Tag: conservation

  • [Week-end] La beauté de la nature sur grand écran à Vedène

    [Week-end] La beauté de la nature sur grand écran à Vedène

    « Le festival a été créé pour sensibiliser à la nature par la beauté du monde », lance en ouverture de présentation Anouk Mégy, fondatrice et présidente de l’association de sensibilisation à la nature par l’image « Le Caracal », à propos de l’événement Escapades en Vies Sauvages qui se tient ces 25, 26 et 27 septembre à Vedène.

    À la salle l’Autre Scène, ce ne seront pas moins de neuf longs-métrages et quatre courts-métrages qui seront présentés au public. On y suivra la vie du rollier d’Europe, oiseau migrateur rare et méconnu, en pleine garrigue languedocienne avec L’oiseau bleu, la vie secrète du rollier d’Europe. Une diffusion en présence du réalisateur. Ou 4 saisons au royaume du panda qui sera diffusé sous les étoiles dans le parc Bardi. Et aussi, dans D’autres terres plus douces, sans frontières, le périple de plus de 6 000 kilomètres d’une jeune grue cendrée de l’Estonie à l’Éthiopie. Sans oublier le très beau Mobula, la légende des diables qui montre le rassemblement de dizaines de raies Mobula au large de la Corse.

    « En pleine évolution »

    Un événement qui gagne en notoriété. « C’est un peu le Cannes des films de nature », s’enorgueillit une des membres de l’association. L’an dernier, presque 2 000 personnes ont assisté à une diffusion. « On commence à être connus à un point où on nous fait des propositions directement », illustre Anouk Mégy.

    Mais il n’y a pas que des films au programme. À commencer par une conférence sur les zones humides du sud de la France par le parrain de cette 4e édition, Jean Jalbert. Le directeur général de l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, la « Tour de Valat », va lors de cette rencontre « inviter le public à mieux comprendre la richesse de ces milieux fragiles et l’importance de leur préservation », expliquent les organisateurs. « Pour moi, c’est important de partager cette passion commune de la nature à un moment où la nature est sous pression de toutes parts », explique Jean Jalbert. Il y aura aussi William Travers, bénévole pour l’association d’étude des requins et raies en Méditerranée Ailerons, qui va parler de la raie Mobula. Un documentaire sur une expédition de trois chercheurs venus observer un rassemblement de cette espèce méconnue au large de la Corse sera présenté lors du festival.

    Finances fragiles

    Pour autant, le succès grandissant ne permet pas encore une sécurité financière. « On est à la recherche de mécènes privés pour continuer », glisse la présidente. « C’est absolument nécessaire de montrer aussi localement que la nature est présente partout et qu’il faut la protéger. Le Grand Avignon n’est pas en reste avec des dizaines d’espèces remarquables que peu connaissent », poursuit-elle, évoquant un projet de plusieurs courts-métrages sur les oiseaux de Grand Avignon qui devait éventuellement se poursuivre. Mais la communauté de communes a coupé les financements, avançant la rigueur budgétaire.

    Programme complet et billetterie sur lecaracal.fr ou au 06.61.10.16.58

  • Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Cinq espèces de pie-grièche sont présentes dans le pays, et toutes sont en voie de disparition. Au sein de ce cortège, la Pie-grièche méridionale, endémique de la péninsule ibérique et du sud de la France, est menacée d’extinction au niveau mondial. Dans l’Hexagone, sa population est estimée entre 750 et 1 250 couples nicheurs. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui accueille à elle seule plus de la moitié de ces effectifs, « détient une responsabilité majeure dans la conservation de cette espèce », affirme la Ligue de protection des oiseaux PACA (LPO).

    L’association a donc lancé le Programme de restauration écologique des garrigues ouvertes (PREGO), un projet pilote destiné à préserver les habitats favorables à la pie-grièche méridionale et à toute la biodiversité qui lui est associée. Car cette espèce typique des paysages méditerranéens semi-ouverts dépend étroitement des maquis entretenus par le pastoralisme ou par les perturbations naturelles comme les incendies. « Mais avec la déprise agricole débutée dans les années 1970, l’abandon progressif du pâturage a favorisé la fermeture des
    milieux
     », relate la LPO.

    Pâturer pour pérenniser

    François Jeanne, responsable territorial Ouest-Provence de l’association, détaille : « La dynamique naturelle, qu’on observe dans tous les milieux, c’est la colonisation des garrigues et leur emboisement, avec une évolution vers le stade de jeune pinède, puis de forêt. »

    À ce stade du programme, la LPO identifie les secteurs à rouvrir. Concrètement, 132 hectares seront restaurés au cœur de la zone Natura 2 000 des garrigues de Lançon-de-Provence, notamment par girobroyage mécanique, d’ici juin 2029. Des opérations de brûlage dirigé menées par le Service départemental d’incendie et de secours concerneront 12 hectares « qui ne sont pas encore cartographiés », note François Jeanne, qui précise : « On croise ça avec toutes les opérations de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI), l’idée c’est de venir en complément. » Car au-delà de leurs bienfaits pour la biodiversité, ces actions renforcent la résilience des écosystèmes face au changement climatique et contribuent à la limitation du risque incendie.

    Le pâturage sur les sites restaurés sera ensuite encouragé afin de maintenir durablement ces milieux ouverts. Le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM), sans être partenaire direct, est associé au programme. « Ils étaient présents à la réunion de lancement et suivent le projet avec intérêt », assure le responsable territorial LPO. « On a une réflexion pour garantir la pérennité des travaux, poursuit-il. Une expérience sur la commune de la Barben montre que lorsqu’on rouvre les milieux, l’écosystème est favorable pour une période de 5 à 7 années après les travaux. Le pâturage freine la fermeture. » Les actions opérationnelles seront réalisées à l’automne ou à l’hiver. « On espère pouvoir entamer les premiers travaux au début de l’an prochain, après avoir obtenu les autorisations environnementales », confie François Jeanne.

  • [Ecologie] Comment attirer l’attention sur un poisson menacé mais pas très beau ?

    [Ecologie] Comment attirer l’attention sur un poisson menacé mais pas très beau ?

    Argyrosomus japonicus est menacé d’extinction. Ce poisson tropical est pourtant important, pour la biodiversité, des raisons culturelles et économiques. Il faudrait donc redoubler d’efforts pour le protéger. Seulement, il a un défaut : il n’a pas de charisme. Il est terne, n’a pas une silhouette très remarquable… Il fait partie des 15% des poissons tropicaux jugés les moins beaux, selon une étude de 2022. C’est cruel, mais « la perception que l’on a d’une espèce impacte le niveau d’attention et de protection qu’on lui accorde », rappelle Anne-Sophie Tribot, spécialiste en sciences sociales de la conservation de la biodiversité au laboratoire Telemme (Aix-en-Provence). Comment redorer l’image du « maigre japonais » –son nom commun- et donner envie de le protéger ? Une étude parue dans Biological Conservation montre que les sons qu’il émet pourraient aider. « C’est la première fois que nous montrons l’importance du son pour susciter de l’affect envers un poisson », ajoute la chercheuse coautrice de l’article avec Nicolas Mouquet, chercheur CNRS à l’Université de Montpellier.

    Car oui, A. japonicus émet des sons intentionnellement. Pas avec des cordes vocales, mais avec sa vessie natatoire
    -une poche qu’il remplit d’air pour contrôler sa position dans la colonne d’eau, comme un sous-marin. « Les contractions des muscles autour de cette vessie produisent des sons, précise Anne-Sophie Tribot. Cela peut servir à attirer des femelles ou à défendre un territoire. »

    Biais réduit

    Ces sons ont aussi rendu A. japonicus plus impressionnant, plus intelligent, plus sensible aux yeux des près de 1 100 participants de l’étude. Des informations au sujet de son importance culturelle, économique ou ses traits écologiques, fonctionnent aussi, mais dans une moindre mesure. « En revanche, les informations sur son statut d’espèce menacée ont peu d’impact sur son charisme », précise Anne-Sophie Tribot. Toutefois, ni les sons, ni les vidéos, ni les informations textuelles ne le rendent plus beau ou plus mignon aux yeux des participants.

    Mais le son ne fait pas tout. Pour donner envie de protéger l’espèce, les informations textuelles fonctionnent mieux. Les participants avaient une somme fictive à répartir pour protéger A. japonicus ou un autre poisson –A. neoguinaicus-, plus beau mais moins menacé. Préciser le statut de menace réduit le biais lié à l’apparence : les participants donnent moins pour protéger A. neoguinaicus… mais ils ne donnent pas plus pour protéger A. japonicus. « C’est un résultat à prendre avec précaution qui mérite confirmation », nuance Anne-Sophie Tribot.

    Le mieux, pour protéger A. japonicus, serait donc probablement de redorer son image grâce aux sons qu’il émet tout en informant sur la menace qui pèse sur lui. « C’est ce que nous voudrions tester à l’avenir, glisse la chercheuse. Et faire la même chose avec d’autres espèces. »

  • Contre la baisse de la biodiversité, les mesures actuelles ne suffiront pas

    Contre la baisse de la biodiversité, les mesures actuelles ne suffiront pas

    Plus d’aires protégées, plus de prairies naturelles, plus d’arbres, moins d’engrais dans l’agriculture… Pour lutter contre la perte de biodiversité, les objectifs en Europe sont là. « Mais personne n’a jamais vraiment évalué quels pourraient être leurs effets à long terme sur les espèces communes », souligne Stanislas Rigal. Dans une étude parue dans Nature Ecology & Evolution, le chercheur au Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Montpellier) montre que même si elles sont respectées à la lettre, ces mesures ne suffiront pas. « Elles améliorent la situation mais la biodiversité continue de s’éroder en 2050, résume-t-il. Alors même que ces mesures sont jugées ambitieuses. »

    Le réchauffement climatique, la reforestation, l’agriculture intensive… « Les effets de ces facteurs sur la biodiversité sont bien documentés sur les dernières décennies, précise Stanislas Rigal. De nombreuses études ont montré que les effectifs d’oiseaux communs et d’insectes chutent globalement en Europe, avec un moteur principal qui est le modèle agricole intensif. » Il a regroupé les données d’abondance de 265 espèces d’oiseaux et 144 espèces de papillons sur plus de 20 000 sites dans 26 pays européens entre 2000 et 2021. Pourquoi les oiseaux et les papillons ? Parce que les données sont là. « Mais aussi car les oiseaux, situés en haut de la chaîne alimentaire, sont fortement impactés par ce qu’il se passe en amont, ajoute le chercheur. Et les papillons réagissent bien à la qualité de leur habitat. »

    Quatre scénarios

    Pour imaginer le futur, quatre scénarios ont été envisagés dans lesquels les objectifs européens de conservation sont remplis en 2050, mais pas tout à fait de la même manière. Le premier, dit SSP1 (voir Repères), se contente de remplir les objectifs. Les trois autres les remplissent mais avec une certaine philosophie : l’un vise à préserver la biodiversité pour elle-même, l’autre pour le lien que nous entretenons avec elle et le dernier pour les services qu’elle rend. Ce qui se traduit, par exemple, par le positionnement des aires protégées sur les hot-spots de biodiversité dans le premier cas, là où les activités humaines ont une influence sur le paysage dans le deuxième cas et sur les zones qui stockent beaucoup de carbone dans le dernier cas.

    Résultat : aucun de ces scénarios, même les plus ambitieux, n’inversent la tendance. L’abondance des oiseaux des champs continue de chuter en 2050. Idem pour les papillons des champs et des forêts. Seuls les oiseaux des forêts tirent leur épingle du jeu. Mais c’est déjà le cas aujourd’hui. « Ils profitent du retour du couvert forestier en Europe », précise Stanislas Rigal. Mais pas les papillons forestiers qui ont besoin d’espaces ouverts au sein des forêts.

    Alors que faire ? « Définir des objectifs plus ambitieux », résume le chercheur, qui y travaille dans le cadre du projet Beyonds.

  • [Patrimoine] L’Hôtel de Pesciolini et ses atlantes baroques

    [Patrimoine] L’Hôtel de Pesciolini et ses atlantes baroques

    L’hôtel de Pesciolini est classé au titre des monuments historiques depuis l’an dernier en tant que « rare témoignage de l’urbanisme, de l’architecture et de la sculpture baroques à Marseille, placé dans la scénographie urbaine exceptionnelle du Cours Belsunce issue de l’agrandissement urbain du dernier tiers du XVIIe siècle ». Sa porte a d’abord été inscrite au titre des monuments historiques en 1929. L’immeuble a subi il y a deux ans un incendie qui a heureusement vite été circonscrit.

    L’historien Georges Reynaud a retracé l’identité de cette demeure de la noblesse marchande qu’il qualifie de « pièce maîtresse du baroque marseillais ». En avril 1672, Amant de Venerosi-Pesciolini, issu d’une lignée de banquiers et de négociants toscans ayant fait souche à Marseille, achète à son beau-père un terrain à bâtir d’environ 180m2 près du couvent des Récollets qui alors fait face au cours à l’angle de la rue de Dauphine, actuel rue National. Ce beau-père, c’est Barthélemy Cousinéry, un conseiller du commerce élu second échevin de Marseille en 1668.

    Amant engage les entrepreneurs César Portal et Alexandre Casteau pour construire son hôtel particulier avec des boutiques au rez-de-chaussée au prix convenu de 10 200 livres. La pierre vient des carrières de la Couronne. Initialement, il demande aux bâtisseurs de prendre exemple sur les atlantes sculptés par Pierre Puget pour l’hôtel de ville de Toulon en 1657. En cours de projet, le commanditaire se ravise et veut des atlantes semblables au luxueux hôtel d’Espagnet bâti en 1651 au 38, cours Mirabeau à Aix-en-Provence. Les atlantes de l’hôtel de Pesciolini avaient leur pendant de l’autre côté de la rue d’Aix avec deux cariatides portant le balcon d’un hôtel disparu. Leur symétrie composait un fond de scène à l’extrémité montante de ce cours royal.

    On ne sait pas si Pesciolini y a vécu. Jean-Paul de Foresta, juge de paix, louait la demeure en 1692. L’hôtel est vendu en 1708 à Joseph Villet, un courtier royal qui le revend en 1714 à Gantel-Guitton, futur seigneur de Mazargues. Durant la Révolution, son fils qui fut maire de Marseille de 1779 à 1782, s’enfuit à Lyon après l’incendie de son château de Mazargues. L’hôtel particulier est alors vendu en 1794 aux enchères à Barthélémy Girard, un ancien charcutier, puis en 1806 à Jean-Sylvestre Reynard, raffineur de sucres et négociant en denrées coloniales. Endetté jusqu’au cou, il le revend quinze ans plus tard à Jean-Joseph Martin, le savonnier le plus riche de Marseille. L’historien Georges Reynaud identifie trois commerces en 1848 dont des bains publics coté rue d’Aix et un débit de tabac à l’angle. Une salle de billard est sans doute installée selon lui dans l’entresol.

    À présent, son propriétaire, l’important professionnel de l’immobilier Auguste Lafon, a prévu de restaurer l’édifice pour établir un commerce et un restaurant en pied d’immeuble, un local de stockage au premier étage, des bureaux associatifs au second, et des logements du 3e au 5e étage. Une autorisation de travaux a été délivrée par la conservation régionale des monuments historiques. Le permis prévoit de restituer les chapiteaux ioniques. Les pierres de parement et les modénatures seront restaurées en pierre de la Couronne. Les seuils des portes et commerces, et les soubassements, le seront en pierre de Cassis. Un protocole de restauration des sculptures doit être élaboré. Le Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine sera associé aux protocoles de nettoyage des parties sculptées. Les menuiseries de fenêtres anciennes XVIIe et XVIIIe en façade et les impostes seront restaurés. Les vantaux de la porte d’entrée seront remplacés sur modèle du XVIIe. Un ferronnier d’art bichonnera le garde-corps de ce somptueux balcon.

  • Un escape game au Muséum d’histoire naturelle de Marseille

    Un escape game au Muséum d’histoire naturelle de Marseille

    Il faut que vous trouviez ce spécimen avant que les déménageurs arrivent dans 45 minutes… », lance Mathieu Carvin, médiateur scientifique au Muséum d’histoire naturelle de Marseille. C’est le début du jeu d’évasion. Dès lors, les participants sont replongés dans le passé d’Alain Delcourt, conservateur du muséum, mort avant d’avoir pu transmettre ses découvertes sur un spécimen unique. Afin de les protéger des braconniers, il a caché des indices dans son bureau, mais les déménageurs arrivent pour débarrasser ses affaires…

    Toutes les semaines, du mardi au vendredi jusqu’au 14 août, le jeu proposé permet de se divertir gratuitement et de profiter d’une heure de fraîcheur au sein de l’aile droite du Palais Longchamp (4e). L’escape game est accessible à tous dès 12 ans, habitués comme débutants. Les enfants de moins de 16 ans doivent être accompagnés d’un adulte ou être munis d’une autorisation parentale. L’animation invite à se plonger parmi les insectes, spécimens, fossiles, livres et archives, pour se mettre dans la peau d’un conservateur de musée.

    Immersion garantie

    « Le scénario est appuyé sur une histoire vraie. Alain Delcourt a vraiment découvert un spécimen unique dans les années 80 », raconte Mathieu. Imaginé en 2021, il « évolue chaque année, car le spécimen est encore étudié aujourd’hui et que de nouvelles découvertes sont faites. On veut rester scientifiquement exact », poursuit-il. L’équipe de la médiation scientifique du musée met un point d’honneur à respecter le réalisme et la fidélité scientifique de la mise en scène. « L’escape game a une visée pédagogique, il permet d’aborder différentes thématiques du musée : classification du vivant, conservation, évolution… », explique Mathieu.

    « Dans un grand livre… Il faut trouver un grand livre ! » s’exclame Lina, qui participe à l’escape game, ce vendredi 24 juillet. Le groupe fouille la bibliothèque et les caisses de crânes à la recherche d’indices pour ouvrir le cadenas. Tous se prennent au jeu grâce au décor immersif imaginé par les équipes du musée. « On s’y croyait vraiment ! » applaudit Lina en sortant.

    Réservation sur etemarseillais.fr

  • L’ancien palais de justice de Brignoles mis sous protection

    L’ancien palais de justice de Brignoles mis sous protection

    Le ministère de la Culture a ouvert une instance de classement au titre des monuments historiques de l’ancien palais de justice de Brignoles (Var), édifié entre 1839 et 1842. Cette décision ministérielle rare, signée le 20 mai 2026 et qui vient d’être publiée, répond à une demande de l’association Sites & monuments qui avait interpellé en urgence l’État pour sauver l’édifice de 1 000 m2.

    « Le dépôt le 14 août 2025 d’un permis de démolir partiel fait peser une menace directe de transformations irréversibles, d’altérations architecturales substantielles et de perte de lisibilité des volumes et des dispositions d’origine sur cet ensemble d’intérêt patrimonial majeur », a écrit en février Sandrine Rolengo, la déléguée régionale Paca de l’association de défense du patrimoine. Son courrier à Rachida Dati soulignait l’extrême urgence à intervenir. « Dans un contexte de pression foncière et de renouvellement urbain, ces risques appellent une réponse immédiate des pouvoirs publics. »

    « Un ensemble architectural complet »

    Après le départ du tribunal du centre-ville, le bâtiment historique est resté vacant et s’est dégradé jusqu’à l’effondrement partiel de la toiture et de zones de plancher. « La préservation en l’état étant devenue impossible, notamment en raison du coût nécessaire, il a été décidé la démolition partielle du bâtiment, en ne conservant que la façade principale », énonçait, en juin 2025, la mairie de Brignoles dans l’appel d’offres pour sa déconstruction. L’instance de classement garantit désormais la sauvegarde de cet ensemble « dans l’attente de l’instruction d’une mesure de protection pérenne ». « Tous les effets du classement au titre des monuments historiques s’appliqueront de plein droit à cet immeuble pendant une durée d’un an », énonce la décision.

    L’ancien palais de justice est l’œuvre de l’architecte Esprit Lantoin (1787-1856), qui l’a conçu dans un style néoclassique comme « élément central d’un ensemble architectural complet d’édifices construits pour les institutions judiciaires et pénitentiaires sous la monarchie de Juillet ». C’est en réalité tout le pôle judiciaire du XIXe qui mérite d’être sauvé. C’est pourquoi Sites & monuments a demandé que soient également protégées l’ancienne prison, l’ancienne gendarmerie, la place et sa fontaine. « Bien que situés dans le Site patrimonial remarquable de la ville, ces édifices méritent une protection individuelle afin d’assurer leur conservation, leur restauration et leur transmission aux générations futures », vient d’écrire l’association reconnue d’utilité publique au maire de Brignoles, Didier Brémond (LR), pour demander une reconversion de l’îlot plus respectueuse du patrimoine.

  • Dans le Var, la ministre de la Mer Catherine Chabaud appelle à cohabiter avec la faune marine

    Dans le Var, la ministre de la Mer Catherine Chabaud appelle à cohabiter avec la faune marine

    Si elle confesse volontiers avoir apprécié ces trois jours « dans (son) élément », Catherine Chabaud n’était pas en vacances dans le Var. La ministre déléguée en charge de la Mer et de la Pêche, ancienne navigatrice – elle fut la première femme à terminer un tour du monde à la voile, en 1996-1997, sur le Vendée Globe – est arrivée mercredi dans le département, pour l’inauguration de la plateforme scientifique de l’institut océanographique Paul Ricard, sur l’île des Embiez. Cet outil, dédié à la recherche dans différents domaines (aquaculture innovante, sécurité alimentaire, conservation d’espèces menacées…) avec l’objectif de sensibiliser les décideurs politiques, a particulièrement plu à la ministre : « On a besoin de vision, et Patricia Ricard [présidente de l’institut, ndlr] fait partie des visionnaires. Cette plateforme permet de faire de la recherche et d’identifier les sujets d’urgence comme le fait de développer une aquaculture plus durable, et de les expérimenter », dans un esprit de « mobilisation collective des entreprises, des scientifiques et des ONG » qui lui est cher.

    Jeudi, elle a embarqué à bord du catamaran We Explore de son confrère navigateur Roland Jourdain, double vainqueur de la Route du Rhum, fabriqué à 50 % en fibre de lin. Ils y ont repéré un cachalot blessé par une hélice de bateau aux abords du Parc national de Port-Cros. Un sujet qu’a abordé le navigateur vendredi, lors d’une série d’échanges consacrés à la protection de la mégafaune marine vendredi au Fort du Pradeau, à Hyères.

    « Nous sommes colocataires de la planète »

    « On raconte les histoires des courses, des quarts de seconde décisifs, mais la victoire peut se faire à vitesse réduite. Il faut inventer le modèle de demain », milite-t-il. Car la vitesse demeure un véritable sujet, sur lequel une forme de législation existe par endroits, notamment dans le cadre de la Zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) établie entre la France et l’Espagne en 2023, avec une réduction entre 10 et 13 nœuds dans certains espaces sensibles. « Il faut trouver le bon curseur, la mer ce n’est pas la route », temporise Catherine Chabaud, qui reconnaît toutefois « d’autres enjeux comme la réduction des émissions de CO2 et une opportunité à mieux connaître le milieu marin ».

    Et à « cohabiter ». « Il faut se rendre compte que nous sommes colocataires de cette planète », clame, avec véhémence, l’océanologue François Sarano en conclusion des échanges de vendredi, au cours desquels la cohabitation a pris une large place. D’abord, à travers des discussions sur les conséquences des bruits anthropiques sur la megafaune, qui peuvent entraver, entre autres, la chasse pour les animaux marins. Ensuite, sur les effets des sports nautiques, même ceux qui ne polluent pas ou peu directement (wingfoil, voile). Enfin, sur le rôle des collectivités, engagées dans des démarches collectives comme le sanctuaire Pelagos, espace maritime de 87 500 km² établi entre l’Italie, Monaco et la France pour la protection de la biodiversité marine, et le programme Caret, mené par le Parc National de Port-Cros, visant à protéger et restaurer les écosystèmes littoraux sableux, pour favoriser la reproduction de la tortue caouanne.

    Une approche qui doit, selon la ministre, permettre de sensibiliser les individus : « La problématique, c’est la capacité des citoyens à changer de comportement. On est en train de rentrer dans la partie exponentielle des courbes du GIEC ». Et pour cela « il faut aussi des décisions politiques fermes ». À l’opposé de la loi Duplomb ou de la loi d’urgence agricole dont le texte, assoupli en commission mixte paritaire jeudi sur le volet de la réintroduction de pesticides interdits et du stockage d’eau, doit être présenté au Sénat et à l’Assemblée nationale lundi et mardi.

  • Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Hauts floqués du nom des organisations qu’ils représentent, carnet en main pour certains, parlant français ou espagnol, ils sont une dizaine à s’être retrouvés sur le site de la pépinière expérimentale de Cadarache, tenue par l’Office national des forêts (ONF). Tous, sont issus des 18 partenaires qui composent le projet Interreg Sudoe Cooptree, lancé « dans une démarche d’adaptation au changement climatique des forêts sur le sud ouest européen, précise Raphaël Delpi, représentant de Forespir, chef de file du projet. Si la région Paca n’est pas incluse dans le territoire d’intervention, elle reste intéressante en tant que région méditerranéenne. On est hors zone aujourd’hui, pour un apprentissage technique. » Le projet Cooptree, lancé en janvier 2024, mené jusqu’en décembre 2026, permets aux partenaires du projet de partager des connaissances sur différentes espèces d’arbres, leurs résistances aux conditions climatiques… Notamment dans un contexte de climats plus secs, plus chauds, chaque année. « Par cette coopération, chacun montre ce qu’il connaît mais de l’autre côté, chacun cherche de l’information chez les autres. Quand nous (ONF) projetons le projet à 2100, on sait qu’on va voir de plus en plus de problèmes pour un certain nombre d’espèces autochtones, pour qu’elles puissent vivre, pour qu’on puisse avoir un couvert forestier même si on ne pense pas à la production. C’est encore pire dans le sud de la France : demain, le climat ici sera celui de Séville (…) actuellement, tous les pays européens sont en recherche de ressources génétiques pour leurs forêts », précise Erwin Ulrich, pilote de la mission adaptation des forêts au changement climatique, au niveau national. D’où, les rencontres régulières, en France, dans les pays ibériques, au Portugal… Après Cadarache, le groupe s’est dirigé vers le Mont Ventoux.

    Expériences à Cadarache

    Avant de se rendre dans le Vaucluse, ce sont sous les serres de la pépinière de Cadarache, ou des milliers de plants forestiers sont soumis à diverses expérimentations, que le groupe s’est attardé. Plus précisément, sur le dispositif expérimental travaillé autour du pin de Salzmann, soumis, dans l’une des nefs de la serre, à plusieurs niveaux de stress hydrique. « Le stress a démarré fin février, on va le poursuivre jusqu’à fin août. On le fait sur une saison », précise Jérôme Reilhan, responsable ONF de la pépinière, en charge de détailler le projet, sans pouvoir, à ce stade, fournir de conclusions. Au gré des rangées sous serre, des panneaux enfoncés dans les plans indiquent le pourcentage des modalités de capacité de rétention en eau des substrats. Entre les plants, un robot sur une rampe mobile qui se déplace dans la nef, gère l’arrosage. Si l’expérimentation arrivera à expiration, « on espère que la coopération va continuer à fonctionner, conclut Brigitte Musch, cheffe du département ressource génétiques à l’ONF. Il faut de la coopération sur la conservation de ressources génétiques. Elles sont, dans certaines zones, en danger dû au réchauffement climatique au sens large du terme (…) L’idée est d’avoir cette coopération pour mettre en sécurité ces ressources génétiques. Ce, de manière transfrontalière. On y travaille avec nos collègues andalous. »

    Eva Bonnet-Gonnet

  • À quand la fin du calvaire de la « dame de fer » de Borély ?

    À quand la fin du calvaire de la « dame de fer » de Borély ?

    C’est l’Arlésienne du patrimoine en péril. Depuis plus de vingt ans, on annonce, on promet, on applaudit sa restauration prochaine. Les délibérations, les appels d’offres, les communiqués se succèdent annonçant études préliminaires, diagnostics et plans de sauvetage de la grande serre en péril du jardin botanique du parc Borély, avenue Clot Bey (8e). Cette fois, c’est bon mais, encore un petit peu de patience.

    Cette pyramide de métal et de verre de 200m² est un témoignage précieux des techniques de ferronnerie puddlée de la fin du XIXe siècle. L’ouvrage gracieux de style Baltard, surmonté d’un chapiteau central avec des lanterneaux était à l’origine le jardin d’hiver du château de Montcalm près de Vauvert en Camargue, l’espace de réception de la richissime famille Noilly-Prat. C’est Edmonde Charles-Roux qui souffla l’idée à Gaston Defferre de la sauver du château en ruine. Ce fut fait en février 1982 avec un chèque de 500 000 francs. Démontée, transportée à Marseille, remontée et surtout adaptée en serre tropicale, la « dame de fer » a été inaugurée en mars 1984 avec une exposition d’orchidées.

    Redonner sa destination de serre botanique

    Par manque d’entretien, l’édifice s’est lentement dégradé. Depuis 22 ans, il est interdit au public pour des raisons de sécurité. En mars 2006, le conseil municipal avait voté un budget, porté en 2010 à 350 000 euros. Puis rien ne s’est passé comme prévu. L’appel d’offres n’a pas eu de suite. La Ville a alors déposé en douce en octobre 2015 un permis de démolir, stoppé net par les Affaires culturelles. La Ville a ensuite vite promis aux crédules que sa restauration serait vite achevée en novembre 2019. Six mois plus tôt, l’agence Fabrica Traceorum avait rendu un sérieux rapport de diagnostic sur son piteux état. Une ligne budgétaire de 2 millions d’euros lui a été consacrée pour la recycler en halle pour des expositions temporaires. Vu le montant de l’ardoise pour la sauver, l’adjointe aux parcs et jardins, Nassera Benmarnia, a revu le projet pour lui redonner sa destination originelle de serre botanique et l’ouvrir pleinement au public toute l’année. Une maîtrise d’œuvre a alors été lancée en mars 2023 confiée à un groupement d’entreprises piloté par l’atelier d’architecture Ugo Nocera, primé pour son projet de restauration et aménagement du phare de l’Espiguette. Un permis de construire a été délivré en février 2026 pour la « restauration complète » de la serre, validé par la Conservation régionale des monuments historiques, l’ouvrage bénéficiant de la protection attachée depuis septembre 2024 à la totalité du domaine Borély. C’est ce qui la sauve.

    Parcours de valorisation des plantations

    Quarante-trois ans après son remontage à Borély, « le cœur du projet, c’est le démontage intégral de la structure métallique. Elle sera nomenclaturée, traitée, renforcée et remontée sur de nouvelles fondations », explique l’architecte du patrimoine Ugo Nocera conscient des aléas et de la complexité de l’opération. « C’est un ouvrage très intéressant, bien dessiné, très proportionné. Il ne fait aucun doute que d’un point de vue historique, on est vraiment dans les premières structures en fer puddlé très pur, obtenu à partir de fonte brute, une période qui n’a pas duré longtemps avant de passer à l’acier. » 90% de cette charpente à valeur patrimoniale avec ses douze colonnettes en fonte seront conservés, décapés, renforcés et traités contre la corrosion. Les éléments irrémédiablement détériorés seront recréés. Toute l’opération vise à lui restituer « son intégrité architecturale, structurelle et fonctionnelle » tout en assurant sa mise aux normes, son accessibilité PMR avec désormais deux entrées et sa pérennité.

    Un nouveau système de chauffage par pompe à chaleur assurera une température stable toute l’année. Le sol en terre cuite sera constamment mouillé par un système d’arrosage qui maintiendra une ambiance humide. Les façades vitrées seront reconstruites à l’identique. L’espace intérieur sera réaménagé par l’architecte scénographe Flavio Bonuccelli afin d’offrir aux visiteurs un parcours de valorisation des plantations disposées autour d’un espace central de pleine terre. Ainsi après neuf à douze mois de chirurgie, la belle endormie renaîtra. Faudrait-il encore que le marché public de travaux sorte un jour. Encore une année ou deux de patience.