Tag: Claire Pitollat

  • « Moi Marseille »

    « Moi Marseille »

    Laissez passer les cartes postales. Celle de la ville de coups de vents, des coups du sort que les magazines habillent de lumière, de ferveur et de passions, de caricatures. Et revenons à ce que je suis.

    Hier, j’ai célébré mes 2600 ans. Grecque, ouverte sur la Méditerranée, j’ai souvent résisté avec courage, parfois folie, moins souvent j’ai cédé à la sagesse. Des excès, nombreux, me direz-vous. Sans doute, mais je suis ainsi faite. De cycles, de dépressions, de rebonds et c’est dans ce flot incessant que j’ai déployé ma légende.

    Trompant les projets des urbanistes, jouant de l’espace entre ma centaine de villages, j’ai fait ville sans jamais trahir l’âme de ceux qui m’ont façonnée durant ces siècles. J’ai tissé ma force, à l’abri du massif de la Nerthe et de la chaîne de l’Etoile, me dressant contre la Provence, négligeant le tourisme, préférant les orients lointains.

    Alors, d’aucuns ont parlé de moi comme un carrefour alors que je ne suis rien d’autre qu’un havre où les hommes se croisent, travaillent et galèjent. Oui, ici le verbe est haut, moqueur mais je suis ville de labeur et d’efforts, contrairement aux clichés exhibés par ceux de la capitale.

    Aujourd’hui, je le sais. Je suis à la croisée des chemins et je sens que le bruit et la fureur, transformés en étendards par certains, me menacent. Ils excluent, rejettent et se sont persuadés que mes excès traduisent une lâche tentation vers les extrêmes, que mes emportements justifient leurs aveuglements et leurs ressentiments.

    Ils font table rase de ce qui m’a nourri. Leurs propos et programmes, à l’emporte-pièce, sont la négation de mon passé, qui s’est pétri dans l’accueil et le mélange. N’allez pas croire que mon essence populaire signifie l’amour de la révolution. Je manifeste, je crie, je conteste parce que j’aime la justice et refuse les exclusions. Mes colères, elles sont là.

    Si j’ai chanté La Marseillaise, c’est pour sauver la République, pas pour faire preuve d’insoumission. Cette République, elle est égalité, fraternité et liberté. Elle est peut-être menacée, comme ce qui fait ma chair, mes espérances.

    Ceux qui affirment sans sourciller que la police tue, ceux qui refusent le compromis, rejettent tout ce qui ne s’accorde pas avec leur credo. Ils ont les mêmes défauts que ceux qui font porter les péchés capitaux à l’autre, celui qui ne leur ressemble pas. Leurs combats ne sont pas les miens. Ils instrumentalisent mes emportements. Oubliant ce que je veux.

    Je veux continuer à grandir sans perdre mon authenticité, je veux que chacun de mes habitants ait sa juste place, que tous mes quartiers soient apaisés. Le temps n’est plus où je cherchais ma force dans le refus de tendre la main à mon arrière-pays. Le développement auquel j’aspire est fait de coopérations, de dialogues et d’échanges avec mes voisins, proches ou lointains.

    À leur laisser les rênes, ces ingrédients du vivre ensemble disparaîtraient refermant le chapitre d’une ville où les projets, enfin, peuvent bénéficier d’investissements de l’État.

    Je veux être Marseille, une ville de projets pour une jeunesse libérée du déficit d’investissement, de formation, d’emplois qualifiés… Je veux être une ville de logements décents pour tous, d’espaces publics accueillants, de nature préservée. Je veux une économie dynamique qui reflète le potentiel de cette terre de recherche, de savoirs, d’innovation. Je veux des politiques qui rapprochent et non qui opposent, des choix qui protègent et non qui affaiblissent.

    Ce sillon, je l’ai creusé durant des années, avec des maires de conviction, courageux, auxquels mille et un reproches peuvent être lancés. Mais ils n’étaient pas enkystés par cette fatigue démocratique qui menace.

    Il faut être démocrate, républicain, courageux. Le pire n’est jamais sûr mais il nous appartient, désormais ensemble, de tourner le dos aux passions tristes des extrêmes.

  • Plongée dans les comptes de campagne

    Plongée dans les comptes de campagne

    Derrière les colonnes arides des comptes et les chiffres qui s’égrainent de circonscription en circonscription, c’est tout le récit d’une campagne précipité après la dissolution de l’Assemblée nationale, au soir du 9 juin 2024, que l’on retrouve. Le 29 juillet dernier, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements publics (CNCCFP) a rendu publiques les dépenses engagées par les candidats à l’occasion des dernières législatives. Dans les Bouches-du-Rhône, moins de 800 000 euros de dépenses ont été retenus, dont 585 000 euros remboursés par l’état aux candidats ayant obtenu plus de 5% des voix au premier tour. Soit deux fois moins que lors du précédent scrutin de 2022, où 1,6 million d’euros avaient été dépensés.

    Le nombre de candidats s’est en effet effondré, passant de 201 à 126 personnes. Surtout, la campagne s’est déroulée en un temps éclair, trois semaines pour le premier tour, alors même que la dissolution n’était anticipée par personne. De quoi contraindre les états-majors à improviser.

    Une circo en or à Aix

    Certes, tous n’ont pas été mis à la diète. Zemmouriste converti à l’union avec le Rassemblement national derrière éric Ciotti, Gérault Verny a dépensé quelque 66 542 euros pour sa campagne, aux deux tiers pour payer ses tracts et affiches, dont 35 156 euros lui ont été remboursés par l’État. Des deniers avancés par l’entrepreneur lyonnais multimillionnaire, actionnaire du média identitaire Frontières et désormais député UDR d’Aix-en-Provence. Il a ainsi réalisé la quatrième campagne la plus chère de France, juste derrière Laurent Wauquiez (LR). Face à lui, l’ex-députée (Ren.) qui a permis son élection en refusant de se désister, Anne-Laurence Petel, avait dépensé près de 43 000 euros, au deuxième rang dans le département. Elle est celle qui a recueilli le plus de dons privés, à hauteur de 11 000 euros. Mieux placé qu’elle à l’issue du premier tour, le socialiste Jean-David Ciot n’a dépensé même pas 14 000 euros…

    Les candidats du Nouveau front populaire sont pourtant ceux qui ont le plus dépensé, près de 17 000 euros en moyenne, devant les candidats macronistes (13 000 euros) et le Rassemblement national (10 000 euros), qui n’a eu qu’à peine à faire campagne pour l’emporter, jusqu’à être désignés comme des candidats fantômes. Romain Tonussi n’a eu qu’à engager 2 500 euros pour se faire élire à Salon-de-Provence… Quant aux Républicains, bousculés par le ralliement d’éric Ciotti à l’extrême droite, ils n’ont dépensé que 4 000 euros par candidat, six fois moins que lors des scrutins de 2022, où ils émargeaient en tête des comptes de campagne.

    Dans cette campagne, certains se distinguent par leurs frais de télécommunication comme l’insoumis Allan Popelard (9 500 euros), leurs réunions publiques comme la RN Gisèle Lelouis (9 000 euros), leur communication en ligne comme Lionel Royer-Perreaut (14 000 euros) ou les honoraires de com comme Pascaline Lécorché (PP) et Claire Pitollat (LREM), 10 000 euros chacune. « J’ai renforcé la communication, notamment par des formats vidéo, à cause de la rapidité de la campagne, témoigne cette dernière. Les documents imprimés prennent plus de temps de fabrication et ne correspondaient pas au timing. »

    Début juillet, quatre candidats, dans le département, ont été déclarés inéligibles faute de déclaration de leurs comptes de campagne, dont le zemmouriste Jean-Philippe Courtaro et le RN Franck Liquori.

    « J’ai renforcé la communication, notamment par des formats vidéo, à cause de la rapidité
    de la campagne. »