Tag: Canebière

  • À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    La colère, elle restera là tant qu’il y aura pas de réponse ». Pour Luc Bensa, délégué fédéral du Mouvement National Lycéen (MNL) dans le département des Bouches-du-Rhône, scolarisé au lycée Saint-Charles de Marseille, pas question de lâcher quand le gouvernement n’a octroyé aux manifestants « que des miettes ». Eux veulent tout le gâteau et surtout qu’on les écoute. Après avoir bloqué Thiers, Victor Hugo ou encore Marseilleveyre face aux CRS, les lycéens se sont donné rendez-vous en fin de matinée aux Réformés.

    « On fait des manifestations, des blocus, des regroupements, des lâchés de banderoles, on essaie de parler à la préfecture, à la mairie, on envoie des lettres, des messages, on fait tout notre possible », explique Alice, elle aussi élève de Première à Saint-Charles. Si dans son établissement, « on est bien moins en difficulté que dans beaucoup de lycées excentrés », reconnaît la jeune fille, « on a tout de même des classes surchargées, beaucoup de profs absents, les bâtiments qui ne sont pas adaptés à la crise climatique », décrit-elle.

    Dans le cortège qui défile en chantant sur la Canebière, on retrouve des étudiants de la faculté de droit qui ont bloqué eux aussi l’entrée de l’université avec des poubelles depuis 6h30, ne laissant passer que les administratifs. « D’abord nous sommes aux côtés des lycéens avant tout » expliquent Pierre*, Sasha* et Shérine, « on réclame de vraies avancées budgétaires notamment, des économistes ont évalué les besoins à 10 milliards et là on nous a lâché peut-être 530 millions ».

    Une violence d’État

    Ce qui a déclenché leur mobilisation, c’est aussi la loi « bienvenue en France » de 2019, qui a instauré des frais d’inscription différenciés, plus élevés pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure « raciste et anticonstitutionnelle, c’est de la préférence nationale » taclent-ils. Ils racontent aussi les files d’attente de plus d’une heure au restaurant du Crous faute de personnel, la bibliothèque universitaire dont le 2e étage est en travaux depuis 2020, les logements universitaires bondés, « quand on arrive à en avoir un ».

    Et encore, « nous, on a la chance de pouvoir être à la fac », le but c’est « de montrer aussi qu’on est aux côtés des travailleurs qui n’ont pas les moyens de vivre dignement » ajoute Pierre. Pour tous, la question est réglée : la violence vient d’abord de l’État. « Évidemment quand tu vois ton père et ta mère galérer, se priver pour te nourrir, tu es en colère » analyse une de ses camarades. Shérine refuse pour cette raison de dissocier casseurs et manifestants, « ils font partie du mouvement, c’est sociologique ». Pour Sasha, « on fait même preuve de retenue ».

    Des drapeaux FSU et CGT se mêlent aux pancartes. « On est là pour accompagner » précise Marion Chopinet, prof d’histoire-géo et secrétaire académique du Snes-FSU de l’académie d’Aix-Marseille. Pour elle aussi, une certitude : « les réponses du gouvernement sont très en dessous de tout ce qu’on attend, ce sont des mesures à la marge en fait, qui ne remettent pas du tout en cause la structure même de ce qui pose problème. On ne s’arrêtera pas là, c’est clair ». Aurélien David, prof d’espagnol au lycée Saint-Exupéry y voit même « une opportunité historique » rappelant que les revendications des jeunes recoupent celles de leurs enseignants et des travailleurs de l’Éducation. À ses côtés, Martine retraitée CGT de l’UL Saint-Lazare embraye. « Ces jeunes c’est notre avenir » martèle-t-elle.

    Tous ont en ligne de mire la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre. Et celle d’encore après préviennent les manifestants avant de se disperser sans heurts place Castellane.

    * Les prénoms ont été changés

  • Les mouvements féministes en Algérie mis en lumière

    Les mouvements féministes en Algérie mis en lumière

    Toujours dans l’optique de favoriser l’éducation populaire, Coudes à coudes accueille à la Maison des associations*, Saadia Gacem, pour évoquer les mouvements féministes en Algérie. « Le but, c’est de discuter sur la base d’un savoir, d’une expertise, d’une problématique avec laquelle on peut ne pas être d’accord avec un apport qui vient souvent des sciences sociales, mais qui peut venir d’autres types d’experts » explique Michel Potoudis, un des membres fondateurs de l’association.

    Doctorante à l’université d’Aix-Marseille, Saadia Gacem, travaille sur le traitement judiciaire des affaires de violences conjugales dans les tribunaux à Alger nous précise cette féministe engagée. Elle présentera ce mardi son projet de création d’un fonds numérique de documents produits par les collectifs ou groupes féministes de la post-indépendance en Algérie, jusqu’à la fin des années 90.

    Des femmes toujours mobilisées

    Tracts, revues, « ce sont des documents assez rares, parce qu’ils sont devenus en quelque sorte privés gardés par les militantes car les associations ont disparu dans les années 90 », détaille-t-elle. Un pan méconnu de l’histoire algérienne, quand le Hirac a permis en quelque sorte aux féministes d’aujourd’hui de donner de nouveau de la voix.

    La quarantenaire est aussi à l’origine de la revue La Place, annuelle, bilingue arabe-français, aux Éditions Motifs, disponible dans une petite dizaine de librairies marseillaises**. « Il y a toujours des intellectuelles et des artistes femmes qui produisent, qui pensent, mais qui n’ont pas l’espace pour partager ça, parce qu’en Algérie, comme partout ailleurs dans le monde, la parole des femmes et l’espace pour les femmes est extrêmement restreint », ajoute-t-elle. Et quand on lui demande si on peut dresser un parallèle avec la situation actuelle en France, elle n’y va pas par quatre chemins : « On se dit peut-être que c’est le début d’un hirak français, on l’espère même si on voit qu’en France le pays des Lumières, on se retrouve avec une répression monstre. C’est ce qui s’est passé en Algérie. Quand un pouvoir se fragilise et se sent vraiment en danger, il y a un réflexe d’autoritarisme. On n’a jamais fini de lutter. »

    * À 18h30, au 93, La Canebière
    à Marseille (1
    er)
    ** Plus d’infos sur editionsmotifs.com

  • Les marins-pompiers de Toulon commémorent l’incendie des Nouvelles Galeries de Marseille de 1938

    Les marins-pompiers de Toulon commémorent l’incendie des Nouvelles Galeries de Marseille de 1938

    C’est un drame que le contre-amiral Mackara Ouk, adjoint au commandant de la zone maritime Méditerranée, décrit comme « l’une des plus grandes tragédies qu’ait connu Marseille au XXe siècle », avec 73 morts et plus de 200 blessés. Le 28 octobre 1938, un violent incendie éclate aux Nouvelles Galeries, magasin de 3 500m², situé sur la Canebière. Ce jour-là, au parc Chanot, se tient le 35e congrès du Parti républicain radical et radical-socialiste. Des milliers de personnes encombrent alors les rues alentour, entravant l’action des sapeurs-pompiers marseillais.

    Les flammes progressent et face à l’urgence, un détachement de 31 marins-pompiers de Toulon est dépêché en renfort. « Leur engagement fut décisif et permit de maîtriser l’incendie », salue, 88 ans plus tard, le contre-amiral Mackara Ouk, qui présidait, mercredi, la commémoration annuelle de l’événement, à la base navale de Toulon.

    L’acte fondateur

    du Bataillon de Marseille

    « Cette cérémonie est l’occasion de rendre hommage aux marins-pompiers de la compagnie de Toulon intervenus sur ce feu et de garder le souvenir de nos anciens. On en profite aussi pour rendre hommage à nos morts », décrit le capitaine de corvette Laurent Nègre, commandant la compagnie de marins-pompiers de la base navale de Toulon.

    À cette occasion, le Bataillon des marins-pompiers de Marseille était également invité, « avec qui on entretient un lien étroit ». D’autant plus que « les officiers qui commandent les quatre compagnies de marins-pompiers (Cherbourg, l’Île Longue, Brest et Toulon) sont issus de Marseille et formés à l’école des marins pompiers de la Marine avant leur affectation », précise le commandant.

    L’histoire de ce bataillon est d’ailleurs étroitement liée à ce tragique événement. « Les sapeurs-pompiers communaux ont été débordés par les événements, donc ils ont décidé de faire appel aux marins-pompiers de la Marine nationale et ses moyens pour les aider dans cette intervention très difficile. Cela a participé à la création du Bataillon des marins-pompiers de Marseille, le 23 juillet 1939 », retrace Laurent Nègre. Un Vataillon qui constitue aujourd’hui la plus grande unité de la Marine nationale, avec plus de 2 500 militaires et civils.

  • Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Je sais le traumatisme qu’a été le 17 octobre, vous avez vécu des scènes de pillages d’une violence folle et inacceptable et ça ne se reproduira pas », a posé Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec les commerçants en préfecture. Quelques heures avant la venue « surprise » du président de la République dans la cité phocéenne, plusieurs associations de commerçants marseillais avaient envoyé un communiqué commun réclamant des « actes concrets » comme le renforcement des aides financières « à la hauteur des préjudices subis » quand les assurances ne paient pas tout, un « soutien adapté (…) y compris en l’absence de dégradations matérielles », l’anticipation et l’adaptation lors des manifestations à risques et enfin « l’annulation ou l’exonération des charges sociales et fiscales pour les commerces sinistrés ».

    Le bilan est lourd : « 3 commerces sur 4 sur la Canebière impactés », selon l’un des artisans concernés, 500 en tout dont 331 sinistrés et 118 totalement pillés, précise Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence.

    Il s’inquiète : « Des commerçants ont décidé de se défendre seuls, on leur dit de ne pas le faire. Il faut que la peur change de camp, que les profiteurs soient punis. »

    Un souci de TVA

    pour l’UPE 13

    Jean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13 (Union pour les entreprises), a lui estimé qu’il y avait « un trou dans la raquette » sur la TVA dont les commerçants ont fait l’avance. Et de réclamer une dérogation de la part de Bercy. Un commerçant avance : « Il va falloir faire en sorte que les aides ne soient pas seulement pour ceux qui sont fermés », mais aussi pour ceux qui « vont aider à remettre de la lumière dans notre ville ». Un autre demande à ce que les prêts pour repartir prennent en compte la capacité de remboursement.

    Également présent, Rodolphe Saadé, président de la CMA CGM, joue les pères Noël. « On est là pour vous aider en matière de logistique », assure-t-il, avec une mise à disposition de ses avions et bateaux, pour permettre la reconstitution des stocks de marchandises au plus vite et « assurer au minimum les fêtes de fin d’année ». Et d’ajouter : « Ne vous inquiétez pas pour le paiement. »

    Mais il va falloir de la patience quand Serge Papin, ministre du Commerce, répond : « Les choses vont être un peu traitées au cas par cas. » Emmanuel Macron a affiché son soutien avec la mise en place d’un dispositif « très simple ». En attendant, le fonds régional « Solidarité commerces pillés » a été réactivé ce lundi, débloquant une aide financière d’urgence à hauteur de 10 000 euros pour faire face aux premières dépenses.

  • À Marseille, Aubagne et Cabriès, les mineurs bannis la nuit

    À Marseille, Aubagne et Cabriès, les mineurs bannis la nuit

    C’est le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), qui a grillé la politesse au préfet de région, encore en train de rédiger son arrêté, ce mardi 20 octobre. L’élu a annoncé en fin de matinée la mise en place d’un couvre-feu partiel, le soir, à partir de 22h.

    La mesure concerne « uniquement les mineurs et exclusivement les zones commerciales de notre ville, particulièrement touchées par les pillages survenus ce week-end et menacées si nous devions vivre de nouveaux épisodes de violences », a dévoilé Benoît Payan. Le maire de Marseille estimant que « cette décision, si elle peut soulager les commerces et faciliter le travail des forces de l’ordre, doit être accompagnée d’un déploiement suffisant de forces de police sur l’ensemble de la ville ».

    L’arrêté préfectoral, finalisé dans l’après-midi, indique qu’à « l’issue des échanges entre le préfet et le maire de Marseille », un couvre-feu est instauré de 22h à 5h jusqu’à vendredi inclus dans des secteurs « identifiés ». Sont concernés l’hyper centre-ville, du Centre Bourse au quai des Belges en passant par le cours Pierre-Puget, la rue de Rome et le bas de La Canebière, mais aussi les grands centres commerciaux comme les Terrasses du Port, Grand Littoral, Bonneveine ou la Valentine. Les trottoirs, espaces de livraison, locaux techniques ou stationnements autour de ces derniers font partie du périmètre.

    D’autres communes sont aussi sous le coup de cet arrêté, avec la zone des Paluds à Aubagne, et celle de Plan-de-Campagne, à l’exception du cinéma, à Cabriès.

    Les adolescents non accompagnés de leur représentant légal et qui auraient envie de faire du shopping la nuit sont prévenus : ils sont passibles d’une amende de 4e classe, 90 euros minimum, le préfet Jacques Witkowski assurant que « les forces de sécurité nationales et municipales » seront mobilisées. Suite aux violences survenues samedi, Benoît Payan s’était interrogé sur la nature des consignes données aux forces de l’ordre et avait déploré leur nombre selon lui insuffisant. Attendu en début d’après-midi lundi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, avait fini par se rendre dans la cité phocéenne dans la soirée, histoire d’éteindre la polémique.

    L’armée, le GIGN et le Raid

    Concrètement, sur les promesses du ministre de mettre en place davantage de forces de l’ordre à Marseille pour encadrer la manifestation prévue ce samedi 24 octobre, rien n’est encore calé. Il s’agirait notamment de compagnies mobiles que Beauvau doit encore valider, nous confie une source policière ce mardi, sans être en mesure de quantifier pour le moment ces effectifs. « Samedi et dans les jours qui viennent, je serai aux commandes et comptez sur moi pour être extrêmement ferme », a martelé Laurent Nuñez lors des questions au gouvernement, mardi après-midi. Prévoyant d’être confronté au « même type de casseurs », il compte déployer l’armée avec les forces sentinelles, et « d’autres forces comme la BRI, le Raid, le GIGN, pour chercher ces groupes épars », précise-t-il.

    La mise en place du couvre-feu a réjoui la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, « une première décision nécessaire face aux violences et aux pillages », estime-t-elle avant d’appeler à « une fermeté absolue ». Pour Hendrik Davi (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, « la solution doit être politique » et « réside dans la justice sociale et le respect des libertés fondamentales ». Et l’élu d’appeler à la mobilisation syndicale du 5 novembre.

    Dans un communiqué commun ce mardi, Amapola Ventron, maire de Cabriès, et Romain Amaro, maire des Pennes-Mirabeau, renouvellent « leur demande à l’État de déployer des moyens militaires sur la zone commerciale, comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises : mise en place d’un dispositif de type Vigipirate et déploiement de militaires de l’opération Sentinelle. »

    ET AUSSI

    Couvre-feux également à Paris et Lyon

    Un nouveau couvre-feu a été instauré à Paris, autour de la place de la République et des Halles, de mardi 23h jusqu’à mercredi 6h. Le préfet du Rhône a reconduit le couvre-feu dans l’hypercentre de Lyon, à partir de mardi 21h jusqu’à 6h mercredi, estimant que cette mesure ciblée avait « contribué au calme », a annoncé la préfecture.

    Un homme fiché S interpellé à Limoges

    Dans l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges, un homme, fiché S et connu pour son appartenance à l’ultragauche, a été interpellé en Haute-Vienne. La sous-direction antiterroriste (SDAT) a été saisie.

    Nuñez accuse LFI qui rétorque

    Laurent Nuñez a reproché mardi aux Insoumis d’avoir « jeté de l’huile sur le feu » en accusant le ministre de l’Intérieur « de manipuler les services de renseignements pour les diriger contre La France insoumise » lors des événements violents du week-end. Mediapart a publié une enquête lundi soir dans laquelle il assure que le ministre de l’Intérieur a donné des consignes à ses services pour faire de LFI le bouc émissaire du « fiasco » du week-end de violences, citant notamment un commissaire du renseignement territorial qui affirme qu’il lui a été demandé « texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT », les renseignements territoriaux. Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement a dénoncé mardi matin « un scandale d’État » et annoncé saisir la Cour de Justice de la République.

    L’ONU condamne « tous les actes de violence »

    Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a condamné mardi « tous les actes de violence » survenus lors de manifestations ces derniers jours en France et d’autres pays européens, et a appelé les parties prenantes à « apaiser les tensions ». « Les manifestations de grande ampleur qui se déroulent en Albanie, en Belgique, en France, en Italie et au Portugal suscitent des préoccupations en matière de droits humains. Je condamne tous les actes de violence et j’appelle toutes les parties concernées à apaiser les tensions et à empêcher toute nouvelle violence », a déclaré Volker Türk dans un communiqué. « Les gens ont le droit de manifester pacifiquement et de faire entendre leurs voix. Les États doivent faciliter l’exercice de ces droits », a-t-il ajouté, déplorant à la fois les actes de vandalisme et une réponse parfois « excessive » des forces de l’ordre.

  • [Maj] Déferlante citoyenne contre la loi « Permis de tuer » à Marseille

    [Maj] Déferlante citoyenne contre la loi « Permis de tuer » à Marseille

    Pari gagné à Marseille. La jeunesse qui a compris qu’elle était dans le collimateur, est descendue en masse dans la rue au cri de « Nous sommes tous antifacistes ! »

    Ils étaient plus de deux milliers à remonter dimanche à 14 heures la Canebière, s’arrêtant devant le commissariat de Noailles puis poussant jusque devant la Préfecture pour dénoncer la loi votée le 7 juillet dernier par 313 députés contre 199 et qui instaure une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Un véritable « permis de tuer » dénoncé par 732 000 signataires d’une pétition que la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale a écarté d’un revers de la main sans ouvrir de débat. Toutes les associations de défense des droits humains, la Défenseure des Droits et toute la gauche réunie critiquent ce texte très inquiétant.

    « Le RN en a fait son programme, les macronistes et leurs alliés l’ont voté main dans la main avec le RN » a lancé à la foule le président de l’association SAVE (Stop aux violences d’État), Islam El-Khalfaoui dont le fils Souheil, 19 ans, a été tué à la Belle de Mai par la police le 4 août 2021. « Après Carcassonne, quelle preuve vous faut-il encore ?! Ce n’est pas une bavure, c’est un organigramme !, a t-il encore dit, le racisme tient le micro, le parti protège, le gouvernement lui vote un permis » faisant référence aux six heures d’insultes racistes tenues par un policier municipal encarté au RN dans cette ville dirigé par le Rassemblement national.

    * Chiffre de la Préfecture

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • La Métropole exige la libération de l’espace public privatisé

    La Métropole exige la libération de l’espace public privatisé

    Avec le printemps, c’est un plaisir évident de boire un verre en terrasse au soleil. Pour autant certains commerçants poussent tables et chaises sans autorisation obstruant les trottoirs pour leur business. Un phénomène chronique que les collectivités qui se partagent les secteurs, peinent à juguler en dépit d’une « charte des terrasses » visant à harmoniser l’esthétique et garantir un cheminement piéton minimal. L’association nationale Sites et Monuments alerte depuis des mois les autorités sur ces violations frontales en site patrimonial remarquable (SPR) et sur le site classé du Vieux-Port.

    À l’angle de la Canebière et du quai des Belges où le flux touristique est particulièrement intense, l’établissement Cappuccino a ouvert il y a six mois dans les anciens locaux des Eaux de Marseille. « Il a progressivement colonisé les arcades du Club Pernod. On ne peut plus circuler », proteste Josiane une riveraine. « Et là regardez toutes ces tables et ces chaises qui débordent maintenant devant les arcades. Ils privatisent le trottoir. Ils en ont mis tout le long et depuis quelques jours, ils ont monté des palissades en bois pour leur crêperie. C’est parfaitement intolérable. Un automobiliste se prend 135 euros s’il monte sur un trottoir et ici c’est Marseille bébé ! » Contacté, l’exploitant n’a pas donné suite.

    La Ville de Marseille, déjà saisie de la reconstruction sans permis de la terrasse couverte de la Samaritaine, nous répond que « ce commerce est titulaire d’un arrêté uniquement côté Canebière » autorisant une terrasse de 30 m² (7,5mx4m) détachée du commerce et délimitée hermétiquement par des jardinières contre la piste cyclable. « Pour la partie sous les arches, nous n’avons pas autorité. Le pourtour du Vieux-Port est à ce jour sous l’égide de la Métropole. »

    « Une occupation illégale »

    La Métropole reconnaît la situation. « L’absence d’AOT pour cet établissement est parfaitement identifiée par nos services. Une facturation majorée pour occupation sans droit ni titre a d’ores et déjà été émise à l’encontre de l’exploitant. Cette mesure financière marque la détermination de la Métropole à ne tolérer aucune forme de régularisation tacite de cette situation », explique la collectivité décidée à aller au contentieux. « Face au maintien de l’occupation illégale, la Métropole prépare actuellement la saisine du tribunal administratif afin d’obtenir la libération de l’espace public. La Métropole réaffirme sa volonté absolue de faire respecter les règles d’occupation du domaine public dans ce secteur. »

    La Ville se borne souvent à des signalements au parquet, sans plus. Les contraventions de 5e classe à 1 500 euros sont indolores au regard des profits tirés. D’où cette culture ancrée à Marseille de privatiser la rue. C’est d’ailleurs le cas du portique à arcades du Club Pernod : il a été édifié en 1970 non seulement sans permis mais en empiétant sur le domaine public qui doit rester inaliénable et imprescriptible car à l’usage de tous.

  • Parents, enseignants et lycéens réclament des moyens décents

    Parents, enseignants et lycéens réclament des moyens décents

    « Plus d’une centaine de classes sont menacées dans le département, principalement à Marseille mais aussi à Aix, à La Bouilladisse ou Salon. Et si nous n’avons pas de chiffres sur les dotations globales horaires, de nombreux établissements, principalement des lycées sont impactés. » Pour Letizia Vignone, administratrice du Mouvement départemental des parents d’élèves des Bouches-du-Rhône (MPE 13) qui se prépare à une audience avec le Dasen (Directeur académique des services de l’Éducation nationale), ce mercredi 8 avril à Aix-en-Provence, la situation au sein de l’Éducation nationale s’est nettement dégradée, au détriment déjà des élèves.

    « Au lycée, cela veut dire concrètement des options en moins, des classes qui peuvent atteindre 30 à 35 élèves lorsqu’ils font des travaux pratiques, en SVT ou physique-chimie. Au collège, les classes dédoublées pour l’apprentissage du français sauteraient avec la coupe budgétaire » illustre-t-elle, espérant « grappiller » un maximum d’heures. Le MPE 13 compte également mettre la pression sur le préfet qui doit valider la carte scolaire et les dotations globales horaires cette semaine.

    À Aubagne, Jadran Svrdlin, professeur des écoles et syndiqué à la CGT Educ’action mesure déjà le manque de postes d’enseignant dans son école. « Depuis janvier, nous approchons les 130 journées non remplacées soit 2,7 à 2,8 absences par jour pour nos 9 classes », explique-t-il.

    « En mode dégradé permanent »

    Les élèves sur le carreau étant répartis sur les classes qui restent, « nous sommes en mode dégradé permanent. Le nombre de remplaçants affectés n’a pas changé depuis des années ». Raison principale pour laquelle il sera présent ce mercredi au rassemblement organisé devant le collège Lou Garlaban à 11h avec la CGT, le syndicat SUD mais aussi les associations de parents d’élèves. Une autre mobilisation étant prévue le vendredi à 16h30 devant l’école de la Tourtelle.

    De la primaire au secondaire, cet enseignement « dégradé » a de terribles conséquences pointe Jadran Svrdlin. Réformes injustes finalement avortées, annonces ministérielles intempestives, « on met en place des échéances couperet comme le brevet dont M. Attal faisait un préalable obligatoire au lycée », analyse-t-il, se souvenant aussi de l’expérience des groupes de niveaux que nombre d’enseignants ont refusé d’appliquer. Un « tri social » où « on élimine » estime-t-il, déplorant que les premières victimes soient les « enfants des classes populaires qui n’ont que l’école publique comme patrimoine ». La CGT Educ’action s’inquiète aussi dans un communiqué de la « mise à mal de l’école inclusive » avec un nombre d’AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) insuffisant, tout comme celui des personnels de Rased (Réseau d’aide spécialisée aux élèves en difficulté).

    À Marseille, le syndicat SUD Éducation 13 appelle aussi à un rassemblement devant la Chambre de commerce, sur la Canebière, ce mercredi à 17h30 « contre les coupes budgétaires imposées par l’Éducation nationale et la violente répression des lycéens ». Déjà devant l’école Leverrier (4e) ce mardi, après avoir appris la fermeture d’une classe la semaine dernière, les parents d’élèves ont déployé banderoles et mégaphones.