Tag: compétition des métiers

  • [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    Du tracteur aux écrans. C’est l’étonnante trajectoire qu’a suivie Baptiste Gelly, à 25 ans médaillé d’argent aux WorldSkills 2025 et fraichement salarié chez Pellenc ST, société installée à Pertuis (84) qui conçoit et vend des machines de tri optique pour la gestion de déchets. Son rôle ? S’assurer que les machines vendues par son entreprise, qui fonctionnent en connexion avec certains réseaux, respectent les trois grands principes de la cybersécurité : « la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données », stipule-t-il. « L’idée est de veiller à ce que la machine que nous installons chez le client n’introduise pas de faille de cybersécurité dans leur système », détaille-t-il. Le jeune homme évolue donc du « côté bleu » de la force, dénomination donnée au cyber défenseurs, c’est-a-dire spécialisé dans la défense et non dans l’attaque, classée, elle, du « côté rouge ». Car c’est comme ça qu’on apprend la cybersécurité, en opposant l’équipe des attaquants à celle des défenseurs, comme le proposent certains sites en ligne que Baptiste a beaucoup fréquentés avant sa réorientation. « La meilleure défense, c’est l’attaque », martèle-t-il, citant, notamment, ses anciens enseignants.

    Bifurcation

    Originaire de Carpentras (84) et né dans une famille de soignants, le Vauclusien a commencé sa carrière bien loin des lignes de codes, en bac pro agricole. Mais, après deux mois dans un BTS du secteur, le doute s’installe : « J’adore conduire des tracteurs, ça ne fait aucun doute. Mais faire ça toute ma vie, je n’étais plus sûr », retrace-t-il. En cause : l’épuisement physique, la faible rémunération et des horaires peu avantageux. Relié aux écrans essentiellement par les jeux vidéo, l’idée d’un avenir dans la cybersécurité émerge peu à peu. A force d’entraînements, possibles grâce aux ressources disponibles en ligne, « en très grande quantité, d’autant plus aujourd’hui » , le jeune homme confirme son inclination et finit par s’engager dans un nouveau BTS, en informatique cette fois. S’il doit attendre un an avant d’intégrer définitivement la formation, faute d’alternance, il suivra ensuite un parcours impeccable, jusqu’à l’obtention d’un bac + 5 l’année passée. Ce qui l’anime aujourd’hui : « construire des solutions pour pouvoir répondre à des problèmes de cybersécurité ». « Jusqu’à il y a 6 mois, je voulais plutôt m’orienter dans l’attaque, en tant que pentester [les pentesters sont chargés de volontairement attaquer un réseau pour découvrir la nature de ses failles, Ndlr]. Mais la conjoncture, avec le renforcement de l’intelligence artificielle, m’a poussé à rester dans mon alternance, où je me concentre sur la défense, ce qui me permet de travailler sur plein de notions très intéressantes ».

    Suppléant de l’équipe championne de France pour les WorldSkills mondiaux, Baptiste entend s’autoriser une petite respiration, après des années de surinvestissement. « Jusqu’à mon embauche, la cybersécurité c’était tous mes soirs, tous mes week-ends. Faire des compétitions travailler, étudier, je ne faisais que ça. Je crois qu’on peut parler d’une petite overdose », ironise le vice-champion national.

    LE CONCOURS

    Une deuxième place qui n’a pas créé beaucoup de surprise pour Baptiste, qui s’attendait à ce classement. « On parle beaucoup au fil de la compétition, donc on s’attendait globalement à obtenir ce résultat », se souvient-il. Candidat pour voir « ce qu’il vaut » au niveau régional puis national, Baptiste a aussi exploité le concours pour « perfectionner sa technique ». « Je crois que c’était aussi l’occasion de représenter la cybersécurité et l’école en dehors d’un cadre classique. Puis ça reste une compétition très stimulante, qui te confronte à des situations proches du réel avec un niveau de technique élevé, c’est une ligne sur le CV. »

  • [Travailleuse de demain] Noussaïba Djebri, la fibre du textile

    [Travailleuse de demain] Noussaïba Djebri, la fibre du textile

    « J’ai toujours aimé travailler de mes mains et j’attache une importance particulière à l’esthétique, à la beauté des choses. Très rapidement, je me suis tournée vers la mode, un métier qui allie ces deux passions », confie simplement Noussaïba Djebri.

    De quoi s’orienter naturellement sur un bac pro « métiers de la mode » et enchaîner avec un BTS au lycée René-Char, à Avignon, puis une licence couronnée d’une mention « très bien » à l’Université de Nîmes en 2025. À 21 ans, la jeune modéliste se tisse un avenir d’autant plus prometteur qu’elle cumule les concours et remporte les sésames. Une passion dont elle acquiert les bases auprès de sa grand-mère, mais qu’elle cultive et développe en professionnalisant son approche. Ce qui a renforcé la conviction qu’elle avait choisi la voie qui lui allait comme un gant, « c’est la découverte, par l’enseignement, d’un monde très vaste de technicité au cœur des métiers de la mode ».

    Remettre l’ouvrage sur le métier

    Patronage, montage, faufilage, assemblage, brochage, finition main ou conception assistée par ordinateur, le champ des compétences en couture est vaste. Curieuse de nature, Noussaïba en explore l’étendue avec appétit, avec « peut-être » une préférence pour « le patronage avec la coupe à plat sur papier et le moulage, quand j’appose le tissu de coton rigide beige sur le mannequin pour concevoir le vêtement en 3D », ce qui laisse libre cours à l’expression de son imagination. Et aiguille son sens de la précision sur une trame solide : « Je suis en recherche permanente de maîtrise de nouveaux procédés et techniques afin d’élargir mes compétences. Selon le vêtement qu’on veut réaliser, sa matière, sa coupe, ça aide à choisir le mode de conception ».

    Créatif, mais aussi technique et exigent, le métier demande un véritable goût de l’effort pour atteindre un savoir-faire d’exception qui ne décourage pas Noussaïba. Bien au contraire, partout où elle passe, elle collectionne les ficelles du métier. Ses stages dans les ateliers de La Petite Lucie, Les Petits Polissons ou la manufacture de linge de maison en laine Brun de Vian Tiran sont, pour elle, l’occasion de se perfectionner au fil « des contraintes et des attentes différentes, que ce soit sur une matière singulière ou en termes de rapidité d’exécution ». à l’école comme sur le terrain, « mon objectif est de parfaire mon savoir-faire pour contribuer significativement à l’industrie de la mode avec une vision artistique renouvelée et un sens aigu de la qualité », précise la jeune modéliste.

    Surtout, le goût du concours lui est venu rapidement, « pour le prestige de la reconnaissance, mais aussi parce que la compétition booste l’envie. J’aime me surpasser, repousser mes limites », avoue-t-elle. La clé de la réussite, « c’est de se mettre au travail, de recommencer pour dépasser les moments de découragement, de s’entraîner pour acquérir pleinement les compétences ». Se qualifier pour les WorldSkills a d’ailleurs été « la plus forte des motivations ».

    LE CONCOURS

    « Je devais préparer la compétition WorldSkills en même temps que je travaillais pour l’examen de licence, entre mars et août. Je n’avais qu’un moment possible, le mois de septembre. J’ai commencé avec un stress énorme, mais à force d’entraînement, d’exercices, de travail, j’ai réussi à apaiser mes tensions, à gagner en sérénité. Concourir m’a donné l’occasion de découvrir les métiers autrement, avec des animations interactives proposées par nos partenaires. Concours, animations et découverte, c’est cela la vraie essence de WorldSkills France : faire briller chaque métier ! »

  • [Travailleur de demain] Luis Araujo Da Costa, cador du codage

    [Travailleur de demain] Luis Araujo Da Costa, cador du codage

    Un attrait pour la machine né bien avant l’âge de coder. Luis Araujo Da Costa, vice champion de France des WorldSkills 2025 dans la catégorie « Solutions logicielles en entreprise », dit hériter son goût pour l’informatique de sa plus tendre enfance, déjà magnat des écrans en classe de primaire. « Petit, quand je rentrais de l’école, j’allais sur l’ordinateur de ma mère puis je me mettais à bidouiller des trucs. Ça m’amusait », raconte le jeune homme, comme une évidence. Et le passage au collège n’aura pas eu raison de cette passion précoce. « On a commencé à utiliser Scratch [langage de programmation graphique à but éducatif, utilisable sur le logiciel du même nom, Ndlr] en classe. J’y ai passé des heures, peut-être 10 par semaine en dehors des cours, dès la primaire puis j’ai continué au collège, se souvient-il. C’est là que j’ai commencé à apprendre à créer des sites web, ce genre de truc, ça me plaisait. » Comme un hobby donc, qu’il traîne jusque sur les bancs de l’Université Côte d’Azur, où il suit désormais une licence 3 MIAGE (Méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises). Ce qui lui plaît dans l’informatique : mettre sa créativité au service de la résolution de problème. « On est constamment confronté à de nouvelles problématiques et nous avons tous notre façon de les résoudre, s’enthousiasme-t-il. Chacun peut venir avec son idée et c’est vraiment quelque chose que j’apprécie. Tester les différentes options, voir ce qui marche le mieux, c’est ce que j’aime le plus. »

    Viser la lune

    Passé par un BTS, qu’il qualifie de « petite erreur de parcours », Luis espère obtenir un ticket pour entrer l’an prochain à l’Ensimag, école d’ingénieur à Grenoble spécialisée dans l’informatique et les mathématiques appliquées. « En général, le parcours classique c’est plutôt d’aller en classe préparatoire puis de passer les concours pour entrer en École, détaille-t-il. Mais certaines permettent de rentrer avec un bac +2. J’ai choisi le BTS, conseillé par mes parents, car ça permettait de directement travailler si jamais je ne voulais pas poursuivre. Malheureusement, j’ai voulu continuer et l’école m’a refusé l’an dernier ». Le jeune informaticien retente donc sa chance cette année, l’occasion, peut être, de se sentir un peu plus « challenger ». Car que ce soit au lycée, dans sa spécialité NSI qu’il a jugé « un peu trop simple », ou lors de son BTS au cours duquel « il a toujours été premier », Luis a souvent constaté qu’il « était bon en informatique », sans jamais savoir « à quel point ». « C’est aussi pour ça que j’ai voulu tenter ma chance aux WorldSkills, pour voir ce que je valais au-delà de ma classe. Participer à une compétition des métiers au niveau national me permettait d’avoir un vrai point de comparaison », retrace-t-il. Exigeant, il ne souhaite pas se contenter de la deuxième place obtenue en octobre. « Ça s’est joué à vraiment pas grand-chose et je dois Reconnaître que les résultats m’ont un peu déçu », se désole-t-il. Pas question d’en rester là donc. Luis tentera sa chance aux WorldSkills mondiaux, organisés à Shanghai dans cinq mois. « Cette fois je compte vraiment bien me préparer, pour être sûr de pouvoir donner le meilleur de moi-même », promet-il. Verdict en septembre.