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  • La viticulture provençale au défi du climat

    La viticulture provençale au défi du climat

    « Les vendanges avancent d’année en année. En 2026, on a commencé le 19 août, du jamais vu. Si je regarde bien en deux ans, on a avancé d’une semaine la récolte » détaille Didier Pauriol, président du vignoble du Roy René, une des plus grosses caves de la Provence viticole. Avec des vendanges qui s’étalent sur 5 semaines, tout le personnel s’active dans la cave qui emploie 18 salariés. « Nous produisons environ 70 000 hectolitres de vins par an, avec une centaine de coopérateurs pour 900 hectares de vignes » poursuit le responsable. Un vin labellisé en appellation d’origine contrôlée (AOP) et indication géographique protégée (IGP) dont 90% de la commercialisation se fait en rosé. Les rouges et blancs se partagent les 10% du marché restant. La coopérative est dynamique et n’a pas hésité à investir 5 millions d’euros dans un nouveau chai de 700 m² dédié à la vinification pour rentrer le plus vite possible une récolte de plus en plus précoce. « Parce que notre production est essentiellement rosé avec un degré d’alcool inférieur à 13 degrés. Il nous faut rentrer un raisin pas trop chargé en sucre, c’est une contrainte supplémentaire. Avec la chaleur qui dure, les cépages mûrissent plus vite, heureusement nous avons un terroir hétérogène qui étale un peu les arrivées » explique Didier Pauriol qui a inauguré le nouveau bâtiment en juin 2025. Autre bonne nouvelle, la cave était vide, soit la récolte dernière vendue « grâce à un directeur et une équipe commerciale dynamique ».

    Cette récolte s’annonce bonne qualitativement et quantitativement. « Des pluies au bon moment cet hiver, une floraison rapide en mai grâce à une période chaude, et pas d’attaque sévère de mildiou ou d’oïdium » résume le président. Le vignoble bénéficie d’un avantage de poids, l’eau du canal de Provence qui permet l’irrigation des vignes au goutte-à-goutte.

    Faire face à la grêle, plus fréquente hors saison hivernale est aussi un fait nouveau. Là encore, le vignoble du Roy René a su s’adapter. « L’association Prévigrêle nous informe des jours à risques. Et nous avons des générateurs que nous activons pour l’éviter ou diminuer la taille des grêlons » expose le président. Il poursuit : « Prouvé ou pas, depuis que nous avons les générateurs, nous n’avons pas eu de souci. Nous mettons en place des outils pour lutter contre ».

    Marchés en chute

    Au vu du dérèglement climatique, le raisonnement voudrait que des cépages nouveaux plus résistants soient plantés. Le président répond spontanément : « La vigne, c’est pas des carottes, on s’adapte pas d’une année sur l’autre ». À ses côtés Raphaël Steff, viticulteur coopérateur, membre du conseil d’administration de la cave, explicite : « Quand on plante une vigne, c’est pour 25 ou 30 ans. Ce sont des investissements qui sont lourds. Le rendement n’est pas immédiat ». Mais la plus grosse inquiétude demeure l’état du marché. Leur vin est vendu principalement en vrac à l’export, pour 50% aux États-Unis et Grande Bretagne, mais aussi Allemagne, Belgique, Suède, Brésil, Australie… « Comme toute la Provence, nous avons perdu des marchés sur le rosé à cause des hausses des taxes. En trois ans, on a perdu un tiers des volumes sur les États-Unis » ne cache pas le président. À cela s’ajoute une tendance générale de baisse de la consommation. « Le vin fait partie intégrante de la culture française. On n’est pas beaucoup aidé comme produit de terroir. Les politiques ne parlent jamais de nous de façon positive » soupire Didier Pauriol. Et de lâcher : « Nos coopérateurs sont à la limite des coûts de production. Ils n’arrivent pas, en sus, à s’investir toujours davantage pour faire de l’œnotourisme ». Il réfléchit et ajoute : « On est mis en concurrence avec des voitures, ou des avions. C’était le cas pour la première taxe Trump en retour d’une taxe sur l’aéronautique, et c’est nous qui avons trinqué. On joue le rôle du fusible, ça nous fait énormément de mal ».

    Perte de 50% du chiffre d’affaires

    Les deux viticulteurs échangent des regards et tombent d’accord. « Il faut que les politiques nous aident, pas forcément financièrement mais par des choix qui ne viennent pas s’opposer à notre production. » Raphaël Steff témoigne à titre personnel : « On a tout vendu à la cave, mais il a fallu faire des concessions. J’ai perdu 50% de mon chiffre d’affaires en trois ans. Si on a des crédits, on y arrive plus. À la fin des vendanges, j’arrête mon exploitation pour aller vers une autre activité… qui n’a rien à voir avec l’agriculture ». Implacable.

  • [Entretien] « On avance mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière dans l’Hérault cet été »

    [Entretien] « On avance mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière dans l’Hérault cet été »

    La Marseillaise : Qu’éprouvez-vous au moment de succéder à Jacques Mestre ?

    Yves Soria : Je ne pourrai pas le remplacer. C’était un personnage avec un tel charisme qui a présidé l’Umih durant 43 ans. Jacques Mestre m’a appris ce que je sais. On va continuer à travailler dans le bon sens, en discutant avec les autorités, pour améliorer les conditions de la profession.

    Quels seront vos principaux combats ?

    Y.S. : On va continuer notre travail sur les saisonniers pour leur trouver des points d’accueil à des prix raisonnables. On a travaillé avec le Crous pour la mise à disposition d’appartements pas trop chers. On est en discussion avec la mairie de Pérols. J’ai rendez-vous avec l’Agglo de l’Étang de l’Or (Mauguio). On leur demande s’ils ont des bâtiments disponibles pour loger les saisonniers. Logement et transports sont les deux problèmes des saisonniers. Avec la Grande Motte, Mauguio et Palavas, on a investi 5 000 euros pour avoir une navette jusqu’au tramway de Pérols jusqu’à 2h du matin pour juillet-août. On avance, mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière cet été.

    Comptez-vous vous attaquer à la concurrence déloyale des locations type AirBnB ?

    Y.S. : Nous sommes contre bien sûr mais il existe déjà une réglementation en vigueur qui limite le nombre de nuitées (plafond de 120 jours que les Villes peuvent baisser à 90 jours). Le sujet c’est qu’elle soit respectée. L’Umih vient d’ailleurs de recevoir une décision favorable de la Cour d’appel de Paris [qui reconnaît AirBnB comme un éditeur et non un hébergeur, ce qui rend la plateforme responsable du contenu posté, Ndlr.]. On dit que c’est une concurrence déloyale parce que ces plateformes ne sont pas soumises aux mêmes règles (sécurité, fiscalité…) que les professionnels de l’hôtellerie, qui accusent des pertes de chiffre d’affaires.

    À Montpellier, avez-vous
    des requêtes particulières
     ?

    Y.S. : On a pris rendez-vous, on doit bientôt être reçus par le maire Michaël Delafosse. On a un problème de prix de stationnement trop élevé. On va voir si on peut faire revenir du monde en ville avec des tarifs de parking plus attractifs, comme au Polygone. On a déjà vu les élus Jean-Louis Gély et Michel Aslanian. La mairie veut renouer le dialogue.

    Quel premier bilan touristique faites-vous ?

    Y.S. : Je dirais qu’on est entre -10 et -20% d’activité. À la Grande Motte, il y a des touristes étrangers, des Belges et des pays de l’Est mais sans euphorie, le chiffre d’affaires est en baisse. À Palavas, il n’y a pas grand monde. Au camping des Roquilles c’est catastrophique, personne au bar ni au restaurant. Il manque les Américains, Néerlandais… La clientèle française qui se déplace quelques jours sur le littoral a réduit ses vacances. Les touristes présents font attention : ils font les courses avec leur glacière et mangent à la maison plutôt qu’au restaurant ou ne prennent qu’un seul plat. C’est le résultat d’une baisse du pouvoir d’achat. Le prix de l’essence pèse lourd. La chaleur a pu aussi en décourager certains. On verra le bilan global en octobre avec la fin de saison, mais un chiffre d’affaires perdu ne se rattrape jamais.