Tag: Cisjordanie

  • [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    La Marseillaise : Comment vivez-vous cette nouvelle guerre ?

    Ofer Cassif : Je viens tout juste de rentrer de l’abri et je vais peut-être devoir y retourner… Qui sait ? Sur un plan personnel, je suis coincé entre les missiles iraniens et la persécution de l’establishment israélien. Parce qu’évidemment, je me suis opposé à cette attaque sur l’Iran, ce qui nous a valu à mes camarades et moi d’être accusés par le gouvernement israélien et une partie de l’opposition de soutenir le régime iranien, auquel nous nous sommes toujours opposés. C’est un régime assassin. Les Américains et les Israéliens ont attaqué l’Iran pour leurs propres intérêts politiques et économiques, rien d’autre. Nous sommes contre cette intervention impérialiste.

    Pourquoi déclencher cette guerre maintenant ?

    O.C. : Les intentions de Trump et Netanyahu n’ont jamais été de parvenir à un quelconque accord. Il y a quelques jours, dans un message vidéo, Trump a exposé les deux objectifs de cette attaque massive : la destruction des capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et le changement de régime. Le premier objectif, n’est que mensonges. Car en juin 2025, à la fin de la première offensive sur l’Iran, Netanyahu a dit « nous avons éliminé le projet nucléaire iranien ». Soit il a menti à l’époque, soit il ment maintenant. Je crois que les deux sont vrais. Chaque personne rationnelle sait qu’il n’y a pas de moyen militaire d’arrêter le projet nucléaire iranien mais des moyens diplomatiques et politiques. N’oublions pas que ceux qui se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, c’était les États-Unis sous le premier mandat de Trump, à la demande de Netanyahu ! C’est ce qui nous a menés à la situation actuelle. Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples de la région.

    Selon les derniers sondages, l’opinion publique israélienne et l’opposition autoproclamée à Netanyahu soutiennent ces frappes.

    O.C. : Notre position est actuellement minoritaire dans le pays, même si de plus en plus de gens ouvrent les yeux et se rendent compte que le gouvernement ne se soucie pas du bien-être des Israéliens, ni des autres peuples. Nous nous sommes opposés avec dégoût au terrible massacre commis par le Hamas le 7 octobre. Mais nous avons aussi dit que l’unique façon de prévenir de tels carnages des deux côtés est d’arrêter l’occupation et de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens. C’est au cœur de tout ce qui se passe dans le Moyen-Orient, y compris vis-à-vis de l’Iran. Encore une fois, nous nous opposons à ce régime répressif, dirigé par des assassins. J’aimerais qu’il disparaisse, mais cela ne peut pas se faire par des moyens militaires, c’est aux Iraniens de s’en débarrasser.

    Benjamin Netanyahu poursuit ces campagnes militaires dans le but d’éviter des élections ?

    O.C. : Non, je pense que c’est le contraire : il veut continuer cette guerre afin de gagner l’élection, c’est la seule chose qui le préoccupe. Il se demande comment l’emporter et se fout de savoir que des gens mourront. Netanyahu et ses acolytes, son gang fasciste, savent qu’ils sont minoritaires : si le scrutin avait lieu aujourd’hui, ils seraient battus. Pour eux, l’attaque sur l’Iran est une réussite jusqu’à présent. C’est pourquoi ils veulent convoquer l’élection au plus tôt – probablement en juin – et profiter de ce « succès » pour mener campagne.

    Il craint aussi le procès qui l’attend ?

    O.C. : Netanyahu est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Sous son maquillage et sa voix de baryton, nous avons affaire à un lâche. Il sait qu’une fois qu’il perdra sa position en tant que Premier ministre, il se retrouvera derrière des barreaux. Il en est terrifié. Ajoutons à cela qu’il est entouré de fanatiques messianiques, au sein du Likoud et d’autres partis qui constituent la coalition gouvernementale. Il y a une convergence entre les intérêts personnels de Netanyahu pour éviter la prison et les rêves des messianiques qui l’entourent. Ces derniers croient que le messie est juste au coin de la rue et qu’Israël doit s’emparer de Gaza, voire même du Liban et de la Syrie. Pour eux, il s’agit d’une guerre divine. Mais Netanyahu n’est pas un fanatique messianique, c’est un psychopathe mégalomane qui ne se soucie que de lui-même.

    Prévoit-il une guerre à long terme ?

    O.C. : Il veut une guerre sans fin. C’est la seule chose qui le maintient au pouvoir. Il n’a rien d’autre à « vendre » à la population, si ce n’est la peur et la haine.

    Pendant ce temps, les frappes se poursuivent sur Gaza et l’annexion de la Cisjordanie s’accélère…

    O.C. : Toutes ces choses sont connectées : l’attaque sur l’Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie, le génocide à Gaza et le fascisme à l’intérieur de l’Israël avec la persécution des citoyens palestiniens, des juifs de gauche et démocrates. Cela fait partie du « plan décisif » présenté par Bezalel Smotrich en 2017. Derrière l’écran de fumée de l’attaque en Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’accélère au quotidien. Les milices judéos-nazis des colons, sous l’égide des forces d’occupation, avec le soutien et le financement du gouvernement attaquent les Palestiniens, les activistes israéliens et internationaux. Ceux qui veulent soutenir Israël doivent comprendre que l’ennemi des Israéliens est le gouvernement israélien. Avec Trump, ils constituent le principal danger pour les Israéliens, pour la région et même pour le monde !

    Rassemblement pour la Paix à Martigues

    La Ville de Martigues lance un appel à un rassemblement ce mercredi à 18h, sur le parvis de l’hôtel de ville « pour exprimer notre exigence de Paix, afin de porter ensemble un message clair : non à l’escalade militaire, oui à la Paix, à la justice et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », précise la ville. « La guerre et les bombardements ne peuvent être une solution. Et « d’exprimer sa solidarité avec le peuple iranien ».

  • [Entretien] Ofer Cassif : « J’espère qu’Israël ne violera pas de nouveau cet accord »

    [Entretien] Ofer Cassif : « J’espère qu’Israël ne violera pas de nouveau cet accord »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur la première phase de cet accord ?
    Est-ce la fin du génocide à Gaza
     ?

    Ofer Cassif : Je l’espère sincèrement. Je me réjouis de la signature de cet accord. Il était nécessaire, même si ce n’est pas tout à fait ce que j’aurais aimé avoir. De mon point de vue, un bon accord, qui bénéficierait aux deux peuples, acterait la fin totale de l’occupation, le retrait d’Israël de toute la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris le démantèlement des colonies. Et, bien sûr, la libération des Palestiniens avec leur État établit avec les frontières de 1967, vivant aux côtés de celui d’Israël. C’est ce que j’aimerais voir. Mais, dans les circonstances actuelles, la chose la plus importante est, bien sûr, de mettre fin à ce terrible génocide, de libérer les otages et j’espère que cela fonctionnera correctement. J’espère qu’Israël s’y tiendra et ne violera pas de nouveau l’accord après la première phase, comme il l’a fait auparavant, et j’espère que le monde continuera de mettre pression pour atteindre une vraie paix et la justice.

    Est-ce la pression populaire exercée par les milliers de manifestants qui ont défilé chaque semaine dans les rues qui a contraint Netanyahu à accepter cet accord ?

    O.C. : C’est certain que cela y a contribué, des Israéliens ont perdu leurs emplois parce qu’ils ont manifesté et se sont opposés à ce génocide. Mais c’est surtout la pression exercée par les activistes internationaux qui a changé la donne. Ceux qui ont très clairement fait entendre leurs voix contre. Je voulais saluer tous ceux qui étaient impliqués dans la pression du gouvernement israélien pour atteindre cet accord. Les activistes internationaux, les Israéliens qui ont démontré, et les Palestiniens qui ont continué à se battre et n’ont jamais abandonné.

    Comment envisagez-vous la suite d’un point de vue politique ? Vous appelez à vaincre le fascisme en Israël. Est-ce par la tenue d’élections ?

    O.C. : Les élections sont censées se tenir en octobre 2026, mais je pense que Benjamin Netanyahu aimerait les convoquer plus tôt afin d’utiliser cet accord à son avantage dans la campagne à venir. Le scrutin pourrait ainsi avoir lieu en février, mais rien n’est officiel pour le moment. J’ai peur qu’il y ait une grande chance que les élections ne soient pas transparentes. Netanyahu et sa bande sont déjà en train de fomenter des plans pour utiliser tout ce qui est en leur pouvoir pour manipuler les résultats de cette élection. Mais nous ferons tout notre possible pour les en empêcher.

    Qui pour lui faire face ?

    O.C. : Nous avons besoin d’une vraie opposition. Des personnalités telles que Yaïr Lapid, Benny Gantz ou encore Avigdor Lieberman se sont positionnées comme des opposants à Netanyahu, mais politiquement, l’offre est la même. La clé pour empêcher des attaques comme celles qui ont eu lieu dans le Sud d’Israël le 7 octobre est la libération des Palestiniens. La fin de l’occupation et la reconnaissance de l’État palestinien sont la clé pour une paix stable et durable dans tout le Moyen-Orient.

  • « Les Palestiniens demandent à être reconnus comme des êtres humains »

    « Les Palestiniens demandent à être reconnus comme des êtres humains »

    La Marseillaise : Pourquoi était-il important pour vous, en tant que Palestinienne, de participer à ce forum pour la paix ?

    Huda Abu Arqoub : Il est essentiel pour chaque Palestinien de faire entendre sa voix. Parfois les gens pensent que nous sommes tous du Hamas ou avec l’Autorité palestinienne corrompue. Ce n’est pas le cas et nous, nous pouvons parler de la vie des Palestiniens sur le terrain. Je suis juste une femme de 55 ans qui vit en Cisjordanie à Al Khalil [Hébron en hébreu, Ndlr] avec ma mère qui a 85 ans et qui est terrifiée. Elle voit tout le monde, y compris les personnes de son âge, être arrachées à leurs maisons à Gaza et périr. Je suis ici aussi pour être reconnue par le reste du monde comme une égale, comme un être humain qui a les mêmes droits que les autres. Je ne veux pas d’un monde qui se partage en deux camps, l’un pour Israël, l’autre pour la Palestine. Je veux d’un monde qui se réveille et reconnaisse les uns comme les autres en tant qu’êtres humains, en rejetant la propagande, l’expression de la haine et des frustrations. Nous sommes les peuples, nous devons nous unir pas nous diviser.

    De quelle manière les femmes peuvent-elles jouer un rôle dans l’arrêt des conflits ?

    H.A.A. : Nous avons le courage, les voix, les outils pour cela. Mon engagement vise à créer des modèles de leaders différents des hommes politiques que nous connaissons. Cela commence par se départir des intérêts étroits et de l’obsession du pouvoir, pour faire primer la justice, la paix, la sécurité, l’amour de son prochain. Les êtres humains ne peuvent pas s’épanouir dans la haine. Les femmes sont souvent des mères. Si un seul enfant souffre dans le monde, nous le ressentons comme une douleur. Cela commence par là : ne pas perdre son humanité, son âme, son cœur. C’est une longue lutte dans laquelle il nous faut faire beaucoup d’efforts pour changer le système qui domine aujourd’hui.

    Pouvez-vous témoigner de la situation humanitaire à Gaza
    mais aussi en Cisjordanie
     ?

    H.A.A. : Comme beaucoup de Palestiniens j’ai perdu de la famille à Gaza dans des conditions terribles. Moi je vis en Cisjordanie et c’est devenu une prison géante. Venir ici, c’est prendre un risque pour ma vie. Je vais devoir passer à travers des territoires jordaniens, israéliens, à travers le système de check-points mis en place par les colons. J’ai perdu mon travail parce que je parle avec franchise. Notre système de santé s’est complètement écroulé. Conduire ma mère à l’hôpital est devenu quasiment impossible. Tout cela est source d’angoisse et de peur du lendemain. J’espère seulement que le jour venu, elle pourra mourir dans la dignité. Ce n’est pas trop demander. Quant à la nouvelle génération de Palestiniens, elle grandit dans un environnement où la haine est partout. C’est ce monde qui leur enseigne la haine, pas nous. En tant que femme éduquée, je sais que si nous laissons nos jeunes dans cette haine, c’est notre cause qui perdra à la fin. C’est la raison pour laquelle après ce Forum je retournerai là-bas. Je ne veux pas être une réfugiée, je ne veux pas être un objet de charité. Je veux juste être un être humain comme tout le monde. Je pense tout le temps aux enfants de Gaza. Tout est détruit, beaucoup ont perdu leurs parents, ils n’ont plus de maison. La maison c’est essentiel pour se construire soi-même. C’est un refuge quand on est triste, quand on a peur, c’est le lieu où on peut être heureux aussi. Le monde voit tout cela mais ne fait rien. Comment pourront-ils se reconstruire dans ce monde ? Comment pourront-ils grandir ? Cela me préoccupe profondément.

    Que pensez-vous de l’initiative française pour la reconnaissance de la Palestine ?

    H.A.A. : Je pense que c’est important. J’ai toujours pensé que la solution ne peut être qu’internationale. En tant que Palestinienne je ne peux que soutenir l’initiative conduite par la France et l’Arabie saoudite. Je sais que dans le quotidien elle ne changera pas la situation du tout au tout mais j’espère qu’elle contribuera à stopper le génocide en cours. La Palestine a le droit d’être un État, la question qui doit se poser maintenant pour les Européens c’est comment aider les Palestiniens concrètement alors que les États-Unis ont perdu toute chance d’apparaître comme un intermédiaire honnête. Ce que je veux dire au peuple français, c’est de ne pas se diviser sur cette question. Reconnaître la Palestine ne veut pas dire nier Israël, c’est reconnaître les deux.

    Quel est votre regard sur la flottille ?

    H.A.A. : Cela ne date pas d’hier, il y en a eu dans les années précédentes. C’est une marque d’attention du monde à ce qu’il nous arrive, nous les Palestiniens. Cela ne changera rien sur le terrain mais c’est une façon de montrer que nous ne sommes pas seuls, nous qui faisons face à la mort.

    Quelle place pour les droits humains et les droits des femmes dans le futur État palestinien ? Craignez-vous les extrémistes religieux ?

    H.A.A. : Oui absolument. Je n’ai pas peur de dire que le Hamas a aidé les extrémistes israéliens à croître. Ils se nourrissent mutuellement. J’ai grandi dans un milieu laïque, je pratique l’islam en dialoguant avec mon âme, cela rejoint de bien des façons ce que font les juifs ou les chrétiens. Ce qui m’inquiète c’est l’extrémisme insufflé par des gens dont le pouvoir réside dans la violence et dans les armes. Cela fait 25 ans que je me bats pour la paix, et cela n’a rien donné. C’est très difficile de convaincre. Et pour autant je crois en l’avenir de la Palestine. Les armes ne règlent rien. Ce n’est pas seulement en imposant des élections maintenant ou en comptant sur un leader qu’on y parviendra. Cet avenir, il est entre nos mains à tous. C’est notre nation qui se bat pour sa liberté qui doit le construire.