Les applaudissements retentissent sur les bancs de la gauche. Debout, les députés se tournent vers les tribunes où les salariés d’ArcelorMittal ont assisté aux débats. À 106 voix pour, 49 contre, l’Assemblée nationale a adopté en seconde lecture la proposition de loi de nationalisation des actifs français du sidérurgiste. « Quand la gauche se rassemble elle est belle et utile au pays », clame le député communiste et corapporteur Nicolas Sansu, à l’issue du vote. « Il n’y a pas d’avenir pour l’industrie en France sans une filière d’acier robuste et pérenne », faisait-il valoir lors des âpres débats qui ont pris part dans l’hémicycle.
Le texte est l’un des dix proposés par le groupe GDR (gauche démocrate et républicaine) dans sa niche parlementaire ce jeudi. Il avait été voté en première lecture lors de la journée réservée des députés insoumis. « Du métal sans Mittal, c’est le cri du cœur des salariés en lutte », avance la corapporteure et députée LFI Aurélie Trouvé, reprenant le slogan de la CGT qui avait appelé au rassemblement devant le palais Bourbon, auquel la secrétaire générale du syndicat Sophie Binet a participé. « La famille Mittal a une stratégie, une ambition : délocaliser la production aux États-Unis, en Inde, au Brésil (…). C’est maintenant qu’il faut investir. Il est temps de reprendre la main sur nos usines et sur nos vies », s’exclame l’élue. L’occasion pour les socialistes de tenter un mea-culpa : « Nous réparons par ce vote une erreur, celle commise en novembre et décembre 2012 là où le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg et son directeur de cabinet Boris Vallaud avaient proposé au président de la République et au Premier ministre la nationalisation des hauts fourneaux de Florange », avance Philippe Brun. « Ils n’avaient, à l’époque, pas été suivis, le gouvernement étant victime d’une idéologie mortifère est aujourd’hui enterré ! », tonne le député PS.
Farouchement opposé à la nationalisation, le camp présidentiel agite le coût de l’opération estimé entre 3 et 4 milliards d’euros. « L’État n’est pas un actionnaire magique, l’argent public n’est pas une ressource illimitée », justifie la députée Renaissance Marie Lebec. « Depuis 10 ans, il y a 800 millions d’euros qui ont été donnés à ArcelorMittal, pour quels résultats ? 22% d’effectifs en moins, 600 suppressions d’emplois en 2025, plus de 1 000 en 2026. Mais par contre, 732 millions de dividendes versés en deux ans par ArcelorMittal France », rétorque le président de la Commission des Finances, l’insoumis Éric Coquerel.
Le très libéral ancien ministre Guillaume Kasbarian charge les défenseurs de la PPL : « Des députés qui n’ont jamais géré la moindre entreprise et vivent au crochet de l’État veulent nationaliser ArcelorMittal. Ils veulent jouer aux industriels avec l’argent des Français. Scoop : ça ne marche Jamais. Stop à la démagogie communiste et collectiviste », ose le fan revendiqué du président argentin d’extrême droite Javier Milei. « Vous êtes gonflés ! », envoie Stéphane Peu au camp présidentiel, « chaque année il y a 211 milliards de cadeaux qui sont faits aux entreprises sans aucune contrepartie ! », martèle le chef des députés communistes, faisant ici référence au rapport d’enquête sénatorial sur les aides publiques aux entreprises. Le texte doit désormais être transmis au Sénat. « Le gouvernement doit sans attendre respecter la volonté de la représentation nationale et engager la suite du processus législatif permettant l’adoption définitive de la loi », réclame la CGT.
ET AUSSI…
La réforme de l’ASPA validée
Les députés ont approuvé à l’unanimité en première lecture jeudi la proposition de loi du groupe GDR qui vise à diminuer le non-recours à l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). « Merci pour les 300 000 retraités qui chaque année ne demandent pas cette allocation minimum remboursable, de crainte de laisser des dettes à leurs enfants », a lancé la députée réunionnaise et co présidente du groupe Emeline K/Bidi qui portait le texte. Le texte adopté jeudi instaure un « forfait logement » qui permettra de baisser le montant de l’Aspa pour les retraités propriétaires de leur logement ou hébergés à titre gratuit, et d’annuler dans ce cas la récupération des sommes. Le montant de ce forfait devrait être de quelques dizaines d’euros selon le gouvernement. La mesure résulte d’un amendement du gouvernement qui a complètement réécrit le texte.




