Tag: déportation

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    Au lycée Montgrand, on nous fait bientôt apprendre et chanter « Maréchal, nous voilà ! », et lors du passage à Marseille du vieux monsieur de qui la France attend beaucoup, les lycéens vont l’acclamer sur le cours Pierre-Puget.

    Nous ne doutions pas que le « vainqueur de Verdun* », ainsi qu’on le vénérait, allait servir sur un plateau 76 000 Juifs à Hitler pour les faire massacrer dans des conditions jamais égalées à ce jour, en même temps que les Tziganes, les opposants au régime hitlérien (socialistes, communistes, gaullistes) ou tout simplement les jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire**.

    Les nazis avaient commencé par éradiquer, en utilisant les gaz d’échappement ou les piqûres***, les jeunes allemands arriérés mentaux ainsi que les « mongoliens » ne jouissant pas de toutes leurs facultés. C’est ainsi que débuta la première partie de leur projet de voir un peuple allemand pur et sain, exempt de toute « tare raciale ».

    Commença aussi en Allemagne l’aryanisation des jeunes populations : ceux qui présentaient une « dégénérescence » aux yeux des spécialistes de la « race supérieure » devaient être supprimés pour ne laisser place qu’aux races dites « supérieures ».

    À Marseille, l’approvisionnement commence à se faire rare. Apparaissent alors les premières opérations de troc pour se nourrir : « Je te donne des chaussures, apporte-moi des pommes de terre », « Je te passe un peu d’essence pour ta voiture, fais-moi livrer du charbon. » Débute, hélas, le système de la débrouille, oui, mais nous, c’est pour subvenir aux besoins de notre famille, ce n’est pas pour faire de l’argent sur le dos des autres… comme certains qui font du « marché noir**** ».

    * Philippe Pétain (1856-1951), maréchal de France au lendemain de la Première Guerre mondiale, où il s’illustra comme le vainqueur de la bataille de Verdun (1916) et chef des armées (1917). Après la débâcle française de 1940, Pétain est appelé à la présidence du Conseil le 16 juin 1940. Il demande l’armistice et, le 10 juillet 1940, obtient du Parlement, réuni à Vichy, les pleins pouvoirs.

    ** Il est instauré par le régime de Vichy par la loi du 16 février 1943 pour fournir de la main-d’œuvre aux usines du IIIe Reich, dans le cadre de la politique de collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie.

    *** Avant l’utilisation du Zyklon B (puissant insecticide composé d’acide cyanhydrique) dans les chambres à gaz, les nazis ont employé le monoxyde de carbone émis par des moteurs diesel pour les destructions de masse. Les piqûres auxquelles fait allusion Denise sont un moyen d’assassinat consistant en une injection de phénol directement dans le cœur des victimes.

    **** Désigne le commerce illicite pratiqué alors que les denrées sont rationnées et les prix contrôlés par les autorités afin de répartir plus équitablement les productions.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Témoignage] Lucien Limousin, le devoir de mémoire d’un enfant de déporté

    [Témoignage] Lucien Limousin, le devoir de mémoire d’un enfant de déporté

    Mon fils, cette période est révolue, nous devons l’oublier. » Ce sont les mots que les parents de Lucien Limousin lui ont longtemps répétés à propos de la guerre. Une période sombre qu’ils ont très peu évoquée, mais qui a profondément marqué celui qui est aujourd’hui vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et ancien maire de Tarascon pendant douze ans, une ville passée aux mains du Rassemblement national lors des municipales de mars dernier.

    « J’ai décidé de ne pas me représenter. Mon premier adjoint a tenté de prendre ma suite, mais il a échoué. ça fait très mal de voir ça, c’est quelque chose que je n’aurais sûrement pas voulu. Surtout au regard des valeurs que j’ai héritées de ma famille, ce n’est pas dans mes gènes », confie cet homme de 78 ans.

    Le devoir de mémoire

    Lucien Limousin n’a jamais raconté son histoire, ni celle de ses parents. Mais à la veille de la sortie du film Moulin, réalisé par László Nemes, il a décidé de témoigner. Pour la mémoire, mais aussi pour les générations futures. « C’est important de vous recevoir dans cet espace muséal, parce que Jean Moulin avait de la famille à Saint-Andiol. C’est ici que vivaient ses grands-parents », souligne-t-il. « C’est une des communes dont je suis élu. J’ai à cœur de mettre en avant la politique que mène le conseil départemental pour soutenir les anciens combattants et le devoir de mémoire. »

    Mais ce ne sont pas uniquement des considérations politiques qui ont conduit Lucien Limousin à prendre la parole. « Je suis le fils d’un déporté. Mon père habitait le Pas-de-Calais. Il était le fils de parents, donc mes grands-parents, communistes. Un jour, la Gestapo est arrivée pour arrêter mon grand-père qui avait été prévenu et n’était pas rentré. Mon père avait alors 18 ans, était présent à la maison et comme il était assez grand, c’est lui qu’ils ont pris. Il a été interné à Valenciennes puis transféré à la forteresse de Huy, en Belgique. Il a eu la reconnaissance du titre d’interné, puis au fil du temps, grâce au travail d’associations, tous ceux qui ont été internés en Belgique ont eu le titre de déportés politiques », raconte-t-il.

    La violence et les coups

    « Quand il est rentré de là, il est parti au Service du travail obligatoire. Dans ce camp de travail, comme quoi tout malheur peut être bon, il a rencontré ma mère, qui était Polonaise. Mes grands-parents, eux, avaient été fusillés, victimes de la germanisation de la Pologne. Il est ensuite rentré avec celle qui est devenue ma mère. »

    C’est à Tarascon-sur-Ariège que naît Lucien Limousin. « Tarascon, pour moi, c’est une véritable destinée, du sud-ouest de la France vers la Provence », sourit-il.

    Pour autant, il ne sait que très peu de choses sur cette période de la vie de ses parents. « Je n’ai que très peu de détails sur leurs conditions de détention. J’ai en mémoire que mon père m’avait raconté qu’un jour, l’un de ses compagnons de détention, qui était particulièrement âgé, était tombé parce qu’il n’arrivait pas à transporter ce qu’on leur demandait et mon père s’est précipité pour le ramasser. Il s’est fait rouer de coups pour avoir aidé un vieil homme », se souvient-il. « Ma mère, elle, avait une cicatrice, du coin de la bouche vers le menton, et ce n’est que plus tard qu’elle m’a avoué avoir reçu un coup de cravache d’une kapo dans les camps de travail. »

    Un souvenir douloureux qui résonne avec le contexte actuel. « La situation géopolitique est difficile à travers le monde. On voit bien que la guerre est à nos portes et nous avons besoin de faire attention. D’où l’importance du film pour rappeler aux jeunes, mais pas que, ce qu’une idéologie peut entraîner comme haine et discrimination. »

  • Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    « La rafle menée à Marseille dans le quartier Saint-Jean les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l’humanité au sens de la charte du tribunal militaire international de Nuremberg applicable aux crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale » a solennellement exprimé mercredi le Procureur national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen, devant plus de 70 victimes et descendants de victimes réunis au Palais Monthyon avec le collectif Saint-Jean et les avocats, Me Pascal Luongo et Me Michel Pautot.

    Le Procureur national a été accueilli par Olivier Leurent, le président du tribunal judiciaire qui a présidé en 2014 le premier procès à Paris du génocide des Tutsi au Rwanda. « La reconnaissance des crimes est essentielle et l’attente des victimes est légitime d’une justice intemporelle et surtout imprescriptible. Le devoir de mémoire est plus que nécessaire car l’oubli et l’ignorance sont la porte ouverte au renouvellement des crimes contre l’humanité. » Marseillais de naissance au sein d’une famille italienne, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a dit combien il était important « que la vérité soit établie sur ces faits terribles commis à Marseille. »

    Une reconnaissance, un classement sans suite

    Il y avait une dimension symbolique forte pour le PNAT à venir ici-même énoncer solennellement que « des persécutions, déportations et autres actes inhumains ont été commis à Marseille à l’encontre d’un groupe de population civile expressément ciblé pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Qu’en outre cette tragédie a été perpétrée « dans le cadre d’un plan concerté au nom d’un état pratiquant une politique hégémonique idéologique, la rafle ayant été menée conjointement par les forces allemandes et françaises à l’instigation des plus hautes autorités SS. »

    Olivier Christen a salué le travail d’investigation notamment archivistique mené par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH) dirigé par le colonel Nicolas Philippotin, présent mercredi. 22 victimes de 20 familles ont été entendues. 17 personnes ont souhaité porter plainte pour crime contre l’humanité.

    Les enquêteurs ont identifié les 12 000 membres des forces de police et de gendarmerie françaises mobilisés pour la rafle et ont identifié 150 noms dans la liste des 100 000 collaborationnistes. « Pour celles encore vivante, il n’a pas été possible d’établir leur implication précise » a dit Olivier Christen. Les recherches en Allemagne pour retrouver des personnes n’ont pas abouti. Si la juste qualification juridique des crimes est posée, « la procédure a été classée sans suite, en l’absence de responsables pénalement poursuivables identifiés 83 ans après les faits » n’a pu que conclure le Procureur national.

    Pour autant les responsables sont connus. Heinrich Himmler, le ministre de l’Intérieur du IIIe Reich qui a donné l’ordre. Karl Olberg, le chef de la SS en France, qui écrit que « l’autorité allemande veut nettoyer de tous les indésirables les vieux quartiers et les détruire par la mine et le feu. » Sont aussi responsables Bernhard Griese, le chef des SS, Rolf Müller, le chef de la Gestapo à Marseille, René Bousquet, le chef de la police de Vichy, Antoine Lemoine, le préfet de Région, Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de Marseille sous tutelle. Tous posent sur le même cliché pris à l’Hôtel de Ville le 23 janvier 1943 au terme de la dernière conférence préparatoire à l’Opération Sultan.

    Le maire de Marseille, Benoit Payan, voit dans cette reconnaissance « le résultat de décennies de lutte pour la mémoire de Marseille. Merci à l’ensemble des familles et associations mobilisées dans ce combat pour la Justice et la mémoire des victimes trop longtemps oubliées. Marseille se souvient. »

    « Ce travail de mémoire résonne avec une force particulière auourd’hui. À l’heure où l’extrême droite progresse et où le Rassemblement national cherche à se détacher de l’histoire du Front national, nous ne pouvons pas effacer d’où vient ce parti, fondé notamment avec d’anciens Waffen-SS », souligne pour sa part le sénateur communiste Jérémy Bacchi.

    Après deux heures de restitutions pédagogiques des 7 années d’enquête pénale et d’échanges avec quelques rescapés et de nombreux descendants de victimes, le Procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a pris la parole vers midi pour annoncer officiellement la reconnaissance par la justice du crime contre l’humanité. PHOTO D.C.

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    C’est une belle famille ! Nous habitons au 5, rue de l’Académie, en plein centre-ville, en face le1 magasin de chaussures de ma grand-mère, Clémentine, qui nous gâte beaucoup.

    Mon père, qui avait commencé comme taxi après la Grande Guerre, est maintenant installé comme mécanicien-garagiste au 70-72, rue Cherchell (actuellement rue Jules-Moulet), dans le VIe arrondissement.

    Le Garage de l’Ascenseur est un grand garage de quatre-vingts places environ. Mon père emploie un mécanicien, un carrossier-peintre et un gardien, qui loge avec sa femme et son fils dans un petit appartement de fonction.

    Outre les réparations, mon père fait de l’achat et de la vente de voitures, ainsi que de la location sans chauffeur. Il a une belle clientèle, car son garage est dans le quartier bourgeois du boulevard Notre-Dame (au pied de « La Bonne Mère », qui surmonte Notre-Dame-de-la-Garde), et elle est composée de médecins et d’industriels qui ont une grande confiance et estime pour M. Lucien Marter.

    Des bancs de Thiers à ceux
    de Montgrand

    Mes frères vont au lycée Thiers2, à cent cinquante mètres de notre domicile. J’y fais aussi mes classes enfantines jusqu’à la septième, et j’en garde des souvenirs émus en raison des amitiés nouées avec des camarades de mon âge et de certaines institutrices qui m’avaient voué une grande affection.

    Puis, dès la sixième, j’entre au lycée Montgrand, un peu plus loin, un peu plus snob, mais où la camaraderie va s’installer grâce à la constitution d’une fine équipe que nous baptiserons la « Tribi » ou la « tribu des i », chaque membre étant dotée d’un nom se terminant par un i. Je suis donc baptisée « Radis » en raison, sans doute, de ma petite taille…

    Mes camarades, des filles intelligentes et studieuses, ont comme moi la passion du cinéma et des acteurs play-boys de l’époque. Chaque jeudi, nous nous retrouvons chez l’une ou chez l’autre, et nous y faisons notre théâtre personnel en trouvant dans les greniers des costumes qui nous permettent de jouer la comédie, voire la tragédie.

    Nous parvenons même à constituer une troupe amateur avec Lily Scherr, son frère Alfred et ses amis, Claude Aburbe et Salvator Zarava. Cette troupe montera Les Précieuses ridicules au théâtre de l’Œuvre, à Marseille.

    à suivre la semaine prochaine…

    1. Sic. Formulation méridionale

    2. À cette époque, cet établissement était mixte et comprenait des classes de la douzième à la septième

  • L’ex-première adjointe du maire RN de Six-Fours-les-Plages se lâche

    L’ex-première adjointe du maire RN de Six-Fours-les-Plages se lâche

    L’élue aujourd’hui d’opposition, raconte comment elle a été contactée par le candidat RN, et comment elle a accepté, un peu naïvement, de s’engager pour « œuvrer pour sa commune et être utile ». Sur le fait que la proposition émane d’un personnage sulfureux, elle répond, un peu gênée : « Mes valeurs font que j’estime que tout le monde a droit à une seconde chance dans la vie, que tout le monde peut s’améliorer… » Et celui qui était alors député a soutenu son association. Et lui a même décerné la médaille de l’Assemblée récompensant son engagement.

    Mais le 13 août dernier, tout bascule. Convoquée pour un entretien, on lui demande de démissionner. « J’ai refusé : car pendant plus de quatre mois, j’ai exercé mes missions avec sincérité, énergie, engagement et loyauté envers l’équipe municipale et les habitants de Six-Fours », explique-t-elle. Ses délégations lui sont donc retirées, ce jour-là au motif de « divergences sur la conduite des affaires municipales ». « Je conteste vivement cela », affirme-t-elle, en précisant qu’aucun fait précis, ni grief circonstancié, ne lui ont été communiqué.

    « J’ai été trop naïve ! »

    Elle prend conscience alors tardivement que son nom, sa personne et son réseau ne sont plus maintenant d’aucune utilité au maire d’extrême droite qui est parvenu à rafler la mise en devançant son concurrent de quelques voix à peine. Ce dernier entend bien maintenant avoir les coudées franches pour mener sa politique sans s’encombrer d’une personnalité sans étiquette, peut-être un peu trop tatillonne.

    « Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir été utilisée à des fins politiques », regrette-t-elle.

    Mais des signes avant-coureurs auraient pu l’alerter constate a posteriori Carolyn Salva. Avec des échanges très limités avec celui qui est devenu premier magistrat. Elle est laissée un peu de côté. Sauf, se souvient-elle, pour le dépôt de gerbe du 19 juillet, journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites, se rappelle-t-elle. Là, on lui laisse avec plaisir les commandes.

    « On était à peine cinq élus de la majorité », déplore-t-elle en comprenant véritablement qu’elle avait été sa place dans ce bal des faux-culs de l’extrême droite. « J’ai été trop naïve », conclut-elle.

  • En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    Huit heures retentissent sur la place du 23 janvier 1943 – Fortuné Sportiello (2e). « La République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite du “Gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais », peut-on lire sur l’une des plaques de marbres fixées sur le monument de la déportation. Ce quartier marqué par la barbarie nazie. « La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs ne se limita pas à une aide ponctuelle apportée à l’occupant allemand. Sous l’autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy, alla bien au-delà des exigences de l’occupant », rappelle Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille ce dimanche matin.

    Cette cérémonie nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux « Justes » de France, s’est tenue 84 ans, presque jour pour jour, après la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande organisée sur le territoire durant la Seconde guerre mondiale. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes, femmes et enfants juifs ont été arrêtés par la police parisienne avant d’être déportés et exterminés à Auschwitz par les nazis. « Parmi les victimes se trouvait ma grand-mère, Rachel Pozmentier, se trouvait mon père, un enfant âgé de 9 ans. Arrêtés à leur domicile, ils furent conduits dans les geôles du commissariat du 14e arrondissement de Paris », raconte Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA). « Ma grand-mère, fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 11, en juillet 1942. Elle n’en revint jamais, assassinée dans une chambre à gaz. Mon père, lui, fut sauvé grâce à une chaîne humaine, trop souvent clandestine, et à qui nous adressons toujours toute notre connaissance. Sans ces hommes et ces femmes, ces Justes, je ne serais pas là devant vous », insiste-t-elle.

    « Afin que nul n’oublie »

    Les représentants des associations, des collectivités locales, de l’État et quelques élus du Printemps marseillais sont présents ce matin-là. « Petit à petit, les témoins directs s’effacent et c’est d’autant plus important pour nous, par notre présence, par les témoignages, par les discours, de rappeler sans cesse cette Histoire. C’est primordial d’avoir ce passé en tête pour éclairer le présent », soulève le député socialiste Laurent Lhardit, présent en son nom propre et celui du maire de Marseille.

    « Nous vous léguons notre mémoire, à charge pour vous de la transmettre de génération en génération, afin que nul n’oublie, afin que nul ne doute, afin que nul ne nie », écrit Denise Toros-Marter, dans son testament d’Auschwitz, lu par le président du Fonds social juif unifié Marseille-Provence, Lionel Stora, qui représentait la rescapée du camp de la mort ce matin-là, « Puisse le flambeau de la mémoire collective, que nous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, nous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ».

    À la fin de cette commémoration, tous saluent les porte-drapeaux, qui ne faillissent pas malgré une chaleur étouffante. Venue de Sausset-les-Pins, Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, est présente à chaque cérémonie. « J’ai souffert de la mort de mon père. Il a été assassiné, j’avais 15 ans, je me trouvais là », confie cette pupille de la Nation de la guerre d’Algérie à l’aube de ses 80 ans, « soit on descend vers les profondeurs, soit on monte vers la lumière. C’est ce que j’ai décidé de faire ». Porte-drapeau depuis 18 ans, investie dans le travail de mémoire avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Onacvg), elle intervient auprès de collèges et lycées. « C’est important d’être là pour ne pas oublier et aller surtout vers la paix », répète-t-elle, calot vissé sur la tête, « on est que de passage sur Terre, il y a de la place pour tout le monde ».

  • Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    C’est une page symbolique de 44 années d’engagement qui se tourne, pour le site-mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS, il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site-mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant -en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique- de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée,
    explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme. »

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main
    à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un « volet réflexif et citoyen » pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une Fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site-mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    C’est une page symbolique de quarante-quatre années d’engagement qui se tourne, pour le site mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant — en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique — de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée, explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme.»

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un «volet réflexif et citoyen» pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    C’est dans ce lieu symbolique que les époux, réfugiés durant la guerre, victimes de la barbarie nazie et de l’antisémitisme, ont été arrêtés le 15 mai 1944 par la Gestapo, puis déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau. En présence de Nicolas Vidal-Naquet, petit-fils du couple, et de sa famille, Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements, a souligné que « la mémoire n’est pas un regard tourné vers le passé, elle est le fondement de notre engagement dans le présent ».

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.