Tag: climatologie

  • [C’est l’été] Météo France, l’art de mesurer le climat et la météo

    [C’est l’été] Météo France, l’art de mesurer le climat et la météo

    Cet été, il fait chaud. Beaucoup trop chaud. « Mais c’est tout à fait courant dans le monde dans lequel on va », affirme pourtant, un brin fataliste, Stéphane Roos, directeur adjoint de Météo-France sur la zone sud-est. Car il faut s’y résoudre : « De notre vivant, on ne retrouvera jamais la planète telle qu’elle était. On voit cet été comme exceptionnel par rapport à des références qui, aujourd’hui, n’existent plus. Dans 15-20 ans, il sera tout à fait normal ».

    Cela fait « des dizaines d’années » que l’institution, devenue grande contributrice du GIEC, prévient « d’un réchauffement climatique majeur. On en a la confirmation, et on se rend compte que ça arrive en temps et en heure, même un peu avant. Là, pour l’instant, on est encore dans les scénarios décrits par la TRACC, la trajectoire régionale d’adaptation au changement climatique », appuie Stéphane Roos. Ceux-ci sont utilisés par la France pour produire des politiques d’adaptation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En ligne de mire : +3°C à horizon 2100 au niveau mondial, 4°C en France « et peut-être même +0,8°C de plus sur l’arc méditerranéen », met-il en garde.

    Avec tous les changements globaux que cela induit : « Il ne s’agit pas juste de 3°C en plus : 3,6°C, c’est ce qui nous sépare du mammouth laineux. Il y a 120 000 ans et 60 000 ans, plus des deux tiers de l’hémisphère nord étaient recouverts par 1 à 2 km de glace. Ça a mis 20 000 à 30 000 ans pour se réchauffer ». À l’inverse, 3°C supplémentaires auront pour conséquence une sécheresse accrue des sols : « Ces températures jouent sur l’hydrométrie. De plus, même s’il y a presque toujours autant de pluies, au lieu d’être étalées dans le temps et de recharger les nappes, elles sont concentrées sur des épisodes très courts et dévastateurs, et au lieu de rentrer dans le sol, elles ruissellent vers la mer, ce qui limite la recharge des nappes phréatiques. C’est aggravé par l’évapotranspiration : quand les plantes reçoivent des gouttes d’eau, elles les captent et transpirent parce qu’il fait chaud, les rejetant dans l’atmosphère ».

    « D’une logique d’observation à une logique de prévision »

    Pour établir ces prévisions à long terme, il faut regarder derrière. C’est ce que s’attelle à faire, depuis le Moyen-Âge, la climatologie. « Au XVIIe siècle, on a découvert la pression atmosphérique. Petit à petit, on invente les moyens de mesurer la force du vent, le pluviomètre… On s’est mis à noter de manière de plus en plus rigoureuse, et on s’est servi de ces données pour caler les modèles d’évolution climatique : on les utilise pour ajuster les modèles », explique Stéphane Roos.

    Dans le même temps, il faut aussi avoir un œil sur le temps à venir. C’est le sujet de la météorologie, qui trouve ses racines dans un événement historique : le siège de Sébastopol par les troupes franco-anglaises en 1854. Une violente tempête décime la flotte française en Mer Noire. « Napoléon III charge l’équivalent du ministre de l’Enseignement et de la Recherche de l’époque, l’astronome Urbain Le Verrier, qui relevait les paramètres météo heure par heure, d’essayer d’anticiper les tempêtes », raconte Stéphane Roos. Le Verrier recueille les données de ses confrères européens, notamment la pression atmosphérique et sa tendance. Il observe que la tempête suit un minimum dépressionnaire, et qu’on peut, par ce biais, évaluer sa direction. Le Verrier fut ainsi à l’origine de la Veille météorologique mondiale – un réseau européen mis en place dès 1874 pour passer « d’une logique d’observation à une logique de prévision » – et du Service météorologique français en 1854, ancêtre de Météo-France.

    Depuis, l’observation météo a beaucoup progressé : stations automatiques, satellites, radars, supercalculateurs… « La prévision météo est liée à la modélisation physique, c’est-à-dire traduire en expression mathématique ce qui se passe dans l’atmosphère », synthétise Stéphane Roos. Avec une précision parfaite ? « Non. Par exemple, il est très difficile de prévoir la position exacte de la supercellule orageuse dévastatrice qui va donner 60 mm/heure pendant deux heures », reconnaît-il. Il en va de même pour les prévisions saisonnières : « Il s’agit de tendances basées sur des modèles et des éléments macros comme les masses d’air. On passe de prévisions déterministes (le temps qu’il va faire demain), à de la probabilité ».

    L’histoire de l’institution

    Établissement public fondé en 1855, le Service météorologique français, devenu Météo-France en 1993, a pour mission d’observer et prévoir le temps, étudier le climat, faire progresser les savoirs et fournir des données et services voués, notamment, à assurer la sécurité des biens et des personnes.

  • L’état de la ressource en eau rassurant à l’approche de l’été

    L’état de la ressource en eau rassurant à l’approche de l’été

    À l’instar de ce qui est fait à travers le projet Var Bleu, le département du Var est mobilisé contre les risques de stress hydrique. C’est à ce titre que le Comité ressources en eau se réunit à intervalles réguliers, sous la direction du préfet du Var Simon Babre, pour réaliser un état des lieux. Un exercice important à l’approche de la saison estivale, qui s’est tenu jeudi 28 mai en compagnie des acteurs de la gestion de l’eau et de la sécheresse dans le département (services de l’État et établissements publics, élus, collectivités, usagers et associations).

    Le premier constat se veut rassurant : après une saison de recharge de l’hiver 2025-2026 excédentaire (+24% de précipitations, soit 775 mm pour 626 attendus), les nappes souterraines sont à un niveau satisfaisant. « Fin 2025, les nappes, notamment celles du centre Var, étaient déjà rechargées, et le niveau des nappes côtières était stable, un peu en dessous de la moyenne », explique Marc Moulin, hydrologue au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). « Il y a eu un tournant en décembre avec les crues spectaculaires du Gapeau, de la Giscle et de l’Argens, ce qui a conduit les nappes alluviales, situées sous les fleuves côtiers, à des niveaux plutôt hauts. »

    Pas de prévisions saisonnières fiables

    Comme en 2025, les trois premiers mois de l’année ont conforté cette tendance, notamment grâce aux nouvelles crues de février ayant placé les nappes « en position hautes à très hautes. On a désormais commencé la phase de tarissement », poursuit le scientifique, qui annonce « un étiage relativement modéré cette année. Comme on part de haut, on ne va pas arriver très bas, même si le tarissement est un peu précoce par rapport à d’habitude. » Et ce, malgré l’absence de pluie et des températures assez élevées depuis le début du mois d’avril.

    Mais avec des cours d’eau en baisse, il conviendra cependant de faire preuve de sobriété, annonce la préfecture, afin de restreindre tant que possible les mesures de restriction. D’autant plus que pour ce faire, on ne pourra pas vraiment compter sur les prévisions en termes de précipitations, celles-ci n’offrant pas « de tendances marquées à trois mois en Europe de l’ouest. Il y a trop d’incertitudes car nous sommes sur une zone de latitude moyenne », annonce Hélène Correa, responsable du service Prévision et Climatologie de Météo France sur la région sud-est.

    Ce Comité ressources en eau a aussi permis d’aborder la question de l’amélioration de la connaissance des prélèvements (près de 210 millions de m³ par an dans le Var) : 62% destinés à l’eau potable, 32% pour les usages agricoles et 6% pour d’autres usages économiques (golfs, ports, industries…). La Chambre de commerce et d’industrie a également présenté le programme ReS’Eau, qui accompagne les entreprises du tourisme vers la sobriété hydrique, du diagnostic des usages jusqu’à la mise en place d’actions concrètes.