Tag: crue

  • [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    Entre son activité au Samu à plein temps, ses interventions à la base de Marignane en tant que médecin volontaire et son engagement auprès des sapeurs-pompiers volontaires à Rognac, Pierre Morel jongle allègrement avec trois plannings et ce n’est pas près de s’arrêter. « Tant qu’à faire ! Quand on aime ça », nous répond-il quand on lui demande comment il fait avec toutes ses casquettes. Parmi l’équipe d’intervention à bord de l’hélicoptère, le médecin est tout aussi essentiel que le pilote, le mécanicien de bord, l’infirmier ou le secouriste « spécialisé hélico », « un SSH dans notre jargon à nous », explique-t-il.

    Trois institutions ou organismes « fournissent des médecins » à la Sécurité civile, le Samu des Bouches-du-Rhône, le Sdis 13 et le Bataillon des Marins-Pompiers, poursuit Pierre Morel, confessant qu’il en apprend tous les jours sur cette entité assez spéciale. « J’ai découvert il y a quelques années qu’il y avait un département déminage que je ne connaissais même pas ! », indique-t-il dans un sourire.

    Son engagement, « c’est très ancien ». « Ma première permanence, je l’ai faite en octobre 1989. Vous voyez, ce n’est pas d’hier ! », raconte-t-il. Ce qui l’a motivé, c’est élargir son panel de connaissance du métier. « Dans notre activité médicale extra-hospitalière, c’est une manière de mettre en œuvre notre profession, qui est un petit peu différente », estime-t-il. Même si le cockpit de l’hélico reste tout aussi contraint qu’un camion du Samu, avec chaque chose à sa place, des sacs rouges bien organisés.

    Autre atout, maîtriser à la fois l’intérieur, pour celui qui fait aussi de la régulation, et les interventions à l’extérieur. De quoi améliorer la prise en charge de la victime. Le concours de l’infirmier est aussi d’importance, « ça va plus vite évidemment à quatre mains qu’à deux mains ». Il descend alors, treuillé, après que le secouriste ait assuré la sécurité. Un ordre et des règles qui comptent, insiste-t-il.

    Quand le diable se niche

    dans les détails

    « La Sécurité civile, c’est un environnement sécuritaire que j’apprécie tout particulièrement. On n’est pas dans une entreprise privée qui pourrait estimer qu’il faut que la machine vole pour rentabiliser », précise-t-il, « ici, s’il y a un moment il y a un voyant qui s’est allumé, même si on sait que c’est un voyant qui ne pose pas de problème, s’il y a une des fenêtres sur laquelle il y a une toute petite fissure qui a commencé parce qu’il y a une vis qui a claqué le petit plexiglas… On en tient compte ». C’est même pour lui « essentiel ». Il se souvient d’un drame, « il y a quelques années… C’était l’hélicoptère du Samu 30 qui s’est crashé sur les collines de la Nerthe avec trois morts dedans ».

    Pour agir vite et bien, l’entraînement reste également une constante. « Le treuillage c’est une phase habituelle mais qui n’est pas dénuée de risques, et nécessite une pratique régulière. Il faut une forme physique minimale, même si vous le voyez je ne suis pas un grand sportif », se marre-t-il. Plus impressionnant, il détaille aussi cette formation plus sous-marine, « au cas où on est obligé de s’extraire d’un hélico qui se met à l’eau. On nous plonge dans la mer, et il faut qu’on puisse se détacher, apprendre les gestes ».

    Pour le reste, il se dit avoir été comme touché « par un virus ». « Une fois qu’on y est, on apprécie tellement ça. Alors si en plus de l’activité, le compagnonnage avec les collègues est fantastique, pourquoi vouloir le quitter ? » précise Pierre Morel, qui assure volontiers jusqu’à trois permanences par mois sur la base de Marignane.

    « Ça me plaît, ça c’est évident. Il pourrait y avoir de la lassitude, de la fatigue… mais non », enchaîne-t-il, mettant en avant son moteur : « le côté humain ». « C’est sans fin. Rien que la satisfaction d’avoir eu le sentiment d’aider la personne… » se félicite-t-il. Et puis « on a des situations incroyables, des choses que personne ne vivrait à part nous, quoi, finalement » estime le médecin, « je ne veux pas faire dans le lyrique, mais vous imaginez bien que quand vous survolez la mer Méditerranée, les calanques… On a de ces points de vue… On n’en est jamais blasé ».

    Reste la vérité crue de l’intervention. S’il tient, c’est aussi parce qu’il a « une capacité à oublier faramineuse ». Mais il y a des souvenirs qui s’incrustent. Comme cette mission dans la Sainte-Victoire « où un caillou s’est détaché par le souffle de l’hélico, alors qu’on était auprès de la victime. Et en fin de compte « le gros caillou a claqué sur une dalle de roche à côté de nous à 5 ou 10 mètres. Et là vous vous dites : “On est passés près quand même” Et on ne peut rien y faire ». Le secours porté à un plongeur en arrêt cardiaque dans la rade de Marseille ou le treuillage sur un bateau l’ont aussi marqué.

    « C’est l’inconnu. Même si les choses se sont améliorées, puisque grâce à l’informatique qui a envahi évidemment tous nos systèmes, on a quand même des informations même pendant qu’on vole sur notre smartphone de travail. On peut lire à jour le bilan qui a été passé », nuance-t-il. Et puis « dans l’activité urgentiste, il y a le vinaigre et il y a le sucre, le miel. Ce sont des activités comme ça qui font le miel, le petit plus », résume-t-il.

    Assuré de la relève, « il y a plus de demandes que de places », heureux que la profession se féminise aussi, il imagine un arrêt de carrière « ferme, définitif et brutal ». Mais « sans regret aucun ». « Il y a 20 ans on aurait discuté ensemble, j’aurais fait exactement la même chose que ce que je fais actuellement. Quand ça s’arrêtera, ça s’arrêtera. »

  • L’île Piot en chantier pour se prémunir des crues du Rhône

    L’île Piot en chantier pour se prémunir des crues du Rhône

    À quelques mètres du pied d’une arche du pont Daladier, un panneau jaune typique des enquêtes publiques a sacrément jauni. Il annonce toujours l’enquête publique réalisée il y a quatre ans, début 2022, en vue de travaux d’amélioration des systèmes d’endiguement et de protection contre les crues du Rhône, sur les îles Piot et Barthelasse. À l’époque, la consultation avait beaucoup mobilisé, soulevant de vives oppositions sur l’impact environnemental. Un avis favorable avait été donné au projet que la préfecture a fini par acter en avril 2024.

    « Les travaux de protection de l’île Piot ont été autorisés dans un premier temps, ce qui permet de débuter les travaux de protection au droit de la zone la plus densément peuplée », nous indique le Grand Avignon qui a démarré le chantier fin novembre. Celui-ci, d’un montant de 3,4 millions d’euros (avec l’aide de l’État, de la Région, du Département, de la Ville d’Avignon et de la Compagnie nationale du Rhône), doit durer jusqu’à la fin du printemps.

    Quiconque se rend actuellement le long de l’allée Marie-Josée-Roig à proximité du camping ne peut que constater des grilles et chaussée en friche. Les travaux concernent les secteurs de Bagatelle, le chemin de l’île Piot, la RD 228 et le chemin de la Barthelasse.

    « Rehaussement des murs existants, construction de nouveaux murs [notamment jusqu’aux escaliers menant sur le pont] et merlons et réalisation de protections amovibles » sont prévus par le Grand Avignon. En parallèle, un réaménagement paysager, mené avec la Ville, sera réalisé : végétalisation, modification de la circulation et des revêtements de sols, installation d’équipements de loisirs et de repos sont annoncés.

    La partie Barthelasse

    dans un second temps

    C’est « un moyen de protéger plus de 5 000 habitants durablement contre d’éventuelles crues et sorties de lit du Rhône jusqu’à une crue vicennale (probabilité de 1/20 par an) », assure le Grand Avignon. Si la dernière immense crue remonte à 2003, il n’a pas été rare de voir le fleuve se montrer moins tranquille en mars ou octobre 2024. Outre cette première phase, le Grand Avignon continue de concerter quant au second axe du projet sur les digues de la Barthelasse. « Une étude approfondie de solutions variantes en vue de limiter l’impact des travaux sur la ripisylve [bois, buissons en bord de cours d’eau] et sur les milieux aquatiques et semi-aquatiques a été lancée », précise la collectivité. Des échanges avec « les structures associatives de l’île regroupant les riverains et usagers » ont lieu mais n’ont pas encore permis d’aboutir « à des solutions conciliant la protection des populations et des activités économiques avec la préservation du patrimoine naturel de la Barthelasse ».

  • La nature retrouve ses droits sur une partie des berges de l’Huveaune

    La nature retrouve ses droits sur une partie des berges de l’Huveaune

    Une cabane d’observation, des pas japonais, une passe à poissons et une voie verte… Une nouvelle promenade le long des berges de l’Huveaune est inaugurée ce lundi 8 décembre au niveau Pomme-Heckel (11e).

    Le résultat d’un vaste chantier entamé en septembre 2022 et qui s’est terminé cet été explique l’Epage Huca, établissement public d’aménagement et de gestion des eaux qui a réalisé les travaux pour le compte de la métropole Aix-Marseille Provence, en partenariat avec la Ville de Marseille.

    Il aura fallu extraire quelque 65 000 mètres cubes de remblais pollués par des métaux, des hydrocarbures et de l’amiante avant de laisser la place au fleuve dont le lit a été élargi. Des berges ayant été créées en rive droite et gauche.

    Quelque 6 000 arbres et arbustes ont également été plantés pour 18 000 mètres carrés d’espaces végétalisés. De quoi rendre le site accessible au public, lui offrant un nouvel espace de balade mais aussi d’éviter le pire en cas de crue décennale. Le fleuve atteindrait alors un débit de 155 mètres cubes par seconde contre un seul en temps normal, provoquant selon les calculs de l’Epage près de 2 millions d’euros de dégâts.

    Avec cet aménagement, 150 habitants et autant de professionnels sont désormais protégés contre les inondations assure l’établissement public. Le tout pour un investissement de 7,8 millions d’euros, la Métropole, l’Agence de l’eau et l’État assurant chacun 30% du financement du projet. Le reste étant fourni par le Département, la Région et la SNCF.

  • Inondations : l’absence de plans est un « scandale »

    Inondations : l’absence de plans est un « scandale »

    L’anecdote est particulièrement criante. La semaine dernière, place Saint-Didier à Avignon, au moment de sortir prendre une photo suite au point presse de l’association Actions Coulon, impossible d’apercevoir le témoin d’une violente crue du Rhône à la fin du XIXe siècle. Caché derrière un coffre électrique apposé sur le mur de l’église, il faut se contorsionner pour se rendre compte que l’eau est montée à plus d’1,70m. « Cela semble tellement loin pour les gens, qui ne sont pas vraiment inquiets tant qu’ils n’ont pas connu de grosses inondations », soupire Edith Bouchet, administratrice d’Actions Coulon.

    L’association veille, depuis plus de 10 ans, par des alertes et propositions sur les risques d’inondations, en particulier du Coulon-Calavon, qui coule à Apt et Cavaillon. L’an passé lors d’un point presse à la même période, elle dénonçait le projet de ré-indiguement (11km) porté par le syndicat intercommunautaire rivière Calavon-Coulon qui surinonderait volontairement certains secteurs pour en épargner d’autres. Un dossier toujours d’actualité qui fera l’objet d’une réunion publique ce mardi 9 septembre (18h30) à Caumont (salle des fêtes Roger-Orlando).

    Mais cette année, Actions Coulon a dans son viseur les PPRI (Plan de prévention du risque inondation) du Coulon aval et de la Durance, rive avignonnaise. Ou plutôt l’absence de ces documents réglementaires sur lesquels doivent s’appuyer les communes pour régir la constructibilité. « Cela fait plus de 20 ans qu’aucun préfet n’a osé engager sa responsabilité, fustige Pierre Leclerc, président d’Actions Coulon. Ces graves dysfonctionnements administratifs sont un scandale alors qu’avec le dérèglement climatique, le risque d’inondation ne fait que croître, alimenté par d’autres facteurs tels que l’urbanisation et l’artificialisation des sols. »

    « Il n’y a eu aucune consultation publique »

    Pourtant en liens réguliers avec la direction départementale des territoires, l’association a mis en demeure, début juillet, la Préfecture d’agir au plus vite sur le PPRI du Coulon aval. Sollicitée, la Préfecture (lire aussi ci-dessous) confirme avoir reçu, « le 8 juillet », le courrier et dispose de deux mois pour donner suite : « Une réponse est en cours de préparation, elle répondra à l’ensemble des points évoqués par l’association ». Fin septembre, Actions Coulon prévoit aussi de s’adresser à l’ensemble des élus et collectivités concernés car il en va « de la sécurité des Vauclusiens ».

    Côté Durance-Avignon, le PPRI a été enclenché il y a bientôt 14 ans. Si celui du Rhône date d’il y a 2 ans, « les quartiers de Courtine (hôpital, gare TGV), Monclar, Cap sud, Montfavet sont concernés [par la Durance] », rappelle Pierre Leclerc. Le Grand Avignon vient d’ailleurs de lancer une étude sur le risque inondation du futur quartier Confluences (notre édition du 27/08). « Il n’y a eu aucune consultation, réunion ou enquête publique, au fil du temps, la mémoire vivante de ceux qui ont connu de grosses crues comme en 1951 sur le Coulon-Calavon s’érode et s’éteint, or ce sont des précieuses données », fait valoir le président de l’association.