Tag: déportation

  • En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    Huit heures retentissent sur la place du 23 janvier 1943 – Fortuné Sportiello (2e). « La République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite du “Gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais », peut-on lire sur l’une des plaques de marbres fixées sur le monument de la déportation. Ce quartier marqué par la barbarie nazie. « La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs ne se limita pas à une aide ponctuelle apportée à l’occupant allemand. Sous l’autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy, alla bien au-delà des exigences de l’occupant », rappelle Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille ce dimanche matin.

    Cette cérémonie nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux « Justes » de France, s’est tenue 84 ans, presque jour pour jour, après la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande organisée sur le territoire durant la Seconde guerre mondiale. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes, femmes et enfants juifs ont été arrêtés par la police parisienne avant d’être déportés et exterminés à Auschwitz par les nazis. « Parmi les victimes se trouvait ma grand-mère, Rachel Pozmentier, se trouvait mon père, un enfant âgé de 9 ans. Arrêtés à leur domicile, ils furent conduits dans les geôles du commissariat du 14e arrondissement de Paris », raconte Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA). « Ma grand-mère, fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 11, en juillet 1942. Elle n’en revint jamais, assassinée dans une chambre à gaz. Mon père, lui, fut sauvé grâce à une chaîne humaine, trop souvent clandestine, et à qui nous adressons toujours toute notre connaissance. Sans ces hommes et ces femmes, ces Justes, je ne serais pas là devant vous », insiste-t-elle.

    « Afin que nul n’oublie »

    Les représentants des associations, des collectivités locales, de l’État et quelques élus du Printemps marseillais sont présents ce matin-là. « Petit à petit, les témoins directs s’effacent et c’est d’autant plus important pour nous, par notre présence, par les témoignages, par les discours, de rappeler sans cesse cette Histoire. C’est primordial d’avoir ce passé en tête pour éclairer le présent », soulève le député socialiste Laurent Lhardit, présent en son nom propre et celui du maire de Marseille.

    « Nous vous léguons notre mémoire, à charge pour vous de la transmettre de génération en génération, afin que nul n’oublie, afin que nul ne doute, afin que nul ne nie », écrit Denise Toros-Marter, dans son testament d’Auschwitz, lu par le président du Fonds social juif unifié Marseille-Provence, Lionel Stora, qui représentait la rescapée du camp de la mort ce matin-là, « Puisse le flambeau de la mémoire collective, que nous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, nous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ».

    À la fin de cette commémoration, tous saluent les porte-drapeaux, qui ne faillissent pas malgré une chaleur étouffante. Venue de Sausset-les-Pins, Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, est présente à chaque cérémonie. « J’ai souffert de la mort de mon père. Il a été assassiné, j’avais 15 ans, je me trouvais là », confie cette pupille de la Nation de la guerre d’Algérie à l’aube de ses 80 ans, « soit on descend vers les profondeurs, soit on monte vers la lumière. C’est ce que j’ai décidé de faire ». Porte-drapeau depuis 18 ans, investie dans le travail de mémoire avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Onacvg), elle intervient auprès de collèges et lycées. « C’est important d’être là pour ne pas oublier et aller surtout vers la paix », répète-t-elle, calot vissé sur la tête, « on est que de passage sur Terre, il y a de la place pour tout le monde ».

  • Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    C’est une page symbolique de 44 années d’engagement qui se tourne, pour le site-mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS, il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site-mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant -en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique- de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée,
    explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme. »

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main
    à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un « volet réflexif et citoyen » pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une Fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site-mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    C’est une page symbolique de quarante-quatre années d’engagement qui se tourne, pour le site mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant — en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique — de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée, explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme.»

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un «volet réflexif et citoyen» pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    C’est dans ce lieu symbolique que les époux, réfugiés durant la guerre, victimes de la barbarie nazie et de l’antisémitisme, ont été arrêtés le 15 mai 1944 par la Gestapo, puis déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau. En présence de Nicolas Vidal-Naquet, petit-fils du couple, et de sa famille, Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements, a souligné que « la mémoire n’est pas un regard tourné vers le passé, elle est le fondement de notre engagement dans le présent ».

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • [Tribune] « Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême droite »

    [Tribune] « Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême droite »

    Une victoire du rassemblement national à Nîmes serait en rupture avec les valeurs portées par notre ville et par les femmes et les hommes qui l’ont construite au fil des siècles.

    Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême-droite.

    L’humanisme, la bienveillance, l’entraide, la solidarité doivent l’emporter sur la haine et la peur. Pour rassembler la ville, changer la vie et construire un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits enfants nous nous engageons aujourd’hui. »

    Les signataires

    Lydie Salvayre, écrivaine, Prix Goncourt 2014, Prix Marguerite Yourcenar 2025

    Christian Polge, président d’associations

    Antoine Penchinat, rhumatologue

    Robert Finielz, premier avocat général auprès de la cour de cassation et administrateur de la maison de santé protestante

    François Mirabel, Professeur des universités en économie

    Mohamed Kani, Boxeur Professionnel, Triple Champion de France, Double Champion d’Europe, Pompier professionnel

    Alexis Vandeventer, médecin

    Karine Weiss, professeur en psychologie à l’université de Nîmes

    Mounir Benslima, chef du service de Médecine légale du CHU de Nîmes et expert judiciaire

    Francine Cabane, professeur d’histoire-géographie

    Jean-Paul Boré, président Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD)

    Philippe Corcuff, universitaire

    Remi Penchinat, médecin généraliste

    Marion Mazauric, éditrice

    Christian Dupuy-Girard, responsable association philosophique et humaniste

    Bruno Mangin, président
    d’association

    Pierre Costa, professeur de médecine

  • 83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    « J’ai été libérée des camps, mais j’y suis toujours ». Ces mots sont ceux de Louise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, rapportés par son fils, Joseph. Ce dernier reçoit ce dimanche pour sa mère – qui a fêté il y a quelques jours ses 100 ans – la médaille de la ville. « Il y a 83 ans qu’elle est sortie de l’horreur des camps et elle porte toujours, gravé sur son bras, son matricule A5503. Ce tatouage qui dit tout, la violence de l’Histoire mais aussi sa force, sa dignité », insiste-t-il sur le parvis de l’Opéra. « Alors oui à l’heure où l’antisémitisme remonte, son message est simple : plus jamais ça », crie Joseph Marcos.

    Marseille a commémoré ce dimanche ses morts. C’est ici qu’il y a 83 ans, les 22, 23 et 24 janvier 1943, dans le cadre de l’opération Sultan ordonnée par Hitler en personne, 20 000 personnes étaient raflées, avec le concours des forces collaborationnistes. « La rafle de l’Opéra nous oblige à regarder l’Histoire en face, sans détour, sans oubli, sans relativisme. Elle nous rappelle que la tragédie ne fut pas seulement le fait de l’occupant nazi mais aussi des complicités locales, de la défaillance d’un État qui, à un moment donné de son histoire, a failli », rappelle Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA).

    À l’heure où les semeurs de haine vomissent leurs discours à heure de grande écoute, « cette histoire nous oblige à regarder lucidement les mécanismes qui hier comme aujourd’hui rendent la haine et la banalisation de la haine toujours possible », martèle le maire DVG de Marseille Benoît Payan. Ainsi, il formule la « promesse » de ne pas oublier « les enfants de Marseille, déportés, parce qu’ils étaient juifs », mais aussi « les Tziganes, les homosexuels, les résistants, les communistes et les gaullistes, les socialistes, les juifs et tous ceux qui ont été persécutés par leur refus de la haine », détaille l’édile.

    Un hommage appuyé est rendu à Louise Renée Marcos, Albert Barbouth et Denise Toros-Marter. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché le tréfonds et l’horreur et dont les blessures ne cicatrisent à peine », comme résume si bien la rescapée elle-même dans son « testament d’Auschwitz », lu par ses neveux et nièces Marcel Toros et Élisabeth Marter.

    Le collectif du 24 janvier 1943 réclame un geste

    « Aujourd’hui, dans un monde où le bruit de bottes résonne de manière inquiétante, c’est à nous citoyens de cette ville, de cette Nation, du monde (…) d’ouvrir les bras vers chacun et de dire nous aussi nous aimerons notre prochain », plaide Rav Reouven Ohana, grand rabbin de Marseille. En face de lui, les héritiers de cette idéologie funeste sont là. Ils ont délaissé les bottes pour des chaussures de ville mais la haine qui les anime reste la même, leurs appels au rejet de l’autre sont intacts, transcende les époques (lire p.4).

    Antoine Mignemi, dont le père s’est exilé à Marseille pour fuir le fascisme mussolinien en est témoin. Le président du collectif du 24 janvier 1943, se remémore ce jour terrible, ce froid glacial, il avait 5 ans. « À chaque fois ça me monte à la gorge », témoigne-t-il trémolos dans la voix. Ce dimanche matin, Antoine Mignemi a déposé une gerbe au monument de la place du 23 janvier 1943, renommé Fortuné Sportiello et les souvenirs ont rejailli. Il réclame, inlassablement, que la date du 24 janvier 1943 soit également honorée. Car elle marque la rafle du quartier Saint-Jean et la déportation dans des wagons à bestiaux, gare d’Arenc, dans lequel il fut lui-même envoyé vers Fréjus. Un de ces véhicules qui symbolisait l’aller, la plupart du temps sans retour, vers les camps de la mort, pourrait être dédié à la perpétuation de cette mémoire. « On a vécu la même barbarie, on a intérêt à ne pas effacer ce qu’il s’est passé », souffle-t-il.

  • Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Une vieille dame, toujours bien alerte. Femmes solidaires, digne héritière de l’Union des femmes françaises (UFF), a fêté cette année ses 80 ans, l’occasion de revenir sur une histoire de luttes et de conquis pour les droits des femmes ce samedi 6 décembre à l’Afriki Djigui Theatri (1er). Notamment avec une exposition proposée par le comité nîmois et un film revenant sur des dates importantes. Comme le premier congrès fondateur de l’UFF, le 17 juin 1945 à Paris, au Palais de la Mutualité, avec 2 377 déléguées venues de toute la France, tout juste sorties de la Résistance ou rentrant de déportation. Elles défendront leur droit au travail « à salaire égal » avec les hommes, rappelle Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille, se battront pour obtenir des crèches et des garderies pour que les enfants ne soient pas dans la rue.

    Mobilisées pour la paix

    Elles se mobiliseront aussi pour la paix, contre la guerre en Indochine et contre la colonisation défendant le droit des Algériens à l’indépendance. Jusqu’à en perdre la vie pour deux d’entre elles, le 8 février 1962, lorsque des partis et des syndicats appellent à manifester contre l’OAS et que les manifestants sont durement réprimés à l’entrée du métro Charonne.

    Puis « nous sommes passés des combats féminins aux combats féministes », explique Annick Karsenty pour qui rien n’est gagné. Prochaine date cruciale, le 6 février, journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Depuis plus de 10 ans, Femmes solidaires travaillent avec les femmes Afars en Éthiopie pour éradiquer l’excision, et les mariages forcés au sein du projet Kimbidalé.

    Pour en savoir plus : « 80 ans
    de la vie des femmes, de l’UFF
    à Femmes solidaires
     », ouvrage collectif, 45 euros.

  • Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Juives, militantes, résistantes, espionnes, communistes, tziganes, artistes… Nombreuses sont celles qui sont passées par le tristement célèbre camp de concentration de Ravensbrück. Situé à quelques dizaines de kilomètres au nord de Berlin, dans une région que l’on a longtemps surnommé « la petite Sibérie allemande », le camp a accueilli 150 000 femmes. Plus de 90 000 y ont trouvé la mort. Aujourd’hui, il nous est parvenu des témoignages, des photos, des écrits, mais aussi des revue humoristiques, de mode, des portraits, des croquis, des peintures … Une chronique visuelle foisonnante, teintée de solidarité et de résilience, même au plus fort de l’horreur.

    « Elles ont survécu grâce

    à la solidarité »

    « Cette conférence prend place dans un contexte particulier hier, une bénévole qui faisait une collecte a subi une agression raciste, ce moment nous rappel aussi la dimension salutaire de la mémoire de Ravensbrück ! », se désole Farida Benchaa, secrétaire générale de la fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône.

    Pour la militante associative, « le lien entre le Secours populaire et ces femmes, c’est qu’elles ont survécu grâce à la solidarité, elles se protégeaient, partageaient la nourriture : c’est précisément cette solidarité que le Secours populaire porte ». De fait, comme l’explique l’historienne : « Il n’était pas rare que des prisonnières prennent des commandes de dessins ou de peinture des nazis et reçoivent de la nourriture en échange, qu’elles échangeait avec leurs camarades. »

    L’historienne se fait la passeuse d’histoires des femmes de Ravensbrück. Au travers des œuvres et des écrits qu’elles ont laissés derrière elles, elle brosse le portrait de plusieurs artistes venues des quatre coins de l’Europe. France Audoul, par exemple, artiste et résistante, déportée à Ravensbrück en 1943. À l’origine d’une quarantaine d’œuvres montrant des scènes de la vie du camp, elle publiera ses œuvres dans l’ouvrage 150 000 femmes en enfer, en 1966.

    De l’art en enfer

    Hors des frontières européennes, les tragédies jalonnent aussi le destin de femmes artistes, comme le souligne Renée Bensoussan, à l’image de Hripsimeh Sarkissian : « Arménienne de Turquie, cette artiste survit au génocide arménien de 1915 ou elle perd son père, ses frères et ses sœurs. Vingt ans plus tard, en 1938, elle échappe au massacre de Dersim, mené par les turques. Ce n’est qu’après 1947 qu’elle peut retourner dans sa ville natale. »

    Comment ne pas conclure sur l’œuvre de Germaine Tillion, grande ethnologue et résistante française, envoyée à Ravensbrück en 1943, elle y rédigera une opérette un an plus tard. Pour Renée Bensoussan « Le Verfügbar aux Enfers… c’est une œuvre pleine d’humour ! ». Elle poursuit : « Germaine Tillion y combine des textes qui raconte la dure réalité de la détention avec des airs issus du répertoire lyrique. Mais l’œuvre va mettre plus de 60 ans à être portée à la scène, en 2007, lors d’une première représentation au théâtre du Châtelet. » Preuve que malgré leur valeur historique, les œuvres de femmes déportées mettent encore trop longtemps à atteindre le grand public.

  • Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Le calme règne, dans le CDI du collège Albert-Camus. Assis sur des chaises disposées en demi-cercle, les 26 élèves de la 3e B ne font aucun bruit. Seul un son du froissement de papier persiste, alors que Denise Toros-Marter farfouille dans ses affaires pour trouver ses fiches. Les adolescents, qui participent au Concours national de la Résistance et de la Déportation, savent la gravité du récit qui va leur être fait. Ils se préparent.

    Après avoir mis la main sur ce qu’elle cherchait, la survivante du camp de concentration d’Auschwitz témoigne. Elle raconte comment, dès 1940, la population juive a dû se soumettre aux premières mesures raciales. « On doit se déclarer à la préfecture. Commencèrent alors les arrestations et les déportations. »

    Raconter coûte que coûte

    Elle raconte comment, alors qu’elle n’a que 16 ans, sa famille est dénoncée par son voisin « qui perçoit 50 francs ». Elle raconte l’internement, au siège de la Gestapo, 425, rue Paradis, le transfert aux Baumettes puis à Drancy avant de rejoindre Auschwitz.

    Elle évoque aussi la prise de conscience, le choc, quand la réalité de l’horreur saute aux yeux. « Au bout de quelques jours, on comprend qu’il y a des chambres à gaz. » Elle raconte l’enfer, « la faim, la soif, les coups », les « hurlements des enfants ». « J’ai la varicelle, on me transfère dans un hôpital, se remémore-t-elle. Je suis gangrenée par le froid. De mon pied, je n’ai plus qu’un demi-orteil. » Elle raconte aussi la peur, chaque jour, d’être sélectionnée par les nazis. « J’avais une amie qui se passait de la betterave sur les joues pour paraître en meilleure forme et échapper aux chambres à gaz. »

    Et puis la Libération, le 27 janvier 1945. Le rapatriement en France, en juin. L’annonce de la mort de ses parents et de sa grand-mère. La nécessité absolue de raconter, de « transmettre ce qu’a été cette guerre, cette horreur qu’a été la solution finale, pour que plus jamais le racisme ne mène à ça » et la création de l’Amicale des déportés d’Auschwitz.

    À la sortie de la rencontre, les élèves sont prêts à prendre la relève de cette mémoire. « J’espère que ça ne se reproduira plus jamais », s’émeut Norchine, pour qui lutter contre la montée du fascisme et de la haine passe par « raconter à notre tour ces années sombres, à nos proches, à nos enfants plus tard ».

    C’est tout l’objet du travail mené dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation. « On a filmé la venue de Denise Toros-Marter pour diffuser son témoignage dans d’autres classes », explique Marie. Sa professeure principale, Virginie Peugnet-Wysocki, détaille : « Ce sont désormais eux qui partagent, c’était important de vraiment leur passer ce flambeau. Si on leur dit que c’est à leur tour, il faut leur donner la main, et c’est ce qu’on fait. »