La Marseillaise : Quel est l’objet de votre visite à Cuba ?
Naïma Senanedj : Notre délégation [composée de Naïma Senanedj et de Leila Moussavian membre du secteur International du PCF, ndlr] a participé à la 24e Rencontre des partis communistes et ouvriers où le but était de renouer les liens entre la quarantaine d’organisations politiques présentes. Nous avons réaffirmé notre solidarité avec Cuba mais aussi avec des pays tels que la Palestine, et échangé sur les façons dont, ensemble, on pouvait œuvrer à porter haut et fort des revendications comme la levée du blocus, qui, aujourd’hui, étrangle Cuba et son peuple. Nos discussions ont également tenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat en Palestine et à la reconnaissance de l’État palestinien, à côté de l’État d’Israël. Nous voulons faire respecter la charte des Nations Unies et le droit international dans ces pays-là, qui ne sont pas du tout respectés par les États-Unis en premier lieu, qui imposent leur loi surtout en Amérique latine. Nous travaillons tous ensemble à ces points-là, mais aussi sur un rapport qui vise à la construction de la paix dans le monde.
Avez-vous ressenti sur place les effets du durcissement des sanctions américaines sur l’île ?
N.S. : Il y a une réalité, on ne peut pas la nier, c’est que la situation est de plus en plus compliquée. J’ai eu l’occasion de participer au 1er mai à Cuba en 2024. En deux ans, j’ai vu que la situation devenait de plus en plus difficile. Le prix de l’essence a augmenté, il y a des pénuries, les stations sont fermées, on sent ces difficultés-là. Quand on va dans un restaurant, de nombreux produits sont barrés de la carte, parce qu’ils proviennent de l’importation. La notion alimentaire est centrale, quand les containers sont bloqués, quand il n’y a plus d’essence qui rentre dans le pays, la situation devient difficile et pour produire localement et pour toutes les importations qui pourraient se faire. En me promenant, j’ai constaté que dans des quartiers que j’avais traversés il y a deux ans, des commerces ont fermé, de même que l’intégralité de rues, autrefois, commerçantes. Mais pour autant, je ne vois pas le désarroi dans le regard des Cubains. Ils savent d’où vient le problème.
Comment les Cubains vivent les menaces proférées par l’administration Trump ?
N.S. : Ça reste quand même une menace réelle, on l’a senti dans les discours. Il y a toujours la crainte de voir ce qui s’est passé au Venezuela avec la capture de Maduro, se dérouler ici. Mais tout le monde continue à vivre.
Face à cette situation, comment s’organise la solidarité internationale ?
N.S. : Dans les Bouches-du-Rhône, on a lancé une campagne de solidarité avec Cuba, dans le cadre de la campagne nationale pour faire partir des containers de médicaments et de produits médicaux. Pour ma part, j’ai déjà vidé un carton à la Fédération pour le mettre dans ma valise pour l’amener à Cuba. Les Belges aussi sont arrivés avec des valises de médicaments. La délégation chinoise a apporté des panneaux photovoltaïques. Personne n’est venu les mains vides. Tout le monde s’est rendu à Cuba en amenant du matériel nécessaire aux Cubains. Il y a une grande solidarité qui se manifeste.
Comment ces échanges vous inspirent en tant que militante communiste ?
N.S. : Ces rencontres se tiennent à l’occasion des 100 ans de la naissance de Fidel Castro. Nous avons plusieurs journées d’atelier et de travail pour échanger à la fois sur l’héritage et sur l’avenir. Nous sommes inspirés par l’évolution de Cuba avec ses réflexions montantes sur la souveraineté des peuples, la paix, l’internationalisme, la solidarité entre les nations, la justice sociale, la construction d’un monde plus juste. Mais aussi sur la santé, l’éducation, la jeunesse et le féminisme. Être à Cuba aujourd’hui, être à La Havane, ce n’est pas seulement regarder l’histoire, c’est aussi participer au développement du monde que nous voulons construire. C’est fort de sens. Nous apportons des témoignages de solidarité avec le peuple cubain. Et, eux, nous montrent leur résistance et leur résilience aux attaques qu’ils peuvent subir depuis plus de 60 ans. Durant ces six décennies, ils ont quand même réussi à faire évoluer un système de santé que beaucoup de monde envie, que ce soit dans la recherche ou dans l’application des soins. Pour tous les peuples rassemblés, ça va être une force de participer ensemble à des débats pour construire un monde meilleur dans chacun de nos pays respectifs.
La situation à Cuba est proche de la crise humanitaire. Mercredi, dans un communiqué, des experts des droits humains des Nations Unies ont alerté sur « les conséquences humanitaires [qui] sont déjà en train de prendre les proportions d’une crise majeure », estimant que « le gouvernement des États-Unis doit mettre un terme à toutes ses menaces et actions hostiles envers la souveraineté de Cuba ». Face à cela, les peuples solidaires s’organisent pour aider l’île. C’est ce qu’ils ont démontré lors de la 24e Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers (RIPCO) à La Havane, cette semaine.
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