Les Cévennes sont-elles prêtes pour les prochains épisodes cévenols violents ? Pas si sûr. Pourtant ce territoire est habitué à voir ses rivières sortir de leur lit. Les plus anciens se souviennent notamment des inondations de 1958. À l’époque le Gardon, le Vidourle et la Cèze, en crue, provoquèrent d’importants dégâts sur 45 communes, tuant plus de 30 personnes.
Suite à cet épisode, une prise de conscience collective s’effectue. À cette époque de grands travaux, la décision est prise de construire cinq barrages qui verront le jour entre 1967 et 1982. Un autre est également construit à Villefort, en Lozère, en 1964, qui permet d’influencer les cours d’eau cévenols. Des infrastructures très onéreuses gérées par le Département. Le barrage de Sainte-Cécile-d’Andorge subit par exemple actuellement d’importants travaux de mise en sécurité et de confortement estimés à plus de 27 millions d’euros.
Pour les trois barrages situés sur le Vidourle, c’est aussi 600 000 euros d’entretien chaque année à débourser. Ces barrages, dont deux sont écrêteurs de crue, permettent chacun de retenir 10 millions de mètres cubes d’eau. Pourtant, leur impact est limité. « Si l’orage est un kilomètre après le barrage, ça ne sert à rien », prévient Jacques Dautheville, maire de Conqueyrac et ancien vice-président de l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) du Vidourle. L’élu a surtout constaté qu’en 2002, les deux barrages situés sur sa commune n’avaient pas empêché l’importante crue de toucher sa mairie, qui s’était retrouvée sous 1,5 mètre d’eau.
En réalité, la plupart des habitants du territoire savent qu’il est impossible de se prémunir complètement face à ces épisodes violents.
C’est pour cela qu’un important travail de signalisation des zones inondables, mais aussi des ponts submersibles (notamment après 2024 lorsque six personnes avaient péri sur ces infrastructures) a été réalisé. Comme partout en France, le système FR-Alert s’est démocratisé depuis 2022. Les municipalités se sont également munies de plans communaux de sauvegarde (PCS) pour faire face à la crise. Alès a également créé une réserve communale de sécurité civile en 2022.
Aujourd’hui, la compétence Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) a été cédée aux intercommunalités, qui travaillent avec les syndicats de bassin pour entretenir les cours d’eau, restaurer les zones d’expansion des crues et réduire les dommages. Mais ce sont bien les trois syndicats (Vidourle, Gardon, Cèze) qui ont en charge le Programme d’actions de prévention des inondations (Papi) permettant non seulement de construire des digues mais aussi d’adapter la vulnérabilité des bâtiments.
Celle-ci est l’un des axes privilégiés pour se prémunir du risque. Les communes ont d’abord des plans de prévention du risque inondation (PPRI), qui permettent de réglementer l’urbanisation selon la hauteur et la vitesse possibles des eaux. Ensuite, les mairies n’hésitent plus à mettre en œuvre des relocalisations de logements dangereux c’est-à-dire racheter à leurs propriétaires les habitations dans des zones dangereuses pour ensuite les détruire, renaturer et désimperméabiliser la zone. Ce fut par exemple le cas à Alès près du ruisseau du Grabieux, où 27 ventes ont été conclues et 24 maisons détruites sur les 35 identifiées comme les plus dangereuses.
Pour les logements restés occupés, a été créé le dispositif Alabri (Accompagnement à l’adaptation du bâti face au risque Inondation), qui n’est pas forcément connu de tous. Il permet pourtant d’accompagner les propriétaires dont le logement est situé en zone inondable, avec la possibilité de réaliser un diagnostic individuel et de lancer des travaux comme la mise hors d’eau des équipements électriques, la protection des ouvertures, l’adaptation des accès ou la création d’espaces refuges. Il permet également de débloquer des aides pour les ménages les plus modestes.
