Tag: blues

  • La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    Le Tremplin « Première scène » est un tremplin musical qui a lieu lors de la Fête de La Marseillaise à Toulon, plages du Mourillon, à 19h. L’événement accueille cinq groupes locaux du département du Var. Les artistes auront 15 minutes pour présenter leur projet avec un morceau final. Le public pourra également voter pour désigner le groupe gagnant. Ces jeunes, âgés de 20 à 27 ans, incarnent chacun un genre différent, allant de la musique électronique au rap, jusqu’au blues… Une excellente occasion pour des jeunes artistes locaux de se faire connaître et de s’essayer au métier de la scène. Trois artistes ou groupes se représenteront, voici leur présentation. « L’idée c’est de permettre à des groupes qui n’ont pas encore fait de scène de se tester et de faire connaître leur musique à un public », explique Yonna Capobianco, responsable des jeunes, de l’animation et du tremplin.« L’idée aussi serait que la musique soit le plus accessible à tous ! D’autant plus que les musiques sont issues d’une production personnelle », assure-t-elle. Toute la journée, l’entrée est ouverte gratuitement au public !

    Olive, une musique électronique qui mélange pop, rock, rap

    À 20 ans, Olive, de son nom de scène, se consacre depuis un an à son projet musical. « Je compose, je mixe et j’enregistre tout seul, depuis chez moi », raconte ce Niçois. Sa musique, qui mélange électro, pop, rock et rap, se veut « émotionnelle et contemplative. Je parle de choses très concrètes de la vie de tous les jours », précise-t-il. Ce tremplin est pour lui un bon moyen de s’entraîner et aussi de combattre le trac : « Avant, j’étais guitariste dans un groupe. Là, c’est différent de prendre le micro, tout seul », confie-t-il, content de participer à cette fête avec des « valeurs dans lesquelles je me reconnais ». Ce tremplin est l’occasion de montrer au public ses compositions. Dont « Inverser l’épaule », une chanson qui parle de ne pas trop se prendre au sérieux. « Aujourd’hui, la musique est trop sérieuse. J’avais envie de proposer quelque chose d’un peu plus humain, d’un peu plus personnel », conclut-il.

    Paul Wild, un voyage musical

    Auteur-compositeur, Paul Wild (Paul Chapon de son vrai nom) a grandi dans le Sud de la France. Très jeune, il baigne dans la culture musicale des années 60 à 80 grâce à son père. Il commence d’abord par la guitare électrique avant de découvrir le jazz à 20 ans au conservatoire de Toulon. « Je reviens pourtant à la culture afro-américaine dans laquelle j’ai grandi, le blues, la soul… », décrit-il. C’est surtout son voyage en Australie pendant deux ans qui affine sa musique : « Je commence à écrire mes propres chansons. Je raconte ce qu’il m’arrive là-bas. Je remplis des carnets de voyage qui se transforment en musiques », se souvient-il. Pour le tremplin, il présentera ce projet musical de voyage, avec quatre compositions dans un style aux empreintes de blues expérimental, de gospel… Pour créer cette « intimité de voyage, très pure », sa voix sera uniquement accompagnée d’une guitare acoustique. « Je suis heureux de jouer lors de cet événement local, mais aussi qui est engagé dans des luttes sociales », affirme le musicien, qui participe à un tremplin pour la première fois.

    RollsNRookie, deux copains rappeurs

    RollsNRookie, en référence à Rox et Rouky, est un collectif musical né d’une amitié entre Otama et Yuzuu. Les deux rappeurs se situent au croisement du hip-hop, de la trap et du pop rap. Aujourd’hui âgés de 22 ans, ils ont commencé leur projet à 18 ans : « À la base, on écrivait chacun dans notre coin. On s’est retrouvés tous les deux grâce à la musique », raconte Yuzuu, l’un des deux membres du groupe. Ces jeunes musiciens locaux ont débuté sur leur téléphone, avec des instrumentales trouvées sur YouTube. « Maintenant, on crée nos propres compositions », affirme Yuzuu. Tous deux sont portés par une vision commune de la musique : « Repousser les frontières entre rap et musiques expérimentales. » Parmi les thèmes abordés : la Côte d’Azur, l’introspection, la mélancolie, le quotidien ou encore l’amour. « Moi, j’aime bien aller dans la fantaisie et l’imaginaire », ajoute Yuzuu. Ce tremplin est, pour eux, une « occasion de se représenter. Ça nous fait kiffer d’être sur scène et de rencontrer d’autres personnes ».

  • The Inspector Cluzo, bonne graine de rockers à Marseille

    The Inspector Cluzo, bonne graine de rockers à Marseille

    Même s’il a été plus citadin depuis l’été dernier avec leur tournée américaine, puis européenne, où ils ont notamment assuré des premières parties du grand Neil Young, le bon air de leurs Landes natales ne cesse de les rendre goûtus. Pas juste les oies grises qu’ils élèvent dans leur ferme près de Mont-de-Marsan, mais aussi les deux drôles d’oiseaux-rockers qui composent The Inspector Cluzo, en concert à l’Espace Julien, jeudi 27 novembre. Car quand il ne gambade pas dans sa ferme gasconne, le groupe nourrit au bon grain son public à coups de riffs savoureux. De sa production à sa diffusion, une chaîne sur un mode d’autogestion artisanale, qui se porte tant bien que mal, loin des griffes de l’industrie musicale, comme le prouve encore le 10e album Less is more.

    « On s’est demandé s’il y avait encore de la place pour des artisans comme nous, en pleine phase d’industrialisation musicale telle qu’on la vit. Désormais, il n’y a plus que des multinationales. Un groupe comme le nôtre est obligé de passer par les mêmes gros tuyaux que les géants, mais pas avec les mêmes moyens et règles », souligne le guitariste et chanteur Laurent Lacrouts, aux côtés du batteur Mathieu Jourdain. Des « rockers farmers » qui, depuis une quinzaine d’années, ont fait le choix de ne faire appel à aucun tourneur, propulsés par le seul produit de leur travail, agricole comme musical. « Notre producteur artistique Vance Powell [The White Stripes, Tinariwen…, Ndlr] a partagé ce constat. Mais il nous a encouragé en nous disant que l’essence du rock, c’était justement d’aller à contre-courant de tout ce qui se faisait », rappellent les membres de ce groupe qui joue tout en live, « sans bandes », et possède son propre label Fuck the bass player.

    Landes of blues

    Fidèle à leur credo, Less is more est un « album blues-rock qui tabasse », sans s’empêcher quelques incursions : rocksteady, comme l’illustre Catfarm, titre émaillé d’un reggae hardcore. Des Landes à la Jamaïque, réunis par les sons du terroir. Au total, 11 morceaux dans la lignée d’un blues du Mississippi qui les poussent à explorer des contrées inattendues. Mais toujours fidèles à leur « écologie de terrain », héritée du propre travail de leurs cultures. Rien d’étonnant à ce qu’ils rendent hommage dans une chanson à Thoreau, philosophe naturaliste américain du XIXe siècle, à l’origine d’ouvrages comme Walden ou la vie dans les bois et La désobéissance civile, « qui a influencé Martin Luther King ou Gandhi. Quand la désobéissance civile est intelligemment faite, pour le bien commun, et pacifique, c’est très efficace », constate The Inspector Cluzo, qui a réussi il y a quelques années à sauver de la grippe aviaire ses oies landaises. Un esprit indépendant et en paix aussi à l’œuvre sur le dernier titre de leur opus, Almost cut my hair, reprise d’un titre signé en 1970 par le super quatuor folk Crosby, Stills, Nash & Young, avec la guerre du Vietnam en toile de fond.

  • [Le Grand entretien] Barbara Hendricks : « J’ai choisi l’Europe pour défendre la paix »

    [Le Grand entretien] Barbara Hendricks : « J’ai choisi l’Europe pour défendre la paix »

    La Marseillaise : Chanteuse lyrique, vous explorez le jazz dans les années 90 et, depuis 10 ans, vous plongez dans les racines du blues. Est-ce un retour aux sources, quand vous chantiez dans l’église de l’Arkansas, où votre père officiait ?

    Barbara Hendricks : Quand j’ai commencé le jazz, ce n’était pas planifié. Je vivais à Montreux et j’étais amie avec le fondateur du festival. Mes enfants adoraient aller chez Claude Nobs car il y avait des tas d’appareils, comme les walkmans, avec lesquels ils pouvaient jouer. Et aussi des archives incroyables. En écoutant Duke Ellington, il m’a proposé de faire un hommage. J’ai tellement aimé l’expérience avec les musiciens que je ne voulais faire plus que ça. J’ai réalisé que je ne connaissais pas si bien mes racines que ça. Alors que les Negro spirituals étaient les chants des esclaves, pour mon père, le blues était la musique du diable. Il y a toute mon histoire dans le jazz et le blues. Le besoin de ce message de lutte pour les droits, contre l’apartheid, est devenu si fort que je reste sur ce chemin de la liberté. Aujourd’hui, plus que jamais, on a besoin de message d’amour.

    Cet hommage à Martin Luther King réaffirme votre engagement en faveur de la liberté. Que retenez-vous de votre expérience d’ambassadrice du Haut-Commissariat pour les réfugiés à l’ONU ?

    B.H. : Martin Luther King est inspirant parce qu’il y a eu beaucoup de femmes autour de lui. Et, sans elles, il n’aurait pas pu mener la lutte qu’il a menée pour l’égalité. Les femmes, même si elles ne sont pas sur le devant de la scène, jouent un rôle important dans les mouvements d’humanité. Sans elles, on ne serait pas là aujourd’hui. à mon tour, je veux aider cette grande famille qu’est l’humanité à grandir. à l’ONU, nous avons moins de la moitié des crédits nécessaires pour aider les réfugiés. Nous faisons notre possible pour réunir des fonds. Mais, ceux qui donnent le plus pensent qu’ils peuvent exiger certaines choses. Il faut résister à ça. Je ne peux pas sauver le monde, mais dès qu’on peut agir, il le faut sans jamais perdre espoir.

    Quel regard portez-vous sur le durcissement des politiques migratoires aux États-Unis et en Europe ?

    B.H. : Aujourd’hui, nous devons affronter des moments très très difficiles avec des guerres en Ukraine, à Gaza, et des gens forcés de fuir les conflits et les persécutions alors que des frontières se ferment partout. L’arrivée de Trump est le contrecoup de ceux qui ne voulaient pas d’un noir à Washington. Quand les gens ont peur, ils voient dans celui qui est en face un ennemi. Mais ils ne vont pas chercher à se retourner vers celui qui est vraiment la cause du malheur et qui désigne l’autre comme un ennemi. C’est facile d’utiliser la peur à des fins politiques. Il faut que cela change.

    Quel serait le rôle des médias pour un tel changement ?

    B.H. : Parfois, je ne peux plus regarder les horreurs diffusées, car pour aider, il faut prendre soin de soi. Les médias ne nous montrent pas assez les moments de solidarité. Or, tous les jours, il y a des gens qui aident un voisin, un enfant. Je crois en la force de ce chemin vers l’amour, la générosité. Quand je suis venue, en avril, au Salon du Livre à Paris, j’ai passé un long moment avec une association de femmes juristes qui faisaient un travail extraordinaire. Ce sont les gens qui font du bien qu’il faut montrer. Car, si nous voyons que nous ne sommes pas seuls, nous gagnerons en espoir et en force. La peur fait oublier cela. L’amour est illimité. Aujourd’hui, j’ai vécu assez longtemps pour pouvoir dire que la générosité est le moteur le plus important pour faire avancer le monde. Il faut oser aimer.

    Vous vivez entre la Suède et la Suisse. Pourquoi ce choix ?

    B.H. : Après l’élection de Bill Clinton, (1992), il m’était devenu compliqué de choisir pour qui voter. J’ai été invitée en France pour une émission avec François Mitterrand. J’ai réalisé que les intentions qui précédaient la mise en place de l’Union européenne étaient basées sur les valeurs de paix. Le climat politique des états Unis ne me correspondait plus. Mais, sur mon passeport, j’étais Américaine. Comme mon mari était Suédois et que je vivais le plus souvent en Europe, je me suis dit que ce bout de papier ne pouvait pas me définir. J’ai donc décidé de changer de nationalité. Je suis devenue Suédoise car je voulais me mêler de politique européenne, fondée sur la paix et les droits de l’homme. Bien sûr, ce n’est pas si simple en réalité. En 2016, quand j’ai été invitée à faire un discours pour l’anniversaire du Traité de Rome au Parlement européen, j’ai volontairement centré mes propos sur ces valeurs fondatrices. Mais mes enfants vivaient en Suisse et, dès que la double nationalité a été autorisée, je l’ai demandée.

    Il y a ce concert à Aix-en-Provence, mais aussi un passage à Orange ?

    B.H. : C’est à Aix, au festival d’art lyrique en 1978 avec Les Noces de Figaro de Mozart, que les Français m’ont découverte pour la première fois. Et c’est aussi sur ses marchés que j’ai vraiment appris à parler le français, car les gens y étaient plus chaleureux qu’à Paris. Il n’y a pas une année où je ne reviens pas dans le Sud. à Orange, je vais rencontrer les élèves d’un collège qui a pris mon nom en 1995. C’était sur une décision des collégiens, alors que la ville était passée aux mains du Front national. Je me suis dit que les enfants étaient bien plus sages que les adultes qui avaient voté.

    Barbara Hendricks et son Blues Bands, les 20 et 21 novembre au 6MIC d’aix. Détails sur 6mic-aix.fr

  • « La musique blues m’a aidée à guérir mes blessures »

    « La musique blues m’a aidée à guérir mes blessures »

    Entretien

    Pour rallier les ghettos de Lagos, dans son Nigeria natal, aux scènes européennes, où sa voix résonne désormais avec une puissance jubilatoire, Justina Ogunlolu, alias Justina Lee Brown, en a parcouru, du chemin. Confrontée à l’extrême pauvreté et à des abus ayant fauché son enfance, cette chanteuse, qui se propulse avec une énergie aussi bien soul que rock, comme le prouve son album Lost Child, incarne à elle seule l’essence du blues : surmonter ses pires traumatismes pour en faire belle œuvre.

    La Marseillaise : Au cours de votre enfance dans les ghettos de Lagos, votre mère vendait des sachets d’eau dans la rue. Pendant qu’elle travaillait, vous tapiez sur une bassine avec un bâton pour vous exercer à chanter. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

    Justina Lee Brown : Je garde de beaux souvenirs de ma jeunesse innocente. Petite, j’étais peu conscience de l’insécurité qui m’entourait. Pourtant, nous étions constamment affamés avec ma mère, c’était très dur de se nourrir. Sans compter l’absence d’un foyer stable, avec des déplacements constants. Mais l’amour m’a permis de surmonter tout cela. J’étais heureuse car les rues regorgeaient de divertissements.

    Qu’est-ce que cela vous a appris sur vous-même ?

    J.L.B. : Cela m’a appris à ne jamais abandonner, à attendre toujours des jours meilleurs.

    Votre chanson « Billiki » raconte l’histoire d’une jeune fille qui disparaît après que sa mère lui demande d’aller chercher de l’eau au ruisseau. À quel point est-ce inspiré de votre vie ?

    J.L.B. : « Billiki » parle surtout de l’ironie du sort qui touche de nombreuses filles dans la société. L’insécurité est pesante et nous n’avons ni le gouvernement, ni le système nécessaire pour protéger les jeunes qui grandissent dans mon pays. Énormément de jeunes filles disparaissent, avant d’être violées et maltraitées. Mais le gouvernement ne fait rien. En ce qui me concerne, avoir été maltraitée à l’âge de 6 ans à peine m’a laissée avec une grande souffrance que seul dieu peut guérir. Pour éviter que les prochaines générations aient à endurer cela, je me dois de sensibiliser les gens à ce phénomène. J’espère qu’un changement pourra advenir. Parce que, quand un enfant est brisé, il n’y a pas de réparation possible.

    Le blues est une musique afro-américaine créée dans les champs de coton par des personnes qui ont subi la ségrégation raciale, aussi bien pour exprimer leurs peines que leurs espoirs. Joue-t-il le même rôle dans votre vie ?

    J.L.B. : Le blues que je joue est un son d’espoir et de guérison car quelque chose était brisé en mon for intérieur. Et en dehors de cela, en tant qu’Africains, nous sommes remplis de tant de joie et d’amour : le blues est donc pour nous un cri de bonheur et d’enthousiasme gospel. À bien des égards, la musique m’a sauvé la vie, mais aussi celle de ma famille. Je suis donc reconnaissante envers la musique, et plus particulièrement le blues. Le blues m’a aidée à guérir de mes blessures.

    Vous avez également créé la JLB Care Foundation pour venir en aide aux enfants maltraités au Nigeria. Comment parvenez-vous à leur apporter du soutien ?

    J.L.B. : Ce qui m’a inspirée pour créer cette fondation, c’est que la situation à laquelle j’ai moi-même été confrontée il y a de nombreuses années, perdure. Énormément d’enfants des rues souffrent de la faim et aucun enfant ne mérite de vivre ainsi. Mon objectif est d’essayer de préserver autant que possible les enfants avec lesquels je suis en contact : les aider à accéder à un toit, leur donner de quoi manger, une bonne santé et une éducation adéquate pour qu’ils puissent se débrouiller seuls plus tard. On essaie de briser le cercle vicieux de la pauvreté.