Tag: communisme

  • [Le coin des idées] « Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon »…

    [Le coin des idées] « Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon »…

    En revanche, avec ce recueil de textes parus dans L’Humanité, Témoignage chrétien, La faute à Diderot, La Croix, Vendémiaire et salué en termes élogieux par divers courants allant de Causeur à Marianne en passant par Liberté-Actus et même tout dernièrement La lettre du CRIF, Valère Staraselski travaille à se désaliéner de la pensée néo-gauchiste populiste, trop souvent intolérante et sectaire, en vogue aujourd’hui. Comment ? Par ce que l’historien Jean-Numa Ducange nomme à son propos de « réflexion salutaire sur le contenu des engagements politiques de Mélenchon ».

    C’est ainsi que l’on trouve des écrits directement politiques mais également portant sur la religion dans la droite ligne de son dernier roman Les Passagers de la cathédrale ou bien encore plus récemment dans celui du Cheminement d’un communiste en terre chrétienne d’André Chassaigne. Sur l’histoire de Bambi, sur les 100 ans de Parti communiste qu’il a codirigé avec Guillaume Roubaud-Quashie, sur la CGT (il est l’auteur d’Un siècle de Vie ouvrière), sur la notion d’Histoire…

    Et l’auteur montre, dans la contribution la plus importante qui clôt l’ouvrage, Domenico Losurdo, penseur du communisme, que ni la pensée communiste ni le communisme ne sont caduques. Bien au contraire. Aussi, sa présentation de l’œuvre de Domenico Losurdo, historien et philosophe italien se situant dans la lignée de Gramsci, claire et pédagogique, est assurément à ne pas manquer.

    Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon, Valère Staraselski, préface d’Arlette Vidal-Naquet, L’Harmattan, 154 p, 17 euros.

  • [Le coin des idées] « Et pourtant communiste ! » de François Asensi

    [Le coin des idées] « Et pourtant communiste ! » de François Asensi

    Et pourtant communiste ! n’est pas seulement le récit de la longue vie politique de François Asensi, député et maire de Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis, pendant trente-cinq ans. C’est le témoignage, sur une époque, d’un homme qui, après avoir consacré une grande partie de sa vie au Parti communiste français, continue de revendiquer une fidélité à ce que le mot « communiste » représente pour lui. Né en 1945 à Santander, en Espagne, dans une famille de républicains espagnols, son père rejoignit les Brigades internationales en 1938. À l’âge de deux ans, il part avec ses parents, réfugiés en France, où ils trouvent asile et chaleur dans le quartier du Landy, cette « petite Espagne » entre Saint-Denis et Aubervilliers.

    François Asensi appartient à une génération nourrie par le communisme et la lutte antifasciste, qui furent à la fois une culture, une communauté militante et une promesse d’émancipation. Son parcours est inséparable de celui d’une Seine-Saint-Denis populaire, profondément marquée par l’histoire du mouvement ouvrier. Engagé dès l’âge de 16 ans contre la guerre d’Algérie, responsable national de la Jeunesse communiste, membre de la direction nationale du PCF, il est élu, à 34 ans, premier secrétaire de la première fédération communiste du pays, puis devient suppléant du président du groupe communiste à l’Assemblée nationale et maire de Tremblay-en-France de 1991 à 2026.

    Mais le livre est aussi celui d’une rupture. En 1985, il est limogé de son poste de premier secrétaire fédéral. François Asensi raconte les conflits internes, les désaccords stratégiques et démocratiques qui l’ont progressivement éloigné de l’appareil communiste, jusqu’au départ en 2010, de cet « insoumis » du PCF qui soutient aujourd’hui la candidature de Fabien Roussel à la Présidentielle. Le livre ajoute alors à la dimension autobiographique une réflexion profonde : peut-on quitter un parti sans renoncer à l’idéal qui nous y avait conduits ? François Asensi propose une réflexion sur ce que signifie militer, exercer le pouvoir local, rester fidèle à ses convictions, et lier une vie politique à l’utilité collective plutôt qu’aux honneurs. C’est ce quoi il s’est engagé dans sa commune pour y transformer la vie. Social, écologie, logement, sport, citoyenneté, solidarité internationale… on n’est pas réélu maire six mandats durant, par hasard. En 2023, François Asensi figure même parmi les neuf finalistes du prix World Mayor de la fondation The City Mayors, qui distingue les meilleurs élus locaux du monde. La formule « Avoir été peut-être utile » qui complète le titre, livre tout son sens.

    François Asensi (avec Valère Staraselski), Et pourtant communiste ! – Avoir été peut-être utile…, Éditions Télémaque, 2026, 247 p., 19 €.

  • [Entretien] David Pascal, PCF de Vaucluse : « Le capital est le seul responsable de notre mal-vivre »

    [Entretien] David Pascal, PCF de Vaucluse : « Le capital est le seul responsable de notre mal-vivre »

    La Marseillaise : Avez-vous fait un état des lieux et quel est le bilan de ces premières semaines ?

    David Pascal : Le premier bilan, c’est que l’on est une fédération qui apprend à travailler ensemble avec de nouvelles façons de fonctionner. Il y a quatre mots qui définissent l’objectif de notre mandat, qui est la camaraderie, la fraternité, l’écoute et le respect de toutes et tous. On a mis en place un travail collectif. On a un conseil départemental qui fonctionne, qui s’est déjà réuni deux fois, trois fois sur le comité exécutif, qui est très réactif et qui est composé quand même à quasiment 40% de nouveaux membres qui n’ont jamais eu de responsabilité dans la direction. Ce qui nous apporte quand même aussi des nouvelles façons de travailler, de communiquer. Aujourd’hui c’est l’exemple même de mettre en place des moments de débat collectif, entre camarades, sur des enjeux qui nous touchent tous.

    Quelle est la feuille de route ?

    D.P. : La feuille de route c’est le texte d’orientation qui a été validé à plus de 70% lors du congrès national début juillet à Lille. Concrètement, nous, elle va se décliner de façon peut-être un peu plus précise sur la question de la conscience de classe, sur la réappropriation des territoires ruraux. Là où il y a un terreau ultra-favorable à l’extrême droite, où les citoyens se sentent trop éloignés des centres de décision. Et travailler à ce qu’on change la donne sur le problème réel que nous rencontrons dans notre pays, en Europe et dans le monde. Ce n’est pas l’étranger, c’est, et ce depuis toujours, le capital. Ce qui demande aussi un travail de vulgarisation et de pédagogie de notre côté pour faire entendre à toutes et tous que c’est le seul responsable de notre mal-vivre actuel.

    Au niveau des élections sénatoriales, vous soutenez
    une liste en particulier
     ?

    D.P. : On soutient le sénateur de gauche sortant, Lucien Stanzione (PS) qui avait été élu il y a 6 ans avec un travail d’union de la gauche. On constate que le choix aujourd’hui de sa liste a été fait uniquement dans ses rangs, ce qu’on peut déplorer. Mais avec le refus total et complet de participer à la division de la gauche pour les sénatoriales. Il faut reconnaître le travail que Stanzione a fait pendant son mandat et les bonnes relations que nous avons aussi avec lui en tant que sénateur au niveau départemental. Aujourd’hui, l’enjeu est trop important pour s’amuser à diviser la gauche, et quand on sait qu’en vue des calculs, la possibilité est vraiment réelle d’avoir un sénateur d’extrême droite.

    Comment va se dérouler localement la campagne de Fabien Roussel ?

    D.P. : Elle va s’agrémenter de distributions, d’événements, de réunions publiques, de débats publics. Notamment ici, à Sorgues, puisqu’on a la possibilité quand même d’avoir une salle qui est adaptée à l’accueil de toutes et tous. C’est adapté pour les personnes en situation de handicap. Et ça, c’est quelque chose auquel on tient énormément. On sera présents sur les marchés, dans les luttes, devant les usines, à la sortie des trains, dans les gares. La volonté qu’on a, c’est aussi de mettre en place un processus de distribution et d’action militante coordonnée sur tout le département.

    L’éparpillement des candidatures à gauche offre-t-il un boulevard au RN ?

    D.P. : Non. Moi, je pense que l’union de la gauche n’est pas voulue par ceux qui se sentent hégémoniques à gauche. Aujourd’hui, c’est la résultante des choix faits par la France Insoumise de se déclarer 6 mois avant les autres uniquement en tant que sauveur suprême de la gauche, qui nous a empêchés de créer les conditions globales d’une union de la gauche. Je pense que l’extrême droite fait peur. Les citoyens français n’accepteront pas un gouvernement de quasi-dictature comme leur programme l’annonce.

  • Sammy Stein exhume des archives iconoclastes à Digne

    Sammy Stein exhume des archives iconoclastes à Digne

    Dans son exposition visible au Cairn jusqu’au 1er novembre, l’artiste parisien Sammy Stein rend accessibles des archives d’Alexandra David-Néel, mais aussi de Jean Perdrizet, inventeur de soucoupes volantes et de machines à communiquer avec les morts, qui a lui aussi passé beaucoup de temps à Digne. « Je suis sceptique, je ne crois pas aux soucoupes volantes, mais je suis intéressé par l’imaginaire que cela peut faire surgir », explique l’artiste.

    Dans la salle d’exposition du Cairn, on retrouve notamment des écrits anarchistes d’Alexandra David-Néel. « C’est une partie qui m’intéressait beaucoup chez elle, ces écrits de jeunesse anarchistes, féministes », confie Sammy Stein. « Très jeune, elle sent qu’elle ne veut pas se laisser porter par la place des femmes dans cette société. »

    « Cela permet de rendre accessibles des titres de la bibliothèque réservée aux chercheurs, et le fonds exceptionnel conservé par la maison Alexandra David-Néel », avance Laurie Honoré, responsable du développement des publics et de la programmation culturelle. « Cela m’intéresse de rendre visibles des choses qui sont cachées et qui nous emmènent vers différents imaginaires », abonde Sammy Stein. « On essaye de maintenir cette convergence entre patrimoine et création », explique Sandra Cattini, directrice du Cairn. Au milieu de la salle d’exposition, des scans des livres de la bibliothèque d’Alexandra David-Néel rassemblent dans des fanzines sa collection d’ouvrages anarchistes, communistes et féministes. Pour réaliser cette exposition, Sammy Stein est venu à maintes reprises en résidence à Digne. « C’est une résidence unique, un travail sur le long cours. C’est un accès privilégié où on peut se couper de tout et travailler intensément sur un projet », se réjouit l’artiste, qui confie rêver de vivre entre Digne et Paris.

  • Une Fête de la Cride solidaire après les incendies

    Une Fête de la Cride solidaire après les incendies

    « La Fête de la Cride, c’est la rentrée des communistes de l’Ouest Var depuis plus de 35 ans. Elle a toujours été un instant de solidarité. Solidarité pour les victimes des incendies, mais aussi pour Cuba, pour Gaza. Notre solidarité n’est pas à géométrie variable. C’est une solidarité du cœur et de la raison », indique Jean-Pierre Meyer, secrétaire de la section PCF Ouest Var et ex-conseiller municipal de Sanary-sur-Mer.

    Il se réjouit de la présence de nombreuses associations « à travers des stands accueillies sans condition, ici à la Cride ».

    Ravi d’avoir vu « plus de 250 personnes prendre part d’une manière ou d’une autre » à cette fête, le communiste se félicite d’un soutien à près de 90% des membres de sa section à la candidature de Fabien Roussel à l’élection présidentielle (lire par ailleurs).

    « L’écologie avec le capitalisme, ça ne fonctionne pas »

    Sur le podium, il est rejoint par Sylvie Vinceneux, secrétaire départementale du PCF. « Le Var a payé un lourd tribut aux incendies de cet été. Plus de 6 000 hectares partis en fumée. 70 habitations touchées, dont une vingtaine complètement détruites. Voilà les conséquences des politiques austéritaires et de la non-anticipation du dérèglement climatique », cingle-t-elle en dénonçant les manques de moyens « financiers, humains et en équipement pour les sapeurs-pompiers ».

    Pour elle, dans un « département obsédé par la sécurité, on voit bien que la première priorité, c’est la sécurité civile ». « Dans les mois à venir, le Parti communiste s’emploiera à faire des propositions pour corriger les suppressions de moyens faits à l’ONF et chez les pompiers et pour mettre en œuvre notre plan climat », annonce-t-elle, convaincue que « même les plus climatosceptiques ont constaté l’impérieuse nécessité de changer de modèle. L’écologie avec le capitalisme, ça ne fonctionne pas ».

    La communiste remet un chèque de 4 500 euros à Olivier Masini, le représentant du Secours populaire. « Dès le départ, nous avons organisé la solidarité avec les victimes des incendies avec le Secours populaire, qui porte avec nous les mêmes valeurs de solidarité. Des centaines de communistes, durant tout l’été, sont allés à la rencontre de la population pour présenter nos propositions, mais aussi pour collecter l’argent de la solidarité », se félicite-t-elle.

    Refusant le fatalisme, Sylvie Vinceneux considère que ces drames « doivent servir à réindustrialiser notre région et notamment le Var, où des projets existent, portés par la CGT de l’Atelier Industriel de l’Aéronautique (AIA) de Cuers-Pierrefeu pour développer sur la base, pour l’entretien et la décarbonation des bombardiers d’eau ».

    Présents avec un stand à la Fête de la Cride, les Amis de La Marseillaise ont relayé auprès des participants l’appel à la souscription pour permettre à notre journal de continuer à jouer son rôle dans un paysage médiatique toujours plus entre les mains des puissances d’argent et de l’extrême droite.

  • [Entretien] André Chassaigne : « Croyants et communistes ont à cœur la fraternité et l’égalité »

    [Entretien] André Chassaigne : « Croyants et communistes ont à cœur la fraternité et l’égalité »

    La Marseillaise : On assimile souvent la doctrine marxiste au message évangélique. La première a été pervertie comme l’on sait, tandis que le second a permis la domination de la classe bourgeoise. Comment expliquez-vous cette dérive ?

    André Chassaigne : Cela s’explique par le fait que dans l’ancien régime, l’Église catholique était étroitement liée au pouvoir politique. Au fil des siècles, l’absolutisme était devenu inséparable du catholicisme. L’absolutisme royal n’a tenu que parce qu’il avait le soutien de l’Église catholique. C’est la Révolution de 1789 qui a renversé le pouvoir d’une Église qui a tenté ensuite de revenir en première ligne. Mais le principe de la laïcité était posé. Ce grand acquis est un pur produit de la Révolution.

    Laquelle laïcité a connu heurs et malheurs au cours du XIXe siècle jusqu’à la loi de 1905…

    A.C. : Mais depuis le Siècle des Lumières, les tentatives de la hiérarchie de l’Église catholique de revenir politiquement au premier plan ont échoué. Paradoxalement et à terme, la laïcité, telle qu’elle a émergé avec la Révolution, a été un bienfait pour l’Église elle-même. Elle aboutira en 1905 à une loi de la séparation des Églises et de l’État qui assure à chacun la liberté de conscience.

    Actuellement, la laïcité, telle qu’elle a été conçue en 1905, a été accaparée par l’extrême droite pour en faire un cheval de bataille contre les musulmans.

    A.C. : Ce sujet réel est abordé dans mon livre. Il faut lutter contre l’idée qu’une religion serait incompatible avec la laïcité. Cette conquête qu’est la laïcité doit permettre à chaque religion de se développer sans intervenir dans la sphère publique. Il y a une dérive de l’islam extrémiste qui voudrait qu’il n’y ait pas de séparation entre religion et pouvoir politique, en imposant que les principes religieux commandent aussi l’ordre politique. J’essaie de montrer qu’il y a une grande majorité de musulmans qui vivent et pratiquent dans un cadre laïc. La grande erreur consisterait à stigmatiser les musulmans en les amalgamant à l’islamisme radical. Cette attitude ne peut produire que des frustrations, pousser même certains à rejoindre ce courant religieux réactionnaire et profondément antidémocratique. Il est donc important de démontrer qu’il n’y a pas d’exclusion dans les principes de la laïcité, comme dans les luttes sociales, et inviter tout un chacun à faire société au-delà de ses croyances. Déjà, en 1936, quand le fascisme menaçait la France, cette démarche a inspiré Maurice Thorez, qui a lancé son appel aux catholiques [« La main tendue », Ndlr]. Ensuite, en 1976, Georges Marchais a élargi cet appel à l’ensemble des chrétiens. Désormais, compte tenu de l’évolution de la société, il faut étendre cette démarche. Je pense qu’il serait bon de lancer un appel à l’ensemble des croyants, et notamment les musulmans qui risquent d’être instrumentalisés par les extrémistes radicaux. Il serait dangereux de prendre prétexte de l’islamisme radical pour changer la loi de séparation des Églises et de l’État avec, in fine, l’objectif d’exclure une partie des citoyens.

    Lorsque vous parlez d’un « appel aux croyants », n’est-ce pas une cause perdue dès lors que les sondages montrent qu’en France, 40% de la population se dit d’origine catholique et que moins de 5% sont pratiquants ?

    A.C. : Il est bon de réaffirmer des principes. Mais en adressant cet appel à tous les croyants, notamment aux chrétiens, musulmans, juifs, il doit rappeler que tous sont égaux et considérés comme tels par notre République laïque, qu’ils doivent eux-mêmes protéger.

    Un milliardaire présenté comme « fervent catholique » tente actuellement de rallier par des médias populistes les classes populaires à un vote d’extrême droite. Comment le Parti communiste peut-il réagir ?

    A.C. : C’est encore l’un des objets du livre. Je fais « appel » à l’image de Jésus pour que l’on puisse se retrouver dans une société qui ne brime pas les individus au titre de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, voire sociale. Que l’on puisse se retrouver, s’unir contre ce fléau commun, l’argent-roi, qui aboutit à asservir les êtres, piller les ressources naturelles et mépriser les peuples. Il est le terreau des fondamentalistes en tous genres. Je rappelle que l’essence même du christianisme est incompatible avec les adeptes de la haine et de cet argent-roi. Il n’échappe à personne que certains essaient d’instrumentaliser l’Église pour servir des causes réactionnaires de rejet de l’autre, visant à préserver la domination financière d’une « caste ».

    N’est-il pas paradoxal que le même Jésus auquel vous vous référez soit commun en Amérique latine à la fois aux théologiens de la Libération, qu’on rapproche à la gauche, et aux évangéliques, soutiens acharnés de l’extrême droite ?

    A.C. : C’est une dérive. Je ne me suis pas particulièrement penché sur ce que pensent les différents courants évangéliques, c’est un paradoxe qui mérite d’être débattu avec les chrétiens eux-mêmes. Pour ma part, j’ai aussi voulu montrer qu’on peut se retrouver pour constituer une société protectrice, libératrice et respectueuse de tout le monde et de chacun. L’Église a évolué sur les questions sociétales et morales. J’ai voulu valoriser cette mutation en soulignant ce qui va, à mes yeux, dans le bon sens. C’est pour cela que je rappelle la théologie de la Libération et le rôle de certains papes. Les propos du pape François sont puissants et justes, il faut les valoriser davantage, d’autant qu’ils sont rejetés parfois par des intégristes, au sein même de l’Église.

    Cette mutation sociétale de l’Église catholique que vous évoquez est-elle bien réelle lorsque ses évêques enjoignent aux sénateurs de s’opposer à la loi sur la fin de vie ?

    A.C. : À titre personnel, je n’étais pas favorable à cette loi sur la fin de vie. Mais j’estime que les évêques n’auraient pas dû intervenir. Il n’est pas dans leur rôle de s’adresser aux parlementaires. C’est même contre-productif : cela signifiait une opposition au titre d’une vision chrétienne et morale, alors que l’on pouvait invoquer une approche sociétale du problème. Je vis dans un milieu rural où j’assiste à un phénomène terrible. Des personnes âgées vivant en Ehpad culpabilisent de continuer à vivre parce qu’elles sont en train de liquider le peu de biens qu’elles peuvent laisser à leurs enfants. C’est une vraie question posée à notre société et son système.

    Puisque vous venez d’y faire allusion, un communisme rural est-il encore imaginable à l’heure où, après avoir conquis les territoires industriels en déshérence, l’extrême droite gagne des points dans la France profonde ?

    A.C. : C’est un terreau fertile parce qu’il y a une grande souffrance, due notamment à l’abandon des services publics, une perte de valeurs républicaines et démocratiques qui incite à voter pour le Rassemblement national. C’est une expression politique au premier degré. Au lieu de stigmatiser ceux qui utilisent ce vote pour exprimer leur mécontentement, il nous faut démontrer que le vote d’extrême droite n’est pas une solution et aggraverait même la situation. Le communisme rural s’est construit sur ce que l’on appelle « la famille large », par les contacts de proximité et de solidarité. Voilà pourquoi, nous organisons deux fois par an à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, une vente solidaire de fruits et légumes, qui attire un monde considérable et qui nous permet de discuter avec les gens. Le Parti communiste est vécu comme une grande famille et cette fraternité vécue fait tache d’huile.

    Quel rôle communistes et catholiques de France peuvent-ils jouer actuellement ?

    A.C. : Les communistes et les catholiques – dont certains sont d’ailleurs membres du PCF – partagent deux valeurs essentielles : la fraternité, que je viens d’évoquer, et l’égalité. Or, ce principe d’égalité est aujourd’hui durement mis à mal, aussi bien par ceux qui défendent le système actuel que par les radicaux religieux de tous bords. Si nous voulons vivre dans une société apaisée, soucieuse du bien-être individuel comme du bien commun – aspiration profonde de la majorité de nos concitoyens –, il est temps de réagir et de rassembler nos forces. « Vous êtes tous frères », affirme Jésus dans l’Évangile selon Saint Matthieu. « Nous sommes tous égaux », confirment les communistes français. Ces deux convictions forment une cause commune. Face aux menaces qui se dessinent et à ceux qui prospèrent sur les divisions, l’urgence est de nous unir. Unir nos forces pour faire barrage aux faiseurs de haine et de division, et faire triompher une société fondée concrètement sur la Fraternité et l’Égalité.

    * « Cheminement d’un communiste en terre chrétienne », aux Éditions Deborée,
    184 pages, 22
     euros.

  • La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    Un mélange d’expérience, de jeunesse, de syndicalisme et de diversité sociologique. » C’est en ces termes que Gérard Permingeat, secrétaire de la section, présente la nouvelle direction du PCF toulonnais, fraîchement élue dans le sillage du congrès national du parti, qui s’est tenu à Lille, du 3 au 5 juillet. Les forces en présence lui donnent raison : l’expérience du secrétaire de section réélu, mais aussi celle d’André de Ubeda, ancien élu à la mairie de Toulon, de Marie-Hélène Guyot, trésorière de la section, et de Gilbert Poitoux, retraité de l’arsenal. À leurs côtés, un vent de fraîcheur est apporté par Natalie Baer, ancienne conseillère municipale à Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), ainsi que par Maxime Fuhry, jeune entrepreneur toulonnais.

    Face à l’extrême droite

    Aussitôt élu, aussitôt au travail, dans la droite ligne du texte adopté lors du congrès national, intitulé « Un communisme de conquêtes ». Trois piliers structurent cette orientation : le combat contre les logiques impérialistes et pour la paix ; une République démocratique, sociale et universaliste plaçant les travailleurs au centre ; et la transformation du mode de production fondée sur l’appropriation sociale des richesses au bénéfice des travailleurs et des salaires. Le tout sous l’égide du Plan climat 2050 du PCF, qui vise à atteindre « la neutralité carbone d’ici 2050, via une réindustrialisation fossile liée à un mix nucléaire renouvelable », précise le secrétaire de section.

    Au niveau local, cet esprit se traduit d’abord par la lutte engagée contre le Rassemblement national : « On a appelé à battre le RN à Toulon en votant Massi, mais cette majorité fait le lit de l’extrême droite », dénonce Gérard Permingeat. Un travail contre le l’extrême droite et reconquérir « son électorat et la conscience de classe. Il y a une contradiction pour certains de ses électeurs, alors que le RN vote pour des politiques antisociales », pointe André de Ubeda.

    Une forte vigilance sera portée sur l’action municipale et métropolitaine. Parmi les questions prégnantes, celle du chœur de l’opéra, toujours en danger, les soucis d’accès aux écoles maternelles de la Convention et primaire du Pont-Neuf, ou encore des impôts locaux qui, malgré le faible endettement de la Ville, sont « au même niveau que des villes qui sont beaucoup plus endettées », note André de Ubeda. Cela, même sans élu à la Ville.

  • [Entretien] Elke Kahr : « La gauche doit réapprendre à s’adresser aux gens »

    [Entretien] Elke Kahr : « La gauche doit réapprendre à s’adresser aux gens »

    La Marseillaise : Quelle est votre réaction après votre réélection à la tête de la ville de Graz ?

    Elke Kahr : Je suis à la fois soulagée et heureuse de constater un soutien aussi net à la ligne que nous avons adoptée en 2021. Je n’agis pas seule, je fais partie d’un collectif qui œuvre avec constance et dynamisme pour les habitants de Graz depuis des décennies, s’attirant ainsi une grande confiance.

    À quoi attribuez-vous ce succès ?

    E.K. : Mon parti, le Parti communiste autrichien (KPÖ), ne cherche pas à séduire les gens avec des promesses d’un monde meilleur pour un avenir lointain ; nous visons plutôt à obtenir des améliorations concrètes pour les travailleurs. Nous avons remporté de nombreux succès à cet égard, qu’ils soient grands ou petits. Il est réjouissant de voir qu’autant d’habitants de notre ville le reconnaissent.

    Sur quels thèmes avez-vous mené campagne ?

    E.K. : Notre programme se résume facilement. Nous défendons ce dont chacun a besoin au quotidien : des logements abordables, des écoles, des services de soins et de santé, l’accès à l’eau, à l’énergie et au chauffage, les transports en commun, les espaces verts et les parcs, ainsi que des lieux dédiés au sport, aux loisirs et à la détente. Nous voulons maintenir tous ces services dans le domaine public et garantir qu’ils soient accessibles à tous, sans barrières financières. L’intérêt général doit primer : c’est ce que nous avons clairement affirmé, alors que les partis conservateurs et libéraux ne cessaient de prôner la hausse des loyers et la privatisation du logement.

    Comment vous êtes-vous adressée au monde du travail ?

    E.K. : Je suis une militante active de la vie politique locale depuis 1993 : d’abord comme conseillère municipale, puis comme présidente du groupe communiste au sein du conseil municipal et depuis 2021, en tant que maire. Au fil de ces décennies, je ne me suis jamais retranchée dans des bureaux ou au siège de mon parti. Les habitants de ma ville savent comment me joindre. Il est essentiel que nous, en tant que parti comme à titre individuel, gardions toujours nos portes ouvertes à quiconque a besoin de soutien ou souhaite proposer des solutions. Aucun problème n’est insignifiant : le monde du travail regorge de difficultés, et pourtant, peu de gens interviennent réellement pour aider lorsque la situation se corse. Il est crucial d’avoir un bon réseau et de savoir où trouver des solutions à des problèmes précis, plutôt que de simplement faire tourner les gens en rond. Les citoyens apprécient vraiment cette approche. Cela n’est possible que si l’on s’intéresse sincèrement aux autres.

    Quelle sera votre première mesure de ce nouveau mandat ?

    E.K. : La situation économique à laquelle sont confrontées les villes et les collectivités de toute l’Autriche est loin d’être idéale. Les crises multiples de notre époque et les conséquences des politiques néolibérales se font sentir. C’est pourquoi, durant la campagne électorale, nous avons évité de faire des annonces grandiloquentes ou de présenter des « visions » -comme les médias dominants ne cessaient de l’exiger- pour privilégier une approche axée entièrement sur la sécurisation et l’amélioration des infrastructures de la ville. Graz est une ville qui fonctionne bien, et pourtant, beaucoup d’habitants y rencontrent des difficultés. Notre engagement consiste donc à tout mettre en œuvre pour que la ville continue de bien servir ses résidents et pour préserver au mieux la cohésion sociale. Nous avons mis en place de nombreux dispositifs à cette fin et nous comptons encore les améliorer. L’abonnement annuel aux transports en commun de Graz, proposé à 60 euros aux personnes sans revenus ou à faibles revenus, en est un exemple.

    Quel message adressez-vous aux forces progressistes confrontées dans toute l’Europe à la montée de l’extrême droite ?

    E.K. : L’extrême droite prétend défendre les gens ordinaires -les travailleurs, qu’ils soient cols-bleus ou cols blancs- et représenter leurs intérêts. En réalité, ces partis méprisent la classe ouvrière et le monde du travail dans son ensemble. Ils misent sur l’exclusion et la division, sur le racisme et une rhétorique incendiaire. Pourtant, ils répondent aux peurs et aux préoccupations qui touchent véritablement la majorité de la majorité. La gauche a tendance à se focaliser sur des détails abstraits et utilise souvent un langage que la plupart des gens ne comprennent pas. Les forces progressistes doivent réapprendre à s’adresser aux gens et à prendre leurs préoccupations au sérieux, même lorsque celles-ci ne cadrent pas avec leur propre vision du monde. C’est la seule façon de convaincre la population. Nous devons nous battre pour chaque individu et nous attaquer à chaque petit problème du quotidien si nous voulons parvenir à nouveau à rassembler pour obtenir des changements majeurs.

    Bio express

    1961 naissance à Graz deuxième ville d’Autriche et capitale de la Styrie

    1964 adoptée à l’âge de trois ans par les époux Kahr, un serrurier et une vendeuse

    1979 employée de banque

    1983 adhésion au Parti communiste autrichien (KPÖ)

    1993 élue conseillère municipale de Graz

    2003 élue vice-présidente fédérale du KPÖ.

    2021 élue maire de Graz

    2023 élue meilleure maire du monde par la City Mayors Foundation, « pour son dévouement et son altruisme au service de sa ville et de ses citoyens »

    2026 réélue maire de Graz

  • Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent

    Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent

    Esprit du général es-tu là ? À droite, l’écho de sa voix semble de plus en plus difficile à percevoir. Entre ralliement à l’Europe supranationale et libérale, opportunisme et hommages en forme de profanation reçus de la part de l’extrême droite héritière de Vichy, l’héritage de Charles de Gaulle est mis à mal.

    Pour sa part, La Marseillaise a un rapport ambivalent avec de Gaulle. Sans doute parce que cette figure fondamentale de la vie politique française a eu plusieurs visages. À la Une du premier numéro clandestin de notre journal, une citation du général, à la Une du premier numéro officiel, c’est cette fois un portrait du grand homme. Il incarne alors le refus du défaitisme, de la trahison pétainiste et l’unité de la Résistance dont l’ossature est composée de gaullistes et de communistes. La Marseillaise, combattra ensuite avec la dernière énergie, l’homme de droite, la Ve République et le pouvoir personnel, mais c’est une autre histoire.

    Boussoles

    Qu’il existe aujourd’hui une droite républicaine, claire vis-à-vis de l’extrême droite, est essentiel au jeu démocratique.

    Alors qu’une année d’élection présidentielle lourde de dangers se profile, droite et gauche doivent retrouver chacune leur boussole pour mieux s’affronter sur leur projet de société. C’est la meilleure manière d’écarter du centre du jeu politique l’extrême droite revancharde, haineuse et antirépublicaine. Oui, dans notre pays « on l’a déjà essayé » et les stigmates infligés par sa barbarie ne sont toujours pas refermés.

    « Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent », disait avec justesse Lucie Aubrac. Au futur, aussi, sans hésitation !

  • [Entretien] Manuel Minervini, Rifondazione comunista :« Pour gagner Molfetta, nous avons conjugué radicalité et enracinement »

    [Entretien] Manuel Minervini, Rifondazione comunista :« Pour gagner Molfetta, nous avons conjugué radicalité et enracinement »

    La Marseillaise : Quelle est votre première réaction à votre élection comme maire de Molfetta ?

    Manuel Minervini : C’est bien sûr une réaction de joie, de grande satisfaction. C’est le fruit du travail collectif réalisé par ma coalition progressiste durant des semaines. Nous avons investi les places de la ville pour écouter les attentes des citoyens et dire la nécessité de porter aux responsabilités des élus déterminés à agir pour une ville plus juste, plus inclusive, plus verte, une ville attentive à l’importance d’une croissance soutenable, capable de donner un cap politique constructif au monde du travail.

    C’est une première depuis des décennies pour un membre de Rifondazione comunista. Quelle est selon vous la clé de votre succès ?

    M.M. : Le secret de cette victoire réside très certainement dans la capacité de notre parti à être bien implanté sur le territoire avec un siège physique, des militants très actifs et d’avoir réussi, par un travail de longue durée, à mettre en responsabilité une nouvelle génération à laquelle j’appartiens. Je ne suis pas un cas isolé, je suis entouré de nombreuses jeunes femmes et hommes fortement engagés et qui ont étudié le terrain pour être efficaces. En résumé, nous avons conjugué radicalité et enracinement car les deux ne peuvent pas être séparés. Si on fait un travail de pur marketing, aucune victoire ne peut être envisagée. Il est nécessaire, y compris quand le vent souffle dans la direction opposée, de tenir bon dans la durée. C’est ce qui aide à être prêts et organisés dans les moments plus favorables.

    Dans un pays dont le gouvernement est héritier du fascisme, quel rôle peuvent jouer des municipalités progressistes ?

    M.M. : Les communes peuvent faire beaucoup. Elles peuvent mettre en œuvre des politiques publiques pour une ville plus accessible qui n’oublie pas les personnes les plus fragiles, le droit au logement, le droit à une vie digne. Elles peuvent réunir les conditions nécessaires à la revitalisation d’un tissu productif créateur d’emplois mais aussi soutenir l’amélioration des conditions de travail et les aspirations à avoir un salaire décent, à avoir accès à des lieux publics qui soient des espaces de respiration. Je pense notamment aux parcs publics et aux plages qui ont été très privatisées dans notre ville. Les communes peuvent aussi mettre en œuvre des politiques d’égalité des droits pour les personnes handicapées. Les communes sont capables de nouer des coopérations entre elles et travailler en lien avec les Régions. Elles peuvent faire beaucoup à condition de partir des besoins des citoyens. Pour que cela ne reste pas une simple déclaration d’intention, il faut créer des cadres de participation citoyenne. Par exemple, dans la campagne, nous avons proposé une grande consultation des comités de quartiers pour que chacun puisse s’exprimer mais surtout s’impliquer dans la chose publique.

    Quelles seront vos premières mesures ?

    M.M. : Nous avons porté une mesure essentielle durant ces dernières semaines : nous allons bloquer un projet de construction délirant sur le port de Molfetta qui boucherait l’horizon et serait en contradiction avec la vocation de notre port. Nous allons aussi rapidement mettre en sécurité les plages de notre ville qui ont subi une privatisation du littoral de très grande ampleur tandis que les espaces publics accessibles à tous ont été abandonnés sans aménagement ni police. Nous avons également en tête l’idée d’organiser un événement culturel pour l’été qui soit décentralisé dans les quartiers périphériques de Molfetta et qui implique les acteurs culturels locaux. Nous héritons d’une politique culturelle avec des événements peu nombreux mais de grande taille qui sont confiés à des opérateurs extérieurs à la ville alors qu’elle recèle une grande diversité et une grande vitalité culturelles qui doivent pouvoir s’exprimer. Ce sera aussi pour nous une manière de « faire ville ensemble ».