« La production cette année correspond à celle du début des années 1980 », lance en guise d’avertissement Didier Gadea. Réuni à la chambre d’agriculture du Gard jeudi 22 octobre, le Modef a dressé un bilan peu réjouissant de la situation de la viticulture française. « Depuis 20 ans, les rendements, la production de vin et le nombre d’hectares de vignes n’ont fait que baisser. Il y avait 800 000 hectares de vignes en France il y a 20 ans pour une production de 60 millions d’hectolitres. En 2024, ce sont 733 000 hectares et aujourd’hui, ce sont 673 000 hectares pour une production quasiment divisée par deux », poursuit le président du Modef dans l’Hérault.
Cette année, Didier Gadea distingue deux bilans bien distincts. D’un côté, l’arc méditerranéen et le Languedoc qui ont connu moins de sécheresse et moins de maladies et qui s’en sortent donc avec une production supérieure de 30% par rapport à l’an dernier. Pour le reste de l’Hexagone, « la perte de récolte va de -30% à -70% due à la sécheresse et à la canicule ».
Le syndicat explique cette baisse de production par les conditions climatiques mais aussi par la politique d’arrachage lancée par le gouvernement, qui a atteint « 57 000 hectares sur les 100 000 prévus ». Une politique qui pourrait être renouvelée l’an prochain et qui hérisse Didier Gadea : « Nous, nous y opposons car c’est la destruction de l’outil de production alors que la viticulture c’est 130 000 équivalents temps plein en France et 20% de l’agriculture alors qu’elle occupe seulement 3% de la surface agricole. Surtout, on remarque que cette politique ne porte pas ses fruits puisque des caves coopératives continuent de fermer et des vignerons en cave particulière cessent leur activité. »
Face à « ce désastre social », le Modef souhaite au contraire repartir à l’offensive en changeant le modèle économique. Pour lui, le principal problème reste la marge ponctionnée par les intermédiaires et leur mainmise sur les prix. Si le syndicat réclame une augmentation du budget de la Politique agricole commune (PAC) qui est actuellement en négociation, il réclame surtout « l’abandon de l’OCM vin spécifique » (l’organisation commune des marchés vitivinicoles, régie par l’Union européenne). Il demande ainsi une augmentation « des aides à l’hectare pour les vignes plantées » qui éviterait selon lui « la cannibalisation » des aides de la PAC par les plus grosses structures.
Le Modef souhaite surtout que les viticulteurs soient rémunérés à un juste prix pour leur production. « Avec des coûts de production à 1,20 euro le litre et un prix du vin acheté autour de 0,60 euro le litre, les viticulteurs ne vivent pas de leur travail », fustige Xavier Fabre, également viticulteur et président du Modef 30. Face à ce constat, le syndicat demande depuis des années l’instauration d’un prix plancher rémunérateur pour le viticulteur, fixé et garanti par l’État qu’il souhaite à 100 euros l’hectolitre pour les vins de table, 200 euros pour les vins IGP, 250 euros pour les vins AOP et 260 euros pour les vins bios. « C’est à partir de ces prix que les négociations des prix et des volumes pourront commencer », poursuit Xavier Fabre.
Le Modef propose aussi une loi « anti-trust » pour casser le monopole privé des négociants de vin et favoriser le développement des plantations de cépages résistants. Concernant les mesures d’urgence face à la crise, il réclame également la nomination d’un « préfet coordonnateur » pour la viticulture, la prise en charge partielle ou totale des cotisations sociales de la MSA (Mutualité sociale agricole, la sécurité sociale agricole) et une aide à la trésorerie pour les viticulteurs de 7 000 euros.
![[Viticulture] Le Modef réclame des prix planchers](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/10/b6039d0fd562371babeba81be3ed751e.jpg)








