Tag: camps

  • Une exposition pour ne pas oublier l’horreur des camps

    Une exposition pour ne pas oublier l’horreur des camps

    L’espace des Rotatives de La Marseillaise a accueilli le vernissage de cette exposition portée par l’Amicale de Mauthausen, association qui œuvre à la mémoire de ce terrible patrimoine historique. Cette exposition, qui rappelle les horreurs du camp de Mauthausen, est à découvrir jusqu’au 8 mai. Les photos présentées témoignent des atrocités de Mauthausen, camp de concentration situé en Autriche qui aura vu passer plus de 198 000 détenus de vingt nationalités différentes, entre 1938 et 1945. L’exposition investit l’espace des Rotatives à l’initiative d’Antoine de Gennaro, membre de l’Amicale et du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943.

    Transmettre

    étaient également présents lors de ce vernissage Léo Purguette, président de La Marseillaise, Lisette Narducci, conseillère municipale déléguée à la mémoire et aux anciens combattants à la Ville de Marseille, Antoine Mignemi, rescapé de la rafle de Marseille en 1943 et Anne-Marie Thomazeau, fille de Marcel Thomazeau, dirigeant historiuqe de La Marseillaise qui a survécu au camp de Mauthausen. L’avocat Pascal Luongo, qui a déposé une plainte en 2019 visant à inscrire la rafle du Vieux-Port comme « crimes contre l’humanité », s’est aussi déplacé.

    Parmi les prises de parole, Léo Purguette a indiqué soutenir la démarche pour inscrire le camp des Milles, à Aix, au patrimoine mondial de l’Unesco. « Il est déterminant de faire comprendre aux jeunes générations que les engranges qui mènent au pire sont les toujours les mêmes », a-t-il souligné. Antoine Mignemi a aussi pris la parole : « Ce témoignage est pour moi un devoir de transmettre la mémoire et, en même temps, prononcer un message de paix et d’espoir, en particulier pour toutes les jeunes générations. Je déclare que le racisme et l’antisémitisme sont des délits majeurs. Soyons vigilants, aujourd’hui et pour l’avenir. » Une conférence-débat avec le collectif Saint-Jean a conclu le soirée.

    17, cours d’Estienne-d’Orves, entrée libre de lundi à vendredi, entre 10h et 18h. Jusqu’au 8 mai.

  • Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Entourée de ses proches et tout apprêtée dans son chemisier fleuri aux tons rosés, Louise Renée Marcos souffle ses 100 bougies chez elle ce dimanche 18 janvier. Qui aurait pu imaginer pareille célébration en avril 1944, lors de la déportation de cette Marseillaise issue de parents juifs de Salonique, alors âgée de 17 ans, à Auschwitz, puis Theresienstadt ? Certainement pas elle qui, lorsque ce camp de concentration et d’extermination, puis ce ghetto, furent respectivement libérés par les armées rouge et américaine l’année suivante, ne pesait que 35 kilos. Une « solution finale » des nazis à laquelle elle a échappé, mais pas à n’importe quel prix, rappelle, 83 ans plus tard, son matricule A-5503 tatoué sur l’avant-bras gauche.

    Pas une seule miette

    « Transmettre cette histoire lui a toujours tenu à cœur. Elle l’a fait dans les collèges et lycées entre 1967 et 2019. à nous, elle ne nous a jamais rien caché. Il n’y avait pas de tabous », font part ses deux enfants, Estelle et Joseph, tandis que Louise Renée Marcos est assise au calme sur un fauteuil de son domicile de la Valbarelle. Non loin de deux de ses sœurs qu’elle a, à l’époque, sauvées. à environ 10km de là, au printemps 1944, la Gestapo la cueille chez elle, quartier Saint-Just, et l’embarque dans son siège marseillais de la rue Paradis. Dénoncée par des voisins, « elle s’est dit fille unique » pour sauver toute la fratrie. Après huit jours aux Baumettes, puis un passage à Drancy, direction les wagons de la mort et Auschwitz, où « sa tante et sa cousine sont gazées dès leur arrivée », relatent Estelle et Joseph, alors que l’interphone sonne sans cesse, les convives garnissant très vite le petit appartement du 11e arrondissement. En janvier 1945, elle survit aux « marches de la mort », du nom de ces évacuations par le IIIe Reich de déportés harassés par la maladie et le travail forcé, à mesure que les Alliés se rapprochent des camps. Louise Renée Marcos est transférée dans le ghetto de Theresienstadt. À sa libération, un typhus et un poids rachitique comme stigmates immédiats, mais des « cauchemars » pour toute la vie. « Elle n’a peur de rien mais n’a jamais supporté à son retour les pleurs d’enfants », témoignent son fils et sa fille. « Un matin, les Allemands ont fait entrer dans le camp beaucoup d’enfants habillés en blanc, avant d’allumer tous les projecteurs sur eux. Ma mère nous disait qu’on aurait dit des anges qui criaient. Parfois, elle regarde encore dans le vide et dit : “qu’est-ce que tu fais là, petit ? Ne reste pas ici” », rapportent-ils. Habitée pendant toute sa vie par ces fantômes, cette couturière de métier n’a jamais non plus « laissé une seule miette de pain sur la table à la maison », habitude héritée de ses privations en camp.

    Alors qu’il n’y a jamais eu autant de conflits dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un souvenir qui demeure nécessaire pour faire à nouveau réémerger la lutte contre toutes les formes de racisme.

  • La Région Sud présente son plan contre l’antisémitisme

    La Région Sud présente son plan contre l’antisémitisme

    Ils étaient environ 500 à se retrouver pour l’agora contre l’antisémitisme, ce mercredi, à l’hôtel de Région. L’occasion pour le président (Ren) de la Région, Renaud Muselier, de présenter les ambitions régionales en matière de lutte contre cette forme de haine.

    « Il y a une augmentation de 200% des actes antisémites à Marseille, qui abrite la deuxième communauté juive française, explique Renaud Muselier. Donc on doit se demander comment on continue de vivre ensemble dans une ville où on l’a toujours fait. »

    L’éducation contre

    la haine

    L’éducation des jeunes est le premier levier sur lequel la Région veut orienter la lutte contre l’antisémitisme. « D’ici 2028, tous les lycées de la région participeront à des programmes de sensibilisation en partenariat avec le camp des Milles et le rectorat, soutient Renaud Muselier. Car l’éducation est l’arme la plus puissante contre la haine. » L’élu a également annoncé un renforcement du soutien aux victimes d’antisémitisme, notamment au moment de leur dépôt de plainte, avec des associations comme France Victime. Enfin, la Région a annoncé sa volonté d’ouvrir un espace de dialogue interreligieux nommé « Région Sud fraternité » pour favoriser les échanges. Une façon pour le président de passer un message à la communauté juive : « vous êtes Français avant d’être juif et si l’on vous attaque, c’est la République française que l’on attaque. »

    Une vingtaine de personnes, à l’appel de la CGT région et de l’Union juive française pour la paix, ont dénoncé, devant l’hôtel de Région, la présence de certaines personnalités jugées polémiques, telle que la chroniqueuse de CNews Rachel Khan ou la journaliste Nora Bussigny.

  • Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    « Rivesaltais d’origine, j’ai toujours connu cet endroit, sur la nature duquel, comme tant d’autres, je me suis tardivement interrogé. Et je me suis dit un camp, un camp qui disparaît, c’est un camp qui n’a jamais existé… ma hantise c’était ça, c’était que l’oubli soit absolu sur le site de ce camp. Ce n’est plus le cas maintenant. » En 2011, l’écrivain Claude Delmas, disparu le 20 septembre 2016 se confiait face caméra aux équipes du Mémorial de Rivesaltes. Il fut l’un des artisans, avec l’enseignante Claude Vauchez, d’une pétition nationale du collectif « Pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes ». Cette initiative citoyenne a abouti à faire revivre, pour transmettre son histoire, le camp de Rivesaltes, lieu d’enfermement utilisé par l’État français, du gouvernement de Vichy jusqu’en 2007 ! (lire page 6).

    Des archives dans une déchetterie

    Il s’en est fallu de peu pour que l’histoire du camp reste inconnue. C’est la découverte, dans une déchetterie de Perpignan, d’archives du camp relatives aux internés juifs et à leur déportation qui va enclencher le processus. Serge Klarsfeld, Simone Veil, Robert Badinter (qui sera le parrain du projet de Mémorial), le prix Nobel de littérature Claude Simon, Edgar Morin signeront la pétition. Le site est inscrit aux Monuments historiques en 2000.

    Une nouvelle étape est franchie en 2006 quand l’architecte marseillais Rudy Ricciotti remporte le concours d’architecture. Les travaux débutent en 2012 et dureront trois ans, jusqu’à l’ouverture du Mémorial du camp de Rivesaltes (MCR) en octobre 2015. Dix ans plus tard, le Mémorial célèbre son dixième anniversaire en proposant des tables rondes (lire page 6).

    En 10 ans, l’extrême droite a prospéré et deux députés RN, Laurent Jacobelli et la députée des Pyrénées-Orientales, Michèle Martinez ont attaqué le Mémorial en l’accusant d’occulter les Harkis. C’est factuellement faux. Dans une tribune parue dans Libération, l’historien Nicolas Lebourg – que nous avons interrogé (lire page 5) leur a répondu : « M. Jacobelli dit que le MCR a été créé en hommage aux “harkis et pour tous ceux qui sont passés par le camp”. Il ne les nomme pas. Mme Martinez affirme qu’au MCR “le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires”. Elle ne les nomme pas. Aidons-les. Ouvert en 1941, le camp a interné des milliers de républicains espagnols qui avaient fui les exécutions franquistes, des milliers de juifs étrangers, ensuite transférés vers Drancy puis Auschwitz. Était-ce des mots si difficiles à utiliser : “juifs” “républicains” ? Sont-ce des mémoires honteuses avec lesquelles voisiner ? » Cette attaque de l’extrême droite française fait écho à ce qui s’est passé en Allemagne en septembre 2024 quand le parti néonazi AfD a attaqué en justice la Fondation des mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora pour avoir dénoncé les propos révisionnistes de ses candidats. La justice a donné raison aux défenseurs de la mémoire mais les a obligés à supprimer de son site son appel à ne pas voter AfD. Néanmoins, pour le professeur Jens-Christian Wagner « la décision du tribunal administratif de Weimar est d’une importance fondamentale pour tous les lieux de mémoire en Allemagne, car elle confirme leur fonction sociale de préservation de la mémoire des victimes du national-socialisme, même dans les conflits politiques actuels ». Pour le directeur de la fondation, « il est révélateur que l’AfD tente de limiter notre efficacité et de nous intimider. Un mémorial de camp de concentration ne peut être apolitique ; il doit élever la voix lorsque l’histoire est déformée et que la mémoire des victimes du national-socialisme est bafouée. Nous ne sommes pas neutres face à la banalisation de l’Holocauste ».

    Sources : Mémorial de Rivesaltes, de Montpellier, journal Der Spiegel