Dans l’Hérault, le Planning familial a du mal à se projeter vers l’avenir. Pour la seconde fois en 4 ans, les finances de l’association féministe et d’éducation populaire sont dans le rouge. Au point de pousser la structure qui lutte pour une société d’égalité entre les femmes et les hommes à lancer une cagnotte. Accessible sur HelloAsso, sur le site du Planning héraultais et Instagram, elle doit permettre de lever 20 000 euros d’ici le 15 juin, sous peine de mettre la clé sous la porte. « En 2022, on avait recueilli plus de 50 000 euros. En réalité c’est cette somme qu’il nous faut pour tout juste revenir à l’équilibre », confie Mia Ferret.
L’administratrice de l’association loi 1901 a fait les calculs. En dépit des 20 000 euros annuels de dons traditionnels, le manque à gagner se creuse chaque année en raison de la baisse des financements publics. L’État ne donne que 75 000 euros plus 46 000 par l’intermédiaire de la Délégation départementale aux droits des femmes et à l’égalité (DDFE) ainsi que 61 000 euros via l’Agence régionale de santé (ARS). Outre la somme conséquente octroyée pour le centre de santé sexuelle de Montpellier, la subvention du Département de l’Hérault est en baisse de 5 000 euros, celle de la Région de 3 000 euros. Les aides allouées par la Ville et la Métropole de Montpellier stagnent. Or, « nos frais de fonctionnement augmentent d’année en année avec le coût de l’électricité, des locaux et les revalorisations salariales », résume Mia Ferret. Trop juste pour rémunérer les 14 salariés. « On pioche dans la trésorerie. »
L’utilité publique du Planning n’est pourtant plus à démontrer. L’an dernier, grâce à ses bénévoles, 22 700 personnes ont été accueillies (dont 3 000 au centre de santé sexuelle de Montpellier), prises en charge ou sensibilisées sur l’éducation à la sexualité, l’accès à la contraception, au droit à l’avortement et à la libre disposition de son corps ou à l’éternel combat contre les violences sexistes ou sexuelles. Trois types de missions sont menés. Un « accompagnement des personnes » pas considérées comme des « patients ». Au-delà des 250 IVG annuelles, des suivis de grossesse et des tests contre les infections sexuellement transmissibles en hausse en raison d’une baisse des protections chez les jeunes, « on écoute, on oriente, c’est une approche globale », résume Mia Ferret.
Le Planning forme aussi au métier de conseiller conjugal et familial ou aux compétences psychosociales. Enfin, l’association effectue régulièrement des animations scolaires et périscolaires. Problème : le rectorat de l’académie de Montpellier vient de décider que le seul personnel de l’Éducation nationale se chargera désormais dans le premier degré des interventions d’éducation à la vie affective et relationnelle (programme Evar). « La plupart des enseignants ne sont pas formés à cela », regrette Mia Ferret qui soupçonne le poids du « lobby d’une minorité de parents d’élèves » au bras long. « On a le sentiment d’un deux, poids deux mesures sur la laïcité. Quand il s’agit d’aller intervenir auprès des jeunes filles musulmanes, ça se passe très vite pour leur dire comment s’habiller. Quand il s’agit de modérer les associations catholiques intégristes, il n’y a plus personne. »
Pour le Planning, la réduction de ces missions est synonyme de manque à gagner. Dans un contexte national où l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir serait un recul majeur, Mia Ferret appelle les collectivités locales à former un « rempart » en aidant davantage le Planning familial. « Nos financements sont dépendants de nos projets. On a besoin de stabilité, d’engagements supérieurs de nos financeurs sur plusieurs années. »
« On écoute, on oriente, c’est une approche globale »





