Tag: criminalité

  • D’abord une question de budget

    D’abord une question de budget

    La lutte contre le narcotrafic sera l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale dans 10 jours, Sébastien Lecornu ayant accédé à la demande du groupe socialiste. Tant mieux, l’ampleur du problème mérite que la représentation nationale en prenne la pleine mesure. Mais pour toutes celles et ceux qui en subissent les conséquences partout en France et singulièrement à Marseille, l’heure n’est plus au débat. Elle est à l’action.

    C’est une des questions prioritaires qui devraient structurer la discussion sur le budget de l’État pour lui permettre de faire face à cette lame de fond.

    Les habitants des quartiers que le narcotrafic a rendu invivables et à qui il a pris des enfants, n’ont pas besoin de déclarations, ils veulent des résultats. Pour en obtenir, il faut un État fort de ses services publics : plus de policiers, mieux formés, plus de douaniers, plus de magistrats, plus de présence humaine, plus de prévention, plus d’accompagnement à la sortie des addictions…

    Répondre aux besoins

    Cela suppose de tourner le dos au dogme de l’austérité qui depuis trop d’années a affaibli l’État en le privant de ses moyens d’actions. C’est à une logique de réponse aux besoins qu’il faut passer. Beaucoup d’argent existe dans notre pays, il doit être mis à contribution pour servir l’intérêt général en reprenant le dessus sur la pègre.

    Oui, le nouveau préfet de région a raison, il faut une « férocité républicaine » face aux criminels assoiffés d’argent pour qui la vie humaine n’a aucune valeur. Cette ambition exige des moyens à la hauteur du défi. Les parlementaires qui se prétendent du camp de l’autorité devraient y songer avec sérieux en remisant leurs obsessions libérales.

  • Aix-Luynes : le quartier des radicalisés n’a jamais fait le plein

    Aix-Luynes : le quartier des radicalisés n’a jamais fait le plein

    Reflet de la suroccupation carcérale, le contentieux de la détention est important au tribunal administratif de Marseille qui statue régulièrement sur les refus de permis de visite, de transfèrement, de permis de sortie ou de parloir, de contestation de fouilles à nu répétées, de placement en quartier disciplinaire ou pour l’anecdote de refus de location de téléviseur à un détenu.

    Le tribunal vient de trancher -trois ans après son dépôt- sur la requête portée par un détenu radicalisé qui conteste le renouvellement pour 6 mois de son placement au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) du centre de détention d’Aix-Luynes. Ce QPR étanche de 19 places, conçu dans une aile séparée de la détention ordinaire, a été ouvert en 2019. Il accueille après leur évaluation, des détenus majeurs radicalisés pouvant se désengager de leur idéologie après une prise en charge adaptée. Les plus dangereux, les plus prosélytes partent en quartier d’isolement pour prévenir les passages à l’acte violent.

    L’homme dont on ne sait ni l’identité ni l’âge a vu sa requête rejetée. Il est incarcéré depuis 2021, d’abord en quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) dans le Val-d’Oise puis a été affecté en 2023 au QPR d’Aix-Luynes. Le jugement rappelle qu’il a été condamné à 15 ans de réclusion pour meurtre précédé d’un autre crime et un an pour dégradation d’un bien. Il a en outre menacé depuis de mort et d’agression le personnel pénitentiaire de Bourg-en-Bresse et par écrit la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lyon.

    Le jugement souligne que lors de son évaluation, il a tenu « des propos inquiétants sur l’État islamique », légitimant le recours à la violence et les attentats perpétrés en France, évoquant sans complexe du djihad. « Son positionnement idéologique oscille entre le salafisme quiétiste et politique. » S’il donne « la sensation d’être une personne ingénue et crédule », le rapport d’évaluation retient sa « pratique religieuse intensifiée », sa volonté de convertir ses parents, sa barbe « plus longue et taillée ». Il fait preuve d’un repli sur soi et refuse les entretiens proposés.

    « Ce QPR n’a jamais été occupé entièrement. Il y a 10 détenus en ce moment pour 19 places et on tourne en moyenne autour de la douzaine. Par définition, on ne peut pas y transférer des détenus ordinaires alors que le taux d’occupation au CP de Luynes est de 172% », explique Olivier Caquineau, secrétaire départemental du Snepap-FSU. Le QPR dispose de deux cours de promenades avec vue limitée vers le ciel, deux petites salles de sport et une bibliothèque. Un « médiateur du fait religieux » y intervient ainsi que deux mi-temps de conseiller d’insertion et de probation alors qu’en détention ordinaire, c’est 1 CPIP pour 130 détenus. « Depuis la fin du mois de mai 2024, les détenus boycottent les activités et le suivi du Spip. Ils expriment leur mécontentement en raison de l’évolution des règles de sécurité qui, si elles sont plus individualisées, leur donnent un sentiment d’injustice. En outre, ils estiment que leurs efforts pour évoluer sont mal récompensés », notait en juin 2024 un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté.

    Cette situation de sous-occupation interroge l’administration pénitentiaire qui envisage de réduire la capacité du QPR alors qu’un Quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de 30 places doit voir le jour au premier trimestre 2026.

  • L’accès au téléphone en milieu carcéral

    L’accès au téléphone en milieu carcéral

    Le téléphone occupe une place centrale dans nos vies quotidiennes, facilitant l’accès à l’information et le maintien des liens personnels. En prison pourtant, cet outil reste difficilement accessible. Les conditions d’usage sont souvent obsolètes et très encadrées, limitant fortement le contact avec l’extérieur. Ce décalage renforce la fracture numérique et l’isolement carcéral. Bien que cette limitation soit en partie justifiée par la nécessité d’empêcher l’usage du téléphone pour organiser des trafics ou d’autres activités illicites depuis la détention, l’accès au téléphone en prison constitue néanmoins un enjeu de dignité et de réinsertion sociale.

    La réinsertion sociale, finalité de la peine selon le Code pénal, passe par la préservation des liens personnels. Le droit au respect de la vie familiale des détenus, affirmé par la loi du 24 novembre 2009, vise à favoriser ces liens notamment par l’usage facilité du téléphone.

    En pratique, les appels se font depuis des cabines situées dans les cours de promenade ou, plus récemment, depuis un poste fixe installé en cellule. Le CGLPL est régulièrement alerté de pannes prolongées de ces équipements, qui privent les détenus de communication pendant plusieurs jours. Dans les quartiers disciplinaires, les appels sont limités à un par semaine, aggravant encore l’isolement.

    La surpopulation carcérale, manifeste aux Baumettes avec 203% d’occupation, compromet aussi la confidentialité des échanges. Si certains appels peuvent être contrôlés par l’administration, ceux entre un détenu et son avocat doivent rester protégés. Or, l’absence d’isolation phonique rend cette confidentialité illusoire. Les lignes d’écoute psychologiques souffrent des mêmes contraintes : il est difficile de parler librement dans une cellule surpeuplée.

    Réseaux souterrains de trafic

    et de corruption

    L’usage du téléphone fixe creuse la fracture numérique entre les milieux libre et fermé. Alors que la société communique toujours plus, avec un matériel toujours plus innovant, les personnes détenues se partagent l’accès à des téléphones souvent obsolètes et coûteux : un détenu dépense jusqu’à 75 euros par mois pour vingt minutes d’appel quotidien. Les mineurs subissent le même régime tarifaire, sans ressources propres.

    Enfin, l’interdiction absolue du téléphone portable, assortie de sanctions pénales et disciplinaires, demeure largement contournée. En effet, il apparaît peu réaliste d’interdire un outil devenu si banal et si nécessaire à n’importe quel citoyen dans notre société. Le CGLPL recommande un accès contrôlé au téléphone portable qui permettrait d’éviter les recours systématiques et inévitables aux réseaux souterrains de trafic et de corruption de téléphones en prison.

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail

    avocats@lamarseillaise.fr

  • [Témoignages] Ils ont marché pour Mehdi samedi

    [Témoignages] Ils ont marché pour Mehdi samedi

    Zohra, salariée dans le social

    « On se sent tous concernés. J’habite à Miramas mais ces problèmes-là sont présents aussi chez nous, c’est partout et depuis très longtemps. Je viens dans l’espoir que ce combat prenne une nouvelle dynamique. Je vis dans un petit quartier mais j’ai peur pour mon fils de 27 ans et mes filles de 20 et 18 ans. Quand j’entends que les enfants se font attraper par les réseaux sur leur chemin vers l’école, je me dis que ça peut arriver aux miens. »

    Saïd, membre de l’association Adepec

    « Si on arrive maintenant à assassiner des gens pour intimider, on a dépassé le point de bascule. On est à l’extrémité de la violence et de l’inimaginable. C’est l’honneur de tout le monde de venir à ce rassemblement pour montrer qu’on est là et dire stop, plus jamais ça. Ce qui s’est passé a réveillé et éveillé les gens, même s’ils ne sont pas là physiquement, ils sont là avec le cœur. Partout dans nos quartiers, on lèvera toujours la main pour dire stop : plus jamais ça. »

    Latifa, retraitée

    « J’espère qu’on trouvera les assassins. Il faudrait que ça s’arrête et que le maire fasse quelque chose, même monsieur Darmanin qui était-là il y a quelques jours. Pour moi, tous ces discours c’est du pipeau. Il y a de la récupération politique, j’en suis persuadée, je n’ai jamais vu autant de monde. Les jeunes ont peur, ils n’osent plus sortir, c’est le cas de mes neveux qui ne traînent plus le soir. Je pense qu’il n’y a pas assez de policiers à Marseille. »

    Adam, étudiant

    « La mort du grand frère d’Amine, nous avait fait froid dans le dos. Là c’est encore pire, on ne se sent plus en sécurité. Il faut continuer à faire du bruit, à se battre. On avait déjà fait plein de rassemblements avec Amine mais rien n’a changé ; aujourd’hui en est la preuve, l’État n’a rien fait. Certains ne sont là que pour faire de la récupération politique à l’approche des municipales. Cet après-midi on est plein mais demain il ne restera que les proches d’Amine et encore… »

  • L’hommage de Marseille à Mehdi Kessaci

    L’hommage de Marseille à Mehdi Kessaci

    Vêtus de blanc, l’air grave, sans un mot, à peine ébranlés par le vent glacial qui s’abat sur Marseille, des femmes et des hommes se relaient pour déposer des fleurs blanches sur un bout de trottoir du rond-point Claudie-Darcy (4e). Sur un poteau, une affiche placardée et ces mots : « Justice pour Mehdi 20 ans mort pour rien ». C’est ici que Mehdi Kessaci a été assassiné le 13 novembre dernier par un commando à moto. C’est ici que ses proches ont donné rendez-vous à 15 heures ce samedi, pour lui rendre hommage. Plus de 6 200 personnes ont répondu à l’appel, des citoyens, militants associatifs et de nombreuses personnalités politiques. Une foule compacte, transgénérationnelle, unie derrière une même banderole : « pour la vie, pour Mehdi, pour la République, pour Marseille nous marchons ». Du cardinal marseillais Jean-Marc Aveline, au président de l’OM Pablo Longoria, en passant par le secrétaire général de l’UD CGT 13 Marc Pietrosino.

    « Mon frère Mehdi était innocent, il n’était coupable que d’être mon frère », déclare Amine Kessaci dans un message pré enregistré. La présence du militant écologiste, fondateur de l’association Conscience qui vient en aide aux familles endeuillées par le narcotrafic, n’était pas certaine. L’important dispositif policier qui l’encercle rappelle une réalité : sa vie est menacée. C’est le deuxième drame qui frappe les Kessaci, après l’assassinat du frère aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture fin 2020. Dès son arrivée, la famille est applaudie. La dignité dont elle fait preuve force l’admiration et le respect.

    « Un homme politique a proposé que je reçoive la Légion d’honneur, mais je ne cherche aucun honneur. Je cherche la justice pour mon frère Mehdi. Ce sont les mamans des quartiers qui méritent une décoration pour leur courage, leur dignité et leur combat de chaque jour. Ma mère s’est battue pour nous élever et nous protéger et aujourd’hui, elle a perdu deux fils. C’est elle pourtant qui me permet de tenir debout. Pour elle, je ne me tairai pas », clame Amine, qui au même moment enlace sa maman. Celle-ci porte un t-shirt à l’effigie de son défunt fils où il apparaît, souriant, apaisé. « Chacun des reculs des institutions a favorisé l’avancée du narcotrafic, le départ des services publics, la fin de la police de proximité, les moyens trop faibles des enquêteurs, les enseignants auxquels on demande tant, en leur donnant si peu. Voilà ce qui fait les affaires des trafiquants », insiste le militant du haut de ses 22 ans dans un discours poignant. Autour de lui, des responsables politiques de premier plan : de la présidente de l’Assemblée nationale au président de Région, pour ne citer qu’eux (lire ci-contre).

    « Entrez en résistance »

    Enfin, celui dont la vie est devenue malgré lui un combat, lance un ultime appel : « Mes frères sont morts. Mais vous tous vous êtes vivants. Nous sommes vivants. Je ne sais pas ce que ma vie sera maintenant, mais ce que je sais, c’est que j’ai besoin de vous, de votre engagement dans la durée. Entrez en résistance, lutter parce que lutter, c’est vivre ». Et, instantanément, les mains se sont dressées, les visages tournés vers le ciel. L’émotion est palpable. Le moment est solennel et fera date. Des voix s’élèvent et scandent : « Moins de criminalité, plus d’égalité ».

    Brisée, mais toujours debout, Ouassila Kessaci délivre un message qui prend aux tripes : « Mon cœur est déchiré. Je suis inconsolable. Aucune mère ne peut supporter de voir un enfant sorti de son ventre devenir un cadavre. Je l’ai vu par terre, ici », témoigne-t-elle la gorge nouée, avant de poursuivre : « Mon fils chéri, il me témoignait d’un amour infini à tel point qu’il priait dieu de partir avant moi. Jamais je n’aurais pensé que les choses se passeraient ici ». S’adressant aux auteurs du crime, elle demande : « On parle de vous comme de bêtes sauvages, sans cœur, pensez-vous un jour fonder un foyer ? Que direz-vous à vos enfants et à vos mères ? ». Son texte, entrecoupé par l’émotion, rythmé par les applaudissements sera finalement lu par Sabrina Agresti-Roubache. Après une minute de silence, les proches de Mehdi et des anonymes déposent des gerbes, des bougies, se recueillent. Ils ont bravé le froid, la douleur et la peur. Unis, fiers et dignes, ils se sont dressés face à ceux qui tentent de semer la terreur.

  • Debout

    Debout

    Et maintenant ? Après l’hommage impressionnant de dignité exprimé samedi par les milliers de personnes présentes au rassemblement en mémoire de Mehdi Kessaci, 20 ans, assassiné par les tueurs de la mafia de la drogue, quel sera l’après ? « Mon frère est mort pour rien et on nous traite comme des moins que rien. » Amine Kessaci, 22 ans, frère de Mehdi, exprime le profond vécu de centaines de milliers de familles populaires, laissées pour compte dans des quartiers immenses, ceux qui font l’essentiel de la France, en proie à la mainmise des trafiquants de drogue. Ce sont eux, ces lâches, qui vampirisent la vie quotidienne, imposent non pas leur loi – ils n’en ont aucune – mais la terreur pure et la cruauté totale. Dans un seul et unique but : accumuler toujours plus d’argent sale, couvert du sang de leurs victimes.

    Douleur et dignité

    Et maintenant ? Les États européens, dont la France, vont-ils continuer à fermer les yeux sur cet argent pourri de la drogue, recyclé en toute impunité, avec des complices en cols blancs, dans l’économie dite « légale » ? À quand des moyens pour couper les têtes de l’hydre ? Et où sont les protections durables dans nos villes, dans nos villages ? C’est-à-dire des services publics développés et de qualité ? Qui pour dire que le narcotrafic est systémique, amplifié par le libéralisme échevelé, sans éthique, ni morale ? Qui pour lever le voile et lutter contre la corruption ? Qui pour respecter la justice en lui donnant tous les moyens pour agir ? Samedi, Amine Kessaci, 22 ans, a tracé la voie et fait clamer le mot justice. Il incarne et la douleur et la dignité de ceux qui savent rester debout et résister.

  • Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Robin Renucci, directeur du théâtre de La Criée

    « L’Appel de Marseille que j’ai signé reflète la diversité d’une société civile solidaire et aujourd’hui aux côtés d’Amine et sa famille. Si on veut que les choses bougent, il faut comprendre le diagnostic porté depuis des années. J’ai envie qu’on rappelle les causes de cette violence qui prospère sur le chômage, la pauvreté, l’absence de perspective. [Je veux] parler d’éducation nationale, artistique, populaire, qui doit offrir à chaque jeune des savoirs émancipateurs. Parler aussi de l’accès aux transports, à la santé, de la réduction des inégalités sociales ou culturelles. À la Criée, nous menons des actions qui permettent à la population de nous rejoindre, de la représenter. La question c’est que faire pour que ces quartiers, invisibles, puissent s’asseoir à la table de la démocratie, et rompre le cycle du désespoir. »

    Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF

    « Je trouve Amine très courageux, je veux lui dire qu’il n’est pas seul. On l’accompagnera, comme on accompagne toutes les victimes liées de près ou de loin à ce fléau. Je partage son avis de remettre de la République dans les quartiers, qu’il faut travailler contre l’échec scolaire, qu’il faut plus de services publics, de médiation. Je suis sûre qu’in fine c’est la solution, on ne peut pas parler que de répression même si l’aspect sécuritaire doit y être. Née dans le 15e, je suis issue des quartiers populaires. Le premier meurtre auquel j’ai eu affaire j’avais 18 ans, c’était le frère de ma meilleure amie. Et ça m’avait touché. Il aura fallu que le frère d’un militant politique soit assassiné pour que l’Élysée réagisse, c’est dramatique. J’espère aussi que le Parquet national anti-criminalité ne sera pas qu’une vitrine. »

    Françoise Risterucci, responsable CGT des territoriaux de la Ville de Marseille

    « J’ai mal pour Amine, sa famille. Le narcotrafic découle de l’abandon des quartiers, il n’y a plus de social, de services publics, plus ce lien. Les gamins n’ont plus rien. Je travaille dans des écoles où quand on leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard, ils nous répondent chouf. Des petits de 10 ans ! Tout ça parce que ces gens leur permettent d’acheter des bonbons ou d’aller à la piscine. Il faut leur permettre de rêver et cela doit être une cause nationale. »

    Horiya Mekrelouf, présidente du Mrap 13

    « Il ne faut pas se taire, la mafia c’est le fascisme. Cela veut dire que quand on défend une cause juste, on peut être assassiné. Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que nous sommes dans une bascule. On est dans un état de sidération, dans un contexte de racisme, d’antisémitisme et de racisme anti-musulman. Il faut qu’on se parle. Nous militants sommes conscients de ce contexte, mais sommes-nous crus ? Quand pendant des années, on a criminalisé toutes les associations des droits humains ? »

  • L’exemple qui vient d’en bas

    L’exemple qui vient d’en bas

    Très attendus à Marseille depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin, ont écouté les exigences des élus du territoire sans apporter d’éléments tangibles pour y répondre.

    Peut-être était-ce la seule attitude digne à tenir après tant d’effets d’annonce sans transformation réelle des conditions de vie des habitants des quartiers populaires de Marseille ? Peut-être était-ce aussi le signe que le sommet de l’État est lui-même sonné par cet assassinat d’intimidation qui démontre la dimension incontrôlable prise par les groupes mafieux prospérant sur le trafic de drogue ?

    En tout état de cause, c’est une déception pour celles et ceux qui espéraient des annonces à la hauteur du défi à relever en matière de lutte policière contre le narcotrafic et de moyens judiciaires pour le réprimer.

    Courage et dignité

    À Marseille, malgré l’adversité, comme souvent l’exemple vient d’en bas. En l’espèce, il vient de la famille Kessaci qui appelle à marcher en mémoire de Mehdi, assassiné à l’âge de 20 ans mais aussi des signataires de l’Appel de Marseille « assassinat, trafics, armes, drogue, ça suffit ». Dans nos colonnes, ils disent avec courage et dignité leur refus de voir Marseille mise en coupe réglée par les criminels.

    Ils seront rejoints, samedi, par des responsables nationaux de partis de gauche mais aussi par les premiers élus de notre territoire. C’est le signe que les assassins de Mehdi ont échoué. Ils pensaient faire régner la loi du silence mais la société civile et les élus de la République leur crient « stop ». Une exigence que l’État se doit d’entendre.

  • [Tribune] Narcotrafic : Non à l’instrumentalisation par le Rassemblement National

    [Tribune] Narcotrafic : Non à l’instrumentalisation par le Rassemblement National

    Face aux drames humains causés par le narcotrafic à Marseille, nos luttes, nos mobilisations et le travail quotidien mené aux côtés des habitants, des associations et des familles de victimes ne sauraient être récupérés par le Rassemblement National.

    Nous dénonçons fermement cette instrumentalisation indécente, qui ne se limite qu’à la répression. Elle est d’autant plus choquante qu’elle vient d’un parti qui ne manifeste aucun intérêt, aucune présence, et ne formule aucune solution concrète.

    Le RN n’a jamais accompagné les acteurs de terrain, n’a jamais soutenu les familles endeuillées, et n’a jamais travaillé à comprendre les causes profondes de ces violences. Leur discours se résume à un fatalisme méprisant et raciste “tant qu’ils se tuent entre eux” qui abandonne nos quartiers, nos jeunes et nos familles à leur sort.

    La députée RN de Marseille dans le 13/14, Gisèle Lelouis, n’a, à ce jour, porté aucune proposition sérieuse sur la lutte contre le narcotrafic, la protection de la jeunesse ou les moyens pour les services publics.

    Nous, forces de gauche, sommes les seules à avoir :

    – travaillé au plus près du terrain, avec les associations, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les habitants et les familles ;

    – proposé des réponses structurelles, fondées sur la prévention, l’éducation, la santé, la culture, l’insertion et le renforcement des services publics ;

    – défendu des lois visant à enrayer la pauvreté, à renforcer la justice en lui donnant les moyens nécessaires, à protéger les jeunes, à soutenir les victimes et à s’attaquer enfin aux réseaux criminels ;

    – porté une vision globale, qui refuse le fatalisme et affirme que nos quartiers ont droit à la sécurité, aux moyens, à la dignité et à l’avenir ;

    – s’être attaqué à la racine des mafias, qui utilisent les paradis fiscaux et les crypto-monnaies. Il faut des moyens pour mener des enquêtes patrimoniales, confisquer leurs avoirs, traquer les flux financiers opaques.

    Nos luttes ne sont pas des vitrines politiques.

    Nos combats ne sont pas des slogans.

    Ils sont le fruit d’années de travail, d’écoute et de présence réelle. Au RN, nous lui disons :

    Vous n’avez jamais soutenu les luttes des habitantes et habitants de nos quartiers.

    Vous ne les avez jamais comprises.

    Vous ne les représentez pas, pas plus que notre ville fraternelle.

    Vous ne parlez pas en notre nom.

    SIGNATAIRES : Katia Yakoubi ; militante associative promouvant un plan citoyen “Justice pour nos quartiers”. Hendrik Davi ; député BDR de l’Après dans le groupe écologiste et social. Laurent Lhardit ; député BDR du groupe socialistes et apparentés. Marie Batoux ; adjointe Mobilités au maire de Marseille du groupe Printemps Marseillais (coalition de partis, mouvements citoyens, associatifs et syndicalistes de gauche à Marseille). Sophie Camard ; maire Gauche républicaine et socialiste des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Audrey Garino ; adjointe PCF au maire de Marseille, affaires sociales, solidarité, lutte contre la Pauvreté & Égalité. Anthony Krehmeier ; maire PS des 2e et 3e arrondissements. Jean-Marc Coppola ; adjoint Culture PCF au maire de Marseille. Audrey Gatian ; adjointe PS au maire de Marseille à la politique de la Ville, réussite éducative et vacances pour tous. Aurélie Biancarelli ; adjointe PCF au maire de Marseille, ESR et vie étudiante. Rebecca Bernardi ; adjointe au maire de Marseille en charge du commerce, de l’artisanat et des noyaux villageois et de la vie nocturne.

  • Lutte contre le narcotrafic : Marseille attend des réponses concrètes

    Lutte contre le narcotrafic : Marseille attend des réponses concrètes

    Une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci, sur un parking à proximité de l’hôtel du département des Bouches-du-Rhône, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, débarquent à Marseille. Une visite demandée par le président de la République. Lors de la réunion d’urgence mardi à l’Élysée, Emmanuel Macron avait appelé à poursuivre et amplifier la lutte contre les narcotrafics.

    Durant la journée, les deux hommes se rendront au Baumettes, rencontreront Benoît Payan, le maire (DVG) de la ville, puis les magistrats de la juridiction interrégionale spécialisée et les autorités judiciaires et des forces de sécurité intérieure, pour des « réunions de travail » sur la criminalité organisée et le narcotrafic. L’après-midi, un temps d’échange avec la famille Kessaci est prévu avant une étape à l’Évêché pour rencontrer les enquêteurs et chefs de service.

    Services publics

    En visite aux Émirats arabes unis, le garde des Sceaux a réclamé l’extradition d’une quinzaine de narcotrafiquants présumés recherchés par la France. Depuis janvier, quatorze ont été interpellés puis extradés dans l’Hexagone pour y être incarcérés et jugés, précisait-il. Mais l’attente est surtout grande dans la deuxième ville de France où une marche blanche est organisée samedi.

    Si Marseille est régulièrement secouée par des narcomicides sur fond de guerre pour le contrôle des points de deal, l’assassinat de Mehdi Kessaci, un « crime d’intimidation inédit » selon les mots de Laurent Nuñez, soulignant implicitement que son frère Amine, militant engagé dans la lutte contre les narcotrafics était visé, a marqué « un point de bascule ». Mercredi, au lendemain des obsèques de son frère, dans une tribune au Monde le matin puis le soir au JT de 20h de France 2, ce dernier a appelé à ce que « la révolte (…) soit durable », réaffirmant sa volonté de ne pas se taire.

    Dans son sillage, le maire de Marseille a appelé les Marseillais à se joindre en nombre à cette marche : « C’est une marche pour la dignité en mémoire de Mehdi Kessaci, c’est une marche pour la justice et l’État de droit. Et je dis aux Marseillais et aux Marseillaises n’ayez pas peur, justement parce que cet assassinat inqualifiable est fait pour qu’on se cache. Il faut qu’on soit nombreux, déterminés ! Il faut montrer que Marseille est une ville rassemblée. »

    Benoît Payan attend aussi des réponses concrètes de cette visite ministérielle. Notamment un véritable renforcement des moyens : « L’assassinat de Mehdi nous dit aussi autre chose. Cette fois, c’est l’État qui est défié. Même si je ne fais pas le tri entre les morts, il nous dit que la République doit être présente et faire son retour partout. Le service public doit être dans tous les quartiers, la police et les magistrats bien sûr, mais tous les services publics. À chaque fois que la République baisse la tête, les narcotrafiquants s’installent. »

    « On est passé dans une autre dimension ! Les narcotrafiquants, par leurs assassinats, rackets et pressions de toutes sortes, veulent prendre le pouvoir sur les lois de la République », a réagi de son côté Renaud Muselier. Rappelant les résultats concrets apportés entre 2024 et 2025 dans la lutte contre les narcotrafics, le président (Ren.) de la Région n’avait pourtant pas boudé en début d’année la suppression d’un préfet de police de plein exercice, décidée par Bruno Retailleau. En mars, l’ex-ministre (LR) de l’Intérieur avait confié la fonction au préfet de région, Georges-François Leclerc, parti depuis diriger le cabinet présidentiel à l’Élysée.

    Doctrine et plein exercice

    Une situation que le maire de Marseille regrette, allant plus loin dans sa critique. « Ça ne fait pas tout et tout ne s’est pas arrêté, il y a eu des résultats ces dernières années », tempère Benoît Payan rappelant que le nombre de narcomicides est passé de 49 en 2023 à moins d’une dizaine cette année : « Mais les policiers sont des agents du service public aussi, des fonctionnaires de l’État qui ont besoin de moyens. Ils ont besoin d’être payés correctement, ils ont besoin de renforts, de matériel et ils ont besoin d’avoir des idées claires et un cadre. Avoir enlevé un préfet de police de plein exercice à Marseille, en pleine bataille contre les narcotrafics, ça n’a pas de sens. »

    Sur le fond, le maire déplore aussi « la doctrine d’emploi des forces de l’ordre », estimant avoir observé malgré ces résultats, « un relâchement sur la question du narcotrafic ». Il regrette notamment que « l’accent ait été mis sur de la poursuite de personnes en situation irrégulière », évoquant les 7 500 OQTF délivrées sur l’année pour la seule ville de Marseille.

    Et de pointer la création tardive du Parquet national anticriminalité organisée qui va voir le jour, à l’instar des parquets national antiterroriste et financier. Une demande formulée en 2021. « Pas par plaisir. J’ai juste considéré que c’était une nécessité voyant ce qui se passait dans cette ville », coupe Benoît Payan. « Peut-être faut-il écouter les maires. Tous les maires. Quand on parle de nos villes, on sait de quoi on parle. Même si l’État était là à Marseille et c’est pas moi qui vous dirai le contraire, sur cette question-là, sa création le 1er janvier 2026 arrive un peu tard. »

    La réforme de la PJJ dans le viseur

    En réponse à l’appel d’Emmanuel Macron, à « amplifier » la lutte contre le trafic de drogue, l’Association nationale de la police judiciaire (ANPJ) réclame dans un communiqué la création en « urgence » d’une direction générale de la police judiciaire « forte, rassemblée et connectée, à l’image de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure). » Pour l’ANPJ, « cette bascule dans le narcoterrorisme était prévisible ». Estimant que les « pouvoirs publics se montrent incapables d’anticiper et d’endiguer un phénomène désormais structurel », l’association considère que « la réforme de la police judiciaire a été, elle aussi, un point de bascule. Celui de la déconstruction du seul service de police capable de poursuivre une lutte efficace contre la très grande criminalité à l’échelle nationale. »

    L.M.