« C’est une céréale qui a sauvé mon exploitation. » Cédric Truphemus est agriculteur installé sur la commune de Rosans depuis 1999. Il cultive une céréale millénaire, mais longtemps tombée en disgrâce : le petit épeautre. Ce jeudi, il a ouvert les portes de sa ferme dans le cadre des visites du projet Alimentaire territorial des Hautes-Alpes (PAT). Des rendez-vous organisés dans des exploitations par le Département, la Chambre d’agriculture et l’Agence de développement pour soutenir les initiatives agricoles et favoriser l’accès à une alimentation locale de qualité.
Converti en bio, Cédric Truphemus s’est lancé dans la culture de cette céréale en 2003. « On était deux avec mon père, qui était plutôt visionnaire et qui cherchait des idées pour enrichir l’exploitation, se remémore-t-il. Il s’est renseigné, a rencontré des producteurs de la région qui commençaient à faire ressortir le produit, qui était un peu perdu. Ça se développait doucement et un syndicat s’est monté pour créer une IGP (appellation géographique protégée) en 2009. »
au territoire
Cultivé dans le bassin méditerranéen depuis 9 000 ans, le petit épeautre est une céréale emblématique de Haute-Provence. Peu à peu remplacée par le blé et d’autres céréales transformées génétiquement pour avoir de meilleurs rendements, la filière connaît un regain depuis plusieurs années, notamment en raison des vertus nutritives de cette céréale souvent très peu raffinée.
« C’est l’une des premières céréales cultivées par l’Homme, dont on a gardé la souche de base. N’importe quelle céréale que vous allez acheter a été transformée génétiquement, pas le petit épeautre, explique Cédric. Il y a huit acides aminés dedans, des protéines, des glucides des lipides… c’est très complet. » Il présente aussi un autre avantage : un faible taux de gluten, le rendant souvent bien plus tolérable que le blé aux personnes perturbées par ces protéines.
Si le petit épeautre a des rendements faibles et nécessite de rester presque un an en terre, de septembre à août, il requiert peu d’intrants et d’eau, ce qui en fait une culture non-intensive bien adaptée à des sols pauvres, de montagne et de climat sec.
L’intérêt croissant suscité par la céréale a amené Noëlle et Laurent, deux restaurateurs installés à Rosans depuis 2020, à intégrer à leur menu le petit épeautre de Cédric Truphemus. « Le petit épeautre se cuisine en une demi-heure. C’est un super substitut au riz par exemple, rapporte Laurent. On cherchait un produit qui représente Rosans. L’agneau est déjà très connoté Sisteron. Je me suis dit que le petit épeautre local méritait d’être connu. » Pour la visite du jour, ils ont préparé un « menu petit épeautre » du plat au dessert, qui démontre la polyvalence culinaire de la graine : en entrée, rouleau de crêpe de petit épeautre avec du chèvre frais, suivi d’agneau accompagné du petit épeautre aux légumes. Enfin, en dessert, petit épeautre au lait et financier aux amandes… et petit épeautre.
