Tag: centrale nucléaire

  • Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Si le cessez-le-feu annoncé le 8 avril a largement mis un coup d’arrêt à la guerre déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février, le contexte reste inflammable. Washington a présenté une liste de cinq points, exigeants notamment que l’Iran ne maintient qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux États-Unis, a rapporté l’agence de presse Fars. Selon cette même source, les États-Unis ont également refusé de débloquer « ne serait-ce que 25% » des avoirs iraniens gelés à l’étranger ou de verser des réparations pour les dommages subis par l’Iran pendant la guerre. De son côté, l’agence Mehr a affirmé que les États-Unis n’avaient accordé à l’Iran « aucune concession tangible », dénonçant « des conditions excessives » imposées par Washington.

    Frappes sur une centrale nucléaire émiratie

    Lundi, la diplomatie iranienne avait indiqué que Téhéran avait appelé, dans ses propositions, à une cessation immédiate des hostilités dans la région, notamment au Liban, ainsi qu’à la levée du blocus imposé à ses ports par la marine américaine. L’Iran a également réclamé le dégel de ses avoirs détenus à l’étranger, visés de longue date par les sanctions américaines.

    Par ailleurs, un incendie s’est déclaré après une frappe de drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis, sans faire de blessés ni provoquer de hausse de la radioactivité, ont annoncé dimanche les autorités locales. L’incident survient alors que des monarchies du Golfe accusent l’Iran d’avoir mené des frappes de drones sur leur territoire malgré le cessez-le-feu. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a exprimé « sa profonde préoccupation » dans un message publié sur X. « Toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire est inacceptable », a ajouté le chef de l’agence onusienne.

    Au début du mois, les Émirats avaient déjà imputé à Téhéran une frappe de drone contre une installation énergétique à Fujaïrah, dans l’est du pays, accusation démentie par l’Iran. Téhéran accuse de son côté des pays du Golfe d’avoir permis aux forces américaines d’utiliser leur territoire pour mener des attaques contre la République islamique.

    La tension est encore montée cette semaine après des informations de presse faisant état de frappes menées directement par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite contre l’Iran pendant la guerre.

    Des Européens négocient le passage par Ormuz

    Malgré la trêve, la République islamique continue de bloquer le détroit d’Ormuz tandis que les États-Unis maintiennent leur propre blocus des ports iraniens. La télévision d’État iranienne a affirmé samedi que des pays européens étaient en discussion avec Téhéran afin d’obtenir des autorisations pour franchir cette voie stratégique du commerce mondial de pétrole bloquée depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.

    « Après le passage de navires en provenance de pays d’Asie de l’Est, notamment de Chine, du Japon et du Pakistan, nous avons reçu aujourd’hui des informations selon lesquelles des Européens ont entamé des négociations avec la marine des Gardiens de la Révolution » pour traverser le passage, a annoncé la télévision d’état sans préciser les noms de ces pays. Le blocage iranien de cette voie maritime par laquelle transite habituellement un cinquième de la production mondiale de pétrole perturbe les marchés mondiaux et confère à Téhéran un levier stratégique.

    CHRONOLOGIE

    1957

    Lancement du programme nucléaire iranien par la signature entre le Shah et les États-Unis en 1957 d’un accord de coopération civile sur l’utilisation pacifique de l’atome nommé « Atome pour la paix ».

    1968

    L’Iran s’engage pour le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qu’il ratifie en 1970.

    1974 Création de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran (OEAI) et début de la construction de deux sites industriels atomiques à Bushehr.

    1979

    La révolution iranienne éclate, le programme nucléaire est suspendu. La France refuse de remettre à l’Iran l’uranium enrichi inclut dans l’accord d’Eurodif pour lequel Téhéran a avancé 1 milliard de dollars. Une série d’attentats éclatent. La République islamique créé un centre de technologie nucléaire pour assurer sa propre production.

    2002

    Des opposants exilés iraniens dévoilent l’existence de sites nucléaires jusqu’alors inconnus. Quelques mois plus tard, l’AIEA se rend sur place et demande à l’Iran de prouver qu’elle ne développe pas l’arme nucléaire.

    2015

    Un accord historique est conclu entre l’Iran et le groupe des « 5+1 » (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) après des années de négociations. Donald Trump s’en retire dès son arrivée à la Maison Blanche.

    2025

    Israël déclenche ce qui sera nommé la guerre de 12 jours contre l’Iran qui réplique. Les États-Unis bombardent les sites nucléaires qu’elle dira alors avoir totalement détruits… Jusqu’au déclenchement d’une nouvelle attaque en février 2026.

  • Un premier petit réacteur nucléaire dans le Gard

    Un premier petit réacteur nucléaire dans le Gard

    La modernisation du parc nucléaire français passe par le Gard rhodanien. En effet, face à la nécessité de poursuivre l’électrification de l’industrie et des transports dans l’Hexagone et de sécuriser la production d’électricité bas carbone, le gouvernement a lancé le programme France 2030. Celui-ci s’appuie sur la construction de six réacteurs EPR2 (8 autres sont à l’étude) qui produisent en moyenne 1 600 mégawatts, le renforcement du cycle du combustible à La Hague mais aussi la création de onze « réacteurs nucléaires innovants ».

    L’idée est ainsi de déployer des petits réacteurs modulaires (PRM). Plus compacts, moins coûteux, pouvant être construits en série et donc plus rapidement déployables, ces réacteurs peuvent tout de même produire jusqu’à 300 MWe. C’est dans ce cadre que le site de Marcoule situé à Chusclan à côté de Bagnols-sur-Cèze, haut lieu du nucléaire français depuis les années 1950, a été choisi pour accueillir l’un de ces réacteurs nouvelle génération.

    C’est la société aixoise Hexana qui l’a annoncé dans un communiqué même si l’implantation d’un PRM dans le Gard était évoquée depuis deux ans. « La société Hexana, start-up essaimée du CEA, lauréate France 2030 du concours « Réacteurs Nucléaires Innovants », se lance dans les études d’implantation de sa 1ère plateforme SMR au sein de l’écosystème industriel de la Communauté d’Agglomération du Gard rhodanien en région Occitanie », a ainsi écrit l’entreprise dans un communiqué.

    Deuxième site industriel d’Occitanie

    Pour justifier son choix, Hexana met en avant la spécificité du site de Marcoule, résultat de la « combinaison idéale entre soutien par des collectivités locales motivées, opportunité foncière, expertises nucléaires du CEA et remarquable tissu industriel ». Pour l’Agglomération labellisée « Territoires d’Industrie », ce projet devrait s’accompagner de nombreux nouveaux emplois. En effet, Hexana compte 70 salariés à Aix-en-Provence et à Paris mais a prévu de créer « un nouvel établissement dans le bassin économique de Bagnols-sur-Cèze » qui « accueillera l’équipe en charge du projet d’implantation de la tête de série industrielle de sa plateforme SMR ». La phase d’industrialisation de son réacteur est déjà prévue courant 2026.

    « Nous allons accompagner ce projet », promet Christophe Serre, le nouveau président de l’Agglomération du Gard rhodanien. « Ici le nucléaire fait travailler énormément de familles et il faut penser à l’avenir. Marcoule est une très belle plateforme de compétences technologiques et intellectuelles qui permet de faire rayonner le territoire. Il faut que le Gard rhodanien reste le deuxième territoire en termes d’industries et d’industries décarbonées ».

  • Une plongée avec les scaphandriers du nucléaire à Marseille

    Une plongée avec les scaphandriers du nucléaire à Marseille

    « Sous l’eau, tout est plus compliqué. On a toujours de l’air dans les mains, les gestes sont plus longs. C’est un peu comme pour les astronautes, on a les mêmes sensations. » Julien Pillard, scaphandrier pour Onet Technologies, vient à peine de sortir de la piscine de la Comex (compagnie maritime d’expertise) dans le 9e arrondissement de Marseille. Avec encore de l’eau sur sa combinaison et son attirail de plus de 50 kilos sur le dos, il ressort d’un exercice « de montage-démontage mécanique » quasi en conditions réelles.

    Pendant sa plongée, il était surveillé par son collègue Rémi Douzou, ingénieur et scaphandrier depuis un poste de commande aux multiples écrans et un assistant prêt à intervenir à tout moment pour la sécurité du plongeur. « Chacun de ses déplacements est suivi par des caméras et des remontées d’informations radiologiques qu’on a avec toutes les sondes qui équipent le plongeur », détaille Rémi Douzou. Une surveillance de tous les instants qui s’explique facilement : l’exercice visait à reproduire l’immersion dans une piscine d’un réacteur nucléaire, la spécialité des scaphandriers d’Onet Technologies. « On a les plongeurs en milieu nucléaire les plus expérimentés du monde », note Rémi Douzou. Une affirmation pas exagérée : ils réalisent une centaine de missions par an, en France et à l’international. « On est sollicité par tous les exploitants du nucléaire et on intervient sur les centrales, qu’elles soient en activité ou en démantèlement, mais aussi sur les usines de recyclage de déchets nucléaires ou les centres de recherche… », développe l’ingénieur. Un métier encore plus spécifique que les soudeurs sous-marins et scaphandriers en travaux publics, déjà réputés pour leurs dangerosité et pénibilité, puisqu’ils sont « dans un milieu contaminé radiologiquement ». Mais rien d’insurmontable pour Julien Pillard : « La pression, c’est de ne pas s’approcher d’éléments irradiants. On a des capteurs et le chef d’opération en surface nous dit de s’approcher ou pas des éléments. Il faut toujours rester vigilant mais quand ça fait des années qu’on en fait, c’est un travail comme un autre. »

    250 ingénieurs à Marseille

    De quoi mettre en valeur les travailleurs d’Onet Technologies, division axée sur le nucléaire et l’ingénierie de l’entreprise marseillaise. « On est très connu pour la propreté, beaucoup moins pour d’autres métiers », reconnaît Magali Bousquet, directrice marketing et communication du groupe Onet. Pourtant, avec 40 ans dans le milieu et 3 000 salariés, son expertise n’est plus à prouver : « On est aussi aux États-Unis et au Japon, où l’on participe au démantèlement de Fukushima. » Et son siège marseillais a une place bien particulière. Claire-Amélie Gabriel, responsable de la communication et du marketing d’Onet Technologies met en avant le « centre d’ingénierie avec 250 ingénieurs spécialisés et 20 000m2 de capacité industrielle pour la fabrication » du site. En bref, une expertise made in Marseille.