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  • Des drones et l’IA pour traquer les maladies de la vigne

    Des drones et l’IA pour traquer les maladies de la vigne

    La solution pour les vignes vauclusiennes contre les maladies dévastatrices telles que le mildiou, l’oïdium ou la flavescence dorée passera peut-être par les airs. L’entreprise vauclusienne Agritech Provence propose désormais de détecter, à l’aide de drones équipés de caméras, les imperfections problématiques, le tout aidé par l’intelligence artificielle (IA).

    Démonstration ce jeudi 22 octobre dans des vignes de la commune de Goult, perchée dans le Luberon vauclusien. « Grâce à leurs capteurs et à l’intelligence artificielle, nous repérons les foyers de maladie. Le drone ne remplace pas l’œil du viticulteur, il lui dit où regarder en premier. Les données collectées sont ensuite analysées avec l’IA et permettent à l’agriculteur d’agir rapidement et précisément », souligne Julie Demarigny, qui a cofondé Agritech Provence avec Ugo Bondil, ingénieur agricole et apiculteur.

    L’entreprise travaille actuellement avec sept viticulteurs et deux caves coopératives. Et chaque vol enrichit une base d’images mutualisée qui perfectionne les analyses. « Ces données nourrissent Marthe, la solution logicielle que l’entreprise conçoit avec les viticulteurs eux-mêmes, à partir de leurs besoins de terrain. Une seconde brique doit ensuite permettre à d’autres télépilotes de proposer ce service de détection aux agriculteurs », explique Agritech dans un communiqué. L’entreprise souhaite ensuite étendre ce modèle à « d’autres cultures ».

    Application en cours

    de développement

    Une méthode qui est, d’après la cofondatrice, « quatre fois plus rapide, deux fois moins chère parce que les exploitants utilisent moins de produits, n’écrase pas les sols et ne consomme pas de carburant ». Avant d’ajouter que « détecter les foyers avant l’apparition des symptômes visibles reste l’objectif de recherche à plus long terme ».

    En parallèle, une application est également en cours de développement afin d’aider « à la décision pour aider les agriculteurs à gérer et simplifier leur quotidien ». Ce qui comprend, par exemple, la gestion des traitements ou des coupes des végétaux. Mais aussi le développement d’un logiciel afin de démocratiser l’usage de la technologie à toute personne possédant un drone multispectral, c’est-à-dire qui capte des gammes de longueurs d’onde spécifiques du spectre électromagnétique, bien au-delà de ce que l’œil humain peut percevoir.

    Un projet plutôt récent, avec la création de l’entreprise en janvier 2026. « Après plus d’un an de travail préparatoire, étant immobilisée pour une fracture de la malléole, j’ai étudié les recherches mondiales en agritech et réalisé que les drones étaient largement exploités en Asie, en Amérique et en Afrique, mais très peu en Europe et en France », explique-t-elle. Ce qui l’a poussée à passer son brevet de télépilote de drones et à se lancer pleinement dans l’aventure. Tout en étant conseillée par Frédéric Cointoult, maître de conférences à l’Institut Agro Dijon et spécialiste de l’imagerie IA.

    Une idée déjà récompensée. En effet, Julie Demarigny a décroché le prix « 101 Femmes entrepreneures » avec ce projet. Et a été récompensée par un prêt d’honneur de 10 000 euros pour continuer à financer son lancement.

  • [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    Du jamais vu. Un record. De mémoire, c’est la première fois que Didier Gadéa a débuté le ramassage de sa récolte la veille du 15 août. « Ces dernières années, on commençait environ 10 jours après », observe le viticulteur qui possède 4 hectares de vignes dans le biterrois, du côté de Lézignan et Montagnac.

    Cette précocité exceptionnelle, il s’y prépare comme la norme des années à venir. S’il a réussi à s’organiser, cette nouvelle donne n’est pas sans poser de problèmes. Logistiques d’abord. « Habituellement, les ouvriers des caves coopératives prennent leurs congés de mi-juillet à mi-août. Ils vont devoir les décaler progressivement. » Les canicules sont aussi un souci pour les domaines qui vendangent encore à la main. On parle là de moins de 10% des exploitations dans l’Hérault et d’autour de 3% des volumes. Mais tout de même. « On ne peut pas vendanger à la main avec de telles chaleurs. » Il y a 20 ans, tandis qu’environ la moitié des raisins étaient coupés au sécateur, « je me demande bien comment on aurait fait avec ces températures ! ». Surtout que les volumes étaient deux fois plus importants : 430 000 hectares en Languedoc-Roussillon dans les années 80 contre seulement 180 000 aujourd’hui dont environ 78 000 dans l’Hérault et 50 000 dans le Gard.

    Pas de solution miracle

    À l’avenir, celui qui préside le Modef héraultais en est persuadé : les vignerons vont devoir s’adapter au changement climatique… ou risquer de disparaître. Parmi les solutions préconisées par les experts, certaines le laissent dubitatif. À commencer par l’arrachage réclamé par les syndicats dominants tels que la FNSEA. « Si on veut conserver la vigne, on doit s’opposer à l’arrachage. On a suivi cette voie et les prix continuent de chuter, c’est la preuve qu’on avait raison au Modef ! » Pour Didier Gadéa, « l’arrachage est contre-productif car il affaiblit encore plus les structures viticoles et génère des problèmes environnementaux ». Les friches favorisant la propagation des incendies.

    L’irrigation, le vigneron par ailleurs producteur d’oignons y est favorable compte tenu du contexte. Mais tempère aussitôt. « L’irrigation permet d’atténuer les effets de la sécheresse mais ne réglera pas la crise. » Même si la vigne a besoin de peu d’eau, « par 40 degrés, tout finit par crever ». Et puis, il reste inquiet quant au sort réservé aux coteaux des hauts cantons, vers le Saint-Chinianais notamment. « Techniquement c’est possible d’amener le tuyau d’Aqua Domitia [le système d’irrigation de la Région, Ndlr.] mais ils ne veulent pas [en raison des coûts et des faibles rendements]. » Et Didier Gadéa de prévenir. « Tout le nord de l’Hérault sera bientôt en souffrance à cause du manque d’eau. »

    Enfin, il estime que la diversification des cultures ne sera pas non plus la solution miracle. « Les USA tiennent le marché mondial de la pistache, la Turquie celui des grenades. On ne pourra jamais rivaliser avec l’Espagne sur les olives… ». Surtout tant que l’État ne garantira pas des prix planchers aux agriculteurs. « Avec un salaire de 600 euros, vous n’allez pas vous diversifier longtemps. »

    Pour lui, les paysans doivent se faire à l’idée de « changer leur manière de travailler ». Par exemple en plantant des cépages plus résistants aux phytos et aux coups de chaleur. « Il faut palisser les vignes différemment pour protéger les raisins, tailler en gobelets plutôt qu’en royat ou en guyot, irriguer si possible pour avoir plus de feuilles, une canopée pour protéger le raisin des brûlures. » La vitiforesterie ? Il n’y croit pas. « S’il y a un arbre à proximité, la vigne ne pousse pas. »

    Les viticulteurs doivent aussi modifier leurs horaires de travail. « Il faut vendanger plus tôt la journée et la nuit pour avoir des raisins moins mûrs. Les rouges à 14 degrés, c’est fini. » Pour Didier Gadéa, il est aussi indispensable de « réduire la durée des vendanges en travaillant le dimanche : en 5 semaines, le raisin a le temps de brûler ». Il conseille enfin d’arrêter de ramasser cépage par cépage. « La politique des caves coopératives est obsolète. »