à l’aide, le recensement des lits sur le sol et l’attribution de vrais lits, des interventions contre les nuisibles ou encore la mise en place d’une cloison autour des sanitaires pour l’intimité des personnes incarcérées. Les demandeurs souhaitent également une astreinte si les mesures ne sont pas mises en place.

    Des mesures rapides

    Un moyen d’améliorer au plus vite les conditions de vie des personnes incarcérées. « C’est également améliorer les conditions de travail des surveillants », insiste Monika Mahy-Ma-Somga, l’ex-bâtonnière d’Aix-en-Provence qui a visité la maison d’arrêt en 2025.

    Les injonctions ont toutes été rejetées par les représentants du ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées ainsi que le ministère de la Justice. Ces derniers ont estimé, lors de l’audience, que l’urgence n’est pas qualifiée, puisque la situation est connue et suivie depuis un certain temps. Ils affirment que la plupart des mesures demandées ont été prévues et que la surpopulation carcérale a été réduite depuis l’ouverture de Beaumettes 3, bien qu’à 141%.

    Le juge devrait rendre son avis jeudi 3 septembre. Un autre référé-liberté contre les Baumettes sera entendu le 28 août à 14h au tribunal administratif de Marseille.

    Eva Janus
  • Les douanes interceptent 780 kilos de cigarettes au péage d’Arles

    Les douanes interceptent 780 kilos de cigarettes au péage d’Arles

    Les douaniers d’Avignon (direction d’Aix-en-Provence) ont saisi près de 780 kg de cigarettes le 10 août 2026, dans une camionnette immatriculée en France indique le service dans un communiqué ce vendredi 14 août.

    Alors qu’ils se rendent au péage d’Arles (A54), vers 20h, les douaniers avignonnais remarquent un fourgon immobilisé sur la bande d’arrêt d’urgence et, non loin de là, un homme remontant l’autoroute à pied.

    L’escouade décide alors de le contrôler, il s’avère être de nationalité ukrainienne et indique qu’il fait du stop pour se rendre à Marseille et que le véhicule arrêté non loin n’est pas le sien.

    La fouille de l’intéressé permet de découvrir 2 téléphones dont un qui sonne à plusieurs reprises ainsi qu’une somme d’argent en liquide avoisinant les 2000 euros. Les agents, persuadés d’être en présence du conducteur, lui demandent où se trouve la clef de la camionnette. Sans réponse de sa part, ils procèdent à l’inspection immédiate des abords et finissent par la retrouver cachée dans le pied d’une glissière de sécurité, à une vingtaine de mètres du lieu de stationnement.

    Le véhicule et l’homme sont alors conduits jusqu’au péage afin de pouvoir contrôler le chargement en toute sécurité. L’ouverture du fourgon permet de découvrir 78 cartons renfermant chacun 50 cartouches de cigarettes sur lesquelles sont constatées des mentions anglaises, ce qui représente 780 kg de tabac.

    L’homme qui ne peut justifier de la détention légale du tabac est alors placé en retenue douanière, l’équivalent à la garde à vue. A l’issue, l’interpellé, qui a finalement reconnu les faits, a été remis à l’Onaf (Office national anti-fraude). Il devait comparaître en comparution immédiate ce vendredi . Le tabac de contrebande, destiné à la région août marseillaise, sera quant à lui détruit.

  • Nouvelle audience pour El Mahdi Lyoubi

    Nouvelle audience pour El Mahdi Lyoubi

    Résident à Marseille, l’artiste avait été arrêté par les autorités marocaines, mi-juillet, à l’occasion d’une visite dans son pays natal, avant d’être placé en détention à la prison d’Oukacha. Son arrestation est liée, d’après ses soutiens, à ses prises de position en faveur du mouvement Gen Z 212. Un rassemblement est prévu à Casablanca, devant le tribunal.

  • Surpopulation carcérale : une norme à la française

    Surpopulation carcérale : une norme à la française

    Accompagné d’Andrée Taurinya, députée LFI de la Loire, le député de la 8e circonscription de l’Hérault Sylvain Carrière, a tiré la sonnette d’alarme après leur visite au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone le vendredi 17 juillet.

    « Ce centre pénitentiaire a un taux d’occupation de 180%, ce qui est énorme, mais qui est un petit peu en deçà de la moyenne nationale, qui, elle, se situe autour de 205% », souligne Sylvain Carrière, dénonçant une norme aberrante bien française. Avec 170 matelas empilés au sol, des cellules à 35 degrés, infestées de punaises de lit, ces conditions jugées indignes valent à l’État d’être « régulièrement condamné par le juge administratif et le juge européen des droits de l’Homme », rappelle le député héraultais.

    Un terrain fertile

    à la récidive

    « Dans les discussions qu’on avait avec le directeur adjoint, il nous disait qu’il y avait de plus en plus de cas de troubles psychiatriques », précise Sylvain Carrière. « Toutes ces conditions font qu’on va en plus accentuer ces troubles et quand les personnes sortent, effectivement, cela accentue le risque de récidive. »

    Un dramatique constat qui favorise également des incidents plus fréquents dans l’enceinte du centre pénitentiaire, comme le rapportent les députés après leur visite : « Les incidents se multiplient au sein de ces “bouilloires thermiques” où la promiscuité génère conflits et frustrations au quotidien. » Les députés de la France insoumise rappellent plus que jamais la nécessité de faire adopter par le gouvernement des systèmes pérennes de régulation carcérale.

  • Avocats et magistrats font bloc contre la réforme

    Avocats et magistrats font bloc contre la réforme

    Les dysfonctionnements entourant l’affaire Lyhanna ont remis un coup de projecteur sur une institution en souffrance. L’Assemblée nationale examine, ce mardi, le projet de loi Sure (« Sanction utile, rapide et effective ») portant sur la justice criminelle et le respect des victimes, défendu par Gérald Darmanin, sur lequel le gouvernement a engagé une procédure accélérée.

    Voilà plus d’un an que le garde des Sceaux tente de faire passer ce texte, critiqué de toutes parts. Il a d’ores et déjà été contraint à retirer sa mesure phare et la plus controversée : le plaider-coupable criminel pour les infractions les plus graves. Mais les articles restants, comme l’allongement de la détention provisoire et la réforme des cours criminelles départementales, scandalisent.

    Avocats, magistrats

    et police judiciaire

    Des rassemblements se sont tenus partout en France, de Brest à Cayenne en passant par Angers, Paris, Toulouse, Montpellier, Aix-en-Provence, Marseille et Ajaccio, ce lundi devant les tribunaux (lire ci-contre), afin d’exiger le retrait du texte. Une large part des 78 000 avocats de France étaient en grève. « Abandon de la cour d’assises, éloignement du jury populaire, extension du fichage génétique, recul des droits fondamentaux, tel est le projet aberrant du garde des Sceaux », fustige, dans un communiqué, le Syndicat des avocats de France (SAF), qui dénonce un « projet dévastateur pour la justice et les libertés fondamentales ».

    De son côté, l’Union syndicale des magistrats (USM), qui représente 60% de la profession, a appelé à des débrayages. Son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini, s’est livré vendredi à une violente charge contre son ministre de tutelle, lors d’une réunion à la Chancellerie : « Vous avez perdu la confiance des magistrats, elle est aujourd’hui brisée », a-t-il lancé en l’absence de Gérald Darmanin. Dans un long texte, le procureur adjoint de la République de Meaux prévient : « Nos moyens, vos directives, notre environnement institutionnel et juridique ne permettent pas à l’institution de prévenir de telles situations. Il y aura d’autres drames. Malgré tout l’engagement des magistrats, il y a dans les stocks de procédures, à l’évidence, des dossiers semblables. Et il faudra plus que des mesures démagogiques laissant croire que l’on peut traiter efficacement 70 000 procédures en un mois ou dématérialiser toutes nos procédures en six mois pour que le problème soit derrière nous. »

    L’association nationale de la police judiciaire (ANPJ) s’est jointe à la mobilisation : « Après avoir perdu la confiance des policiers quand vous étiez ministre de l’Intérieur, vous avez désormais aussi perdu celle des magistrats », écrit-elle dans une lettre. « Il est accablant d’éluder la question du manque de moyens (…) qui contraint les services de police et de la justice à fonctionner avec des process et des modes dégradés, au détriment des victimes, et sous la pression d’orientations politiques et opportunistes qui varient au gré de l’actualité », dénonce-t-elle.

    Gérald Darmanin

    en difficulté extrême

    À la fronde des professionnels s’ajoute celle des parlementaires. Le texte a été rejeté le 10 juin dernier lors de son examen en commission des Lois, par 16 voix contre, celles de la gauche, et 10 voix pour, celles du bloc central, tandis que le Rassemblement national s’est abstenu. Sur les 72 députés que compte cette commission, la plupart ont déserté, favorisant la mise en échec du texte. Un camouflet pour Gérald Darmanin, mis en extrême difficulté depuis le début de l’affaire Lyhanna. Les appels à sa démission s’enchaînent. L’avenir de ce texte pourrait remettre en question sa place au sein du gouvernement.

  • La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    « C’est une visite de contrôle, c’est aussi notre rôle », explique le député de L’Après qui poursuit son inspection des lieux de privation de liberté. Les premières visites des parlementaires dans les centres de rétention administrative (CRA) des prisons et des centres éducatifs fermés pour mineurs ont donné lieu à des rapports qui tendent à redresser la barre de la dignité.

    « Le dernier rapport issu de ces visites a été suivi d’une injonction du bâtonnier avec ordonnance du tribunal en 2025 et la plupart des recommandations ont été respectées », relève Hendrik Davi en ressortant du commissariat de Noailles où il a fait le tour des huit cellules individuelles et d’une cellule collective de garde à vue. Il détaille : « Il y a eu un effort sur le traitement des nuisibles, rats et cafards, autant que se peut dans un environnement qui est également soumis à cette problématique. » Il a encore constaté « le nettoyage des cellules est devenu quotidien et les matelas sont désinfectés tous les 15 jours » et « l’accès possible à l’hygiène pour les femmes ».

    Rapports et recours

    Mais ces améliorations trouvent leurs limites dans la suroccupation. « Deux, dont parfois des étrangers et des mineurs, par cellule individuelle et quatre pour celle de deux places, donc un matelas sur deux posé directement à terre », regrette le député. Un vrai problème dans 7m2. Mais aussi avec un effectif de seulement trois policiers à la surveillance de la garde à vue. « Ne serait-ce que pour faire le ménage, car il faut sortir les deux détenus en toute sécurité », précise Hendrik Davi.

    « Ce qu’on constate c’est que depuis que des visites se font et se multiplient dans les centres de privation de liberté et qu’ils sont suivis d’ordonnances, c’est que des améliorations se font. Des climatisateurs ou des boutons d’urgence ont été installés », souligne Valentin Loret, membre du Syndicat des avocats de France (SAF). Rapports, recours et ordonnances ont des effets positifs. Dans la mesure du possible. Car la surpopulation carcérale tient avant tout à une question d’organisation. « Ce point ne peut être réglé que par le préfet et le procureur de la République. Nous les interpellons pour qu’ils prennent les dispositions nécessaires », précise l’avocat.

    Aux Baumettes, le nouveau centre pénitentiaire s’inscrivait dans un plan immobilier pénitentiaire destiné à lutter contre la surpopulation. Le taux d’occupation y est encore aujourd’hui de 170% (lire ci-contre). Le contrôleur général de ces lieux avait conclu pour 2025 à une augmentation de la suroccupation. Or, la proposition de loi en cours d’examen au parlement qui envisage de rétablir les très courtes peines de prison ferme et d’abroger la « quasi-obligation » pour les juges d’aménager les peines de moins d’un an va à l’encontre de cet objectif de diminution.