Tag: création contemporaine

  • Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    « Grande souffrance morale », « On est épuisé », « Une détresse psychologique incommensurable », « On risque de liquider l’association »… Ces phrases sont extraites d’une enquête réalisée par les syndicats des employeurs du spectacle vivant de la région Paca (Synavi, Syndeac, SMA, Scène ensemble) visant à sonder la situation financière de leurs adhérents. Les conclusions ont été présentées à la presse, mercredi, à la Friche la Belle de Mai.

    Alors que la Métropole Aix-Marseille, réunie en conseil ce jeudi tente de faire face aux contraintes liées à sa situation budgétaire, les acteurs de la culture boivent la tasse. 23 structures ont répondu à l’enquête, avec les résultats suivants : 252 000 euros de subventions en moins, 8 licenciements actés ou envisagés, 64 contrats d’intermittents supprimés et 2 200h de travail perdues.

    Les syndicats évoquent notamment le dispositif PAM, qui devait permettre la diffusion de spectacles gratuits dans 50 communes métropolitaines. Alors que « des engagements avaient déjà été pris auprès de troupes sur les montants alloués, certains collectifs ont appris l’annulation en septembre ». Opening Nights, un collectif de compagnies proposant des spectacles dans la Métropole, a « annulé quinze dates et perdu 70% de son budget avec la suppression de sa subvention », selon Marie Didiez, de Syndeac.

    Érosion des financements

    « On l’a pas encore dit aux enfants, car on espère encore que ça change », se désole Agnès Loudes, directrice du théâtre Antoine-Vitez, où devait être organisé un festival de théâtre engageant 200 jeunes lycéens du département. La directrice dit avoir pris connaissance « du gel des 23 000 euros de subventions de la Métropole en septembre ».

    « Les copains vont très très mal autour de nous, jamais on a autant entendu parler de reconversions professionnelles », déplore Wilma Levy, représentante syndicale Synavi. Le secteur n’en est en effet pas à sa première déconvenue. Depuis 2023, l’État et les collectivités territoriales réduisent régulièrement les budgets alloués au service public de la culture, souvent considéré comme une variable d’ajustement dans la lutte contre les déficits.

    Dans ce contexte, certains acteurs du secteur estiment que les subventions publiques peuvent devenir un outil de pression. Les syndicats citent l’exemple de la suspension de la subvention départementale de 90 000 euros au festival Actoral, qui se tenait en septembre, à Marseille. Cette décision, prise par la présidente du Département Martine Vassal (DVD) faisait suite à des critiques d’élus d’extrême droite visant la venue de l’essayiste Louisa Yousfi.

    Alors que le projet de loi de finances (PLF) entre en débat au Parlement et prévoit de nouvelles coupes, le Syndeac a annoncé demander un moratoire à l’État pour stopper ces réductions et de se rapprocher de l’objectif de consacrer 1% du budget à la culture (0,67% actuellement).

  • La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien », chantait Jeanne Moreau en 1963. Visiblement tout l’inverse du côté du Théâtre Joliette, où « la question de la mémoire et de la transmission » irrigue la saison 2026-2027, résume sa directrice Nathalie Huerta, en indiquant l’affiche qui l’illustre : une photo d’archive de Destierro, le vertige et la foi, écrit et mis en scène par Daniela Labbé Cabrera, « enfant d’exilés chiliens » qui retrace l’histoire de ses parents « militants, proches de Salvador Allende, ayant fui le Chili pour la Roumanie lors du coup d’État de Pinochet ». À voir du 17 au 19 février.

    Que dire encore de La memoria futura, « spectacle déambulatoire dans l’espace public » prévu en juin et imaginé par Luciana Mastromauro qui s’appuie sur les témoignages de grands-mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, ces grandes et dignes dames qui militent pour retrouver les enfants volés lors de la dictature argentine entre 1976 et 1983. Un devoir de mémoire et de transmission également à l’œuvre lors du festival Nous, la lune et les voisins, imaginé par le collectif de marionnettistes et performeurs libanais Kahraba. Historiquement lié au quartier de Mar Mikhaël, à Beyrouth, il se dupliquera au Panier et à la Joliette du 10 au 18 octobre. Et ce, notamment à travers des « ateliers de poésie, danse, chant et marionnettes » dispensés aux habitants, sans oublier certaines propositions parmi lesquelles un dialogue entre Elias Sanbar, ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco et traducteur du poète Mahmoud Darwich, et sa fille, la comédienne Mayya Sanbar.

    Tirailleur sénégalais

    et liaisons dangereuses

    Si la mémoire s’inscrit dans la peau de ces créations internationales, la thématique n’en demeure pas moins abordée par des artistes locaux que le Théâtre Joliette mettra en lumière. Aux côtés de son peintre de père, le conteur et musicien Lamine Diagne exhumera au mois mars dans Waxoul « l’histoire enfouie » de son grand-père qui « était un tirailleur sénégalais », contextualise Nathalie Huerta. Au Théâtre de Lenche, lié à celui de la Joliette depuis 2017, Franck Dimech recréera, plus de 20 ans après, le Quartett d’Heiner Müller, d’après Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. À la distribution de cette pièce visible en janvier, la figure marseillaise de la comédie Marcelle Basso ainsi que Maurice Vinçon, désormais 87 printemps au compteur et fondateur de cette scène établie au Panier depuis 1977. « Maurice a demandé à Franck Dimech de remonter au plateau une dernière fois », sur les planches de ce théâtre qu’il a dirigé pendant des années au cours d’une pièce qui évoque « la vie sexuelle et amoureuse d’un couple à travers les années. Cela parle de la façon dont le temps peut détruire tous types de relations », campe la directrice du Théâtre Joliette.

    Ouverture et participation

    Auparavant très cantonné à l’accueil de résidences d’artistes, le Théâtre de Lenche s’ouvrira encore plus au public cette saison. « Beaucoup de gens du quartier nous ont fait part de leur amour pour ce théâtre en expliquant qu’ils aimeraient que plus de choses s’y passent », rappelle Nathalie Huerta. Parmi les autres événements qui s’y dérouleront, une « carte blanche » octroyée à Manon Worms au mois de mai avec toute une série d’ateliers et de performances qui permettront aussi à cette dramaturge d’expérimenter sa « prochaine création, autour du thème de la sécurité ».

    Parmi la soixantaine de propositions artistiques jalonnant la saison du Théâtre Joliette, un certain nombre de créations itinérantes et participatives. Anne-Sophie Turion concevra ainsi les 22 et 23 mai, avec des habitants de la Joliette, « une visite guidée du quartier dans laquelle ils feront une apparition. Puis, le jour du spectacle, les spectateurs la suivront sous casque », situe la directrice du théâtre qui programmera aussi au cours de l’année de grandes fresques telles que Le Roi Lear de Dieudonné Niangouna, les 25 et 26 mars, aussi bien marquée par « la tradition congolaise » que de l’esprit de Shakespeare.

    Programme complet de la saison sur www.theatrejoliette.fr

  • [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui a guidé votre travail vers la question
    du soulèvement
     ?

    Angelin Preljocaj : Ce sont les évènements mondiaux auxquels on assiste. De nombreux problèmes sociétaux se jouent partout, avec de plus en plus de régimes tyranniques ou dictatoriaux. On voit bien que le monde est en train de changer. Des indignations s’élèvent dans beaucoup de pays. La question du soulèvement prend donc une envergure particulière, d’autant plus avec les élections qui arrivent. Il y a un état de fragilité générale de la démocratie et le soulèvement est une réponse à ces choses qui nous indignent, qui contredisent notre vision de l’État de droit ou de la justice sociale. Beaucoup de problématiques émergent : l’intelligence artificielle, le climat, les oligarques, ces gens sans vergogne vis-à-vis des masses laborieuses. Après, moi, je suis chorégraphe. Ce qui m’intéresse est cette énergie qui nous pousse ensemble face à ces injustices qu’on ne veut plus accepter, ce que le collectif apporte en plus à ce mouvement. Pas forcément de façon violente, mais presque dans la joie. Évidemment, on repense à ces moments où, étudiant, on allait s’exprimer dans des manifestations. Dans ces regroupements, il se passe des choses singulières que j’ai envie de retranscrire. Soulèvement n’est pas un manifeste, mais un questionnement sur cette énergie qui traverse les corps.

    Une approche chorégraphique du soulèvement implique une danse forcément exaltée ?

    A.P. : Oui, mais néanmoins une danse partagée. Une danse où il y a un travail d’appropriation du langage corporel très précis. C’est un travail coordonné avec un plaisir de danser, un peu comme quand dans une chorale, on chante les mêmes mots et phrases à l’unisson et quelque chose se dégage de cette sensation. C’est un peu la même chose avec la danse. Quand on est plusieurs à danser avec la même sensation intérieure du mouvement, quelque chose se passe dans le partage du vocabulaire.

    Et quid de la musique de votre création, signée Irène Drésel ?

    A.P. : C’est une compositrice passionnante car elle a cette puissance du rythme qui peut justement soulever des salles entières. Dans ses concerts, j’ai vu à quel point elle déclenche quelque chose dans les corps des spectateurs. C’est une force souvent liée à l’électro, à la techno. Irène Drésel provoque aussi une sorte de lyrisme, en surplomb de la rythmique pulsionnelle. On a à la fois la pulsion et l’émotion lyrique qui plane.

    Pour évoquer « Soulèvement », vous parlez d’une « force mystérieuse qui nous unit au-delà de nos différences ». Il n’y a pourtant pas de mystère dans un soulèvement, c’est la chose que l’on combat qui lie le groupe, non ?

    A.P. : Oui, mais on peut très bien se réunir et puis juste avancer des revendications. Mais il y a autre chose qui se passe dans ces moments-là. C’est très émotionnel et ça va au-delà. Tout à coup, on est ensemble, on est parfois dans des questionnements sur une utopie, le désir d’un monde meilleur, et puis d’un coup, quelque chose nous traverse. Une force mystérieuse qui nous exalte, selon moi. D’ailleurs, dans ce genre de manifestations, si on zoome dans la foule, on peut voir des histoires individuelles, des histoires de camaraderie et même des histoires d’amour qui naissent. Face à l’adversité, des choses se produisent et relient les uns aux autres.

    Avez-vous eu des événements précis de soulèvements en tête au moment de votre création ?

    A.P. : Je me suis documenté évidemment. Si on parle du monde antique, par exemple la révolte de Spartacus, un esclave qui s’élève contre un pouvoir tyrannique. Après, il y a aussi toutes les luttes de classes qu’on a connues lors de la Révolution française, mais aussi plus tard avec par exemple les grèves de 1936 et le Front populaire.

    Le climat social bouillonnant qui couve en France ces dernières années vous a-t-il aussi inspiré ?

    A.P. : Oui. Depuis qu’on est sorti des Trente Glorieuses, des choses s’inversent un peu. À une époque, on pensait que nos enfants vivraient mieux que nous-mêmes et ainsi de suite. Et en fait, il y a quelque chose qui s’est inversé, qui fait que la vie est de plus en plus dure. Ce qu’on peut espérer de mieux pour nos enfants, à la limite, c’est qu’ils vivent comme nous. Aussi bas dans l’échelle que l’on soit, à la même place de l’échelle sociale aujourd’hui, c’est pire. C’est grave et c’est une vraie question. Moi, je ne suis pas là pour la résoudre, mais pour la poser d’une façon artistique. C’est presque une métaphore que je vais proposer.

    Vous écrivez vouloir faire « jaillir les liens les plus profonds de fraternité »…

    A.P. : Oui. J’aimerais qu’on ressorte de là avec le sentiment qu’on est tous reliés d’une façon ou d’une autre. On voit les oppositions à l’œuvre dans les sociétés, les clivages qui font que les gens ne sont plus ensemble comme c’est par exemple le cas aux États-Unis, ils ne partagent plus l’idée d’un même pays. Chacun pense à son mode de civilisation sans écouter l’autre. Il n’y a plus de débat, mais juste des invectives. Or, il faut débattre pour ne pas se battre.

    Votre pièce est donc un « Soulèvement » dans sa forme la plus pacifique ?

    A.P. : Pour ma part, oui, et ce, même si les corps peuvent avoir l’air déchaînés par moments. C’est un déchaînement presque bienveillant. On essaye de transformer cela en une sorte de fête.

  • [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    Plus qu’une performance d’acrobaties aériennes, « FAUNE » est un questionnement, un positionnement de la place de l’animal mais aussi de la femme dans la société actuelle. Il s’agit de la septième création de Fanny Soriano, artiste aérienne, auteure et chorégraphe au sein de la compagnie marseillaise Libertivore. « Dans ce spectacle, elle y a intégré de la danse aérienne mais aussi de la chanson pour la toute première fois. Dans FAUNE, le rapport au corps est tellurique. Le travail est fait avec des agrès inspirés ou provenant directement de la nature, ici ce sont les bois de cerfs », explique Sarah Mégard, directrice de production au sein de la compagnie.

    à découvrir dès 18h sur le parvis de la bibliothèque départementale Gaston-Defferre, le spectacle « FAUNE » met en scène trois femmes qui, pendant 45 minutes vont se laisser traverser par la figure sauvage du cerf pour explorer le vivant et jouer avec les frontières entre l’humain et l’animal. Il s’inscrit dans la continuité de l’exposition présentée jusqu’au mois de mars au sein du bâtiment, « NOUS, Sorcière & Sauvage » dont une visite commentée sera proposée en amont de la représentation le jour même.

    Une figure puissante et fragile à la fois

    « Dans cette représentation il y a un parallèle très fort entre l’animal et la femme où leur espace commun est mangé par l’homme. L’homme chasseur pour le cerf et l’homme prédateur pour la femme », continue la directrice de production. « Il résonne directement avec l’exposition en cours car il est question dans l’un comme dans l’autre de la place de la femme dans la nature. »

    à la fois gracieux et indomptable, viril et empreint de sagesse, le cerf nourri les légendes et les imaginaires dans de nombreuses cultures et à travers les âges. Depuis la Préhistoire, cet animal fascine par la majesté et sa puissance.

    Nina Harper, Camille Guichard et Victoire Godard auront entre leurs mains des bois de cerf, une mue dont la forme et la couleur semble plus végétale qu’animale et qui donne la preuve visible que tout meurt et renaît, que tout reprend vie.

    Ils deviennent pour l’occasion des agrès et instruments de jeu acrobatique portés par l’élan du mouvement entre envolées audacieuses et encrages au sol délicats.

    « FAUNE » parle de régénération et vous entraînera dans la nécessaire mutation de notre humanité. « La figure du cerf a été choisie parce qu’il a traversé la mythologie et aujourd’hui il se transforme en proie tout comme peut l’être la femme », précise Sarah Mégard.

    Visite commentée à 17h. Infos et réservation : 04.13.31.82.00

  • Sammy Stein exhume des archives iconoclastes à Digne

    Sammy Stein exhume des archives iconoclastes à Digne

    Dans son exposition visible au Cairn jusqu’au 1er novembre, l’artiste parisien Sammy Stein rend accessibles des archives d’Alexandra David-Néel, mais aussi de Jean Perdrizet, inventeur de soucoupes volantes et de machines à communiquer avec les morts, qui a lui aussi passé beaucoup de temps à Digne. « Je suis sceptique, je ne crois pas aux soucoupes volantes, mais je suis intéressé par l’imaginaire que cela peut faire surgir », explique l’artiste.

    Dans la salle d’exposition du Cairn, on retrouve notamment des écrits anarchistes d’Alexandra David-Néel. « C’est une partie qui m’intéressait beaucoup chez elle, ces écrits de jeunesse anarchistes, féministes », confie Sammy Stein. « Très jeune, elle sent qu’elle ne veut pas se laisser porter par la place des femmes dans cette société. »

    « Cela permet de rendre accessibles des titres de la bibliothèque réservée aux chercheurs, et le fonds exceptionnel conservé par la maison Alexandra David-Néel », avance Laurie Honoré, responsable du développement des publics et de la programmation culturelle. « Cela m’intéresse de rendre visibles des choses qui sont cachées et qui nous emmènent vers différents imaginaires », abonde Sammy Stein. « On essaye de maintenir cette convergence entre patrimoine et création », explique Sandra Cattini, directrice du Cairn. Au milieu de la salle d’exposition, des scans des livres de la bibliothèque d’Alexandra David-Néel rassemblent dans des fanzines sa collection d’ouvrages anarchistes, communistes et féministes. Pour réaliser cette exposition, Sammy Stein est venu à maintes reprises en résidence à Digne. « C’est une résidence unique, un travail sur le long cours. C’est un accès privilégié où on peut se couper de tout et travailler intensément sur un projet », se réjouit l’artiste, qui confie rêver de vivre entre Digne et Paris.

  • Actoral questionne les racines et les identités à Marseille

    Actoral questionne les racines et les identités à Marseille

    Depuis un quart de siècle, le festival Actoral fait entrer en collision théâtre, danse, musique, arts plastiques, littérature et cinéma à Marseille. Autant de disciplines qui continuent d’irriguer sa 26e édition, présentée mercredi à la presse dans les nouveaux locaux de l’association et centre culturel qui en est aux manettes, Montévidéo, au 45, rue d’Aubagne. Dotés d’une jauge d’une centaine de places assises, des lieux qui accueilleront certaines propositions de son festival phare comme Pédilove, performance de l’artiste marseillaise John Deneveuve ou encore Khalil Khalil, hommage chorégraphique et autobiographique de Khalil Albatran à « son frère mort en martyr pendant la première intifada palestinienne en 1989 ». Pour Hubert Colas, « la mémoire familiale et des origines », mais aussi « la réaction des artistes face au capitalisme » constituent les traits saillants de cette mouture du festival qu’il dirige.

    Actoral, 26e du nom, s’élancera officiellement le 23 septembre au Théâtre des Calanques avec Synthetic/Artefact. Créée par le chorégraphe Tiran Willemse, un monde futuriste animé par des poupées, qu’elles soient « vaudoues » ou bien « plus occidentales, type Barbie », campe Hubert Colas. Une friction de miniatures pour « réparer ce que l’Europe a fait à l’Afrique. Aujourd’hui, la nouvelle génération d’artistes découvre qu’il y a une censure intérieure, malgré elle, qui s’est établie au fil des années à cause du politique. Ils se disent que l’image de la société qui leur est renvoyée n’est pas conforme à ce qu’ils sont en réalité », souligne-t-il. Adèle Haenel sera ainsi l’une des invités de renom de cette édition, elle qui viendra présenter à la Friche Belle de Mai Voir clair avec Monique Wittig, faisant résonner de manière dramaturgique la pensée de cette pionnière du Mouvement de libération des femmes ayant aussi fait partie des « Gouines rouges ».

    Une île et un bunker

    Parmi ses autres marques de fabrique, Actoral est aussi « un temps fort autour d’artistes qui viennent des arts visuels et vont vers la performance », rappelle Hubert Colas. Parmi ceux-ci, Geneviève Matthieu qui « invoque une île étrange où les repères vacillent par la poésie, l’entraînement physique, musique et chant » dans Danse prophétique à l’île bizarre, au Théâtre des Bernardines. Au Fonds régional d’art contemporain (Frac Paca), Gaëtan Rusquet inondera quant à lui l’espace de ballons de baudruche dans un geste sculptural. Des diversités esthétiques qui ne sauraient faire oublier la prédominance de la question sociale sur nos identités, comme pourra le suggérer Bunker de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre. Visible à la Friche Belle de Mai, « l’histoire d’un PDG d’un groupe pétrochimique qui vit enfermé avec sa fille dans un bunker », illustrant « la volonté séparatiste de cette caste désolidarisée du sort commun », estime Hubert Colas.

  • Les derniers jours du design à Noailles

    Les derniers jours du design à Noailles

    Le Festival international du design est devenu, depuis sa création en 2006 par Jean-Pierre Blanc, ancien directeur artistique de la Villa Noailles, une institution ayant largement dépassé ses propres murs, en même temps que les frontières, dont l’art ne fait pas grand cas. Lancé avec l’ambition de partager la création contemporaine dans le domaine du design, tant avec le public qu’avec les professionnels, il est le théâtre d’un prestigieux concours, point d’orgue de l’événement. Celui-ci permet chaque année de faire découvrir le travail d’une dizaine de jeunes designers, qui bénéficient d’une exposition et d’un accompagnement de choix.

    Dix ans après, en 2016, naît le « petit frère » du festival : le Festival international d’architecture d’intérieur, autour duquel est également organisé, lors du même week-end (cette année, du 26 au 28 juin), un concours réunissant une dizaine de jeunes architectes sélectionnés par un jury international de prestige. Contrairement à son aîné, celui-ci n’a pas lieu à la Villa Noailles, mais à l’ancien évêché de Toulon. Mais les deux événements ne font qu’un, et se regroupent sous la bannière de la Design Parade.

    Des œuvres réflectives

    Si les expositions du second se poursuivent jusqu’au 1er novembre, ce week-end marque le clap de fin pour le Festival international du design. Elles seront démontées dès le 8 septembre pour laisser place aux expositions du 40e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires, du 16 au 18 octobre.

    Il s’agit donc du dernier week-end pour découvrir le travail des dix exposants. Parmi lesquels Simon Dupety, lauréat du Grand Prix du Jury, et sa série « Unindustrial Functional Object », qui explore une tension entre le naturel et l’industriel à travers une réflexion sur l’avenir des objets du quotidien mêlant glands, profilés d’aluminium et leds. Avec une question : peut-on imaginer une production technique qui sacralise le vivant au lieu de l’écraser ? Également à découvrir, les travaux du Danois Johan Karrebæk Thun (Prix Tectona), ou encore ceux de Kelly Eng et Marie Piplard (Prix du public et Mention spéciale du jury). Autant de découvertes qui laissent à voir et à penser.

    Ouvert de 14h à 19h, tarifs et informations sur Villanoailles.com