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  • [Chroniques méditerranéennes] Nous sommes tous Maricarmen !

    [Chroniques méditerranéennes] Nous sommes tous Maricarmen !

    « Somos todos Maricarmen » ont scandé des milliers de personnes lors de manifestations à travers le pays après l’expulsion de Maricarmen âgée de 87 ans de son appartement, mercredi à Madrid dans le quartier du Retiro. Un appartement, dans lequel elle vivait depuis 70 ans. Évacuée sur son fauteuil roulant compte tenu de son handicap et dirigée sur un hôpital, en attendant son relogement chez un cousin, cette expulsion a suscité dans tout le pays une vague d’indignation, Maricarmen devenant malgré elle le symbole de la lutte pour le droit au logement et contre les expulsions. C’est après une longue bataille juridique que le fonds spéculatif qui avait acquis cet appartement d’un précédent propriétaire a eu gain de cause. En augmentant le loyer de 275% soit 2 650 euros par mois le fond « vautour » mettait Maricarmen en difficulté pour s’acquitter de ses loyers. Depuis le siège de l’ONU à New York où Pedro Sanchez se trouvait mercredi, le chef du gouvernement a réagi en dénonçant « une tragédie nationale que nous ne pouvons accepter », du côté de Sumar les partenaires du gouvernement dénoncent eux « la passivité de la ministre du logement ». Sumar qui se saisit de cette affaire pour porter au conseil des ministres de mardi, la demande d’expropriation du logement de son propriétaire le fonds spéculatif Urbagesa. La porte-parole de Sumar, Veronica Martinez, a déclaré jeudi « nous voulons mettre fin à cette injustice et envoyer un message clair aux spéculateurs et aux fonds vautours : le logement est un droit, pas un commerce ». Cette demande d’expropriation d’Urbagesa « doit marquer un tournant face à la spéculation immobilière. C’est pourquoi nous proposons également des modifications législatives afin qu’une telle situation ne puisse plus jamais se produire », a ajouté la porte-parole de Sumar. L’expulsion de Maricarmen remet sur le devant de la scène la politique du logement du gouvernement, une politique largement insuffisante, et par certains aspects incompréhensible, de la part d’un exécutif de gauche. Pour preuve le vote des députés du PSOE le 15 septembre lors d’une séance des Cortès, ceux-ci ont rejeté avec la droite l’examen de la loi proposée par le groupe Sumar qui interdit de vendre des appartements à des grands fonds d’investissement dont l’objectif est le commerce du logement. Avec les votes du PP, de Vox, de Junts (indépendantistes catalans) et l’abstention du PSOE le Congrès des députés a repoussé toute possibilité de prendre en considération l’examen de cette proposition de loi.

    Ce vote des députés socialistes montre clairement les différences au sein de la coalition gouvernementale en matière de politique du logement. Ce texte qui fut déjà présenté en novembre 2025, avait été repoussé grâce aussi à une abstention des députés du PSOE. Difficile de comprendre l’attitude des députés socialistes, qui ne traduisent pas dans leurs actes les politiques promises auprès des électeurs de gauche souvent victimes des spéculateurs. Les manifestations qui se multiplient dans le pays, comme encore ce samedi, dénonçant la main mise des fonds spéculateurs sur le logement et contre les expulsions vont probablement rappeler aux ministres la politique sur laquelle ils se sont engagés. Les ministres communistes au gouvernement et la coalition Sumar au Congrès des députés entendent bien dans les jours qui viennent faire bouger les lignes. Les bonnes déclarations de Pedro Sanchez dénonçant « une tragédie nationale » et l’incapacité de la droite locale à régler les problèmes de logement à Madrid, ne suffiront pas tant que ne seront pas pris des actes concrets et législatifs contre les fonds spéculatifs et pour le droit au logement.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    La victoire de l’Espagne remportant la Coupe du Monde de football avec une équipe de jeunes, au jeu rigoureux et collectif, représentative d’une Espagne métissée, diverse, fraternelle, solidaire et cette victoire fêtée par tout un peuple heureux de communier, de se rassembler, laissant au vestiaire les différences, les animosités, l’individualisme, et sur la touche le racisme, donne de l’espoir à ceux qui désespèrent de l’être humain et déplorent la dérive vers un monde guerrier et fascisant.

    Ça, c’était en début de semaine. Mercredi, à peine trois jours plus tard, les tenants de la haine, les disciples de Trump, les propagateurs d’une idéologie nauséabonde, les champions de l’exclusion et du racisme qui jouent dans la même équipe que Marine le Pen et Jordan Bardella, se sont illustrés au parlement de la communauté autonome de Valencia en faisant voter, une première en Espagne depuis Franco, une loi régionale, indigne, de « Priorité nationale ».

    La droite (Parti Populaire) et l’extrême droite (Vox) votent donc la « priorité nationale » et les budgets qui vont avec dans cette communauté de 5,4 millions d’habitants. L’extrême droite dans toutes les régions où elle participe à l’exécutif essaye de faire adopter cette loi, alors qu’elle n’y parvient pas au niveau national. C’est donc par le biais des régions, que ce parti pro franquiste instille son poison raciste, et donc la communauté valencienne aura le triste privilège de mettre en place cette politique d’exclusion d’une partie de la population. Une région qui devient première au classement des champions de l’indignité régionale. Cette loi de « priorité nationale » défendue par Vox concerne notamment l’accès au logement et les aides sociales. Avec ces budgets votés ce mercredi c’est la troisième fois que votent ensemble la majorité constituée par le Parti Populaire et Vox depuis 2023. Voilà qui, après l’euphorie de cette belle fête autour de cette jeune et belle équipe d’Espagne, a de quoi rappeler la réalité politique du pays. D’une part une Espagne exemplaire en Europe, parce que progressiste et le démontrant en portant une politique volontariste, en faveur des migrants et des Palestiniens, une politique sociale dans le pays avec des avancées certes insuffisantes mais qui n’ont jamais été aussi loin, une Espagne qui refuse à Trump l’usage de ses bases pour bombarder les populations civiles en Iran, et d’autre part une droite et extrême droite qui mine le terrain de la démocratie, un PP qui jure qu’il ne s’alliera pas avec Vox pour gouverner au plan national, mais qui use de l’autonomie des régions pour expérimenter une alliance droite extrême droite déjà en place. Alors pour revenir à cet événement sportif, cette victoire, qui a enthousiasmé toute l’Espagne et bien au-delà, on se prend à rêver d’un monde sans guerres, humain et solidaire, je partage ce commentaire que j’ai relevé sur les réseaux sociaux après le match de la finale : « Ce soir, beaucoup de citoyens à travers le monde n’ont pas seulement vu onze joueurs en maillot rouge soulever une coupe : ils ont vu un symbole, une revanche, un petit moment où le récit du monde semblait pencher du côté des justes. » Mais aussi on a pu voir un grossier personnage, président des États-Unis déçu de la défaite de l’Argentine qui a voulu s’imposer sur la photo de l’équipe espagnole triomphante. Insupportable pour ce va-t’en guerre, obligé de remettre des médailles aux joueurs de l’équipe d’un pays qu’il ne supporte pas.

    Finalement, Trump fut « exfiltré » du champ des caméras, la fête a pu continuer pour les champions heureusement débarrassés de l’intrus. Encore une belle image porteuse d’espérance.

  • [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    Février 1936, « el Frente Popular » l’emportait en Espagne aux élections législatives, dans un contexte de montée du fascisme et du nazisme en Europe. 18 juillet 1936, la République espagnole était agressée par le capitalisme international avec son bras armé, le fascisme. L’enjeu ? Mettre un coup d’arrêt au progrès social, aux nouvelles libertés conquises, à l’émancipation des travailleurs et des peuples, aux droits des femmes, à la mise en place de coopératives et de collectivisations des terres et des moyens de production.

    90 ans plus tard, l’Espagne voit avec inquiétude la progression de l’extrême droite, qui fait l’apologie du franquisme et distille dans la société l’idée que c’était mieux du temps de Franco. L’Espagne, dont la transition démocratique « molle » qui a suivi la mort du dictateur, a rejeté dos à dos victimes et bourreaux du fait de la loi d’amnistie de 1977 avec en prime la mise en place par le système franquiste d’une monarchie constitutionnelle héritière du régime dictatorial, ce qui complique aujourd’hui les recherches des familles de dizaines de milliers de victimes dont les restes gisent dans près de 6 000 fosses répertoriées. L’Espagne baigne toujours dans les eaux nauséabondes d’un franquisme qui n’en finit pas de mourir.

    L’Espagne, qui ne s’est toujours pas débarrassée de ce passé en procédant à un nécessaire « Nuremberg » reste le pays d’Europe qui a le plus mis en place des politiques sociales depuis que la gauche est au pouvoir, et qui a le plus pris des positions internationales souvent à contre-courant, notamment en faveur du peuple palestinien et contre la violation par Trump du droit international au Venezuela. Malgré cela, la gauche recule dans la plupart des régions aux élections et voit son électorat fondre comme neige au soleil. Le PSOE est empêtré dans des affaires de corruption. La droite, qui n’a pas de leçons à donner dans ce domaine en profite pour se faire une virginité. L’atmosphère politique de plus en plus délétère dans le pays, a pour conséquence de mettre à l’arrière-plan les réformes sociales dont bénéficient les Espagnols, qui assistent dépités à des débats politiciens au ras des pâquerettes.

    Les communistes, Izquierda Unida, parties prenantes de Sumar partenaires du PSOE au gouvernement, ainsi que les groupes parlementaires de la majorité non représentés au gouvernement, tels Podemos ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC), s’inquiètent à juste titre de cette situation dans un contexte de trumpisation en Europe.

    Il est temps que des mesures courageuses et efficaces soient prises par le gouvernement afin que la gauche reprenne des couleurs. Même si le salaire minimum interprofessionnel (SMI) est passé de 735 euros mensuels à 1 221 euros entre 2018 et 2026, une progression spectaculaire de plus de 60%, la question du pouvoir d’achat reste essentielle, notamment à cause du prix élevé des produits de première nécessité. La question du logement exige aussi une politique à la hauteur des besoins ainsi que les services publics notamment la Santé et l’Enseignement. En clair, le gouvernement doit donner une impulsion significative pour que les politiques publiques continuent d’améliorer la vie des gens. La condition pour redonner confiance et barrer la route à la droite et l’extrême droite.

    Journaliste,

    président de l’Association pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)