Tag: dématérisalisation

  • Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Emmitouflée dans son manteau, la femme reste là, devant les portes tout juste fermées de la maison France Services du Panier. « Je serai la première quand ils vont rouvrir », se réjouit-elle, dans un français encore hésitant. Même s’il lui faudra attendre encore une heure et demie dans les courants d’air.

    Mises en place à Marseille depuis 2020, ces structures devenues porte d’entrée pour douze services publics différents sont désormais une bouée de sauvetage pour les laissés pour compte de la fermeture par l’État des guichets d’accueil et leur dématérialisation. Mais alors qu’elles sont saturées, elles craignent aujourd’hui pour leur survie face aux menaces qui pèsent sur les contrats aidés et aux retraits de financements, en particulier de la Métropole Aix-Marseille.

    Menaces de fermetures

    Dans un communiqué commun ce vendredi, les six associations qui portent les douze France services à Marseille, regroupées dans le collectif Parads (Point d’accueil en réseau pour l’accès aux droits sociaux) tirent ainsi la sonnette d’alarme. « Face à une incertitude majeure et une forte contrainte budgétaire, nous nous interrogeons sur notre capacité à maintenir le dispositif en l’absence d’un soutien renforcé », écrivent-elles. Ensemble, elles réclament un plan de financement pour assurer leur pérennité en 2026, puis un cadre financier pluriannuel dès 2027. Et d’insister : « Si cette situation devait perdurer, c’est l’accès aux droits de milliers d’habitants marseillais qui serait menacé. »

    Déjà le 20 novembre dernier, elles avaient adressé un courrier commun aux services de l’État et aux collectivités du territoire à la suite d’une réunion en préfecture, s’interrogeant ouvertement « sur l’opportunité de continuer à porter ce dispositif qui met en péril l’équilibre financier de nos associations ». Un ton inhabituel pour des structures habituées à ne pas faire de vagues.

    « Le désengagement de certaines collectivités met à mal de nombreuses structures, et le renouvellement des contrats aidés vient prendre en étau les associations », explique le délégué territorial à l’animation de Léo-Lagrange, Reda Debache. « Ce qui semble être annoncé, c’est que la politique de la ville n’a pas à financer ces structures d’accès aux droits », ajoute la coordinatrice du collectif, Elsa Truze. Sans perspective sur de nouveaux financements, alors que le forfait de base de 50 000 euros par structure labellisée reste très insuffisant. Pour la fédération Léo-Lagrange, qui gère deux France Services au Canet et au Panier, la fin des dotations métropolitaines les priverait en plus d’un tiers de leurs fonds. « La seule solution pour l’instant c’est une fermeture. Le budget prévisionnel de 2026 est en déficit, nous ne pouvons pas le boucler », assène Reda Debache.

    « La question de notre existence se pose », affirme aussi le délégué général de l’Ifac en Méditerranée, Ronan Paturaux. Si l’association qui porte les France Services de la Soude et de la vallée de l’Huveaune a accepté de couvrir leurs déficits, « on ne pourra pas compenser des pertes systémiques », souffle-t-il. Et d’appuyer, en saluant l’engagement des professionnels : « Je suis en colère. Nous ne sommes jamais très revendicatifs, mais nous accompagnons un public très paupérisé, et aujourd’hui nous n’avons pas de réponse à leur donner. Je ne comprends pas le silence des pouvoirs publics. »

    Un « repositionnement » de la Métropole

    Cela d’autant plus que l’accroissement de la précarité alimente toujours plus les tensions. « Il y a plus d’agressivité parce que les gens sont à bout, et ça s’accélère », témoigne-t-il. « On constate une grande détresse, une souffrance psychique très importante », acquiesce Elsa Truze.

    Sollicitée, la Métropole explique qu’elle n’a « pas réduit ses financements dédiés à la Politique de la Ville et oriente désormais ses moyens strictement sur ses compétences obligatoires ». « Le repositionnement de la Métropole n’est donc pas une baisse de financement, mais une clarification », insiste-t-elle, soulignant qu’elle l’a annoncé depuis trois ans et soutient « massivement » les France Services. Le Département de son côté annonce qu’il maintiendra bien ses dotations en 2026 « sur la même base que 2025 ».

    « Nous sommes appelés au secours parce que la Métropole se désengage de façon subite sans nous laisser d’autre choix », déplore de son côté l’adjointe (PS) à la politique de la ville, Audrey Gatian. Et d’annoncer : « Nous sommes en train d’étudier au cas par cas pour trouver avec l’État des solutions pour le maintien des France Services existants. » Dans une réponse détaillée, la préfecture indique quant à elle que « la préfète déléguée pour l’égalité des chances s’est déjà engagée à maintenir les financements de l’État dédiés aux France Services au titre de la politique de la ville en 2026 ». Une analyse des coûts des cinq France Services en situation de fragilité est déjà réalisée et les services de l’État travaillent à un plan d’action pour les soutenir. Ainsi le Département réfléchit à une mutualisation dans ses Maisons des solidarités, tandis que l’État travaille avec la municipalité pour de nouveaux locaux. « Le renouvellement des conventions [des contrats aidés, Ndlr.] sera traité en priorité et avec attention dans le respect du cadre de gestion des postes d’adultes-relais », promet aussi la préfecture. Et d’indiquer qu’elle recevra les structures d’ici la fin de l’année.

    EN CHIFFRES

    12

    France Services existent à Marseille, avec une spécificité : ils sont portés par des associations. À Lyon, Rennes, Toulouse ou Lille, se sont les intercommunalités qui les financent. Une 13e structure mobile a été lancée le 17 novembre dans les 14e et 15e arrondissement face à la demande.

    66 305

    visites ont été enregistrées à Marseille en 2024, pour 86 408 accompagnements notamment face à des ruptures de paiement de la CAF ou de l’assurance-maladie, des logements indécents…

    50 000

    euros ont été débloqués en urgence par l’Agence nationale pour la cohésion des territoires cet été à la demande de la préfecture pour éviter le risque de fermeture des six France services les plus exposées. Au total, l’État verse 1,1 million d’euros pour les structures marseillaises.

  • Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Voilà 33 ans qu’Accueil Santé Béziers est au chevet des plus démunis en assurant des consultations aux personnes n’ayant plus ou pas de droits, à savoir les sans-abri, les migrants, les touristes ou encore les étudiants sans mutuelles. Pas moins de 33 professionnels de santé bénévoles : généralistes, dentistes, infirmiers, psychologues ou encore coordinateurs médicosociaux, se relaient quotidiennement. « Le but de l’association était au départ de permettre aux gens de récupérer leurs droits. Le soin étant juste une roue de la charrette. Dès que les patients ont récupéré leurs droits – CPAM, C2S [Complémentaire santé solidaire, Ndlr], AME – on ne les suit plus et ils repartent dans le domaine libéral », détaille Nicolas Breton, président d’Accueil Santé Béziers.

    Mais avec l’explosion de la précarité ces dernières années, de plus en plus de Bitterois poussent la porte du centre de soins. « Alors que nous suivons entre 2 000 et 2 500 patients chaque année, nous avons eu 200 consultations supplémentaires en 2025 », fait valoir Nicolas Breton. Si les ressortissants étrangers constituent la majeure partie de la patientèle de l’association, le nombre de Français accueillis s’envole aussi. « En 2024, 4% des gens qui ont consulté étaient Français. Cette année, ils représentent 17%. Ce qui montre que la précarité s’accroît », observe Nicolas Breton.

    Plus de social

    Un renoncement aux soins généralisé dû en premier lieu à des raisons financières, l’inflation ayant considérablement réduit le pouvoir d’achat de la majorité de la population. Ce qui impacte notamment les jeunes et les femmes. « Nous nous occupons beaucoup de précarité menstruelle. Nous avons vu 400 femmes de plus cette année. et nous avons distribué 4 000 éléments de protection contre 2 000 en 2024. Les règles coûtent 10 euros par mois et par femme, ce qui représente 120 euros par an. Avec deux, trois filles dans une famille, c’est un budget conséquent », soupire le généraliste.

    Secondes victimes collatérales, nos aînés. « On a aujourd’hui de plus en plus de personnes âgées, notamment les petits artisans qui n’ont pas de complémentaire et n’arrivent plus à se soigner. Ils sont juste au-dessus des plafonds et prendre une mutuelle coûte trop cher quand on est âgé », poursuit Nicolas Breton. À cela s’ajoute la dématérialisation administrative, qui fait des démarches de certains patients un véritable parcours du combattant.

    Ces renoncements aux soins ne sont malheureusement pas sans incidence sur le patient. « C’est catastrophique, ça traîne, les pathologies ont tendance à s’accroître et s’aggraver. Si cette population n’est pas prise en charge, cela va coûter plus cher à la société », insiste Nicolas Breton. Pourtant, des solutions existent. « Tout notre système de santé est à revoir, la Sécu n’en peut plus. Il faut arrêter le paiement à l’acte et rouvrir des dispensaires. Car ils ont l’avantage de permettre aux gens d’avoir accès – comme en Espagne – à des médecins, à des médicaments mais surtout, les médecins s’occupent des problématiques sociales des patients. Dans nos études, le social n’existe pas. Ça ne sert à rien de faire des diagnostics, de prescrire des médicaments si les gens ne peuvent pas les acheter. » Plus de social et aussi moins d’administratif. « On perd du temps, ce qui revient à payer le travail de secrétaire très cher, c’est idiot. Chacun doit faire son boulot », souligne le généraliste biterrois.

  • Accès aux droits : pour ne pas qu’à la galère s’ajoutent les soupçons

    Accès aux droits : pour ne pas qu’à la galère s’ajoutent les soupçons

    Les militants associatifs du Comptoir des idées ont repris, ce jeudi, leur bâton de pèlerin, ou plutôt leur seau de colle, pour interpeller une nouvelle fois les Toulonnais, par affichage interposé, sur des sujets qui dérangent et sur lesquels les citoyens ne peuvent pourtant fermer les yeux. Cette fois, c’est sur la pauvreté que leur réflexion est sollicitée. Celle que l’on voit dans nos rues et, plus sournoise, celle qui se cache dans des logements insalubres et (ou) qui vient grossir les rangs des bénéficiaires de l’aide alimentaire, qu’ils soient étudiants, chômeurs, retraités ou même salariés.

    C’est ce que rappellent, devant le panneau d’expression libre du boulevard Tessé, les défenseurs des droits humains à nouveau mobilisés. L’occasion pour Guy Cochennec de rappeler que 15,3% des Varois vivent sous le seuil de pauvreté et que 22,8% de ménages pauvres sont locataires du parc privé à cause de la pénurie de logements sociaux.

    Un difficile accès aux droits

    Face à cette situation et à l’occasion, la semaine prochaine, de la Journée mondiale du refus de la misère, le Comité du 17 octobre organise deux rencontres pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, et alerter le plus grand nombre sur l’urgence qu’il y a à respecter la dignité de ceux qui vivent la galère au quotidien et qui ont de plus en plus à supporter un regard pas toujours bienveillant.

    « On part du constat que non seulement être pauvre est déjà un combat en soi, mais qu’en plus, il y a une vraie maltraitance de la part des institutions due à un manque de moyens des services publics pour accomplir leur mission, ou à des directives qui font peser le soupçon sur ces personnes que normalement on devrait aider », commence Michèle Monte d’ATD Quart-Monde.

    Avec un accès aux droits rendu difficile. Des obstacles, ajoute-t-elle, aggravés « par la dématérialisation des services, par l’absence de contact humain, donc qui se révèle vraiment dramatique ». Et de poursuivre : « On a également des gens qui sont à la rue et qui n’arrivent pas à avoir le 115. À 6h du matin, c’est déjà complètement saturé pour la nuit à venir. »

    Plusieurs associations seront présentes pour témoigner, lors de la table ronde organisée à partir de 18h le 16 octobre à l’Hélice*, de ces situations multiples qui demandent un accompagnement spécifique. Le Mouvement du Nid sera là par exemple pour évoquer la sortie de la prostitution et le manque de moyens, en termes de logement notamment, pour les soustraire à l’emprise des réseaux.

    Un comptoir des idées qui compte bien aussi mettre en avant le rôle indispensable que joue le monde associatif pour faire vivre la solidarité et pallier les carences de l’État dans l’urgence sociale. Afin de susciter des vocations et recruter des bénévoles.

    La deuxième manifestation se déroulera le 18 au 55 rue de Dakar, à Saint-Jean-du-Var. Une journée conviviale d’échanges et de rencontres avec un repas partagé et l’après-midi, des jeux et des animations sur les Droits de l’homme et les enjeux de notre temps.

    L’association Kaïré offrira une représentation sur le thème de l’avenir et de l’écologie : « l’Espoir vert ».

    *68 rue Victor-Agostini, à Toulon