Tag: Brousse du Rove

  • Bernard Thoron, défenseur du bon sens paysan

    Bernard Thoron, défenseur du bon sens paysan

    Clope à la main, béret vissé sur la tête, Bernard Thoron gratte Glue entre les cornes. « Je l’ai appelée comme ça parce que c’est un pot de colle », plaisante-t-il. Sa chèvre du Rove ne lui laisse aucun répit. Une seconde d’inattention et elle frotte sa tête à sa cuisse, soucieuse de ne pas se faire oublier. Dans son troupeau d’une centaine de bêtes, toutes portent un nom. « Il y a une dizaine de familles, explique-t-il. Il y a la lignée des politiques : la fille de Ségolène s’appellera Royal. Il y a les fleurs, les expressions provençales… » Des sobriquets légers, pour un métier qu’il prend très au sérieux.

    Et pour cause : le monde paysan lui colle à la peau depuis tout gamin. « Mes grands-parents avaient une ferme dans la Drôme, raconte-t-il. C’était trop beau, c’était la vie. Et puis j’ai fait pédiatre, parce que ça aussi c’est la vie. » C’est en 2018, alors que la retraite approche, que Bernard Thoron revient à ses premières amours. « Je suis passé éleveur caprin en pro, et je continuais les consultations à mi-temps à côté, détaille-t-il. Je m’y suis totalement consacré en 2021. »

    Produire, transformer

    et vendre localement

    Sur son terrain à Saint-Julien, le Martégal fait quelques travaux. Il construit une étable, pour nourrir et traire ses chèvres, et une « brousserie », pour transformer le lait en fromage. Sa maison devient la fermette de la Croix d’Estrine. « On a un hectare sur lequel on essaye de tirer quelques choses en maraîchage biologique intensif », résume-t-il. Sa devise : « Produire, transformer et vendre localement. »

    De ses poules, ses chèvres et son potager, il obtient yaourts, crèmes aux œufs, viande de chevreau, terrines et rillettes de cabri, confitures, gelées ou encore marmelades. « On valorise tout. Tout le monde devrait faire ça, ce serait une belle évolution de l’agriculture », affirme-t-il.

    « On », c’est lui, son berger Alexis et son deuxième employé Almonzer. « Les petites exploitations nécessitent beaucoup de main-d’œuvre, confie Bernard Thoron. Malheureusement, la PAC (politique agricole commune) distribue principalement les aides à l’hectare et pas au nombre de travailleurs, ce qui est un problème. » Par chance, le Martégal peut compter sur sa retraite, ce qui lui laisse la liberté de se payer seulement lorsqu’il est à l’équilibre.

    Des gardiens

    de l’environnement

    L’éleveur honnit « l’évolution voulue par ceux qui pensent la souveraineté alimentaire », qu’il considère « déconnectée des réalités du terrain ». « Il va falloir changer cette co-gestion avec la FNSEA, qui sont des financiers. On arrive à une impasse », prévient-il.

    Lui plaide pour une agriculture raisonnée, à taille humaine, locale. Son rêve ? Installer une « ceinture périurbaine de micro-fermes avec du maraîchage » à Martigues, mettre en place un circuit court municipal pour alimenter les crèches, les écoles et les foyers seniors en produits du coin, mais aussi « créer un magasin des producteurs » pour valoriser ces pratiques, vertueuses à bien des égards.

    En ce qui concerne l’élevage des chèvres du Rove, qui partent quotidiennement brouter dans la colline, le « pastoralisme entretient et ouvre les espaces naturels », certifie Bernard Thoron. En d’autres termes, il permet de répondre aux obligations légales de débroussaillement.

    « Le problème, c’est que l’Office national des forêts pense que les caprins sont néfastes à la régénération de la forêt méditerranéenne », poursuit-il. Les chèvres sont par principe interdites dans les forêts soumises au régime forestier. Pourtant, selon l’éleveur, « c’est l’inverse : ça évite d’avoir des repousses de pins tellement serrés qu’ils en deviennent des allumettes ». « La Rove fait un parcours, elle ne reste pas au même endroit, donc elle éclaircit et paysage naturellement. Le pastoralisme est un respect de la ressource, car on en a besoin pour
    nos bêtes
     ! »

    À l’avenir, Bernard Thoron continuera de militer pour faire entendre « le bon sens paysan ». Mais il ne s’inquiète pas : « On a une clientèle de plus en plus intéressée, et beaucoup de producteurs veulent s’y mettre. »

  • Le Rove : la brousse AOP est enfin de retour !

    Le Rove : la brousse AOP est enfin de retour !

    Après trois mois de pause, de la fin octobre à la fin janvier, la brousse du Rove AOP signe son grand retour. Une période dite « creuse », nécessaire au respect du cycle naturel du troupeau, marquée notamment par les mises bas de la mi-janvier. Cette année encore, de nombreux cabris sont nés à la bergerie de la Varune, nichée au cœur du massif du Rove.

    À cette occasion symbolique, le maire de la commune s’est rendu sur place, au moment de la traite, afin de souhaiter une excellente saison aux bergers-producteurs Franck, Marc et Rafael Gouiran. « C’est une tradition locale, et c’est pourquoi il était important d’être ici aujourd’hui pour marquer ce moment essentiel pour nos amis éleveurs, que nous soutenons tout au long de l’année. Nous leur souhaitons une saison pleine et riche en événements », confie l’édile du Rove.

    Âgés de 43 et 40 ans, Franck et Marc Gouiran exercent leur métier dans le respect d’une tradition pastorale ancestrale au service du consommateur. Ils perpétuent ainsi l’héritage de leur famille (André, Marie-Ange, Gilbert, Gabrielle….), comme de nombreuses familles rovenaines.

    À la ferme, le travail est quotidien et sans relâche. La traite, assurée sept jours sur sept, dès 4h30 le matin puis le soir, représente à elle seule près de 35 heures de travail hebdomadaire. Le troupeau, fort de près de 400 têtes, est conduit toute l’année dans les collines classées du Rove – près de 2 000 hectares – par les bergers et la bergère Lison. Une alimentation naturelle qui confère aux brousses et fromageons ce goût délicatement parfumé de garrigue.

    Pour rappel, la brousse du Rove, fabriquée exclusivement à partir du lait de chèvre de la race du Rove, bénéficie depuis 2018 de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC), devenue Appellation d’origine protégée (AOP) en 2021. Cette reconnaissance est l’aboutissement de onze années de combat menées auprès de l’Inao par les producteurs du département, avec à leur tête la famille Gouiran, et avec le soutien actif de la municipalité du Rove. Ils sont aujourd’hui huit producteurs à porter fièrement cette AOP.

    Infos pratiques Fromagerie Gouiran – 17, rue Adrien Isnardon, Le Rove

    Les 9 producteurs de brousse du Rove AOP dans les Bouches-du-Rhône sont : François Borel, La Roque-d’Anthéron ; Laurence Chaullier, Meyreuil ; Natacha Duverdier, Les Baux-de-Provence ;Bastien Falcot, Cuges-les-Pins ; Franck et Marc Gouiran, Le Rove ; Jean-Pierre Hueso, Salon-de-Provence ; Eric Prioré, Septemes les Vallons ; Bernard Thoron, St-Julien-les-Martigues ; Isabelle Boggio-Pola, Grambois

  • Disparition de Luc Falcot figure du militantisme paysan des circuits courts

    Disparition de Luc Falcot figure du militantisme paysan des circuits courts

    « Il avait fière allure avec son béret et sa moustache… Un homme droit et juste… Une référence en matière de pastoralisme… Un passionné ! » Les témoignages ne manquent pas pour évoquer Luc Falcot, inlassable défenseur de la brousse des chèvres du Rove avec ses longues cornes.

    Jérôme Laplane, maraîcher bio de Roquevaire à la retraite, se souvient bien de leur première rencontre à la ferme il y a des années. « Bien avant la labellisation, il venait livrer ses fromages sur ma ferme. Nous parlions de son installation, de ses tracas administratifs. Il a tenu bon, et il a réussi » livre-t-il, ému de perdre son voisin de stand sur le marché du Cours Ju.

    Ces débuts difficiles, François Borel s’en souvient très bien. Celui qui est devenu son ami et compagnon de lutte à la confédération paysanne et à la confédération d’études et de réalisation Alpes-Méditerranée ( Cerpam) est rentré dans sa vie de façon pour le moins originale : « Il est arrivé à cheval sur notre ferme habillé en cow-boy. » Et de poursuivre « Il était cascadeur à OK Corral à cette époque et voulait des informations sur le métier de berger. Il venait d’acquérir quelques chèvres. »

    La brousse du Rove se vend bien. Des contrefaçons souvent coupées avec du lait de vache apparaissent, mais surtout elle attire l’attention de multinationale comme Lactalis. « C’est la plus grosse valorisation fromagère de France, après les yahourts. C’est comme ça que le lait est vendu le plus cher » explique François. « Pour nous, c’était bien que cette production soit réservée à un territoire local pour permettre aux petits paysans de gagner leur vie. » Dans les années 2010, huit producteurs locaux de brousse de chèvre du Rove se lancent dans l’obtention de l’appellation d’origine contrôlée (AOP), le graal en matière de distinction. Refusé 7 fois, Luc Falcot ne lâchera jamais l’affaire, n’hésitant pas à rejoindre des groupements comme Slow Food mouvement international à but non lucratif qui défend l’alimentation et la biodiversité. François témoigne encore « je devenais alors son chauffeur, et nous allions au salon jusqu’à Turin défendre notre brousse. » Christian Qui, chef marseillais, se souvient de « cet homme engagé qui respectait les cycles de la nature de ses animaux et défendait l’agroforesterie pour maintenir des paysages et des écosystèmes ». Et 11 ans plus tard, ça finit par payer. En 2018 pour l’AOC puis en 2020, pour l’AOP, la brousse du Rove devient la plus petite AOP fromagère d’Europe. Une fierté pour les 8 chevriers des Bouches-du-Rhône.

    « Je suis très très touchée, je vais faire 2h30 de route pour aller aux obsèques » confie Pauline Gervais, installée à Moustiers-Sainte-Marie. « Lors de ma formation, je devais faire des stages, et il était la référence en matière de pastoralisme, celui qui garde ses chèvres 6 heures par jour, toute l’année en colline, celui qui défend la brousse du Rove » souligne-t-elle. Luc a été son guide, sa carte de visite, et bien plus, puisqu’il était devenu son ami. « Il travaillait avec le vivant, incarnait nos valeurs au quotidien. »

    Obsèques ce 15 septembre à 15h à l’église de la Penne sur Huveaune. Ensuite au cimetière de Cuges.