Tag: consensus

  • Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Ce n’était pas le moment de manifester selon le monarque de l’Élysée. C’était sans compter sur la détermination des Français. Samedi, la CGT a compté 800 000 manifestants dans le pays, autant qu’une semaine plus tôt, dont 250 000 à Paris, en dépit de la recommandation du « méprisant de la République » de ne pas manifester et d’un temps pluvieux sur une grande partie de l’Hexagone. De son côté, le ministère de l’Intérieur a dénombré 410 000 manifestants samedi, contre 550 000 la semaine dernière. « Cette journée de mobilisation est une grande réussite », s’est félicitée l’Union étudiante.

    « Mariane, Mariane ! »

    Dans les cortèges, les slogans contre la vie chère ou la dégradation des services publics sont désormais accompagnés de revendications sur les interdictions de manifester, les périmètres interdits et les tracés révisés sur décision des préfectures. « Marianne ! Marianne ! », a par exemple crié une partie du cortège parisien, à la vue d’une jeune femme aux atours de l’allégorie de la République française, juchée sur les épaules d’un jeune manifestant.

    « On nous prive de la liberté de pouvoir disposer de l’espace comme on le souhaite » et, « globalement, c’est un ras-le-bol général. Ça n’atteint pas que notre liberté mais aussi notre fraternité », a lancé Léa Berthelot, comédienne de 26 ans en bonnet rouge et robe blanche, drapeau tricolore à la main. À travers la France, plusieurs cortèges initialement interdits ont finalement été validés par les tribunaux administratifs. Mais des interdictions ont persisté à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.

    « Une nouvelle réussite »

    « Ni le président, ni le temps, ne m’empêcheront de manifester », affirme Delphine, 47 ans, en tête de cortège à Lille pour aussi « représenter » ses trois enfants étudiants, « en train de travailler pour payer leurs études ». La secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, et le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, figuraient dans le défilé parisien. « Il est temps de céder », a lancé ce dernier à l’attention du chef de l’État. De son côté le Parti communiste français a salué « une nouvelle réussite contre un pouvoir méprisant et liberticide ». Le PCF « pleinement mobilisé partout en France avec ses organisations locales, salue la réussite de cette journée ainsi que le travail des organisations syndicales et de jeunesse qui l’ont rendue possible ». Dans un communiqué, samedi, le Parti communiste rappelle que jeudi dernier, « Fabien Roussel, Stéphane Peu et Cécile Cukierman étaient venus à Matignon exiger des réponses sur les salaires et les prix de l’énergie. Le pouvoir a une nouvelle fois refusé de répondre aux immenses attentes que la mobilisation exprime ». Or si les revendications des manifestants sont diverses elles convergent toutes autour du pouvoir d’achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale. Les organisations étudiantes et lycéennes espèrent des annonces concrètes aujourd’hui après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, tandis que les syndicats de salariés se mobilisent en vue d’une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre. De leur côté, les gilets jaunes ont déjà annoncé une nouvelle journée d’action le 31 octobre.

    La Ligue des droits de l’homme (LDH) a, elle, réclamé l’envoi en France d’une mission d’observation sous l’égide des Nations unies, jugeant le maintien de l’ordre de ces dernières semaines « particulièrement chaotique et incohérent ».

    Enquête ouverte

    sur des nervis à Nice

    À Montpellier, Rouen et Nice des membres de l’ultradroite ont voulu affronter des manifestants. À Lyon, un petit groupe d’une douzaine de jeunes hommes encagoulés ou visage caché scandant « la rue la France nous appartient » dans la presqu’île, interdite à tout cortège ou attroupement, a pu déambuler sans entrave. Autre fait : une enquête a été ouverte après des incidents au cours desquels des manifestants ont été agressés à Nice par des individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite, a indiqué dimanche le parquet. « Une enquête en flagrance confiée au SLPJ 06 [Service local de police judiciaire] est ouverte pour identifier et interpeller les membres de cette mouvance impliqués dans les violences aggravées qui se sont déroulées dans le centre-ville », a précisé le procureur de la République de Nice Damien Martinelli dans un communiqué transmis à la presse. Le magistrat a indiqué « vouloir apporter une réponse extrêmement ferme à ces faits de violence commis par ces individus », en précisant que des enquêtes sont en cours à partir des images captées samedi. Sur certaines d’entre elles diffusées par la presse locale, on voit des hommes en noir masqués se ruer sur des manifestants visiblement non-violents.

    Le maire de Montpellier dénonce une « milice d’extrême droite »

    Outre Nice, des agressions de manifestants par des membres d’ultra-droite ont également été recensées à Montpellier. Dénonçant cette « milice d’extrême droite », le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a lui estimé qu’en « République, personne ne peut faire usage de la violence contre autrui. Je condamne ces agissements avec force et demande à ce que la justice enquête et interpelle les auteurs. Il ne peut y avoir la moindre impunité ».

  • Après avoir tout verrouillé la veille, le préfet lâche finalement du lest

    Après avoir tout verrouillé la veille, le préfet lâche finalement du lest

    « Lorsqu’une organisation syndicale reconnue, et je crois que la CGT en fait partie, qu’elle a une capacité de déclarer, de discuter en itinéraire, d’amener des éléments d’encadrement, d’accompagnement et de sécuriser l’événement, il n’y a aucune raison de ne pas accepter ce type de manifestation. » Après être revenu sur la suspension des transports à Marseille, ce vendredi 23 octobre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a autorisé la manifestation organisée par l’intersyndicale CGT-FSU et Solidaires ce samedi, malgré l’interdiction de toute manifestation, déclarée ou non, la veille.

    « Nous avons trouvé en milieu de matinée un itinéraire qui satisfait à la fois la possibilité à tout un chacun de pouvoir venir manifester et nous, de pouvoir sécuriser un itinéraire qui évite le centre commercial tout en restant en ville, pour permettre à chacun de s’y déplacer », a-t-il justifié. Pour lui, « les commerçants doivent pouvoir travailler », et les gens « faire des emplettes (…) en toute quiétude ». La mobilisation « initialement autorisée » à Aix-en-Provence a, elle, été interdite à l’heure où nous écrivons ces lignes, « parce que l’organisateur refusait, conformément aux doctrines nationales, de changer son itinéraire, qui passait par l’hyper-centre-ville commerçant ».

    Les transports publics marseillais en circulation

    Un peu plus tôt dans la matinée, la préfecture avait reculé sur la suspension des transports marseillais pour la journée de samedi, « faute de consensus ». « J’avais souhaité, et non pas décidé de façon autoritaire, de pouvoir réguler les transports publics », explique le préfet, pas pour « mettre la ville sous cloche » assure-t-il, mais « parce que lorsqu’on est en gestion de mouvements importants, en cours de journée, il nous arrive de demander à l’opérateur de transport de couper les lignes ». Et les gens partis au travail le matin « ne peuvent pas rentrer », poursuit-il. L’idée était d’anticiper pour permettre « à chacun de prendre ses dispositions », assure le représentant de l’État. Dans le reste des Bouches-du-Rhône, les transports en commun sont suspendus à la demande des maires précise-t-il, comme sur l’axe Marseille-Aix-en-Provence, ou entre Aix-en-Provence et Salon-de-Provence, entre Marseille et Salon-de-Provence et entre Marseille et Miramas.

    Sur le dispositif de sécurité mis en place, le ministre de l’Intérieur ayant annoncé le déploiement du Raid, du GIGN et même de l’armée, Jacques Witkowski n’a pas souhaité s’exprimer.

  • Free fusionne ses centres d’appels, la CGT va en justice

    Free fusionne ses centres d’appels, la CGT va en justice

    Un plan social « déguisé » et une attaque en règle des droits de représentation des salariés. C’est ce que dénonce la CGT Telecoms dans un communiqué sur la situation des centres d’appels de Free, désormais une marque du groupe Illiad dont le président-fondateur reste Xavier Niel. Par un savant principe de fusion de Centrapel à Paris, Certicall à Marseille et Equaline à Bordeaux, puis d’absorption, par une filiale, Protelco, rebaptisée « Free assistance », prévue pour le 4 mai, et la mise en place d’un GEEP (Gestion des emplois et des parcours professionnels), l’entreprise se réorganise en profondeur. Au détriment des salariés, alerte Annabel Ros, élue CGT au CSE de Certicall.

    Parallèlement, des Free Proxi, mini-centres de 10 personnes, installés dans des appartements, ont été mis en place. Leur mission : répondre aux abonnés et les dépanner, les centres se consacrant aux abonnements pros. « Ils ont vidé les effectifs des centres, avec une baisse de trois quarts, de 4 000 en 2017 à 1 000 en 2025 », assure la syndicaliste, « à Marseille 48 personnes sont parties, 90% ont préféré quitter l’entreprise face une ambiance délétère, profitant de primes de départ supérieures au niveau légal. » Dans les « Proxi », sur « 400 recrutements, on dénombre 107 licenciements et une centaine de démissions », ajoute-t-elle.

    « Aucun collaborateur contraint » selon Free

    Sur le pont de 8h à 21h du lundi au dimanche, sans manager mais avec un « coordinateur », ces petites cellules « plus pratiques quand il s’agit de travailler ensemble ou de partager une pizza », vante Xavier Niel, donnent lieu à de l’isolement, des intimidations avec « entretiens préalables au licenciement fréquents » et des difficultés pour s’organiser syndicalement déplore Annabel Ros. Dans les centres, « des accords sont en cours, puisque la fusion fait tomber tous les mandats, mais on nous propose trois fois moins de représentants qu’actuellement, nous avons décidé d’attaquer en justice », explique-t-elle, soupçonnant « une volonté de se débarrasser des élus ». Après une audience à Bordeaux ce lundi 13 avril, c’est à Marseille que se tient la seconde ce mardi.

    « Free fait le choix de rassembler ses deux équipes d’assistance abonnés, les centres de relation abonné et Free Proxi, au sein d’une structure unique [pour] mettre fin aux silos (…) et mieux servir nos abonnés », se défend la direction du groupe. Mieux, il s’agit pour les salariés d’« une vraie opportunité et une attente », assure-t-elle. Sur le GEEP, signé en 2025, il « repose sur un double consensus social, négocié et signé par la majorité des organisations syndicales représentatives, et intégralement fondé sur le volontariat », insiste Free, assurant qu’« aucun collaborateur n’est contraint de changer de poste ». Mieux, nombre d’entre eux « ont saisi avec enthousiasme l’opportunité de rejoindre ce nouveau modèle ». Free en veut pour preuve des effectifs qui entre 2024 et 2025, « ne sont pas en baisse ». Et de préciser que 195 Proxi ont été déployés en France.

  • [Entretien] Isabelle Merle : « Alerter sur la situation en Nouvelle-Calédonie »

    [Entretien] Isabelle Merle : « Alerter sur la situation en Nouvelle-Calédonie »

    Isabelle Merle, organisatrice de l’évènement et historienne au CNRS, spécialiste de l’histoire coloniale de Nouvelle-Calédonie, a répondu aux questions de La Marseillaise.

    La Marseillaise : Pourquoi organiser cette réunion publique maintenant ?

    Isabelle Merle : Car les trois militants du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), accusés d’avoir été commanditaires du mouvement social de mai 2024, ont été libérés de leur astreinte à rester en France. C’est l’opportunité d’alerter sur la situation de la Nouvelle-Calédonie, avant qu’ils ne repartent. Pour qu’ils nous donnent leur point de vue sur le processus de passage de l’accord Bougival avec la loi sur le report des élections provinciales [étudiée en commission parlementaire mixte depuis ce lundi, Ndlr.].

    Si la loi passe, les élections devraient se tenir en juin 2026 au lieu du 30 novembre 2025. En quoi ce report pose-t-il problème ?

    I.M. : Ces élections sont très importantes, parce qu’elles permettent d’élire les membres des assemblées de province et du Congrès. Si la loi passe, ce serait la troisième fois qu’elles sont reportées. Les élus auront donc un mandat qui aura excédé deux ans, car ils ont été élus en 2019. Le pays a besoin d’un souffle démocratique et d’avoir des représentants légitimés par une nouvelle élection. Car les élus du Congrès vont porter le processus d’organisation du référendum sur l’accord de Bougival, qui n’est pas consensuel.

    Pourquoi cet accord, signé le 12 juillet dernier, ne fait-il pas consensus ?

    I.M. : Une partie du FLNKS le rejette. Il a été extrêmement critiqué sur la forme : insuffisamment préparé, insuffisamment négocié, passé dans des conditions de contraintes fortes, ce qui a entraîné le retrait du FLNKS. Ce texte est aussi problématique sur le fond : il propose un État, mais sous un fort contrôle de la France, crée une nationalité, mais indexée à la française, ce qui en fait une nationalité subalterne. Le dégel du corps électoral est aussi prévu dans cet accord. Les indépendantistes ne sont pas opposés à la discussion sur un élargissement des électeurs, mais se le voir imposer par Paris sans négociation est problématique, car le dégel ne fait pas consensus.

    Maintenir la date des élections provinciales est donc important ?

    I.M. : Le pays a besoin de ce souffle démocratique pour apaiser les tensions. Sans cela, cet accord de Bougival sera pris comme un passage en force. Plus on restreint les formes de contestations démocratiques, plus elles risquent de s’exprimer autrement. Les braises sont encore chaudes dans l’archipel.