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  • [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    Du jamais vu. Un record. De mémoire, c’est la première fois que Didier Gadéa a débuté le ramassage de sa récolte la veille du 15 août. « Ces dernières années, on commençait environ 10 jours après », observe le viticulteur qui possède 4 hectares de vignes dans le biterrois, du côté de Lézignan et Montagnac.

    Cette précocité exceptionnelle, il s’y prépare comme la norme des années à venir. S’il a réussi à s’organiser, cette nouvelle donne n’est pas sans poser de problèmes. Logistiques d’abord. « Habituellement, les ouvriers des caves coopératives prennent leurs congés de mi-juillet à mi-août. Ils vont devoir les décaler progressivement. » Les canicules sont aussi un souci pour les domaines qui vendangent encore à la main. On parle là de moins de 10% des exploitations dans l’Hérault et d’autour de 3% des volumes. Mais tout de même. « On ne peut pas vendanger à la main avec de telles chaleurs. » Il y a 20 ans, tandis qu’environ la moitié des raisins étaient coupés au sécateur, « je me demande bien comment on aurait fait avec ces températures ! ». Surtout que les volumes étaient deux fois plus importants : 430 000 hectares en Languedoc-Roussillon dans les années 80 contre seulement 180 000 aujourd’hui dont environ 78 000 dans l’Hérault et 50 000 dans le Gard.

    Pas de solution miracle

    À l’avenir, celui qui préside le Modef héraultais en est persuadé : les vignerons vont devoir s’adapter au changement climatique… ou risquer de disparaître. Parmi les solutions préconisées par les experts, certaines le laissent dubitatif. À commencer par l’arrachage réclamé par les syndicats dominants tels que la FNSEA. « Si on veut conserver la vigne, on doit s’opposer à l’arrachage. On a suivi cette voie et les prix continuent de chuter, c’est la preuve qu’on avait raison au Modef ! » Pour Didier Gadéa, « l’arrachage est contre-productif car il affaiblit encore plus les structures viticoles et génère des problèmes environnementaux ». Les friches favorisant la propagation des incendies.

    L’irrigation, le vigneron par ailleurs producteur d’oignons y est favorable compte tenu du contexte. Mais tempère aussitôt. « L’irrigation permet d’atténuer les effets de la sécheresse mais ne réglera pas la crise. » Même si la vigne a besoin de peu d’eau, « par 40 degrés, tout finit par crever ». Et puis, il reste inquiet quant au sort réservé aux coteaux des hauts cantons, vers le Saint-Chinianais notamment. « Techniquement c’est possible d’amener le tuyau d’Aqua Domitia [le système d’irrigation de la Région, Ndlr.] mais ils ne veulent pas [en raison des coûts et des faibles rendements]. » Et Didier Gadéa de prévenir. « Tout le nord de l’Hérault sera bientôt en souffrance à cause du manque d’eau. »

    Enfin, il estime que la diversification des cultures ne sera pas non plus la solution miracle. « Les USA tiennent le marché mondial de la pistache, la Turquie celui des grenades. On ne pourra jamais rivaliser avec l’Espagne sur les olives… ». Surtout tant que l’État ne garantira pas des prix planchers aux agriculteurs. « Avec un salaire de 600 euros, vous n’allez pas vous diversifier longtemps. »

    Pour lui, les paysans doivent se faire à l’idée de « changer leur manière de travailler ». Par exemple en plantant des cépages plus résistants aux phytos et aux coups de chaleur. « Il faut palisser les vignes différemment pour protéger les raisins, tailler en gobelets plutôt qu’en royat ou en guyot, irriguer si possible pour avoir plus de feuilles, une canopée pour protéger le raisin des brûlures. » La vitiforesterie ? Il n’y croit pas. « S’il y a un arbre à proximité, la vigne ne pousse pas. »

    Les viticulteurs doivent aussi modifier leurs horaires de travail. « Il faut vendanger plus tôt la journée et la nuit pour avoir des raisins moins mûrs. Les rouges à 14 degrés, c’est fini. » Pour Didier Gadéa, il est aussi indispensable de « réduire la durée des vendanges en travaillant le dimanche : en 5 semaines, le raisin a le temps de brûler ». Il conseille enfin d’arrêter de ramasser cépage par cépage. « La politique des caves coopératives est obsolète. »