Tag: déportation

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • [Tribune] « Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême droite »

    [Tribune] « Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême droite »

    Une victoire du rassemblement national à Nîmes serait en rupture avec les valeurs portées par notre ville et par les femmes et les hommes qui l’ont construite au fil des siècles.

    Nîmes en commun apparaît aujourd’hui comme étant la seule liste en situation de gagner face à l’extrême-droite.

    L’humanisme, la bienveillance, l’entraide, la solidarité doivent l’emporter sur la haine et la peur. Pour rassembler la ville, changer la vie et construire un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits enfants nous nous engageons aujourd’hui. »

    Les signataires

    Lydie Salvayre, écrivaine, Prix Goncourt 2014, Prix Marguerite Yourcenar 2025

    Christian Polge, président d’associations

    Antoine Penchinat, rhumatologue

    Robert Finielz, premier avocat général auprès de la cour de cassation et administrateur de la maison de santé protestante

    François Mirabel, Professeur des universités en économie

    Mohamed Kani, Boxeur Professionnel, Triple Champion de France, Double Champion d’Europe, Pompier professionnel

    Alexis Vandeventer, médecin

    Karine Weiss, professeur en psychologie à l’université de Nîmes

    Mounir Benslima, chef du service de Médecine légale du CHU de Nîmes et expert judiciaire

    Francine Cabane, professeur d’histoire-géographie

    Jean-Paul Boré, président Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD)

    Philippe Corcuff, universitaire

    Remi Penchinat, médecin généraliste

    Marion Mazauric, éditrice

    Christian Dupuy-Girard, responsable association philosophique et humaniste

    Bruno Mangin, président
    d’association

    Pierre Costa, professeur de médecine

  • 83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    « J’ai été libérée des camps, mais j’y suis toujours ». Ces mots sont ceux de Louise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, rapportés par son fils, Joseph. Ce dernier reçoit ce dimanche pour sa mère – qui a fêté il y a quelques jours ses 100 ans – la médaille de la ville. « Il y a 83 ans qu’elle est sortie de l’horreur des camps et elle porte toujours, gravé sur son bras, son matricule A5503. Ce tatouage qui dit tout, la violence de l’Histoire mais aussi sa force, sa dignité », insiste-t-il sur le parvis de l’Opéra. « Alors oui à l’heure où l’antisémitisme remonte, son message est simple : plus jamais ça », crie Joseph Marcos.

    Marseille a commémoré ce dimanche ses morts. C’est ici qu’il y a 83 ans, les 22, 23 et 24 janvier 1943, dans le cadre de l’opération Sultan ordonnée par Hitler en personne, 20 000 personnes étaient raflées, avec le concours des forces collaborationnistes. « La rafle de l’Opéra nous oblige à regarder l’Histoire en face, sans détour, sans oubli, sans relativisme. Elle nous rappelle que la tragédie ne fut pas seulement le fait de l’occupant nazi mais aussi des complicités locales, de la défaillance d’un État qui, à un moment donné de son histoire, a failli », rappelle Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA).

    À l’heure où les semeurs de haine vomissent leurs discours à heure de grande écoute, « cette histoire nous oblige à regarder lucidement les mécanismes qui hier comme aujourd’hui rendent la haine et la banalisation de la haine toujours possible », martèle le maire DVG de Marseille Benoît Payan. Ainsi, il formule la « promesse » de ne pas oublier « les enfants de Marseille, déportés, parce qu’ils étaient juifs », mais aussi « les Tziganes, les homosexuels, les résistants, les communistes et les gaullistes, les socialistes, les juifs et tous ceux qui ont été persécutés par leur refus de la haine », détaille l’édile.

    Un hommage appuyé est rendu à Louise Renée Marcos, Albert Barbouth et Denise Toros-Marter. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché le tréfonds et l’horreur et dont les blessures ne cicatrisent à peine », comme résume si bien la rescapée elle-même dans son « testament d’Auschwitz », lu par ses neveux et nièces Marcel Toros et Élisabeth Marter.

    Le collectif du 24 janvier 1943 réclame un geste

    « Aujourd’hui, dans un monde où le bruit de bottes résonne de manière inquiétante, c’est à nous citoyens de cette ville, de cette Nation, du monde (…) d’ouvrir les bras vers chacun et de dire nous aussi nous aimerons notre prochain », plaide Rav Reouven Ohana, grand rabbin de Marseille. En face de lui, les héritiers de cette idéologie funeste sont là. Ils ont délaissé les bottes pour des chaussures de ville mais la haine qui les anime reste la même, leurs appels au rejet de l’autre sont intacts, transcende les époques (lire p.4).

    Antoine Mignemi, dont le père s’est exilé à Marseille pour fuir le fascisme mussolinien en est témoin. Le président du collectif du 24 janvier 1943, se remémore ce jour terrible, ce froid glacial, il avait 5 ans. « À chaque fois ça me monte à la gorge », témoigne-t-il trémolos dans la voix. Ce dimanche matin, Antoine Mignemi a déposé une gerbe au monument de la place du 23 janvier 1943, renommé Fortuné Sportiello et les souvenirs ont rejailli. Il réclame, inlassablement, que la date du 24 janvier 1943 soit également honorée. Car elle marque la rafle du quartier Saint-Jean et la déportation dans des wagons à bestiaux, gare d’Arenc, dans lequel il fut lui-même envoyé vers Fréjus. Un de ces véhicules qui symbolisait l’aller, la plupart du temps sans retour, vers les camps de la mort, pourrait être dédié à la perpétuation de cette mémoire. « On a vécu la même barbarie, on a intérêt à ne pas effacer ce qu’il s’est passé », souffle-t-il.

  • Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Une vieille dame, toujours bien alerte. Femmes solidaires, digne héritière de l’Union des femmes françaises (UFF), a fêté cette année ses 80 ans, l’occasion de revenir sur une histoire de luttes et de conquis pour les droits des femmes ce samedi 6 décembre à l’Afriki Djigui Theatri (1er). Notamment avec une exposition proposée par le comité nîmois et un film revenant sur des dates importantes. Comme le premier congrès fondateur de l’UFF, le 17 juin 1945 à Paris, au Palais de la Mutualité, avec 2 377 déléguées venues de toute la France, tout juste sorties de la Résistance ou rentrant de déportation. Elles défendront leur droit au travail « à salaire égal » avec les hommes, rappelle Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille, se battront pour obtenir des crèches et des garderies pour que les enfants ne soient pas dans la rue.

    Mobilisées pour la paix

    Elles se mobiliseront aussi pour la paix, contre la guerre en Indochine et contre la colonisation défendant le droit des Algériens à l’indépendance. Jusqu’à en perdre la vie pour deux d’entre elles, le 8 février 1962, lorsque des partis et des syndicats appellent à manifester contre l’OAS et que les manifestants sont durement réprimés à l’entrée du métro Charonne.

    Puis « nous sommes passés des combats féminins aux combats féministes », explique Annick Karsenty pour qui rien n’est gagné. Prochaine date cruciale, le 6 février, journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Depuis plus de 10 ans, Femmes solidaires travaillent avec les femmes Afars en Éthiopie pour éradiquer l’excision, et les mariages forcés au sein du projet Kimbidalé.

    Pour en savoir plus : « 80 ans
    de la vie des femmes, de l’UFF
    à Femmes solidaires
     », ouvrage collectif, 45 euros.

  • Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Juives, militantes, résistantes, espionnes, communistes, tziganes, artistes… Nombreuses sont celles qui sont passées par le tristement célèbre camp de concentration de Ravensbrück. Situé à quelques dizaines de kilomètres au nord de Berlin, dans une région que l’on a longtemps surnommé « la petite Sibérie allemande », le camp a accueilli 150 000 femmes. Plus de 90 000 y ont trouvé la mort. Aujourd’hui, il nous est parvenu des témoignages, des photos, des écrits, mais aussi des revue humoristiques, de mode, des portraits, des croquis, des peintures … Une chronique visuelle foisonnante, teintée de solidarité et de résilience, même au plus fort de l’horreur.

    « Elles ont survécu grâce

    à la solidarité »

    « Cette conférence prend place dans un contexte particulier hier, une bénévole qui faisait une collecte a subi une agression raciste, ce moment nous rappel aussi la dimension salutaire de la mémoire de Ravensbrück ! », se désole Farida Benchaa, secrétaire générale de la fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône.

    Pour la militante associative, « le lien entre le Secours populaire et ces femmes, c’est qu’elles ont survécu grâce à la solidarité, elles se protégeaient, partageaient la nourriture : c’est précisément cette solidarité que le Secours populaire porte ». De fait, comme l’explique l’historienne : « Il n’était pas rare que des prisonnières prennent des commandes de dessins ou de peinture des nazis et reçoivent de la nourriture en échange, qu’elles échangeait avec leurs camarades. »

    L’historienne se fait la passeuse d’histoires des femmes de Ravensbrück. Au travers des œuvres et des écrits qu’elles ont laissés derrière elles, elle brosse le portrait de plusieurs artistes venues des quatre coins de l’Europe. France Audoul, par exemple, artiste et résistante, déportée à Ravensbrück en 1943. À l’origine d’une quarantaine d’œuvres montrant des scènes de la vie du camp, elle publiera ses œuvres dans l’ouvrage 150 000 femmes en enfer, en 1966.

    De l’art en enfer

    Hors des frontières européennes, les tragédies jalonnent aussi le destin de femmes artistes, comme le souligne Renée Bensoussan, à l’image de Hripsimeh Sarkissian : « Arménienne de Turquie, cette artiste survit au génocide arménien de 1915 ou elle perd son père, ses frères et ses sœurs. Vingt ans plus tard, en 1938, elle échappe au massacre de Dersim, mené par les turques. Ce n’est qu’après 1947 qu’elle peut retourner dans sa ville natale. »

    Comment ne pas conclure sur l’œuvre de Germaine Tillion, grande ethnologue et résistante française, envoyée à Ravensbrück en 1943, elle y rédigera une opérette un an plus tard. Pour Renée Bensoussan « Le Verfügbar aux Enfers… c’est une œuvre pleine d’humour ! ». Elle poursuit : « Germaine Tillion y combine des textes qui raconte la dure réalité de la détention avec des airs issus du répertoire lyrique. Mais l’œuvre va mettre plus de 60 ans à être portée à la scène, en 2007, lors d’une première représentation au théâtre du Châtelet. » Preuve que malgré leur valeur historique, les œuvres de femmes déportées mettent encore trop longtemps à atteindre le grand public.

  • Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Le calme règne, dans le CDI du collège Albert-Camus. Assis sur des chaises disposées en demi-cercle, les 26 élèves de la 3e B ne font aucun bruit. Seul un son du froissement de papier persiste, alors que Denise Toros-Marter farfouille dans ses affaires pour trouver ses fiches. Les adolescents, qui participent au Concours national de la Résistance et de la Déportation, savent la gravité du récit qui va leur être fait. Ils se préparent.

    Après avoir mis la main sur ce qu’elle cherchait, la survivante du camp de concentration d’Auschwitz témoigne. Elle raconte comment, dès 1940, la population juive a dû se soumettre aux premières mesures raciales. « On doit se déclarer à la préfecture. Commencèrent alors les arrestations et les déportations. »

    Raconter coûte que coûte

    Elle raconte comment, alors qu’elle n’a que 16 ans, sa famille est dénoncée par son voisin « qui perçoit 50 francs ». Elle raconte l’internement, au siège de la Gestapo, 425, rue Paradis, le transfert aux Baumettes puis à Drancy avant de rejoindre Auschwitz.

    Elle évoque aussi la prise de conscience, le choc, quand la réalité de l’horreur saute aux yeux. « Au bout de quelques jours, on comprend qu’il y a des chambres à gaz. » Elle raconte l’enfer, « la faim, la soif, les coups », les « hurlements des enfants ». « J’ai la varicelle, on me transfère dans un hôpital, se remémore-t-elle. Je suis gangrenée par le froid. De mon pied, je n’ai plus qu’un demi-orteil. » Elle raconte aussi la peur, chaque jour, d’être sélectionnée par les nazis. « J’avais une amie qui se passait de la betterave sur les joues pour paraître en meilleure forme et échapper aux chambres à gaz. »

    Et puis la Libération, le 27 janvier 1945. Le rapatriement en France, en juin. L’annonce de la mort de ses parents et de sa grand-mère. La nécessité absolue de raconter, de « transmettre ce qu’a été cette guerre, cette horreur qu’a été la solution finale, pour que plus jamais le racisme ne mène à ça » et la création de l’Amicale des déportés d’Auschwitz.

    À la sortie de la rencontre, les élèves sont prêts à prendre la relève de cette mémoire. « J’espère que ça ne se reproduira plus jamais », s’émeut Norchine, pour qui lutter contre la montée du fascisme et de la haine passe par « raconter à notre tour ces années sombres, à nos proches, à nos enfants plus tard ».

    C’est tout l’objet du travail mené dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation. « On a filmé la venue de Denise Toros-Marter pour diffuser son témoignage dans d’autres classes », explique Marie. Sa professeure principale, Virginie Peugnet-Wysocki, détaille : « Ce sont désormais eux qui partagent, c’était important de vraiment leur passer ce flambeau. Si on leur dit que c’est à leur tour, il faut leur donner la main, et c’est ce qu’on fait. »

  • Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    « Il y a des lieux où le temps ne passe pas, où la terre elle-même garde la trace d’un cri. En 1943, cette maison fut pour quelques mères et leurs enfants une halte fragile dans un monde en ruines. Ils vivaient comme on respire sous l’eau, avec l’illusion d’un moment de répit avant la noyade », retrace, de façon imagée et sensible, Bruno Benjamin, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Marseille Provence. La cérémonie, à l’initiative du Comité des Enfants de la Verdière animé par Jean-Jacques Zenou, se tient sur l’emplacement même où s’élevait le château de la Verdière, rasé en 1994, au 40 avenue de la Rose, dans le 13e arrondissement. « Ce 20 octobre 1943, poursuit Bruno Benjamin, la vague les a engloutis. Ils ont été déportés de Marseille à Auschwitz, de la lumière du Sud à la nuit de l’Europe. »

    « Nous léguons notre mémoire meurtrie »

    Quelques minutes auparavant, l’historienne Suzette Hazzan, qui a contribué par ses recherches à tirer de décennies d’oubli ce tragique épisode, a rappelé les faits. Trente-deux enfants, dont les prénoms et noms ont été dits durant la commémoration, et 14 adultes furent déportés. D’abord dirigés vers le camp de Drancy, puis d’Auschwitz. Un seul survécut, Claude Lehmann. Déportée elle-même, Denise Toros-Marter, 97 ans, présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, a prononcé un discours empreint d’une grande justesse, humanité et émotion. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes défenseurs, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché les tréfonds de l’horreur, nous léguons notre mémoire meurtrie à nos jeunes héritiers de la marche des vivants et des voyages de la mémoire, ainsi qu’à leurs disciples », a-t-elle lancé. Ce devoir de mémoire, il est animé, depuis plus de vingt ans, par Jean-Jacques Zenou. Il a souligné combien, depuis le 7 octobre 2023, « notre pays, la France et ici même à Marseille, connaît une résurgence inquiétante d’actes et de paroles antisémites. Des hommes hésitent à porter la kippa dans la rue. Des familles changent leur nom sur leur boîte aux lettres, par peur. Cela nous rappelle tragiquement que rien n’est jamais acquis. Que la haine, lorsqu’on la laisse s’installer, recommence toujours son chemin ». Le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, nous a confié pour sa part : « Redire que la question de l’antisémitisme et du racisme est une question d’actualité », dénonce-t-il. Charlotte, Mathieu, Martin Lehmann, Clara et Pauline Rozenberg, descendants de Claude Lehmann ont témoigné : « Ce climat d’antisémitisme, on le ressent dans notre vie. Beaucoup font le raccourci entre juifs, Israéliens, génocidaires et antipalestiniens. »

  • Un court-métrage conjugue art et mémoire du Camp des Milles

    Un court-métrage conjugue art et mémoire du Camp des Milles

    Vingt minutes. Si peu de temps pour raconter le lourd passé du Camp des Milles, d’où 2 000 juifs ont été déportés, dont des enfants, sous l’autorité de Pétain. Pour la première fois, un court-métrage, réalisé par Sébastien Nourian, 28 ans, et produit par les équipes de Sina Films dont il est cofondateur, a été tourné sur les lieux. Dévoilé en avant-première lundi 15 septembre à la Manufacture en présence d’élus locaux et de représentants d’associations, l’œuvre capture ce qui a pu être la terreur d’enfants déportés au travers du jeu de Léo et Max Garcia, jeunes acteurs choisis pour incarner Isaac et Joseph.

    Au travers d’un genre bien spécifique, celui de l’épouvante-horreur, Sébastien Nourian livre une fiction qui a pour vocation de stimuler la conscience du public sur les conséquences extrêmes des mécanismes de haine qui gangrènent une société. Un sujet mêlé au scénario fictif dans lequel deux jeunes frères, en visite au Camp des Milles, explorent les lieux en s’adonnant à une partie de cache-cache. Lorsque Joseph disparaît, Isaac se retrouve propulsé en 1942. Rapidement, les images en noir et blanc de déportation, de biens dépouillés, de cris jalonnent une scène de course-poursuite entre le jeune garçon et un SS.

    « Capter l’attention »

    « Le genre ici n’est pas une supercherie esthétique : on cherche à faire sursauter le spectateur. Ce n’est pas un sursaut purement d’effroi, mais éthique. Ce genre semblait être la forme cinématographique la plus adaptée à cela, explique Sébastien Nourian. D’autant plus que le film a vocation à être diffusé dans les établissements scolaires. Il faut pouvoir capter l’attention des jeunes générations en leur offrant un spectacle qui va les saisir au niveau des émotions. C’est peut-être par l’émotion qu’on va les ramener au discours sur la citoyenneté, le vivre-ensemble. Plus par la théorie. »

    L’idée du court-métrage a, elle aussi, été pensée pour s’adapter au jeune public, au-delà de sa diffusion prochaine dans des festivals « nationaux et internationaux », promet le réalisateur. Derrière la façade culturelle du projet se dresse surtout l’enjeu « d’éveiller » le spectateur. Un travail de recherche en lien avec le Camp des Milles a permis de respecter, plan par plan, une réalité historique. Doublé de rencontres régulières avec Denise Toros-Marter, résistante et ancienne déportée, qui prête sa voix en ouverture et clôture du court-métrage. Invitée pour l’avant-première, elle n’a pu se déplacer pour des raisons de santé.

    « L’art permet de toucher quelques personnes et de les éveiller à des thématiques auxquelles ils n’auraient pas pensé avant », estime Sébastien Nourian. Mêler « Art et mémoire » est un thème qui a d’ailleurs été débattu en fin de projection.