Tag: Christèle Lagier

  • À Avignon, des « violences policières » dénoncées

    À Avignon, des « violences policières » dénoncées

    Dans les locaux de l’association Le Hérisson à Avignon, lieu d’autodéfense juridique populaire à Avignon, une vingtaine de personnes ont évoqué des faits qu’elles qualifient de « violences policières » lors de cette rencontre organisée par la LDH.

    « Le but est de recenser les différents cas afin d’apporter une riposte juridique et de faire cesser les comportements inadaptés », explique Véronique Marcel, avocate au barreau d’Avignon. Elle confie elle-même défendre une mineure de 15 ans poursuivie pour outrage : « Elle avait une pancarte avec écrit “ACAB” pendant une manifestation et a été placée en garde à vue. Il y a des choses qui ne vont pas. »

    Enseignante matraquée

    Une dizaine de personnes ont ainsi rapporté différents faits. Sandrine, professeure des écoles, montre les photos d’un bleu longiligne sur sa jambe. « Ce samedi, j’ai vu des policiers s’acharner sur un jeune. Quand j’ai dit d’arrêter et après avoir refusé de reculer, l’un d’entre eux m’a donné des coups de matraque », affirme-t-elle. D’autres faits ont été rapportés lors des tentatives de blocus de l’Université, la semaine dernière. Marie confie avoir été « plaquée contre le mur pour un contrôle d’identité ». Christèle Lagier, enseignante-chercheuse, dénonce une « vraie volonté de couper l’herbe sous les pieds », avec un « rapport de force très net », tout en pointant des intimidations.

    Un nouveau rendez-vous est fixé ce samedi à 14h, toujours dans les locaux du Hérisson. « On prendra du temps pour chacun afin de donner des conseils juridiques plus précis », explique Me Véronique Marcel.

    Témoignages à envoyer à
    faire-collectif@herisson-asso.org

  • Ces étudiants en renfort des lycéens

    Ces étudiants en renfort des lycéens

    Depuis plusieurs semaines, les entrées de l’Université d’Avignon sont bloquées au moins en partie par des étudiants pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. S’ils ont d’abord rejoint le mouvement des lycéens, les étudiants portent eux aussi, devant l’université, des revendications communes aux deux mobilisations.

    Devant une entrée annexe de l’établissement, passage Maréchal-Brune, ce jeudi, une centaine de personnes étaient mobilisées, des jeunes et des représentants syndicaux. Un blocage a été tenté, mais il a été levé en force par la police. Lors de cette intervention, un représentant de la CGT des établissements d’enseignement supérieur (Ferc Sup) a été blessé (lire ci-dessous). Transporté à l’hôpital, il en est ressorti en fin de matinée avec trois points de suture et deux jours d’arrêt de travail.

    « Poursuivre le combat »

    Les lycéens du centre-ville, de Mistral et Aubanel, ont tenté de mettre en place des actions, dans la matinée, devant leurs établissements. « Mais on n’était vraiment pas assez », regrette Nino, terminale mobilisé depuis plus de trois semaines. À un camarade, il confie s’interroger sur sa capacité à poursuivre le mouvement après les vacances qui débutent ce vendredi soir : « J’ai déjà raté 70 heures de cours sur un peu plus de 300 dans le trimestre. » « On sent un peu un essoufflement. On est encore quelques-uns, mais l’approche des vacances diminue un peu la motivation de certains », ajoute Mila, du lycée Aubanel. Même constat à Carpentras, où peu de lycéens étaient mobilisés.

    Du côté des étudiants, les rangs ne faiblissent pas malgré l’adversité. Ils ne seront en vacances que la semaine suivante. « Il faut poursuivre le combat, donc on reste. On essaye de renvoyer une bonne image en restant assis. L’idéal serait de banaliser une semaine pour pouvoir tous se mobiliser », pointe Anouar Bendahmane, étudiant. « On reste mobilisés tant qu’on n’est pas suffisamment entendus. Entre fuites et insalubrité, ce sont des conditions inacceptables », poursuit Hélio Dessinge, étudiant en histoire et membre des Jeunes communistes.

    Parmi les enseignants, la blessure de leur collègue suscite une vive émotion. Sur une vidéo tournée par un manifestant, on voit des policiers s’approcher d’une chaîne humaine formée par des syndicalistes, positionnés entre les forces de l’ordre et les étudiants. Un représentant de la CGT Ferc Sup, qui ne faisait pas partie de cette chaîne, se trouvait à proximité. Un policier l’aurait alors agrippé avant qu’il ne chute et ne se cogne la tête contre une grosse pierre.

    « L’agression de notre collègue était totalement injustifiée. Ce n’est absolument pas normal. Il faut se réunir et discuter quand un collègue est victime de répression de ses libertés », lance, lors d’une assemblée du personnel, Jessica Sainty, enseignante-chercheuse à l’université. « Nous vivons un moment dramatique d’atteintes portées aux libertés publiques, de menaces directes exercées par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur la jeunesse et sur le personnel universitaire », confiait la veille Christèle Lagier, enseignante-chercheuse. « La violence de ce matin est inacceptable », affirme lors de l’assemblée George Linarès, président d’Avignon Université, qui assure ne pas avoir demandé l’intervention des forces de l’ordre. La matinée de ce vendredi est banalisée par la présidence et des temps d’échanges vont être organisés dans un amphithéâtre « pour toute la communauté universitaire ».

    ET AUSSI

    Rassemblement de la CGT devant la préfecture de Vaucluse à 17h30

    L’UD CGT de Vaucluse appelle au rassemblement, ce vendredi 16 octobre, devant la préfecture de Vaucluse. Le syndicat dénonce le fait qu’un « camarade ait été violenté par les forces de l’ordre alors qu’il tentait de protéger les étudiants et leurs banderoles », tôt dans la matinée du 15 octobre, devant l’université d’Avignon. Le syndicaliste a reçu trois points de suture après avoir été projeté contre le sol et percuté une pierre.

    Après Langevin, le lycée Lurçat ferme à Martigues

    À Martigues, où le lycée Paul-Langevin était déjà fermé jusqu’aux vacances, la mobilisation s’est déplacée au lycée Jean-Lurçat, le second établissement public de la ville. En fin de matinée, la direction a décidé de fermer l’établissement.

    Cours alternatif à Aix-en-Provence

    Dans le cadre du blocus de Sciences Po Aix qui se poursuit depuis le 5 octobre, les étudiants ont organisé, ce jeudi matin, un « cours alternatif » sur le parvis de l’établissement sur le thème « auto-médiatisation des mobilisations ».

    28 saisines du défenseur des droits

    Le Défenseur des droits, autorité administrative indépendante chargée notamment de veiller au respect de la déontologie par les forces de l’ordre, a annoncé avoir reçu 28 saisines individuelles depuis le début du mouvement lycéen.

  • [Entretien] Christèle Lagier : « Le RN s’enracine sur la base d’électeurs de droite »

    [Entretien] Christèle Lagier : « Le RN s’enracine sur la base d’électeurs de droite »

    La Marseillaise : Le score du RN lors de ces municipales acte l’enracinement du parti dans la région ?

    Christèle Lagier : Il traduit l’implantation de longue date de ce parti sur un certain nombre de territoires du sud-est. Ce n’est pas si surprenant concernant Marseille quand on regarde les résultats des dernières législatives, le territoire était partagé. Ce qui s’est accentué sur ces élections, c’est une forme de recomposition politique actée au local qui a commencé en 2017, avec la non-qualification du candidat de droite lors de l’élection présidentielle. Le RN consolide aussi son enracinement sur la base d’électeurs de droite.

    L’extrême droite a, ici, remplacé la droite républicaine ?

    C.L. : C’est très net sur les territoires du Vaucluse sur lesquels je travaille. Je l’avais observé sur Avignon lors des départementales de 2011, où on avait une baisse significative des scores de la droite républicaine et une croissance des scores FN. Ça s’était confirmé sur les municipales de 2014. Quand on réalise des entretiens avec des électeurs du RN et de la droite, on voit très bien comment se discute collectivement dans les groupes, les familles, les socialisations immédiates, le fait de voter pour la droite ou l’extrême droite. Ces électorats font des allers-retours depuis des années selon les élections. Là, il y a un effet de renforcement très net qui vient évidemment des recompositions qu’on peut observer au national et se traduisent localement.

    À Marseille, Martine Vassal a-t-elle été sanctionnée pour ses positionnements droitiers ?

    C.L. : Les municipales sont des élections intermédiaires dans lesquelles les électeurs sanctionnent aussi le pouvoir national. Martine Vassal paye la confusion de son positionnement. Elle n’est ni vraiment chez les Républicains, pas tout à fait chez les macronistes et en même temps, elle envoie des signaux à l’extrême droite. Le manque de clarté dans ses positions et les quelques sorties qu’elle a pu faire qui la rapprochent de l’extrême droite ne sont pas des maladresses mais des signaux envoyés à ces électeurs. C’est un jeu très difficile à jouer et une place très difficile à tenir. C’est d’autant plus hasardeux quand on a une offre politique qui est clairement identifiée à l’extrême droite comme c’est le cas à Marseille.

    Les électeurs RN votent-ils par rejet des partis traditionnels ou par adhésion ?

    C.L. : Quand on travaille sur les préférences électorales, on constate que les décisions ne se prennent pas toujours sur des considérations programmatiques. Pour avoir fait des entretiens avec des électeurs du RN, ils ne connaissent pas le programme, à part quelques idéologues. Ce parti s’appuie sur un racisme très largement diffus dans notre société française qui est structurellement raciste et s’est construite sur une histoire coloniale qui produit encore aujourd’hui un certain nombre d’effets. Le RN active ses ressorts racistes qu’il vient associer à des thématiques sociales et sécuritaires, ce qui fonctionne très bien. Il ne fait pas reculer durablement l’abstention mais progresse sur des clientèles électorales qui votaient autrefois pour d’autres partis et se sont repositionnées faute de mieux. J’ai entendu plusieurs fois « on a tout essayé, pourquoi pas eux ? ». On n’est pas sur une adhésion positive à un projet de société. La question que je pose, c’est après le RN, qu’est-ce qui se passe ? On a un champ politique fracturé et une partie des électorats qui, soit se positionnent dans l’abstention intermittente, c’est-à-dire qu’ils ne votent pas tout le temps parce qu’ils sont très défiants à l’égard de la politique, soit des électorats qui étaient plutôt situés à droite de l’échiquier politique et qui trouvent dans le RN un vote de contestation.

    Comment s’expliquent les votes en faveur de ce qu’on appelle les « brebis galeuses », comme Frédéric Boccaletti à Six-Fours ou Laure Lavalette à Toulon ?

    C.L. : Ces gens-là, sont cadres du RN, ils sont installés et font partie des figures de référence. Ce ne sont pas des brebis galeuses, c’est l’ADN même de ce parti. Si on regarde son personnel, les conditions de sa formation historiquement, les groupuscules avec lesquels il a des liens, il est clairement situé à l’extrême droite, il a un programme fasciste. Cela ne freine pas les gens pour la bonne et simple raison que ce parti bénéficie depuis de nombreuses années d’un accompagnement médiatique contribuant à expliquer que finalement, c’est un parti comme les autres. Au même moment, des tas de responsables dans le reste du champ politique s’autorisent aussi à faire de la surenchère : je pense aux propos d’Aurore Berger sur l’anti-France ou les propos du ministre de l’Intérieur sur l’État de droit. On a un personnel politique, un champ médiatique et économique qui valide idéologiquement ce parti, cela doit nous inquiéter.

    Le « front antifasciste » est la bonne position à adopter ?

    C.L. : Si on est d’accord sur le fait que le RN est un parti structurellement raciste et dangereux alors oui je pense que le créneau antifasciste est celui qu’il faut adopter. C’est là-dessus que la gauche va pouvoir rassembler mais ça ne suffit pas. Elle doit arrêter de se préoccuper seulement des questions sociétales et revenir sur des questions de fond, qui sont sociales, d’augmentation des salaires, de défense des conditions de travail, et qu’elle défende des catégories qui votaient pour elle autrefois. C’est celles qui se sont détournées parce qu’elles ont eu le sentiment qu’on avait une gauche de gouvernement qui s’alignait sur des politiques de droite. Quand la gauche est unie et que l’offre politique est claire ça marche, on l’a vu sur les législatives de 2024.

  • L’extrême droite passée au peigne fin à Sète

    L’extrême droite passée au peigne fin à Sète

    L’extrême droite, mieux la connaître pour mieux la combattre. Tel est le leitmotiv de la journée de débat organisée à Sète, salle René-Llense, le 6 décembre. À la manœuvre, le collectif sétois de lutte contre l’extrême droite, qui avait déjà programmé une journée, en juin, pour analyser la gestion des municipalités d’extrême droite.

    Bis repetita donc. Car le danger d’une extrême droite au pouvoir est toujours bien présent quatre mois avant les municipales où nombre de communes occitanes pourraient tomber sous l’effet d’une vague brune. Alors, pour le collectif, il devient urgent de réagir face à l’inexorable progression de ces partis xénophobes. « On voit que l’extrême droite progresse électoralement. Il y a 20 ans, on s’inquiétait quand elle faisait 15%, aujourd’hui elle est à 40%. Il faut donc s’organiser pour l’affronter, en décortiquant son programme pour montrer l’imposture sociale que c’est », soutient Daniel Kupferstein, du collectif. C’est en ce sens qu’est organisée une conférence portant sur l’histoire de l’extrême droite et ses liens avec le monde économique, qui sera animée par l’historienne Ludivine Bantigny (14h). Le journaliste et militant René Monzat proposera de son côté un débat concernant la résistance des quartiers, dans les familles face à l’extrême droite (15h30).

    Pas de profil type d’électeur du RN

    Mais la journée s’attardera surtout à décortiquer l’électorat de l’extrême droite, emmené par le Rassemblement national (RN). Après avoir ciblé le vote dans l’Hérault et dans les quartiers sétois (une conférence de Nadia Belaouni, de l’Observatoire départemental de l’extrême droite et Régis Catinaud, ingénieur de recherche à l’université Paul-Valéry à Montpellier, à 10h), la journée élargira la focale à l’Hexagone pour analyser le vote RN avec Christèle Lagier, politiste et maître de conférence de science politique à Avignon (11h30).

    Premier parti de France avec plus de 9 millions de voix au premier tour des législatives de 2024, le RN ne peut néanmoins pas compter sur un électorat homogène. « Il y a une volatilité très forte de cet électorat. Il y a aussi le fait que depuis 2017, l’abstention est devenue majoritaire avec des gens qui ne votent pas tout le temps. Ils votent parfois pour le RN, parfois pour d’autres formations politiques », développe Christèle Lagier. N’en déplaisent aux tenants de la thèse des extrêmes qui se rejoignent, la politiste n’observe pas d’électeurs transfuges de la gauche venus se réfugier au RN. En revanche, la porosité entre la droite et l’extrême droite est assez marquée. « Le RN se solidifie car il s’appuie sur ces bases électorales assez mouvantes. Il est renforcé par des clientèles qui, elles, ont l’habitude de voter, notamment les électeurs de droite qui ont tendance à voter régulièrement et sont souvent plus âgés. Ceux-là se sont déportés de manière beaucoup plus constante sur l’extrême droite », poursuit Christèle Lagier.

    Une porosité accentuée depuis la stratégie de Nicolas Sarkozy, venu labourer les terres du FN (ex-RN) lors de la Présidentielle de 2007. À cela s’ajoute une responsabilité médiatique impliquant des « catégories de la population qui s’autorisent à voter pour ce parti parce qu’il y a un accompagnement médiatique très fort de l’idée que ce n’est pas si grave d’être raciste. Les médias s’autorisent un certain nombre de propos qu’on n’aurait jamais entendus il y a dix ans », fait valoir la politiste.

    Dans cette droitisation des élites politiques et médiatiques – une thèse portée par le chercheur Vincent Tiberj – les forces de gauche ne sont pas lavées de tout soupçon. « Quand vous regardez le spectacle offert par la gauche aujourd’hui, avec des possibilités de cinq candidatures pour les élections, comment voulez-vous que les catégories populaires – qui normalement devraient se retrouver dans ces formations politiques – puissent s’identifier ? Soit elles ne votent pas, soit elles se rapprochent du parti qui leur paraît pouvoir taper du poing sur la table ou renverser le système », soupire Christèle Lagier. À quand la fin de la guerre des ego à gauche ?