Tag: crise viticole

  • Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Le constat est sans appel. Ce vendredi 17 octobre, à la Chambre d’agriculture du Gard, les responsables du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse ont tiré la sonnette d’alarme. Le millésime 2025 restera dans les mémoires comme l’un des plus
    catastrophiques pour la viticulture languedocienne. Sécheresse, maladies, effondrement des cours et incertitudes sur l’avenir : la filière viticole vacille. « Nous sommes à un tournant », a lancé Xavier Fabre, président du Modef Gard. Pour le syndicat, les réponses gouvernementales et les solutions portées par une partie de la profession, notamment les plans d’arrachage, relèvent de la fuite en avant. « Proposer l’arrachage aujourd’hui, c’est tuer la viticulture », martèle le viticulteur de Domazan.

    Dans un contexte où les rendements s’effondrent, parfois jusqu’à – 40% dans certaines caves coopératives, les vignerons dénoncent un engrenage économique et écologique mortifère. « Quand on arrache un hectare aujourd’hui, on ne sauve pas les dix autour, demain on arrachera celui d’à côté », insiste Xavier Fabre, rappelant que les vignes jouent aussi un rôle de coupe-feu dans les zones méditerranéennes. L’incendie meurtrier de l’Aude cet été reste dans toutes les têtes : « Là où les feux ont démarré, c’était dans des friches, des vignes arrachées ou abandonnées », souligne-t-il.

    Le Modef dénonce également le manque de vision politique sur l’avenir du vignoble. Selon Didier Gadéa, président du Modef Hérault et responsable de la commission nationale viticole, « les plans d’arrachage n’ont jamais résolu les crises ». La preuve : en vingt ans, le vignoble languedocien est passé de 240 000 à 180 000 hectares, sans que la situation économique ne s’améliore. « Ça prouve par A + B que ça ne fonctionne pas », tranche-t-il. À la sécheresse et aux feux s’ajoute la question cruciale des prix. Nicolas Olive, président du Modef Vaucluse, évoque une filière étranglée par la pression des négociants : « Ils nous mettent les prix d’achat à ras des pâquerettes, mais le vin dans le commerce n’a pas baissé. » Pour le syndicat, la survie des exploitations passe par l’instauration de prix planchers garantis par l’État, afin d’assurer un revenu minimum aux producteurs. « Tant que ça ne sera pas réglé, on aura des friches et des vignerons qui se pendent à la grange », avertit Didier Gadéa. Le Modef souhaite également un encadrement strict des marges, y compris dans la restauration, et une révision du cadre de la loi Egalim, jugée « trop incitative ». Le syndicat plaide pour une intervention directe de l’État afin d’empêcher tout achat en dessous du coût de production.

    Redonner du sens

    à la viticulture

    Au-delà des chiffres et des colères, les représentants du Modef appellent à une refondation du modèle viticole : miser sur les cépages résistants, soutenir davantage le bio, et réhabiliter le travail de la terre plutôt que l’arrachage. « Quand on va chez le médecin, il nous soigne ? Il ne nous euthanasie pas ! Pour les vignes, c’est la même chose », illustre Xavier Fabre, dans une métaphore applaudie par la salle. Pour le syndicat, la viticulture ne se résume pas à une question de production. C’est aussi une question de vie rurale, d’économie locale et de paysage. « Sans vignerons, il n’y aura plus d’œnotourisme, plus de paysages, plus de vie dans nos villages », rappelle Didier Gadéa.

    Alors que les chiffres de récolte s’annoncent historiquement bas et que les trésoreries sont exsangues, les viticulteurs du Modef ne cachent pas leur inquiétude. Faute de réponses concrètes, la mobilisation pourrait reprendre : « Si rien n’est fait, on reprendra la route des pavés et des actions », prévient Xavier Fabre. Le ton est donné. Le Gard viticole ne veut pas mourir en silence.

  • [Le Grand entretien] Denis Verdier : « On ne sauvera pas la viticulture avec des rustines »

    [Le Grand entretien] Denis Verdier : « On ne sauvera pas la viticulture avec des rustines »

    PARCOURS

    La Marseillaise : Comment résumeriez-vous votre parcours
    et votre rôle ?

    Denis Verdier : Je viens d’une famille de vignerons modestes, enracinée dans le Gard, j’ai toujours eu un pied sur le terrain. J’ai grandi dans la coopération et dirigé des structures locales avant de présider les caves coopératives au niveau national. Aujourd’hui, à la tête des IGP du Gard, j’anime un conseil d’administration qui représente la diversité du vignoble. Mon rôle est à la fois stratégique et concret : défendre nos producteurs, promouvoir nos vins et porter leur voix auprès des pouvoirs publics. Rester au contact du terrain est indispensable pour garder la mesure de la réalité, comprendre les difficultés et anticiper les crises.

    CRISE VITICOLE

    LM : La filière viticole traverse une crise majeure. Comment la décririez-vous ?

    D.V. : C’est une crise économique mais aussi humaine, morale. Les vignerons travaillent à perte : selon les centres de gestion, les exploitations enregistrent en moyenne 1 500 euros de pertes par hectare. Quand on a une vingtaine d’hectares, cela fait 30 000 euros envolés sur une année, c’est colossal. Les prix du vrac s’effondrent, les stocks s’accumulent et l’endettement devient insupportable. Derrière les chiffres, il y a des familles, des salariés, des coopératives. On sent monter une grande lassitude. Si rien ne change, c’est tout un pan de notre économie rurale qui risque de disparaître dans l’indifférence.

    Que reprochez-vous aux pouvoirs publics dans la gestion de cette crise ?

    D.V. : Le principal reproche, c’est l’absence de vision. Nous alertons depuis des mois la Rue de Varenne et Bruxelles sur la situation, mais nous n’obtenons que des réponses techniques, jamais de cap politique. Même chose au ministère de l’Agriculture. Les personnes qui prennent ces décisions ne sont pas des gens de terrain et ne voient pas les vrais problèmes, c’est criant. Il faut une régulation du marché : permettre à ceux qui veulent arrêter de le faire dignement, et redonner de la valeur à ceux qui restent. L’État doit comprendre qu’un marché du vin totalement libéralisé, c’est la porte ouverte à la spéculation et à la casse sociale. D’autant plus quand nos exportations sont de plus en plus taxées, comme aux États-Unis avec les droits de douane de Donald Trump. Nous demandons un vrai plan d’arrachage, des aides à l’innovation et une simplification administrative. Pas des rustines.

    VIGNERONS

    LM : Quel est l’état d’esprit des viticulteurs sur le terrain aujourd’hui ?

    D.V. : Catastrophique. C’est la désillusion. Tous produits confondus, toutes régions confondues, le moral est au plus bas. Les récoltes sont faibles à cause de la sécheresse, les charges explosent, et les prix chutent. Beaucoup ont le sentiment d’être abandonnés, de ne plus être écoutés. Les aides tardent, les décisions se perdent dans la technocratie. Certains viticulteurs ne savent plus comment boucler leurs comptes, d’autres songent à vendre ou à tout arrêter. Mais même les prix proposés pour l’arrachage ne sont pas satisfaisants, alors qu’ils abandonneraient une terre qu’ils cultivent parfois depuis plusieurs décennies. La colère existe, mais elle est rentrée, comme étouffée par la fatigue. Ce silence-là est peut-être le plus inquiétant, car il traduit une forme de résignation, et la résignation, dans ce métier de passion, c’est ce qu’il y a de plus dangereux.

    Les jeunes agriculteurs semblent particulièrement fragilisés…

    D.V. : Oui, ce sont eux qui souffrent le plus. Les jeunes qui se sont installés ont souvent dû emprunter pour acheter du matériel ou des vignes. Ils sont pleins d’énergie et d’idées, mais financièrement ils sont à la limite de la rupture. Ils voient leurs efforts réduits à néant par des conditions de marché qu’ils ne maîtrisent pas. C’est terrible, car ce sont eux qui devraient incarner l’avenir du vignoble. C’est pourquoi nous préparons avec les Jeunes agriculteurs une grande mobilisation le 15 novembre à Béziers, pour rappeler qu’il faut des mesures d’urgence, mais aussi une perspective à long terme pour cette génération. Nous essaierons d’être le plus nombreux possible, car si on les laisse tomber aujourd’hui, c’est tout un savoir-faire et un avenir rural qui s’effondrent avec eux.

    MODES DE CONSOMMATION

    LM : Les modes de consommation changent. Comment le monde viticole peut-il s’adapter ?

    D.V. : La baisse de consommation de vin rouge est nette, surtout chez les jeunes générations, qui se tournent davantage vers la bière, les cocktails ou des vins plus légers, moins alcoolisés et plus festifs. Cela nous oblige à repenser nos productions et nos manières de parler du vin. Il faut proposer des cuvées accessibles, conviviales, adaptées aux nouveaux moments de consommation, sans renier l’identité de nos terroirs. C’est un défi pour nous, car le vin du Gard est plutôt réputé pour sa richesse en saveur et en caractère, même si nous savons faire de tout. L’enjeu n’est pas tellement de faire moins de vin, mais de produire différemment et faire un vin qui parle à son époque. Cela passe par l’innovation, la créativité, et une communication renouvelée. Nous misons également de plus en plus sur l’œnotourisme, qui a un rôle clé à jouer en tant que mode de consommation de plus en plus populaire : il permet de reconnecter le consommateur au territoire, de raconter une histoire, de faire vivre une expérience. À travers une dégustation, une balade ou une rencontre, on redonne du sens à l’acte de consommer du vin, au-delà du simple produit.

    UNE IDÉE REÇUE À COMBATTRE ?

    D.V. : Celle qui voudrait que le vin soit un produit à proscrire. On confond prévention et interdiction. Oui, l’excès est dangereux, mais le vin, c’est d’abord du lien social, du partage, un symbole de culture. Derrière chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes, des paysages, une histoire. À force de diaboliser la consommation, on efface tout un pan de notre patrimoine. Ce que je défends, c’est une consommation modérée, consciente, qui fait partie du « bien-vivre ensemble ». Le vin est une richesse qu’il faut préserver et transmettre.

  • Occitanie : face à la crise agricole, le souhait de dérogations pour irriguer

    Occitanie : face à la crise agricole, le souhait de dérogations pour irriguer

    « Obtenir un statut à caractère expérimental sur la gestion de l’eau avec des dispositifs de compensation du handicap climatique. » Telle est la requête formulée à l’Europe par le directeur de la Chambre d’agriculture d’Occitanie. « Nous demandons à déroger à certaines réglementations sur l’eau car le réchauffement climatique nous impacte davantage que les autres régions », fait valoir Christophe Placet.

    À l’heure où l’eau se raréfie et où son usage raisonné est prôné, Denis Carretier ne se fait pas d’illusions. « On n’amènera pas de l’eau partout. ». Mais face au changement climatique, « on a besoin de l’eau pour la totalité de nos productions », affirme le président de la Chambre régionale d’agriculture. Au-delà de la sollicitation européenne, il rappelle qu’un travail sur les retenues hivernales est en cours avec la Région et plusieurs Départements, dont l’Hérault ou le Gard. « Le 6 octobre, on a une réunion avec Carole Delga [PS] au sujet du tuyau d’irrigation Aqua Domitia. Quand il y a de fortes pluies, l’eau file se perdre à la mer. Il faut des ouvrages pour arriver à la stocker », insiste Denis Carretier qui élargit la problématique. « L’Occitanie accueille 45 000 habitants de plus chaque année et chacun consomme 200 litres d’eau par jour. Avec de l’eau, cette région sera l’eldorado de l’Europe pour le tourisme ».

    Tandis que la crise agricole fait rage, Denis Carretier refuse de tomber dans une « posture pessimiste ». Il préfère « anticiper que subir » et rejette les critiques relatives à la volonté d’une agriculture productiviste. « Nous avons beaucoup de petites exploitations. On ne veut pas passer de 50 à 100 hectares mais continuer à garder ce tissu par territoire et par filière. » Avec 64 500 entreprises agricoles employant 161 000 personnes, l’agriculture conserve un poids considérable en Occitanie. Avec 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires (CA), le secteur (2e exportateur) se classe au second rang derrière l’aéronautique/spatial (93 milliards d’euros de CA) et juste devant le tourisme (16 milliards de CA).

    Revenus proches du Smic

    Pour autant, la crise économique y est particulièrement forte. Si en Occitanie le coût moyen de production agricole est inférieur à la moyenne française (2014 euros/hectare, soit 80% du niveau national), il ne compense pas la grande faiblesse des rémunérations. En moyenne, le revenu agricole annuel plafonne à 19 452 euros. C’est seulement 45% du salaire agricole hexagonal et à peine plus que le Smic. En 2024, selon l’étude Agri’scopie réalisée par Cerfrance, seuls 55% des exploitants agricoles se disaient « sereins », 23% à l’équilibre. 11% se déclaraient en alerte, 9% en danger et 2% en situation urgence.

    Depuis, l’incertitude du contexte géopolitique mondial et les droits de douanes de Trump ont accentué la tendance. Ces derniers mois, les manifestations des syndicats agricoles ont rappelé l’exaspération et l’inquiétude pour l’avenir. Pour Denis Carretier, il est essentiel de « continuer à investir. Sans quoi les exploitations ne seront pas reprenables. Il faut aussi des perspectives de rémunérations, sinon on n’intéressera pas les jeunes ».

    La polyculture est une des pistes explorées. Pistaches, amandes, chanvre et agrumes se développent. « Ces filières se cherchent, elles ne peuvent venir qu’en complément pour l’instant », tempère Denis Carretier. Le président de la Chambre d’agriculture d’Occitanie rappelle que 21% des exploitations sont certifiées ou en conversion bio, que 28% commercialisent en circuits courts et 34% sous sigle officiel de qualité.

    Malgré tout, la viticulture fait partie des filières qui souffrent le plus, à l’instar des caves coopératives. « Elles n’ont pas la capacité à stocker le vin dans de bonnes conditions, elles ont des difficultés à s’organiser vis-à-vis du marché à l’international », constate Denis Carretier. Tandis que les fusions de caves continuent, Sabine Calmettes, chargée de mission à la Chambre d’agriculture de l’Aude, concède des erreurs structurelles. « Certaines caves arrivent en bout de course. Les bons choix n’ont pas toujours été faits. » À l’avenir, Denis Carretier préconise notamment de se réorienter vers les vins bancs et les rosés qui correspondraient plus au marché. En gardant à l’esprit que tout en étant résistante à la sécheresse, la vigne a de plus en plus soif.

  • Occitanie : face à la crise agricole, le souhait de dérogations pour irriguer

    « Obtenir un statut à caractère expérimental sur la gestion de l’eau avec des dispositifs de compensation du handicap climatique. » Telle est la requête formulée à l’Europe par le directeur de la Chambre d’agriculture d’Occitanie. « Nous demandons à déroger à certaines réglementations sur l’eau car le réchauffement climatique nous impacte davantage que les autres régions », fait valoir Christophe Placet.

    À l’heure où l’eau se raréfie et où son usage raisonné est prôné, Denis Carretier ne se fait pas d’illusions. « On n’amènera pas de l’eau partout. ». Mais face au changement climatique, « on a besoin de l’eau pour la totalité de nos productions », affirme le président de la Chambre régionale d’agriculture. Au-delà de la sollicitation européenne, il rappelle qu’un travail sur les retenues hivernales est en cours avec la Région et plusieurs Départements, dont l’Hérault ou le Gard. « Le 6 octobre, on a une réunion avec Carole Delga [PS] au sujet du tuyau d’irrigation Aqua Domitia. Quand il y a de fortes pluies, l’eau file se perdre à la mer. Il faut des ouvrages pour arriver à la stocker », insiste Denis Carretier qui élargit la problématique. « L’Occitanie accueille 45 000 habitants de plus chaque année et chacun consomme 200 litres d’eau par jour. Avec de l’eau, cette région sera l’eldorado de l’Europe pour le tourisme ».

    Tandis que la crise agricole fait rage, Denis Carretier refuse de tomber dans une « posture pessimiste ». Il préfère « anticiper que subir » et rejette les critiques relatives à la volonté d’une agriculture productiviste. « Nous avons beaucoup de petites exploitations. On ne veut pas passer de 50 à 100 hectares mais continuer à garder ce tissu par territoire et par filière. » Avec 64 500 entreprises agricoles employant 161 000 personnes, l’agriculture conserve un poids considérable en Occitanie. Avec 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires (CA), le secteur (2e exportateur) se classe au second rang derrière l’aéronautique/spatial (93 milliards d’euros de CA) et juste devant le tourisme (16 milliards de CA).

    Revenus proches du Smic

    Pour autant, la crise économique y est particulièrement forte. Si en Occitanie le coût moyen de production agricole est inférieur à la moyenne française (2014 euros/hectare, soit 80% du niveau national), il ne compense pas la grande faiblesse des rémunérations. En moyenne, le revenu agricole annuel plafonne à 19 452 euros. C’est seulement 45% du salaire agricole hexagonal et à peine plus que le Smic. En 2024, selon l’étude Agri’scopie réalisée par Cerfrance, seuls 55% des exploitants agricoles se disaient « sereins », 23% à l’équilibre. 11% se déclaraient en alerte, 9% en danger et 2% en situation urgence.

    Depuis, l’incertitude du contexte géopolitique mondial et les droits de douanes de Trump ont accentué la tendance. Ces derniers mois, les manifestations des syndicats agricoles ont rappelé l’exaspération et l’inquiétude pour l’avenir. Pour Denis Carretier, il est essentiel de « continuer à investir. Sans quoi les exploitations ne seront pas reprenables. Il faut aussi des perspectives de rémunérations, sinon on n’intéressera pas les jeunes ».

    La polyculture est une des pistes explorées. Pistaches, amandes, chanvre et agrumes se développent. « Ces filières se cherchent, elles ne peuvent venir qu’en complément pour l’instant », tempère Denis Carretier. Le président de la Chambre d’agriculture d’Occitanie rappelle que 21% des exploitations sont certifiées ou en conversion bio, que 28% commercialisent en circuits courts et 34% sous sigle officiel de qualité.

    Malgré tout, la viticulture fait partie des filières qui souffrent le plus, à l’instar des caves coopératives. « Elles n’ont pas la capacité à stocker le vin dans de bonnes conditions, elles ont des difficultés à s’organiser vis-à-vis du marché à l’international », constate Denis Carretier. Tandis que les fusions de caves continuent, Sabine Calmettes, chargée de mission à la Chambre d’agriculture de l’Aude, concède des erreurs structurelles. « Certaines caves arrivent en bout de course. Les bons choix n’ont pas toujours été faits. » À l’avenir, Denis Carretier préconise notamment de se réorienter vers les vins bancs et les rosés qui correspondraient plus au marché. En gardant à l’esprit que tout en étant résistante à la sécheresse, la vigne a de plus en plus soif.

  • Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Viticulteur de profession, Henri Cabanel a une certaine légitimité sur le sujet. Quant à la tentation de brosser les électeurs dans le sens du poil, le sénateur héraultais (groupe RDSE) a déjà prévenu qu’il ne se représentera pas.

    Pas adepte de « la langue de bois », c’est un rapport vérité co-rédigé avec deux confrères rapporteurs du Sénat qu’il s’apprête à rendre fin octobre sur l’avenir d’une viticulture en mode survie. Son rapport, qui se veut « constructif et ambitieux » mais sans concession sur l’avenir d’une filière éclatée qu’il n’a pas l’intention de ménager, devrait faire du bruit. Au cours des nombreuses auditions et visites de terrain menées depuis des mois, « j’ai pris des gifles mais j’en ai donné aussi », dit-il de manière imagée. « J’ai mon franc-parler et je suis de la famille. On ne peut pas m’esbroufer. »

    Responsables syndicaux et institutionnels, vignerons indépendants, caves coopératives, élus… Tous ses échanges l’ont amené à un constat implacable : « La situation viticole est très hétérogène en France et même ici, en Occitanie. » Malgré le contexte de crise, certains privés et même des coopératives réussissent quand d’autres coulent. Henri Cabanel en est convaincu. Si les trois problématiques récurrentes (le revenu décent, l’eau et les normes) existent bel et bien (« on fera des propositions dessus »), le sujet central est interne.

    Des vins moins alcoolisés

    « La filière viticole française est divisée. Elle n’a pas de cap ni de stratégie ! Elle n’a même pas défini les enjeux. » Plutôt que « chacun discute son bout de gras sur des postures politiciennes », le sénateur incite interprofession, producteurs, négoce et grande distribution à « prendre leurs responsabilités et tirer dans le même sens ». À l’image de la distillation ou de l’arrachage, trop d’argent public aurait été gaspillé sans aucun résultat. « Il faut des compensations, s’engager à faire quelque chose en contrepartie des aides, sinon rien ne changera », prévient H. Cabanel pour qui « une cave qui va mal, qui fusionne avec une autre en difficulté, ça donne une cave qui va mal ». Il conseille de « s’accorder sur une adaptation au changement climatique et chasser en meute sur le plan commercial, en mutualisant nos efforts à l’export comme les Italiens ou les Espagnols qui vendent plus que nous à l’étranger ! ». Pour cela, l’élu préconise de mieux coller aux nouveaux goûts des consommateurs. « La réglementation a changé et permet des vins partiellement alcoolisés entre 0,5 et 8,5 degrés », illustre-t-il. Une révolution en somme.