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  • [Week-end] La résolution d’une vieille énigme ouvre la voie à de nouveaux antivirus

    [Week-end] La résolution d’une vieille énigme ouvre la voie à de nouveaux antivirus

    Cela faisait un demi-siècle qu’on se demandait comment les enzymes polymérases construisent les brins d’ARN et d’ADN en assemblant les briques élémentaires que sont les nucléotides. Quelques travaux faisaient pencher la balance vers un mécanisme, dit SN2. Une étude parue dans la revue scientifique PNAS le confirme. « Cette fois, nous l’avons vu, se félicite Bruno Canard, chercheur CNRS au laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques (AFMB, Marseille) et dernier auteur de l’étude. Le débat est tranché. » Des images obtenues par cryomicroscopie électronique à l’échelle du dixième de nanomètre – la taille d’un atome – montrent comment se produit l’insertion des nucléotides. Et tout se passe comme décrit dans le mécanisme SN2 : avec une inversion de configuration. C’est-à-dire que la polymérase retourne le nucléotide au moment de l’insérer.

    Un détail ? Une petite victoire au niveau fondamental pour les spécialistes ? Peut-être pas : « Nous avons observé une conséquence inattendue, souligne Bruno Canard. Et cela pourrait amener au développement de traitements contre certains virus à ARN. » Comme les coronavirus ou les arénavirus pour lesquels il n’existe pas de traitement anti-viral efficace. Et pour cause : ils ont un mécanisme de défense presque imparable à base d’enzymes, appelées exonucléases, qui scrutent le brin d’ARN pendant sa construction, repèrent les anomalies et les enlèvent.

    Contourner les défenses

    Pour confirmer le mécanisme SN2, les scientifiques ont dû modifier la partie du nucléotide dont se saisit la polymérase. Car cette partie est symétrique avec un atome de phosphore et deux d’oxygène. Impossible d’observer une éventuelle inversion. Ils ont donc remplacé un atome d’oxygène par un atome de soufre, créant deux configurations possibles (R et S), en miroir, comme nos deux mains. « Il est connu que la polymérase a une préférence pour la forme S et ne touche pas la forme R », rappelle Ashleigh Shannon, chercheuse CNRS à l’AFMB et première autrice de l’étude. Mais une fois le travail de la polymérase accompli, l’atome de soufre a changé de place et le morceau de nucléotide se retrouve sous sa forme R.

    Seulement, cette forme R est très peu prise en charge par les exonucléases de l’ARN. « Cela va à l’encontre de tout ce qui était décrit dans la littérature », note Ashleigh Shannon. Et pour cause : la littérature se concentrait sur les exonucléases de l’ADN, poursuit la chercheuse : « Nous montrons que celles dédiées à l’ARN fonctionnent différemment. » Pourquoi ? « Nous l’ignorons, c’est très surprenant », admet-elle.

    Tout l’enjeu est maintenant de faire entrer des molécules inhibitrices avec cette modification dans une cellule grâce à une « pro-drogue », c’est-à-dire une molécule capable de traverser la membrane et de devenir un médicament une fois à l’intérieur. « Nous y travaillons avec des chimistes », glisse Bruno Canard.

    REPÈRES

    Nucléotide

    Ce composé de base des acides nucléiques (ADN ou ARN) est fait de trois parties : une base azotée, un sucre et un groupe phosphate. C’est sur ce dernier qu’interviennent les enzymes polymérases pour assembler les nucléotides et former les brins d’ADN et d’ARN.

    Exonucléase

    Cette enzyme assure la maintenance des acides nucléiques. Elle repère les nucléotides anormaux et les retire pour éviter les erreurs dans la réplication de l’ADN ou de l’ARN – une défense efficace et difficile à contourner pour toute solution anti-virale visant à introduire des nucléotides inhibiteurs.

    Arénavirus

    Cette famille de virus à ARN comprend celui à l’origine de la fièvre de Lassa, endémique d’Afrique de l’Ouest où elle provoque des épidémies meurtrières. Comme le Sars-Cov-2, ce virus possède des exonucléases qui assurent la bonne construction des brins d’ARN.

  • Le Secours populaire marseillais accueille les bonnes volontés

    Le Secours populaire marseillais accueille les bonnes volontés

    Il est 10h ce jeudi, l’antenne d’urgence du Secours populaire n’a ouvert que depuis une trentaine de minutes mais il y a déjà du monde dans les rayons de la braderie solidaire. Ouverte du mardi au jeudi, de 9h30 à 12h, cette antenne est située juste en dessous du siège départemental, sur le chemin de Gibbes (14e) à Marseille. Un lieu qui permet aux personnes du quartier de venir trouver des habits contre une participation solidaire, des colis alimentaires ou un accompagnement juridique.

    Entre les placards remplis de jouets pour les enfants et les portants d’habits, Mustapha, la cinquantaine, est à la recherche de chaussures. Cela ne fait que deux ans que ce père de cinq enfants vient chercher des habits à la braderie. « Depuis le coronavirus, tout a augmenté. Ça fait deux ans qu’on a besoin de venir ici, parce que c’est la crise. Ici je trouve des vestes, des habits et des chaussures pour moi ou pour mes enfants », explique-t-il, gêné. Mais il ne vient pas prendre de colis alimentaires, précise-t-il. Le point de vente solidaire du Secours populaire ne nécessite pas d’être inscrit, chacun peut donc venir y faire ses achats et participer à hauteur de ses moyens.

    Porte d’entrée

    Le lieu est aussi la porte d’entrée des nouveaux aidés, puisque c’est ici que les inscriptions se font pour avoir accès aux colis alimentaires. « On fait une dizaine de nouvelles inscriptions tous les jours [d’ouverture] », explique Samira, en charge des inscriptions ce matin. Bénévole depuis 2018, elle remarque que les personnes qui viennent demander de l’aide ont des profils de plus en plus divers. « Il y a ceux qui n’ont pas de carte de séjour ou qui demandent l’asile, mais il y a aussi de plus en plus d’étudiants, de personnes au chômage, au RSA ou qui travaillent et qui n’arrivent pas à s’en sortir », témoigne-t-elle. Face à la montée de la précarité étudiante, l’association a d’ailleurs développé le Solidar’bus qui fait des distributions de colis à la sortie des cours.

    Ce matin ce sont Zorha, Naima et Samira qui assurent l’accueil et la distribution de la nourriture. Après avoir demandé les papiers d’identité des nouveaux « accueillis », Samira vérifie sur une base de données que les personnes ne sont pas déjà inscrites. Elle s’assure ensuite qu’elle ne touche pas plus de 1 000 euros par mois, ce qui est la condition pour avoir le droit à l’aide.

    Ce matin-là, c’est une bénévole du Secours populaire qui vient demander de l’aide à Samira. Habitant avec son mari et sa fille, avec un revenu de 800 euros par mois, elle a décidé de s’inscrire pour recevoir des colis alimentaires. « Je connaissais le lieu, parce que j’aide à la distribution de nourriture. Mais c’est la première fois que je viens demander de l’aide », explique la mère de famille, d’une voix timide. Comme elle ce jeudi, ils sont cinq à avoir fait leur première inscription pour l’aide alimentaire.

    Dans les Bouches-du-Rhône, de nombreux aidés par le Secours populaire deviennent par la suite bénévoles. Naima a par exemple d’abord été aidée par l’association, avant de passer de l’autre côté du comptoir, il y a trois ans. « Dès que j’ai su qu’ils faisaient des cours d’aide au numérique, j’ai voulu participer parce que je suis informaticienne », affirme fièrement Naima.

    Coupures de droits

    L’antenne offre également un accompagnement juridique. « Cela va de la prise de rendez-vous avec la Sécu, aux demandes d’asile, en passant par le droit à la culture ou aux vacances, explique Djazia, juriste de profession. Tout ce dont la famille peut avoir besoin, on est là pour les accompagner. J’aide aussi beaucoup sur les coupures de droits », précise la bénévole. Selon la juriste, le changement de politique pour toucher le RSA a impacté beaucoup de ses bénéficiaires. « Certains n’ont jamais été inscrits à France Travail et donc ne savent pas faire, ce qui entraîne la fin de leurs droits », se désole-t-elle. Des coupures dans les aides de plus en plus fréquentes qui obligent certains à se tourner vers la distribution alimentaire du Secours populaire en l’absence de tout revenu…

    « Il y a aussi de plus en plus d’étudiants, de personnes au chômage, au RSA ou qui travaillent et qui n’arrivent pas à s’en sortir »