Tag: crise énergétique

  • L’aumône

    L’aumône

    C’est dans les tempêtes et les crises que se révèlent les tempéraments. C’est surtout dans les actes que se mesurent le courage et l’audace politique. Mardi, un ancien premier ministre socialiste, devenu en 2016 secrétaire général de l’ONU, est monté à la tribune de l’assemblée générale des Nations Unies à New York pour exprimer le courroux de l’organisation à l’adresse des multinationales pétrolières. Antonio Guterres a été cinglant et a tout résumé de l’abyssale injustice du moment : « Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les cinq grandes entreprises pétrolières occidentales ont engrangé près de 500 milliards de dollars de bénéfices. Pendant ce temps, les budgets énergie, alimentation et assurance des ménages s’envolent. »

    Farandole de ministres

    Le même jour à Paris, une farandole de six ministres, cornaquée par celui de l’économie, Roland Lescure, ont ânonné une série de mesurettes pour répondre à la flambée des prix des carburants et de l’énergie. « Cette situation, nous ne l’avons pas voulu » ont tous affirmé les ministres, se défaussant, se déresponsabilisant. La crise « c’est pas nous, soyez contents que l’on vous lance des miettes ! » auraient-ils pu ajouter. Prime aux gros rouleurs, chèque énergie, prêt à taux zéro… Le détail des mesurettes n’est absolument pas à la hauteur des immenses difficultés des travailleurs. Pas de courage ni d’audace alors que des leviers existent pour stopper la course aux profits. Les profiteurs de crise ne risquent rien avec un gouvernement de cette nature. Et les Français n’ont pas besoin d’une aumône qui sonne comme une insulte à leur intelligence.

  • [Entretien] Thierry Gozzerino, agriculteur bio : « On parle de production mais jamais de condition sociale »

    [Entretien] Thierry Gozzerino, agriculteur bio : « On parle de production mais jamais de condition sociale »

    La Marseillaise : Quel bilan pour cette saison maraîchère ?

    Thierry Gozzerino : La gestion a été complexe techniquement ces derniers mois, vu la chaleur constante sur les plantes. Ça a entraîné une pression virale super importante sur les tomates, les poivrons et surtout les courgettes. L’immunité est mise à rude épreuve.

    Gel, grêle, canicule, comment on s’adapte ?

    T.G. : Par des investissements. Pour la canicule, on brise le rayonnement grâce à des bâches que l’on peint en blanc pour calmer le rayonnement et augmenter l’hydrométrie. Pour le gel, on installe des voiles d’hivernage. et enfin la grêle, ça vient du ciel, c’est des filets. La difficulté est que ça rajoute des opérations, il faut mettre et enlever à chaque fois le dispositif.

    Quel impact sur les cultures ?

    T.G. : On est en fin de saison, je dois déjà mettre des potimarrons dans les paniers car tous les légumes qui étaient à l’extérieur ont pris des coups de soleil. Ils sont dépigmentés, je dois les donner maintenant car ils ne se garderont pas.

    Irriguer est-il le sésame ?

    T.G. : Personnellement j’irrigue avec le canal de Craponne, je pense qu’il vaut mieux utiliser les systèmes d’irrigations qui sont économes en eau et qui vont au pied des cultures. Il faut remettre en question l’irrigation à grande eau comme pour le maïs. On ne peut pas restreindre les uns et autoriser les autres à arroser à grande eau, route comprise. Il faut un modèle vertueux, au goutte-à-goutte.

    Quel impact sur les travailleurs dans les champs ?

    T.G. : Concrètement, quand tu es employeur, ça nous met hors la loi. On est plus du tout dans des conditions humaines. Travailler de nuit à la frontale, me semble impossible et pas légal non plus. Mais travailler de jour par des températures à plus de 40 degrés dans les serres est intenable. Nous avons pas mal d’agriculteurs qui ont eu de graves problèmes de santé comme des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

    Il faudrait avoir les moyens d’avoir un système de microbrumisation, c’est ce que nous défendons dans mon syndicat pour travailler dans des conditions humaines. On parle toujours de production, mais absolument pas de condition sociale, humaine et sanitaire des agriculteurs et de leurs salariés.

    Je connais des familles d’agriculteurs de père en fils qui se posent sérieusement la question d’arrêter face au cumul des difficultés financières et sanitaires.

    En plein dérèglement climatique, comment se dessine l’agriculture
    de demain
     ?

    T.G. : L’agriculture de demain dessinée par la FNSEA n’est pas satisfaisante, elle se contente de mesures cosmétiques jusqu’au prochain mandat. Il n’y a aucune vision globale d’une agriculture qui est en train de changer, on donne toujours de l’argent à des gros producteurs, et on ne permet pas aux paysans bios et diversifiés de vivre convenablement. On oublie totalement la prévention primaire au niveau du climat, de la santé et de la condition sociale, et on décourage les petits producteurs qui veulent faire du circuit court diversifié pour nourrir la population à proximité.

    Il y a une amnésie sur la période Covid ou bien qu’en cas de crise énergétique, ce sont ces paysans-là qui peuvent, par la résilience, nourrir une population. Ce pays ne sait pas gérer la souveraineté alimentaire.

    Depuis le début, la confédération paysanne ne change pas son discours : elle prône une agriculture souveraine heureuse et biologiquement résiliente.

  • [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    La Marseillaise : Comment cette guerre lointaine se traduit-elle concrètement dans l’économie locale ?

    Henri Sterdyniak : D’abord, on ne sait pas combien de temps la guerre va durer, et ça crée une très grande incertitude pour tous les agents économiques. On a deux scénarios possibles : soit la tension s’atténue et les prix de l’énergie reviennent à des niveaux un peu supérieurs à avant la crise, soit la guerre continue et là, les prix restent durablement élevés. La première conséquence, c’est la hausse du prix de l’énergie : l’essence dépasse les deux euros le litre, le diesel est encore plus cher, le gaz augmente aussi. Et ça peut aller plus loin, avec des difficultés d’approvisionnement sur certaines matières ou intrants.

    Pourquoi certains secteurs sont particulièrement touchés ?

    H.S. : Ce sont les secteurs où l’énergie représente une part importante du coût de production. Le transport routier est le plus touché, avec environ 30% des coûts liés à l’énergie. La pêche, c’est même autour de 35%. Ensuite, vous avez l’agriculture, le BTP, puis les aides à domicile, les infirmières, qui font beaucoup de kilomètres, surtout en milieu rural comme l’Occitanie. Et justement, il y a une très grande inégalité territoriale. Dans les zones rurales ou les périphéries, les gens doivent utiliser leur voiture pour tout. Ils supportent pleinement la hausse.

    Les aides gouvernementales sont-elles suffisantes ?

    H.S. : Les aides sont relativement faibles. C’est de l’ordre de vingt centimes par litre, ce qui couvre à peu près la moitié de la hausse pour l’essence, mais beaucoup moins pour le diesel. Le gouvernement refuse pour l’instant des mesures plus fortes, notamment sur la fiscalité ou sur les profits des grandes entreprises pétrolières. Il est aussi contraint par des règles budgétaires imposées par Bruxelles, qui limitent les marges de manœuvre sur les dépenses publiques. Résultat : une grande partie de la hausse va peser sur les ménages et les secteurs en difficulté.

  • Un plan très ciblé pour contrer la flambée des prix

    Un plan très ciblé pour contrer la flambée des prix

    « Cette crise énergétique a des impacts très concrets pour nos concitoyens, nous avons donc, sur le plan national, construit une réponse graduée, ciblée, sectorielle et limitée au mois d’avril », marque d’emblée le ministre de l’Économie Roland Lescure. « Mon souci premier c’est avant tout de préserver la croissance tout en étant soucieux de l’efficacité de chaque euro public dépensé », ajoute-t-il. Plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse à Bercy, le Premier ministre avait prévenu qu’il n’y aura pas de mesures générales : « Quand on est à 5,1% de déficit, il n’y a pas de cagnotte », assurait-il. Et critiqué les responsables politiques « qui parfois nous ont fait la leçon sur le déficit à l’automne dernier » et qui « sont les premiers cette semaine à nous demander des chèques à l’aveugle ».

    Les mesures annoncées se limitent donc aux transporteurs routiers, aux pêcheurs et aux agriculteurs, pour un coût estimé à 70 millions d’euros au total. C’est ainsi que le ministre des Transports, Philippe Tabarot confirme la mise en place d’une aide « exceptionnelle » mensuelle forfaitaire pour les PME les plus en difficulté, celle-ci sera de 20 centimes d’euros par litre de carburant durant le mois d’avril, effective « en métropole et dans les Outre-mer ». « Les transporteurs ne peuvent pas supporter seuls le poids des surcoûts qui doivent être répartis sur l’ensemble de la chaîne de valeur », appuie-t-il, pour une enveloppe totale de 50 millions d’euros.

    Concernant les pêcheurs, une aide de « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril sera accordée par un remboursement sur présentation des factures de carburant afin de « permettre aux navires de continuer à sortir en mer », affirme la ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud. Une mesure estimée à 5 millions d’euros. La ministre en charge demandera lundi le feu vert de la Commission européenne pour mettre en place « un dispositif d’aide directe » pour les professionnels du secteur, et ira plaider pour engager sans délai « une révision du cadre juridique européen » dans le but d’engager « le renouvellement » et la « décarbonation » de la flotte française.

    Enfin, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, a, de son côté assuré que le gazole non routier (GNR) agricole sera exonéré de « tout droit d’accise » durant ce mois d’avril, soit une baisse de 4 centimes d’euros par litre.

    Le plan d’électrification de l’économie lundi

    Cela représente « un effort budgétaire de 14 millions d’euros sur le mois », poursuit la ministre LR. Elle aussi demandera une « suspension immédiate du MACF » (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) lors d’un Conseil européen des ministres de l’agriculture et de la pêche prévu lundi.

    Pour réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles, dont les prix explosent en pleine guerre au Moyen-Orient, le gouvernement présentera la semaine prochaine son « grand plan d’électrification ». « Nous devons garantir sur le long terme une énergie stable, décarbonée, accessible à tous et produite en France », a martelé la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon. « Cette solution, elle a un nom, c’est l’électrification », grâce au nucléaire ou aux énergies renouvelables, précise-t-elle.