Tag: déchets ménagers

  • [Entretien] Christophe Madrolle : « Si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète »

    [Entretien] Christophe Madrolle : « Si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète »

    La Marseillaise : Quels sont les enjeux de cette 4e édition de « Nettoyons le Sud » qui se déroule ce samedi 30 mai ?

    Christophe Madrolle : Nous avons créé cette opération parce qu’il y avait beaucoup d’associations qui organisaient leurs propres nettoyages et on s’est dit, vis-à-vis de l’urgence de protéger notre belle région, que mobiliser l’ensemble des associations autour d’une date que nous avons fixée au 30 mai serait beaucoup plus impactant pour la population. Nous avons eu plus de 100 tonnes de déchets ramassés l’année dernière, une mobilisation de 400 collectivités et de 22 000 bénévoles qui se sont mobilisés ce jour-là. C’est une opération qui est construite avec les associations environnementales, les associations de défense de l’environnement, celle de l’espace marin, des collectivités et des entreprises. Nous espérons atteindre et doubler le nombre de bénévoles pour cette année.

    Cette opération porte aussi sur les enjeux autour des déchets sur le territoire ?

    C.M. : Absolument, elle a un rapport sur un véritable point, un point politique puisque cette opération permet de sensibiliser nos citoyens sur les moyens que met en place la région en matière de protection de l’environnement. On veut aussi rappeler que la Région Sud s’est dotée du premier budget vert européen, donc toute aide donnée par la région à une entreprise, une collectivité ou une association est acceptée à une seule condition : répondre à un cahier des charges avec la baisse d’émissions de carbone sur leur traitement de déchets.

    Au-delà de la sensibilisation, est-ce que cette opération peut donner un message d’espoir aux habitants ?

    C.M. : C’est ce qu’on cherche en tout cas, si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète, grosso modo. On a une action à la région que nous portons pour que les entreprises réduisent les déchets à la source, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi continuer à amener nos concitoyens à faire le tri sélectif et avoir de la transparence dans la chaîne de traitement des déchets. C’est un message qui nous amène à prendre conscience qu’un déchet, depuis sa fabrication jusqu’à sa destruction, c’est quelque chose que nous devons traiter.

    Selon l’Insee, en 2021, la quantité de déchets dans la région s’élevait à plus de 638 kg par habitant, soit 16% de plus qu’en France métropolitaine, on peut donc faire mieux.

    C.M. : Exactement, cette opération permet de porter un discours : que l’on habite dans une grande ou petite ville, le tri sélectif se fait différemment. Il faut alors une vraie sensibilisation et permettre à tous de pouvoir réduire ses déchets ménagers.

    Entretien réalisé par Noa Armony

  • Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Un incinérateur qui ne chauffe pas assez fort pour détruire les Pfas. Entendre les composés « per » et « polyfluoroalkylés », présents notamment dans les textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie ou encore les revêtements antiadhésifs. Pour Sébastien Barles, conseiller communautaire écologiste, responsable du collectif écolo-citoyen Vaï Marseille, et Paul Poulain, ingénieur prévention, le centre Évéré, basé depuis 15 ans à Fos-sur-Mer, n’est pas adapté à l’élimination de certains déchets devenus omniprésents dans les ordures ménagères.

    « En chauffant à 850 degrés, il ne prend pas en compte la résistance au feu des Pfas qui, pour être détruits, doivent brûler entre 1 100 et 1 400 degrés », pose Paul Poulain. De quoi garantir une minéralisation de ce genre de déchets, précise une étude de l’Ineris parue en 2023.

    L’ingénieur prévention dans les assurances et auteur de Tout peut exploser, Enquête sur les risques et les impacts industriels (Fayard), insiste sur la dangerosité de ce polluant méconnu. « 4 700 substances au total listées par l’OCDE », précise-t-il, citant une étude de 2018, mise à jour en février 2025. Si un plan d’action interministériel sur les Pfas a été mis en place en 2024, la réglementation au niveau national et européen de ces substances reste embryonnaire.

    Des bases de données limitées

    Paul Poulain entend alerter et sensibiliser le grand public aux risques sanitaires de ce genre d’installation et au-delà des émissions des zones industrielles. « Ce n’est pas comme si on avait des doutes », considère-t-il, se basant sur une étude de Santé publique France, parue ce 4 décembre, sur l’état de santé des populations autour des grands bassins industriels où la zone de Berre, Fos et Marseille a été prise en compte. Les conclusions de l’établissement public ne sont pas aussi tranchées. Ce dernier indiquant que « des résultats ont montré une association entre une exposition liée à des industries (…) et des surrisques pour certains indicateurs de santé », mais qu’ils sont à « mettre en perspectives, au vu des limites identifiées des bases de données utilisées et du design même de l’étude, qui ne permet pas d’établir de lien causal entre l’exposition industrielle et l’apparition des pathologies étudiées ». Il souligne néanmoins « l’importance de maintenir et renforcer la surveillance environnementale des installations industrielles ».

    Concrètement, « nous avons écrit au préfet de région sur la question du contrôle et de l’accès à l’information », indique Sébastien Barles, pour qui cette question s’inscrit également dans un contexte électoral. « Ce sera un sujet de l’élection métropolitaine, niveau auquel nous comptons organiser des états généraux des déchets », espère l’élu. Paul Poulain ne cache pas non plus ses ambitions. « Je vais rejoindre Vaï pour les municipales, je serai sur la liste dans les 15e et 16e arrondissements, secteur de Marseille le plus impacté » par la pollution estime-t-il, dénonçant au passage une « inégalité territoriale ».