« On relève de la mise en danger ! Si des produits chimiques se déversent dans le Rhône, ça va être une catastrophe environnementale. » Les mots de Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT de l’usine de pâte à papier tarasconnaise Fibre Excellence sont forts mais l’inquiétude est bien réelle. Si le site a été liquidé judiciairement à la fin juillet, les installations classées Seveso trônent toujours au-dessus du Rhône et ce sont les salariés qui assurent surveillance et sécurité de leur ex-outil de travail. Mais plus pour longtemps : « Une société spécialisée dans le traitement des déchets industriels doit arriver sur le site ce mercredi et les salariés doivent définitivement le quitter, vendredi ». Sur le papier, la nouvelle pourrait paraître rassurante, mais c’est tout le contraire pour ceux qui officiaient sur le site. « En trois jours, comment va-t-elle faire pour maintenir l’état des installations, garantir la sécurité du site et éviter des fuites de produits chimiques ? », questionne le délégué syndical. Il prend un exemple concret de danger potentiel : « On a une station de puisage d’eau dans le Rhône, notre station d’épuration en recrache dans le Rhône après traitement… S’il n’y a pas une surveillance de tous les instants, il y a un risque que des produits chimiques passent ». Avec des effets qui pourraient être dévastateurs sur la faune et la flore environnante.
L’alerte est telle qu’elle est reprise par la CGT à un niveau confédéral. La centrale syndicale de Montreuil tire aussi « la sonnette d’alarme » dans une communication pour le moins inquiétante : « Gérer des déchets ne signifie pas savoir conduire et sécuriser une papeterie de plusieurs dizaines d’hectares ». Avant de développer : « Protection incendie, installations électriques, équipements contenant de l’amiante, milliers de mètres cubes de produits chimiques : la sécurité industrielle ne s’improvise pas et ne peut pas être transférée en quarante-huit heures ! ».
Sur le terrain, Jean-Michel Bulinge confirme : « Il y a des postes de conduite qui nécessitent un an d’expérience pour savoir exercer correctement. Mais là, à moins d’une semaine du départ du site, rien n’est calé ni calculé ! ». Le syndicaliste s’appuie aussi sur la manière dont la transition post-liquidation s’est réalisée comme source d’inquiétude pour l’avenir : « Lors de la liquidation, on nous assurait que les salariés quitteraient le site le jour même, mais finalement ils nous ont demandé de prendre les postes de travail pour assurer la sécurité des installations ! ». Concrètement, il n’y aurait aucun contact entre le syndicat, pourtant cheville ouvrière de la sécurité sur le site, et ladite société de gestion de déchets. « Il n’y en a pas non plus avec la direction », assure Jean-Michel Bulinge.
Une situation lunaire lorsqu’on sait que 6 000m3 de produits chimiques divers et variés sont toujours sur l’usine, de même que la bagatelle de 17 000 tonnes de bois. « Si demain les salariés n’assurent pas le pompage de l’eau, il n’y aura tout simplement plus d’eau sur site. Avec tout ce que ça implique pour une intervention des pompiers par exemple », prend pour autre exemple le syndicaliste. D’où l’appel de la CGT à une réaction des pouvoirs publics : « Le mandataire judiciaire et la Préfecture doivent prendre conscience de la situation ».
Et surtout à ce qu’un chemin pour donner un avenir industriel à l’usine soit trouvé alors que les offres de reprise pour son usine sœur de Saint-Gaudens, rescapée de la liquidation, doivent être déposées devant le tribunal de commerce de Toulouse, ce lundi.

