Tag: Catholique

  • Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le communiqué de Monseigneur Touvet, évêque du Diocèse de Toulon-Fréjus, publié le 17 avril, a de nouveau troublé la tranquillité du village de Besse-sur-Issole, 3 200 habitants. Il y est affirmé que sœur Mathilde des Cœurs Unis (Mathilde Rocoffort de Vinnière de son nom civil) « n’est pas une “religieuse” ».

    Arrivée à Besse-sur-Issole en 2020, elle prononce des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, le 2 février de cette année, en présence de l’évêque de l’époque, Mgr Rey. Des vœux privés, qui, selon Mgr Touvet « ne donnent droit ni au titre de religieuse, ni au port d’un habit religieux ».

    Gonfaron,

    point de discorde ?

    Pourtant, l’actuel évêque envisageait de lui confier une mission à Gonfaron, en 2025, mission qu’elle aurait refusée. L’évêque aurait alors estimé qu’elle ne pouvait être considérée comme religieuse et ne pouvait donc pas assurer de fonction religieuse. « C’est faux, elle avait accepté, mais ne pouvant payer trois mois de loyer d’avance pour son logement, elle a dû se raviser », rétorque François Paz, président d’un Comité d’intérêt local (CIL) laïc créé la même année, pour soutenir sœur Mathilde, « une personne qui mène une vie de religieuse tout en étant très utile et aimée ». Fort de 600 adhérents, le CIL l’a d’ailleurs missionnée pour s’occuper d’enfants, « sans dispenser de formation religieuse », précise-t-il.

    Après cet épisode, en octobre, le curé de la paroisse, l’abbé Bonfils, refuse de célébrer une messe en l’honneur de l’anniversaire de ses vœux. Conséquence du différend de Gonfaron ? « Je pense que cette situation a commencé avant, on voulait se débarrasser d’elle pour une raison que j’ignore », estime François Paz. Après les élections municipales, un nouvel épisode survient. Selon le président du CIL, sœur Mathilde est accusée « d’avoir fait perdre le maire sortant » et serait devenue la cible d’insultes, ce qui la pousse à déposer plainte. Dans le cadre de l’enquête, l’abbé Bonfils ainsi qu’un prêtre d’un village voisin sont convoqués par la gendarmerie, « sous prétexte qu’ils refuseraient de la considérer comme une religieuse », écrit Mgr Touvet. « Il ne prend pas en compte les mesquineries qu’elle a subies », juge le président du CIL. Tous deux disent vouloir le « retour du calme » au sein du village. « C’est notre ligne directrice et pour cela, il faut du dialogue », conclut François Paz.

  • Un pape messager de paix en Algérie

    Un pape messager de paix en Algérie

    Il n’a « pas peur » de l’administration Trump et affronte les affres de la colonisation en appelant au « pardon » devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France…

    Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté ce mardi 14 avril Alger pour Annaba, sur les traces de Saint-Augustin, théoricien de l’histoire du christianisme, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

    Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d’une tournée dans quatre pays d’Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

    Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à « s’en tenir aux questions morales » et à « laisser le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine ».

    La veille, dans l’avion qui l’amenait en Algérie, le pape avait estimé que l’Église avait « le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ». Soulignant ne pas avoir « peur » de l’administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir « entrer dans un débat » avec elle.

    Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être « un grand fan » du pape, l’accusant de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et de s’être opposé à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

    Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l’Église catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump, qui a jugé « inacceptables » ses déclarations.

    À Annaba, l’antique Hippone, le chef de l’Église catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430). Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l’ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd’hui composé d’environ 3 000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

    Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d’accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

    L’islam sunnite est religion d’État en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants.

    L’après-midi, devant environ 1 500 fidèles, il célébrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

    Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d’Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). La « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », a-t-il déclaré, appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».

    « Une société vivante, dynamique et libre »

    Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à « ne pas dominer » le peuple et à promouvoir « une société civile vivante, dynamique et libre ».

    Depuis l’élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l’espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

    L’après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger.

    Là, il s’est recueilli dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200 000 morts selon un bilan officiel. Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d’Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

    Mais les tensions demeurent. À une quarantaine de kilomètres du lieu de ce déplacement officiel, à Blida, un double attentat-suicide a eu lieu lundi. Deux kamikazes se seraient fait sauter. Les médias locaux et les autorités algériennes n’ont pas communiqué à ce stade sur ces faits.

    Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d’un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril, un périple de 18 000 km à l’agenda très dense.

    « La Méditerranée doit être le pôle de stabilité du monde » Samia Ghali, Troisième adjointe au maire de Marseille (DVG)

    « En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », a déclaré Léon XIV dès son arrivée en Algérie lundi, au lendemain de sa traditionnelle bénédiction de Pâques, où il avait appelé « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres » à « choisir la paix ». « Je crois qu’on partage tous cette vision pour demain, a souligné Samia Ghali, troisième adjointe au maire de Marseille. Je n’en attendais pas moins du pape dans son discours. Au contraire, il a fait un discours qui, je crois, apaise. Et c’est là son rôle : apaiser les esprits, apaiser les consciences et aller vers de l’avenir positif plutôt que dans ce qu’on est en train de vivre actuellement, partout. » Si Léon XIV s’était déjà rendu en Algérie avant d’être nommé souverain pontife, c’est la première fois qu’un pape opère une visite officielle dans le pays. « La visite a été couronnée de succès. Je suis personnellement, comme beaucoup d’Algériens je crois, très contente, s’est enthousiasmée l’élue municipale. Même s’il y a une très grande majorité de musulmans en Algérie, les chrétiens ont toujours eu une place importante. Ça témoigne de l’ouverture qu’il y a sur place. »

    Plus globalement, sur l’appel à la paix en Méditerranée, en proie à une désastreuse et meurtrière actualité, Samia Ghali défend qu’elle doit être « le pôle de stabilité du monde ». « Se concentrer sur la Méditerranée est important si on veut réussir une paix. Et je crois que c’est important que Marseille soit le symbole de cette Méditerranée apaisée », a-t-elle ajouté.

    M.M.

    « La religion ne réglera pas les problèmes entre États » Pierre Pradel, Membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis

    Dès son arrivée en Algérie, le pape a appelé, lundi, au « pardon » devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). « Me trouver devant ce monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation », a-t-il souligné. Il s’agit là pour Pierre Pradel, membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis, d’un message « positif » dans le contexte des « mauvaises relations qu’il peut y avoir entre la France et l’Algérie ». « La colonisation a été quelque chose de terrible. C’est bien que l’on tienne compte de cette période où les Algériens ont subi des difficultés majeures », s’est-il ému. S’il souligne l’importance de la « possibilité pour les religieux de discuter ensemble », Pierre Pradel revendique son athéisme, qu’il cultive « grâce à Dieu », ironise-t-il. « La religion peut être, pour les croyants, un moyen de se retrouver. Mais ce n’est pas par la religion que les problèmes entre États se résoudront selon moi, mais par la politique. Ce sont des questions diplomatiques et géopolitiques, défend-il. Il faut avant tout que la France reconnaisse les atrocités qu’il a pu y avoir en Algérie pendant la guerre et avant. Et qu’elle assume la non-reconnaissance des Algériens dans leur activité, y compris contre le nazisme. » La guerre d’indépendance de l’Algérie a fait selon Alger 1,5 million de morts algériens et 500 000 morts dont 400 000 Algériens selon les historiens français.

    M.M.

    « Le pape replace l’église au milieu du village » Samia Chabani, Sociologue et coordinatrice de l’association Ancrages, cultures et mémoires d’exil à Marseille

    Sociologue et coordinatrice d’Ancrages, association qui œuvre depuis 2000 à la valorisation de l’exil comme objet de patrimoine vivant, Samia Chabani a beaucoup travaillé sur l’histoire de la colonisation. Au sujet de la visite de Léon XIV en Algérie, partie notamment sur les traces de l’histoire chrétienne du pays, la sociologue salue le discours d’un « médiateur de paix », rappelant l’« ancrage ancien du christianisme, qui n’est pas qu’occidental et européen ». « Le christianisme a ses sources dans l’actuelle Turquie, dans l’actuelle Algérie, en Afrique du Nord et dans l’amazighité aussi, qui est la culture source et première de l’Afrique du Nord, retrace-t-elle. Le pape s’appuie sur l’appartenance à l’ordre des Augustins, notamment pour rappeler la philosophie de Saint Augustin, naît dans l’actuelle Algérie. Une manière de montrer que le patrimoine commun entre l’occident et l’Algérie n’est pas que politique, il est aussi spirituel. » Une position qui dénote avec celle tenue par Donald Trump, porteur d’un « christianisme messianique » d’après Samia Chabani. « Léon XIV enlève à Trump sa puissance qu’il puise dans son christianisme qu’on pourrait qualifier de sectaire, détaille-t-elle. Trump veut que tout le monde reste à sa place : les juifs en Israël, les chrétiens dans une espèce d’occident qu’il fantasme. Ce n’est pas du tout porteur de paix. Finalement, le pape replace l’église au milieu du visage en disant : «moi, je suis chef de l’Église catholique romaine, et je dis que le message chrétien, c’est d’abord un message de paix». »

    M.M.

  • La croix du Caillou au cœur d’un bras de fer juridique à Robion

    La croix du Caillou au cœur d’un bras de fer juridique à Robion

    Elle pourrait être renommée « la croix de la discorde », tant elle divise la commune de Robion et ses 5 000 habitants. Le 6 février, le tribunal administratif de Nîmes demandait au maire de « faire procéder au déplacement de la croix litigieuse dans un délai de deux mois », soit le 6 avril. L’association la Libre Pensée 84, invoquant la loi de 1905, avait saisi la justice pour demander le retrait ou le déplacement de la croix en bois vers un lieu privé. En réponse, 250 personnes se sont rassemblées sur place pour défendre la croix ce dimanche 1er mars, en présence du premier édile, Patrick Sintès (DVD).Le rassemblement de dimanche avait notamment été relayé par la section vauclusienne du parti d’extrême droite Reconquête.

    « Des militants politiques surfent sur un fond d’ignorance crasse de la loi de séparation des Églises et de l’État », regrettent, dans un communiqué de presse, Marie-Odile Ponzio, présidente de La Libre Pensée, et Jacques Fassié, secrétaire fédéral. Patrick Sintès a annoncé faire appel de la décision de justice. « Monsieur le Maire de Robion sait parfaitement que les deux bouts de branches mal ficelés qui ont épisodiquement précédé cette croix sont très postérieurs à la loi de 1905 et n’ont jamais constitué une croix du culte catholique comme La Libre Pensée l’a démontré dans son recours », assurent-ils.

    Demande de sursis

    D’après nos confrères de Vaucluse Matin, le premier édile de Robion aurait demandé un sursis à l’exécution de la peine. Car, bien qu’il ait fait appel de la décision, la croix doit tout de même être retirée de l’espace public. Une pétition en ligne contre son enlèvement avait recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures.

  • L’inauguration contestée du collège jésuite Loyola

    L’inauguration contestée du collège jésuite Loyola

    Tambours, bénitiers, trompettes et pancartes. L’inauguration officielle du collège Loyola au cœur d’Euroméditerranée 2, dans les quartiers nord de Marseille (15e), laisse un goût amer. Ouvert en septembre avec 49 élèves répartis dans deux classes de 6e, l’établissement privé catholique ambitionne d’en accueillir 500 d’ici 2032. Conçu par le cabinet Dosse, le bâtiment de 4 500 m2 se veut, sur le papier, une « fenêtre » sur un quartier appelé à accueillir 30 000 nouveaux habitants.

    Écologie intégrale

    et spiritualité

    Loyola revendique une pédagogie inspirée de la tradition jésuite, basée sur la responsabilité, la coopération et l’ouverture à la diversité. « Apprendre aux élèves à aller vers les autres et à s’enrichir de la différence », résume le Père Aimé Yoh, son directeur. « Une pédagogie innovante et une éducation de qualité », dont le but vise notamment à accompagner chaque élève à « œuvrer en faveur de l’écologie intégrale et à découvrir sa voie personnelle vers Dieu », précise encore un communiqué. Si le second concept est évident, le premier, popularisé par le pape François en 2015, est plus ambivalent. En lien pour certains avec la pensée maurrassienne et une frange de la droite réactionnaire.

    Forcément, l’inauguration suscite la controverse. L’observatoire sur le financement des établissements scolaires privés (Ofsep), qui tiendra une conférence de presse en marge de celle-ci, a choisi de dénoncer « des choix politiques et financiers lourds de conséquences ». En cause, le soutien du Département apporté à ce projet privé, alors que les subventions aux collèges publics, qui viennent d’être versées, sont jugées « insuffisantes » par l’Ofsep qui réunit syndicats (Unsa, Sud, FSU, CGT) et associations (FCPE, LDH, Attac, Vigie laïcité, DDEN, LP13).

    Loyola a, en effet, bénéficié d’une subvention de 1,95 million d’euros du Conseil départemental et d’une garantie d’emprunt couvrant entièrement un prêt de 10 millions contracté par l’école de Provence. À cela s’ajoute la vente du terrain initialement destiné à un collège public par Euromed, l’établissement public d’aménagement conduisant une opération de rénovation urbaine du secteur.

    Pour l’Offset, ces financements, bien que légaux, « ne sont pas obligatoires » et traduisent un choix politique : privilégier un établissement confessionnel privé, non soumis à la carte scolaire, dans une zone parmi les plus sous-dotées en collèges publics. « L’argent public pour l’École publique », martèle l’Ofsep dans son communiqué, dénonçant un « séparatisme social et scolaire » et réclamant la construction d’un établissement public.

  • 58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    Voilà maintenant deux ans que l’affaire Bétharram noircit les pages des journaux à travers l’Hexagone. Cet établissement privé catholique sous contrat, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), se trouve au cœur d’une affaire de violences physiques, morales et sexuelles commises contre des élèves entre les années 1950 et 2010.

    En février dernier, Mediapart révélait l’intervention de François Bayrou, en 1998, auprès d’un juge d’instruction pour défendre l’institution privée catholique Notre-Dame de Bétharram, dans laquelle étaient inscrits plusieurs de ses enfants. L’établissement avait été mis en cause pour des violences ayant conduit au handicap d’un élève, en 1996.

    En 1998, le prêtre Pierre Silviet-Carricart, directeur de l’institution (1976-1981, puis 1987-1993), était mis en examen pour viol et tentative de viol sur mineurs. Partiellement étouffée en 2000 avec le suicide de l’accusé, l’affaire revient sur le devant de la scène avec les témoignages de 212 victimes, à partir de 2023.

    L’ancien Premier ministre répète qu’il n’était pas au courant et dément toute intervention. Une ligne de défense qu’il tient sans relâche. Car si certains faits peuvent être prescrits, la date de leur révélation reste juridiquement déterminante. L’article 434-3 du code pénal stipule que « le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger […] de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives […] est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros € d’amende ». Des peines « portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende », selon la loi n° 2018-703 du 3 août 2018, si le mineur a moins de 15 ans.

    L’article 40 du code de procédure pénale précise quant à lui que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur ». « C’est valable pour le public. Pour l’enseignement catholique, faut-il traduire l’article 40 en latin ? », lance Jean-François Aubry, ancien élève de l’institution Sainte-Marie – Les Maristes, à La Seyne. L’affaire Bétharram l’a rappelé à sa propre histoire. Au point de prendre la parole, près de 60 ans plus tard.

    Nous sommes en 1967, l’intéressé a 10 ans. Au sein de l’établissement travaille M. Coutendin, surveillant d’internat. Bruno, ancien camarade de classe de Jean-François Aubry, le décrit comme prompt au favoritisme, « mais rien ne me laissait penser qu’il avait un comportement déviant ». Pas même les nuits où le surveillant le conduit dans sa chambre pour le laver, après qu’il ait mouillé ses draps. A posteriori, Bruno conçoit avoir sans doute été victime de voyeurisme, mais pas d’attouchements. Jean-François Aubry, lui, fait partie des « favoris » malgré lui. Le garçon est entré chez les Maristes en octobre 1966. En 1967, il dit subir un viol de la part dudit surveillant. Le jeune garçon parle à son confesseur, « mais ce qui se dit dans un confessionnal n’en sort jamais, et je ne sais pas si ce vieux père mariste, qui m’inspirait tant de confiance, a fait une entorse. En ce temps-là, on ne parlait pas de ça, (malgré) l’article 40 », décrit-il dans une lettre adressée à la direction de l’institution, en avril.

    Pour le faire taire, il est « envoyé au cachot ». Alertés, ses parents le retirent de l’école, en novembre de la même année. Mais le mal est fait et l’omerta trop importante, selon celui qui est devenu journaliste et auteur. « Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais si peu de mémoire de mon enfance. Elle a disparu à la porte de votre établissement, voici près de soixante ans », dénonce-t-il dans ses courriers aux Maristes. Au-delà de la mémoire, les mots ne sortent pas pendant des décennies. Bloqués par la peur, la honte, la douleur. Sa langue se délie en de rares exceptions, comme en 2008, dans son roman intitulé Vous m’aurez tant manqué, dans lequel il écrit, à une époque où il s’efforçait d’oublier : « J’avais 10 ans quand j’ai appris à haïr Dieu. Haïr les mensonges et les silences sales des Pères Maristes, haïr les non-dits des adultes. »

    Le changement de fonction de M. Coutendin, éloigné de l’internat, mais resté en poste pendant 14 années supplémentaires en tant que surveillant de jour, lui donne la conviction que des personnes « savaient. On ne m’a pas retiré car la soupe n’était pas bonne. Comment peut-on dire qu’ils ne savaient pas ? »

    Cinq victimes recensées

    Pourtant, rien ne ressort des investigations menées par la direction actuelle de l’école (qui recense cinq victimes du même homme), auprès de rares personnes encore en vie ayant connu le surveillant, et de documents peu probants : « Les personnes qui ont côtoyé M. Coutendin au tout début de leur carrière et à la fin de la sienne, en 1980, le décrivent comme quelqu’un qui ne faisait pas de bruit, dont on ne se rappelle pas. En termes de traces écrites, je n’ai rien trouvé », affirme Marie-Christine Jolivet, directrice de l’établissement, qui ne se dit cependant « pas surprise d’apprendre cela, avec la libération de la parole sur une institution aussi ancienne que la nôtre, dotée d’un internat ». Quant à son changement de fonction, « ça pouvait être pour plein de raisons. C’est usant de travailler dans un internat. Est-ce que c’était un souhait de sa part ou de celle des Pères ? Aucune idée ».

    Les relations entre l’institution et Jean-François Aubry sont aujourd’hui apaisées. Lorsqu’il décide de parler, en avril, la direction ne se dérobe pas : « J’en étais resté à l’incroyable déni des responsables de l’institution, il y a soixante ans, et j’ai donc été surpris de l’attention portée aux abus dont j’ai été victime. Tant d’écoute, tant d’empathie, m’ont secoué. Les images que j’avais étaient sombres, pleines de mensonges, et là, j’avais en face de moi des gens qui savaient parfaitement, après leurs recherches, que je n’avais pas été le seul. Ils en étaient eux aussi bouleversés. Je les crois réellement sincères. Ça m’a réconcilié avec l’institution mariste, pas avec l’Église. »

    Plutôt que de s’engager « dans une procédure pénale trop longue et épuisante », l’homme de 68 ans a sollicité la Commission reconnaissance et réparation (CRR), structure indépendante fondée en 2021 pour la réparation des violences sexuelles commises par des membres des congrégations ou ordre religieux. Sa demande est à l’étude : « La réparation par le fric, c’est autre chose. Mais le fait que ce soit reconnu est une réparation essentielle. »

  • Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    « La sidération. » C’est le mot qui vient au père Bernard Thomasset, prêtre accompagnateur de l’école des Maristes, lorsqu’il évoque sa réaction à la découverte des agissements reprochés à M. Coutendin. « C’est horrible, criminel, d’apprendre que des personnes ont vécu pendant des années dans la souffrance sans parvenir à s’en libérer. De voir les dégâts produits sur une vie. »

    Premiers témoignages il y a quatre ans

    Si diverses dispositions permettent aujourd’hui à la parole de se libérer et de réparer, l’institution est partie prenante de ce processus, assumant les responsabilités liées à son passé. « Je ressens une attention très empathique vis-à-vis des personnes, car je mesure combien elles souffrent. L’écoute est primordiale. Je ne conteste pas ce qu’elles disent, ces personnes sont presque touchées jusqu’à mort. Et il est très important qu’elles soient vivantes, se sentent écoutées, et que la congrégation que je représente entende et reconnaisse », soutient le père Thomasset.

    Ce dernier, comme la directrice Marie-Christine Jolivet, affirme ne jamais avoir entendu parler de M. Coutendin avant les premiers témoignages, qui remontent à près de quatre ans (on en dénombre cinq). Les associations d’anciens élèves non plus. Selon le père Thomasset, « contrairement à Bétharram, ce n’est pas le climat de l’établissement qui est responsable, mais les individus. Prêtres maristes et enseignants n’avaient pas forcément la vocation d’éducateurs et n’étaient pas équilibrés affectivement ». Voir des cas similaires dans d’autres institutions catholiques lui évoque « colère, tristesse, car c’est contradictoire vis-à-vis de l’Église que j’aime, porteuse des valeurs de l’Évangile, du respect de l’autre, du souci du pauvre ».

    « Je ne suis pas naïve au point de dire que tout était parfait, mais la mission est compliquée dans l’enseignement en général, pas que catholique. Comme les enfants parlaient moins avant, on abusait facilement de leur confiance », souligne Marie-Christine Jolivet. Le plus important pour elle est de garder à l’esprit « qu’un enfant, c’est sacré. Ça m’encourage à aller dans le bon sens. On ne tait plus les situations. Le meilleur acte de réparation est d’aller contre ce qu’il s’est passé, faire en sorte que l’enfant soit en sécurité et en confiance, car ça l’incite à parler. On crée ce climat en parlant, en dialoguant avec des associations, en ayant un personnel qui accueille la parole ». À ce titre, le Diocèse organisait, samedi, une journée intitulée « Violence au sein de l’Église, comprendre et avancer ensemble », à l’intention des personnes victimes, dans le cadre de sa démarche de prévention et de lutte.