Tag: chorégraphie

  • 250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    « Les gens ne la connaissent pas très bien, si ce n’est sa musique. Mais c’est l’une des démarches de mixité des cultures et du savoir musical les plus intéressantes et, en même temps, un savoir animiste à caractère spirituel », rappelle avec enthousiasme Khalid Benghrib à propos de la culture Gnawa. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis désormais sept ans, un bagage très répandu au Maroc, mais pas seulement, que ce chorégraphe met en branle en invitant 250 danseurs marseillais dans Urban Gnawa Project, spectacle qui prend ses quartiers dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai dans le cadre de l’ouverture du Festival de Marseille.

    À ces fins, cet artiste n’a procédé à « aucune sélection. C’était le challenge. J’étais juste intéressé par des gens qui se retrouvent et s’accordent un temps pour partager quelque chose qui ne se dit pas, qui ne se guide pas », résume ce Casablancais arrivé en France il y a 40 ans et qui a « grandi avec les rites et rituels gnawas que [sa] grand-mère pratiquait » lorsqu’il était enfant.

    « Décharge organique »

    et « résistance absolue »

    « Cela m’a fait voir ce mélange de personnes qui se retrouvent pour vivre un cérémonial où la doctrine religieuse n’est pas la plus importante. C’est cet aspect qui m’a séduit », explique Khalid Benghrib, tout en évoquant cette culture dont le point d’orgue coïncide avec un état de transe. « C’est un espace dans lequel on se retrouve pour qu’il y ait une décharge organique qui permette un apaisement social », décrit-il encore. Un lâcher-prise, voir une délivrance qui s’exprimera en extérieur, sur le Champ de Mai de la Friche.

    Outre sa dimension culturelle et spirituelle, la culture gnawa est aussi « politique car elle exclut tout dogmatisme. Et donc, à partir du moment où il n’y a pas d’emprise sur la matière, la matière devient politique. C’est une forme de résistance absolue ». Un champ des possibles et de liberté dans lequel n’officie « aucun leader. Toutes les portes sont ouvertes et quiconque a envie de transer entre dans notre espace ». Rétif à tout ordre, une culture finalement très égalitaire. « Chacun se décharge à son rythme, selon ses envies et en fonction de ce qu’il ressent. Il n’y a pas de conduit endoctriné », développe le chorégraphe qui a confié la partition musicale à Maâlem Khalid Sansi et son ensemble, la partie électronique étant, elle, dévolue à Max Frimout. « Mon désir est d’inscrire le gnawa dans mon temps : c’est-à-dire en créant un espace de mixité. Mélanger les composantes de la musique traditionnelle avec l’électro allait donc de soi, comme le flux de l’eau », image Khalid Benghrib. Selon lui, son dialogue musical « n’est pas un dialogue de tradition mais de transition ».

    « Urban Gnawa Project » le dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai à 19h. Entrée libre

  • Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Nouvelle saison, nouvelle programmation, mais toujours la même exigence. Alors que le Théâtre des Salins, qui fait partie des 78 établissements labellisés « scène nationale », ferme ses portes pendant l’été, sa secrétaire générale, Joanna Boutté, se réjouit des résultats de l’année écoulée, avec près de « 90% de remplissage sur l’ensemble des spectacles ».

    Son équipe présente désormais la saison à venir. Dans le marasme ambiant, entre la précarisation des intermittents du spectacle, les difficultés auxquelles font face les productions, l’émergence ardue de nouveaux talents, elle « refuse de baisser les bras », fidèle à son engagement pour le « service public de l’art et de la culture ».

    En 2026-2027, le public pourra donc voir 40 spectacles, dont 15 créations, traversant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et des formes hybrides. Comme toujours, une grande place est laissée à la jeunesse avec 12 spectacles accessibles aux enfants, à l’instar de Du bout des doigts, un ballet à quatre mains filmé en direct sur scène, ou des doigts traversent l’histoire de la danse ; ou de Frasques, où les acrobates de la compagnie Galactik Ensemble « chutent, se relèvent, dans un monde en perpétuel déséquilibre », raconte Joanna Boutté.

    Un focus sur la création grecque

    La saison s’ouvrira le 3 octobre sur une soirée cabaret, animée par quatre formations, entre effeuillage, cancan, paillettes et music-hall. En cette année de Biac 2027 (Biennale internationale des arts de cirque), le Théâtre des Salins propose d’explorer un large panorama de la création circassienne contemporaine. À l’affiche : les acrobates du collectif XY, reconnus pour leur spectaculaire maîtrise des portés, Nadine O’Garra, qui convoque le rapport aux écrans dans Amour au temps de l’algorithme, ou encore Cirque Le Roux, avec sa dernière création Nature morte, au croisement du cirque, du théâtre physique et la composition visuelle.

    Côté musique, Walid Ben Selim chantera de grands textes de la poésie arabe, en écho à l’exposition du musée Ziem consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans l’écrin dans la chapelle de l’Annonciade, « avec une petite jauge » pour « un moment privilégié », souligne Joanna Boutté. Thibault Cauvin, guitariste le plus primé au monde à 20 ans qui a tourné avec M, présentera Alter Ego, inspiré de ses voyages aux quatre coins du monde.

    Au programme également, un focus sur le meilleur de la création grecque, qui mettra en valeur une nouvelle génération d’artistes : Mario Banushi avec sa pièce sensorielle d’une puissance rare Mami, salué au festival d’Avignon l’an dernier ; le chorégraphe Christophe Papadopoulos avec My Fierce Ignorant Step, interprété par dix danseurs qui feront corps dans leur pluralité ; et Anna Lemonaki avec son spectacle de théâtre performatif, à cheval entre cabaret et récit auto-fictionnel, Bleu.

    La danse occupera une place centrale, avec des artistes majeurs de la scène internationale, à l’instar de Wim Vandekeybus, qui viendra célébrer les 40 ans de sa compagnie Ultima Vez avec le spectacle qui a « révolutionné la chorégraphie contemporaine dans les années 1990 », What the body does not remember.

    Côté théâtre, enfin, les spectateurs pourront notamment découvrir Orlando, mis en scène par Katia Ferreira d’après le roman de Virginia Woolf ; le diptyque familial entre règlement de comptes et comédie romantique Fête des mères d’Adèle Royné et Vincent Gardet ; ou Tellement sympa, une pièce qui brise l’omerta autour des violences faites aux femmes au sein de la communauté sourde.

    Une nouveauté à noter : la première édition du festival Vice Versa. Pendant deux semaines, en mars, les spectateurs seront installés au cœur du plateau pour une expérience immersive au plus près des artistes, avec une jauge resserrée.

  • Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    À Uzès, les pierres blondes ont de la mémoire. Depuis trente ans, elles voient passer des corps, des élans, des silences, des foules debout. Le festival La Maison danse revient du 3 au 7 juin pour souffler ses bougies, non pas dans la nostalgie, mais dans le mouvement. Vingt-trois spectacles, vingt-deux chorégraphes, des ateliers, des films, des expositions, un bal, un jeu de piste et ce fameux 1 km de danse : la cité ducale se prépare à devenir, cinq jours durant, un grand plateau à ciel ouvert.

    Cette édition anniversaire relie les fils d’une histoire commencée en 1996 avec le Festival de la nouvelle danse. Trente ans plus tard, La Maison danse revendique toujours la même ambition : porter l’art chorégraphique au plus grand nombre, mêler les générations, ouvrir les scènes aux habitants, faire de la culture un bien commun plutôt qu’un privilège. La directrice Émilie Peluchon ne cache pas l’ambition du propos : le festival se dresse comme « une réponse à la brutalité du monde et au contexte politique de notre époque ». La danse comme résistance. Le corps comme argument.

    Une fête à hauteur d’habitants

    Symbole fort, Maguy Marin revient avec May B, pièce fondatrice déjà présente lors de la première édition. À ses côtés, les figures de ces trente années (Haleb, Ramalingom, Wampach, Hammoud, Carriau) passent le flambeau aux émergents : Aina Alegre, Soa Ratsifandrihana et Jonas Chéreau, nouvel artiste associé.

    Le festival ne se referme pas sur son histoire : il la met en jeu. Jeu de piste collectif dans les rues d’Uzès le samedi 6, exposition photographique en plein air sur trois décennies d’archives, mur de témoignages ouvert à toutes et tous, et un bal chorégraphié qui promet de faire tomber les frontières entre artistes et public. Et dimanche 7, le fameux « 1 km de danse » mêlera amateurs, scolaires et professionnels sur trois scènes simultanées. Gratuit, populaire et festif, comme 1996.

  • Faire vivre un territoire en alliant nature et culture

    Faire vivre un territoire en alliant nature et culture

    Observer, comprendre, s’adapter plutôt que de façonner. Telle est la philosophie du paysagiste et écrivain de renommée internationale, Gilles Clément. Allié au chorégraphe Christian Ubl, il a mis en œuvre une balade chorégraphiée dans le domaine de Montgolfier, un espace préservé de 12 hectares en plein cœur du 14e. Cet événement alliant culture et nature s’inscrit dans le festival « Nature et Biens communs », organisé par le théâtre du Zef.

    Ce lieu relais-nature, l’un des quatre que compte Marseille, a accueilli, ce mercredi, une quarantaine de personnes. Les étudiants du lycée Diderot et des femmes du centre social senior des Flamants se retrouvent pour se mouvoir et découvrir la faune et la flore du domaine, du cyprès chauve de Louisiane aux tulipiers de Virginie, pour arriver jusqu’au parc urbain des papillons (PUP), un site expérimental dédié à la biodiversité urbaine. La plupart, habitants compris, ne s’étaient jamais rendus en ces lieux. Francesca Poloniato, directrice du Zef, plaide pour un « regard artistique sur le vivant ». « C’est important de ressentir les choses plutôt que de performer », surenchérit Christian Ubl, convaincu que cela permet de « sensibiliser au vivant autrement, dans un autre espace et de façon plus lente ».

    Faire découvrir les « lieux fantastiques de Marseille »

    « Avec cette balade, il y a la volonté de montrer les lieux fantastiques de Marseille. Il est important de faire la promotion de ces espaces en alliant tous les acteurs territoriaux et de montrer que tout est accessible », souligne Chahidati Soilihi, adjointe à l’Agriculture urbaine, présente ce mercredi.

    La balade commence avec quelques mouvements proposés par Christian Ubl, avant d’entamer les explications de Gilles Clément, à l’ombre des arbres. « Ce lieu pourrait devenir une source vivrière », clame le paysagiste, qui défend un modèle économique et politique en vue de « rendre les habitants autonomes face aux crises ». Le lieu a pour vocation de développer une zone maraîchère sur 3 des 12 hectares du domaine, afin de cultiver des fruits et légumes à destination des habitants. Lors des arrêts, Christian Ubl lit des extraits de L’Éloge de la marche, écrit par le philosophe David Le Breton, celui qui érige la marche comme acte de résistance et comme un retour à soi. Le temps de la balade, les visiteurs oublient presque qu’ils se trouvent en ville.

    Les femmes du centre social senior des Flamants découvrent le lieu pour la première fois : « En 50 ans, je n’étais jamais venue. C’est bien pour les échanges et pour sortir de chez soi, sentir la brise », partage l’une d’entre elles.

    La 6e édition de « Nature et biens communs », pilotée par la Zef, se déroule jusqu’au 7 juin.
    Détails sur le site lezef.org.

  • Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Quatre femmes, quatre soirées, quatre lieux. Et aussi du cinéma le 15 mai avec cinq portraits de Marseillaises, une balade urbaine, une exposition photographique au bar de la Poste et un final qui fusionne avec la Belle fête de Mai : une grande marche féministe, familiale et populaire, « la déferlante bleue » partira le 29 mai à 16h30 de la rue Clovis-Hugues, ex-rue Bleue du « quartier rouge », en référence aux blouses des ouvrières de la Manufacture des tabacs qui l’empruntaient et à qui la parade rend hommage.

    Des performances, du théâtre, de la danse, mais surtout un grand sens de la fête et de la fantaisie sont les ingrédients majeurs de la recette de ce festival porté par la mairie des 2e et 3e arrondissements, dans une volonté de « rendre leur place aux femmes dans l’espace public » souligne Emilia Sinsoilliez, première adjointe au maire de secteur, en partenariat avec RedPlexus et avec le soutien de la Ville. Mais il n’existerait pas sans l’énergie de toutes les belles volontés d’un quartier. Fait pour et avec ses habitants, il a été concocté au sein du Labo des désirs avec les artistes Ama Sofia, Mariane Duquennoy Savio, Marie-Khane, Jeannette Boulanger, Roxanne Jubert et Magali Revest. Dans les coulisses de la Salle des mouvements de la Friche Belle de Mai, des grands-mères, des mères et des jeunes filles ont participé à des ateliers chorégraphiques. À partir de trois propositions, « elles revisitent l’héritage des femmes méditerranéennes, font émerger l’impératrice qui sommeille en elles ou encore montent une bibliothèque des gestes d’enfants », résume Christine Bouvier, directrice de RedPlexus.

    Reines et ouvrières

    Ces séances de travail donnent lieu à des spectacles présentés dans trois bars tenus par des femmes. Domi ouvre le bal au Bar Marius, ce samedi 9 mai, de 18h à 22h, avec les danses de Mariane Duquennoy-Savio et Ama Sofia de la Fabrique du bonheur, puis Adèle Diridollou, Emma Pocq et Camille Meyer du Collectif Moÿ Moÿ, suivis d’un karaoké. Le 16 mai, Vanny ouvre grand les portes des Délices de Praia aux performances de Barbara Sarreau et de Marie Khane Tomei puis à une improvisation du collectif Yessaï, guidé par Marion Colard. Et le 23, Camille accueille au Bar Jo, après une balade avec l’anthropologue Nathalie Cazals, la performance des chorégraphes Les voyageuses, les contes musicaux de Mo Abbas, le solo de danse de Sarah Sobhi Najafabadi de la Compagnie Anahita, et elle participe à une démo de danses tahitiennes avec l’association Moerani. Mais aussi, le 15 mai à partir de 18h, c’est Sofia, au Bar de la Poste, qui reçoit le vernissage de l’exposition de 15 tirages grand format de Jean-Claude Sanchis. À chaque soirée, des femmes restitueront les textes qu’elles ont écrits pour le projet « la femme arc-en-ciel », avec Nicolas Dupont.

    Un festival dont les femmes sont à la fois les reines et les fières ouvrières. Dans la lignée des cigarières, ces « belles », immigrées italiennes pour la plupart, qui ont organisé une grève en 1887 qui a mis un coup d’arrêt aux fouilles humiliantes des contremaîtres de l’usine à tabac. Poète et député socialiste, Clovis Hugues les a soutenues comme il l’a fait pour la Commune de Marseille.

    Tout le programme sur : mairie-marseille2-3.com

  • Nakata, un spectacle sur la voie des arts japonais à Aix-en-Provence

    Nakata, un spectacle sur la voie des arts japonais à Aix-en-Provence

    Un mélange de danse, d’arts martiaux et de peinture en direct. C’est ce que propose la compagnie Telmah avec son spectacle Nakata. Ce mardi à 19h, les curieux pourront profiter gratuitement de leur représentation à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence. « Nous voulons creuser les liens entre la danse contemporaine et les arts martiaux », explique Aurélie Imbert, danseuse qui propose ce spectacle avec Idir Chatar. Le duo est à la recherche du tracé calligraphique, de la trace laissée par le corps dans l’espace. Par un petit jeu de mot, Nakata, le nom de l’œuvre, fait référence au fameux sabre japonais, le katana. Au-delà du nom, le spectacle puise son inspiration de Kafka sur le rivage, d’Haruki Marukami, et de nombreux éléments de la culture nippone.

    Un lieu imprégné d’art

    « Ayant un penchant pour les arts plastiques et la peinture, cela faisait sens pour nous de travailler au milieu de ces œuvres monumentales », s’enthousiasme la danseuse. « Les formes géométrique de Vasarely font un écho à l’architecture de la chorégraphie de Nakata », précise-t-elle. Plasticien de renom, Victor Vasarely est connu comme le père de l’art optique, courant artistique fondé sur les illusions visuelles, les formes géométriques et les effets de mouvement. Aurélie Imbert, qui rêvait de ce spectacle, espère que « tenir cette représentation dans un écrin inhabituel, sans lumière, offrira une nouvelle perspective aux spectateurs, leur fera aimer la danse contemporaine ».